
Quand tout procède de l’UN,
Lors que se déploient mille et Un,
Alors tout s’en revient à l’unité.

Quand tout procède de l’UN,
Lors que se déploient mille et Un,
Alors tout s’en revient à l’unité.

Ma douceur,
Mon Amour,
Oh ! berce-nous encore !
Et vous, ne volez-donc pas une seule seconde,
Ne la volez pas,
Ne la détruisez pas,
Ne niez donc pas le Bonheur,
Ne le réduisez pas à vous-mêmes,
Voyez comme le soleil pleut sur la prairie,
Et comme les herbes courent,
Telle une larme ouvrant le coeur,
Oh ! vous ! Comprenez-donc !

Il est des êtres poursuivant des chimères, s’abimant dans l’étrange labyrinthe de la douleur, s’expatriant dans les méandres des limbes. Est-il un coeur lumineux, patient pour eux ? Et si la lumière était l’abandon des dérives incessantes ? Et si la lumière n’était que l’érosion pulsée par le monde céleste afin que le coeur puisse éclore telle l’étoile d’un ange ? Je ne sais. Il est des êtres en souffrance qui s’abreuvent d’une minuscule rosée et parfois, la rejettent. Je ne sais. Indubitable ignorance, impuissance et pourtant, il nous faut continuer. Où aller si ce n’est en Lui ? Où se réfugier si ce n’est en l’Absolu ? Le dirais-je ? La lumière est ces deux bras bienveillants, tendres, affectueux, enveloppants, illimités de sagesse et d’Amour. Quel est le point de convergence ? J’ai trouvé ce mot : Dào !

Quand tu seras,
D’entre les filets,
Délivré,
Tu ne parleras plus des autres, quels qu’ils soient.

A cette mort qui n’est pas mort,
Dites : Je suis la Vie !
Et dites aussi : Je suis uni !

Du flot ou de la goutte,
Le coeur se suspend,
Qui est vrai ?*
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*Ou bien, est-ce vrai ?

Cher ami,
Vous là-bas et moi ici, entrant dans votre jardin secret, l’écoutant, m’y promenant comme vous aimez le partager et proposer un peu de votre perception, car, nous sommes tous dans cette perception étonnante de la vie et même de la pensée. Nous partageons nos perceptions, tantôt balbutiantes, tantôt pleines de suspension. Voyez-vous, c’est l’esprit que j’aime. L’esprit en quête de l’Esprit. Quand j’étais petite, je me sauvais de la maison pour aller sur les sentiers boisés et regarder la colline avant qu’elle ne disparaisse, car, je ne sais qu’elle idée saugrenue des autorités l’a faite disparaître. Ils l’ont simplement démolie. Une colline que j’aimais gravir en m’écorchant les genoux, et le ciel semblait si haut et si envoutant pour la petite fille ! Le goût des petites fleurs, des lapins qui courraient à travers champs, les jacinthes que je cueillais par brassée pour les porter à ma mère. Il se murmurait une euphorie à plein poumons.
En ce moment, je regarde nos cinq poules (trois poules rousses et deux coucous) et je m’émerveille de la relation vivante et parfois étrange entre l’animal et l’homme. Cet esprit qui se scelle par l’impressionnant regard. Je n’ai pas assez de mots pour exprimer la grande émotion qui m’envahit. Elles sont merveilleuses ! Elles viennent à notre rencontre, émettent de doux sons et quand nous partons, elles semblent être comme des orphelines. Bien sûr, elles entrent dans leur enclos et jouent avec la vie. Elles vivent selon des codes précis et il leur faut peu de temps pour comprendre les règles. Tout se fait en douceur. Tout est harmonieux, même quand la poule cheffe (c’est ainsi que je la désigne) montre son autorité. Elle le fait gracieusement, mais aussi avec une ruse qui me rappelle celle des hommes. Je ris souvent devant leur comportement. Je m’assois et je les regarde. Je vais essayer de les dessiner, lentement, avec le geste naturel de la présence.
Je suppose, mon ami, que vos dessins révèlent ce glissement miroitant, s’incrustant avec douceur et parfois avec imprécision sur le papier qui est, en vérité, notre corps. Oh ! L’esprit, l’âme, que dis-je, se cherche à travers vos mots et à travers le traçage subtil du visage. Insaisissable mais palpable ! Est-ce cela ?
Vous là-bas et moi ici.
Béatrice

Il choisit un destin préexistentiel qu’il épousa entièrement et dans lequel il s’épanouit telle une fleur gracieuse aux milles visages luminescents. Avait-il parcouru toutes les possibilités que lui révélait le parchemin de vie ? Ou bien ces possibilités, s’étaient-elles toutes offertes à lui ? Cependant, lors qu’il la vit, il ne put résister. Elle était ses yeux, son regard, son coeur et elle brillait parmi d’autres étoiles. Il la saisit sans aucune hésitation, ou bien était-ce elle qui le vit en premier ? Elle lui révéla ses noms multiples, ses qualités et lui fit part des ombres possibles, des épreuves qu’il aurait à traverser pour la retrouver. Mais, cela lui sembla fabuleux. Il comprit qu’ainsi, il pourrait la toucher. Il mémorisa les noms en savourant leurs effets musicaux. Il s’imprégna des étapes, du nom des sentiers, celui des arbres et de ses alliés. Il retint la doctrine philosophique*, se compénétra des érudits, des Amis de Dieu, du sens de l’Esprit, du nom ancestral de chaque contrée sacrée. Il porta la main à son coeur et y grava le secret. Quand il arriva en ce monde, les choses se déployèrent devant lui, voguant et dansant et, chaque fois, il était reconnaissant. Son bonheur était total. Chaque grain de la mémoire se déployait et lui donnait à se souvenir. Il avait rencontré les difficultés et avait appris à trouver la sève abondante de son secret. Il n’avait jamais cherché le bonheur. Le bonheur était la prodigieuse Retrouvaille. Alors, il se mettait à rire, et il se mettait à pleurer. Il avait reconnu. Quelle Joie de boire dans l’Océan de l’Amour et de la Gnose !
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*Il était un platonicien, il était imbibé de Platon.

Immanentes et transcendantes. Réalités comprenant conscience, souffle vital, principe spirituel incluant l’Origine des mondes, de la Vie, de l’homme. Le corps matière est insufflé d’âme, principe vital, reconnaissance de cet animé. Avoir conscience de son âme, c’est être relié. Principe de correspondance et de concordance. La vie est Anime ! Je trouvais prodigieux la multiplicité de cette rencontre. Je la regardais sans projection, dépouillée de tout préjugé. Aimante et lumineuse, elle l’était. L’âme me parlait au fond de la poitrine et parfois se donnait à être visible comme une autre moi-même. Elle n’était jamais une ennemie. Elle parlait. Il ne s’agissait pas d’un simple mugissement, ni d’un sombre accaparement d’un idée parcellaire, d’un morceau séparé de son point de rassemblement. Elle dansait avec le soleil, avec la lune, avec le trottoir, la flaque d’eau, le pinson et s’épanchait au parfum de la rose. Sur la vitre immense de l’école, les champs dansaient et je voguais avec eux, sous le charme du soleil rayonnant. Le goût du vent était chaud et les écorces vives des arbres sentaient le murissement du coeur. La dame nous invitait à boire une limonade et mes yeux transpiraient de bonheur. L’âme cognait fort et nous appelait telle une amie lointaine et proche. La Vie a plus d’un nom et au détour du chemin, elle se montre comme elle est. L’âme est belle et s’en retourne à son Principe tout en défaisant, un à un, les voiles opaques qui la couvre. La liberté est une vérité crue et surprenante. Elle érode la vieille pierre et toutes nos conceptions fossilisées. Je crois que j’aime l’âme et ne désire pas m’en séparer. Elle est grande et recèle tous les trésors qui ne sont pas encore manifestés. Chaque jour, je l’accueille et me réjouis de sa réalité.

Il est facile d’aimer et il n’est pas facile d’aimer. Il est aisé de frayer un chemin, et il n’est pas aisé de suivre la route. A tout moment, l’on tombe et à tout moment, l’on se relève. Il ne s’agit pas de contradictions, ni même de paradoxes. La beauté réside entre les deux. Le balancier s’entremêle, et pourtant, il révèle la complétude. Je le regarde et suis son mouvement. En moi, le sourire de la paix. Le silence de la non-réaction. Quand tous les bruits s’envolent à tire-d’aile, Il est rendu visible. Il me brise durant la vie entière puis il brandit la réalité et c’est en cela que nous vivons, sans prétention, juste la poussière des sandales du passant. Il n’est pas facile d’être, car to be or not to be ? Sur les puissants bras des mots, j’ai bu, assoiffée. Celui qui puise en ce vin-là n’est jamais ceci ou cela et si l’on me blâme de l’avoir bu, osez le boire, mais osez donc ! La poésie est une écorchure tremblant comme un vol en plein ciel. De ce vin-là, jamais l’on ne revient ! Il est licite pour tous les assoiffés, ceux qui plongent dans l’océan des mots, leurs essence, Ô fous, ceux qui ne peuvent plus parler ! Mais, te dirais-je le secret du vin ? Te le dirais-je ? L’Amour ! Osez l’Amour et n’en revenez jamais ! Un jour, Il vint me chercher. Il m’empoigna faisant de moi son esclave et je sus que je n’en reviendrais plus. Il est le fleuve sur lequel je suis assise et sans bouger, me voilà emportée. Celui qui aime et qui est aimé, celui-là ne revient pas à la raison. Celle-ci le sert, tout comme l’atome, tout comme l’arbre, tout comme l’herbe folle et le secret des étoiles, et le ciel céleste, tandis qu’au centre de la quadrature, le voici rayonnant sans discontinuer. Il est facile d’aimer, et il n’est pas facile d’aimer, car aimer est la seule épreuve d’être des assoiffés.