
Qui aimé-je ainsi,
Cet élan perpétuel ?
La Grâce est dans l’Absolu.

Qui aimé-je ainsi,
Cet élan perpétuel ?
La Grâce est dans l’Absolu.

Je pense avoir déserté le paysage politique à mes dix-neuf, vingt ans. Il me semblait qu’il incarnait le ridicule en tous ses états. J’avais lu tant d’ouvrages sur la question (liste non exhaustive) : Platon, la République (une perle au milieu des perles) ; Nicolas Machiavel, Le Prince ; Jean-Jacques Rousseau, Le contrat social ; Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique ; Etienne de la Boétie, Discours de la servitude volontaire (une pure merveille !), une grande partie de l’oeuvre de Karl Marx (qui m’a définitivement dégoutée de l’idéologie communiste – comment cela ? Oui !), René Guénon, La crise du monde moderne, Orient et Occident (un visionnaire français remarquable).
Cependant, il n’y a pas mieux, pour fuir ce monde dégénéré, que de regarder la pantomime verbale des politiciens. Se détourner des représentations actuelles du monde, incultes, ignorantes, immatures et guère modélisables, n’est point difficile. Pourtant, très sensible à l’injustice, il m’apparaissait clairement que la vérité était ailleurs. L’aspiration à un monde meilleur devenait un leitmotiv dans la bouche de tous, mais de quel meilleur monde s’agissait-il ? Je pressentais que ce n’était pas le véritable problème. Tout semblait être occulté par d’épais voiles que l’individualisme et l’égoïsme accentuaient amplement. Tout en me sentant happée par cela qui est, profondeur cruciale, tout en plongeant, sans concession, dans une quête d’Absolu, je me heurtais à mon ignorance et j’en souffrais beaucoup. Elle me renvoyait à la crucialité ontologique et à la Réalité métaphysique. Je n’étais pas touchée par la lutte des classes, par le nivellement par le bas, ni par les approches matérialistes et externalistes du monde moderne. Je me disais : condamner les pauvres, les moins « développés » technologiquement, les moins urbanisés, les moins armés, les moins, moins, moins, me révoltait ! Je proclamais la Vie. Celle-ci appartient à tous, riches ou pauvres ! Le mendiant de certaines contrées me semble pourvu d’une intelligence que je ne retrouve pas chez ces arrogants et pestilentiels penseurs. Tout ce qu’ils touchent devient corrompu par leur vision progressiste et égalitariste. De fait, derrière leurs grands mots creux, ils tuent ceux qui vivent simplement (malgré la pénibilité), auréolés de sacrés, de sagesse et d’Amour, profondément humains, humains jusqu’à la moelle, humains jusqu’au Divin.
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Peinture de Michael Cheval

Je ne crois pas que ce monde soit normal, ni que les gens le soient aussi. Depuis que je suis petite, j’observe les autres et les autres ne sont pas cet autre moi-même. Ils le sont d’une certaine manière, mais, dans le fond, ils ne le sont pas. Je suis persuadée que l’humanité, ce mot qui ne veut rien dire, et qui n’a jamais voulu rien dire, est en dessous de son humain. Il s’agit d’un constat terrible, je le reconnais. Tout le monde semble être parfait, dans le meilleur des mondes, mais ce monde n’est décidément pas le mien. Les mots mielleux et les mots lisses voudraient dire : je suis un saint. Pourtant, en dehors de la religion, que pourrait bien signifier la sainteté ? On se le demande ! Nous avons basculé dans un monde où tout le monde dit : je sais tout sur tout ! Les gens luttent encore pour la liberté, mais de quelle liberté parlent-ils ? On se le demande encore ! A quel moment débute-t-elle et où s’arrête-t-elle ? Mes désirs sont-ils la manifestation de la liberté ? Je ne sais pas ce qu’est la liberté. Elle ne semble pas forcément me hanter. Je n’y peux rien ! La liberté est certainement une supercherie de taille, une farce grotesque. J’ai le sentiment, que ce qui devrait être normal ne se trouve pas dans la normalité, ni d’ailleurs dans l’anormalité. Cela relève bien trop d’aléatoires codifications. Une norme peut changer, n’est-ce pas ? Pourtant, les hommes ne sont plus des hommes, même s’ils en ont l’apparence et leur cœur se meurt car, ils ne savent plus être vrais. Voilà ! Le terme vrai, lui, m’interpelle. Vrai ! Vérité. Y reviendrai-je ? Oui, sans doute. Je n’en ai pas fini avec cette mascarade…
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Peinture de Will Barnet, Woman by the sea, 1973

Seul le puits profond de notre Rencontre,
Tu le sais, mourir,
Tu le sais, est un refuge,
Mais ! mourir me fait Te voir !
Tandis que les uns s’attachent aux ombres, ajourées de couleurs, dans la nuit des vagues, je vois l’océan.

Le jardin s’épanouie tandis que le coeur vibre, étoles effusives. Par touches successives, les volutes atteignent notre Deux ! Sans Un, il n’est aucun Deux ! Ivre de Toi, parcourant les distances, semblant cesser tout mouvement (pourtant, il ne s’agit que d’une approche), par la grâce de Ta Voix, s’abandonner sur les flots ! J’aime notre solitude à Deux. Nous nous épanchons, par la nuit et par le jour ; nos contrastes et notre corps, telle une libellule, libre dans les airs majestueux de l’aurore vive, aspire à la beauté des ailes translucides ! Nous nous épanchons de mots et de silence, dans la joie du Manifesté et je demande : est-ce bien Toi ? Et Toi de faire écho : est-ce bien toi ? Est-il possible de s’interroger ? Cet instant unique tisse, tout autour, prétextes et événements. Je T’ai vu, Altier et sans possibles descriptions, mais je T’ai vu, tel un homme mûr, un homme dont la robe ceint les sandales de notre marche et à l’unisson nous nous tenons la main, alors que l’eau clapote sur le rivage d’un soleil naissant. A la bouture d’une rose, le rosier éclot. Je ne saurais attirer les mots qui viennent d’un autre monde, mais ceux-ci palpitent du jardin de nos yeux, se mémorant la promesse !

Si je ne vivais pas ici,
Lumière radiante, exultante,
Envolée, toujours, crois-moi !
Je Te remercie d’avoir fait de mon être, le secret de notre Rencontre !

L’illusion incrustée dans des théories,
L’homme est capable du pire,
Femme ! Qu’as-tu fait de ta réalité ?