
Il y a de ça peut-être plus de deux ans, je découvrais un article sur cette application qui posait cette question : Est-ce qu’écrire est un art ?
Je fus surpris par cette question. Pour moi, il ne faisait pas, et ne fait toujours pas, de doute, oui, écrire est un art. La question ne se posait même pas.
Avez-vous lu « Anna Karenine » de Dostoievski ? « Pour qui sonne le glas ? » d’Ernest Hemingway ? Avez-vous ouvert un livre de Victor Hugo ? Lu ne serait-ce que quelques vers de Rimbaud ?
Oui, j’écris. Je joue d’un instrument (je laisse à désirer sur ce point, mais passons). Je dessine. Et je trouve qu’écrire est tout aussi artistique que toutes ces autres activités. Pas plus, ni moins.
Est-ce qu’écrire est un art ?
Mille fois oui. Ceux qui prétendent le contraire devraient peut-être, juste, essayer d’écrire.
Deux ans déjà, je m’étais lancée dans un défi, écrire un minimum de 500 mots par jour, pendant un an.
J’ai réussi. La qualité des textes était … irrégulière. Mais j’ai tellement appris.
Rythmes, composition, discipline, découverte, apprentissage, comprendre, retranscrire, partager sa vision tout en laissant un peu de place au lecteur pour s’approprier l’histoire, décrire, faire ressentir, trouver les mots… et j’en passe.
J’ai fait face à des critiques, la plupart, constructives. Outre les commentaires sur mes fautes de français, auxquels je suis habitué, il y avait souvent, pas sur le blog, sur un autre site où je partageais mes textes, plusieurs lecteurs qui soulignaient certaines phrases, ou passages de mes textes, avec cette remarque : « Pourquoi ? »
J’ai appris que si je voulais écrire sur quelque chose, n’importe quel sujet, je devais savoir de quoi je parlais. J’ai réalisé qu’écrire, c’est apprendre, étudier, sortir de sa zone de confort pour être crédible.
Mais ce n’est que mon expérience.
Écrire est un art.
Écrire, c’est décrire des sentiments que l’on ne formule pas forcément avec des mots dans notre vie de tous les jours. Lisez « À la recherche du temps perdu » de Proust, qui est, de mon point de vue, l’une des plus fines analyse de nos comportements, de nos manières de penser. Je me souviens qu’en lisant ses romans, à presque chaque phrase, je pensais en moi-même : « Mais c’est exactement ça ! Je n’aurais pas pu décrire tous ces sentiments, je ne pensais même pas qu’il était possible d’analyser en de telles profondeurs, ces ressentis… » Mais Proust le fait, avec l’acuité d’un psychologue, un autodiagnostic précis, chaque sentiment sont décortiqués, expliqués.
Écrire, c’est voyagé, aussi. Je n’ai eu la chance, pour l’instant, de ne visiter qu’un seul pays étranger (bon, les passages en Belgique pour le tabac, et un petit aller-retour en Suisse, je ne les compte pas comme des voyages, même s’ils ont apporté ce sentiment de découverte, ceux que devaient ressentir les grands explorateurs quand ils pénétraient en territoire inconnus) ; l’Angleterre, deux fois une semaine.
Je rêve encore, les nuits, du court voyage en ferry. Être entouré par la mer (peu de temps, mais quand même !), voir les falaises blanches de Douvres, l’atmosphère marine et touristique de Brighton, et cette banlieues de classe moyenne aisée qui nous logeaient. L’humour pince-sans-rire de nos familles d’accueil. Le pudding, le foot. La relève de la garde de la reine, le musée Tussaud, Londres… l’impression d’être dans un film (ou un livre) d’Harry Potter. L’ambiance. L’architecture. Entendre parler une autre langue, parler une autre langue. Quelle expérience ! Que j’aimerais voyager, pour écrire, mais aussi, pour vivre. Je crois que le voyage est une des clés du bonheur.
Mais je n’écris aucune histoire se déroulant en Angleterre. La plupart se passent en France, et inconsciemment, j’écris mes histoires se déroulant dans des pays de l’Ouest. Disons plutôt que ce que j’écris se déroule dans un continent fictif, l’Ouest, un mélange d’Amérique du Nord et d’Europe. Mais je n’ai voyagé qu’en France. Je dois donc lire, apprendre, assimiler, comprendre, comment les autres cultures fonctionnent. Comment ils pensent. Les odeurs, les goûts, la faune, la flore, je dois les rechercher. Je ne peux voyager pour l’instant, je lis, et je reporte cela dans mes écrits…
Mais l’écriture c’est aussi l’émotion. Trouver les mots justes pour toucher l’âme du lecteur.
Écrire, c’est la découverte.
J’ai eu la chance d’avoir vu la mer, souvent. J’ai toujours cette impression de vertige grandiose quand je la revois, à l’horizon, quand cela fait longtemps que je ne l’ai pas vu.
Je suis allé à la montagne deux fois, dont une pour skier. J’ai adoré le ski, plus simple que ce qu’on m’avait dit. Mais ce dont je me souviens, c’est de regarder ces colosses de roches qui semblaient porter le ciel. Comme la mer à perte de vue, j’ai regardé les montagnes du Jura enneigées, et j’ai compris pourquoi l’Homme risquait sa vie à les escalader. C’est parce qu’ils paraissent l’égal des Dieux, ils sont les piliers d’un élusif royaume des cieux. Ils sont puissant et sage. Comme les forêts de l’Allier de mon adolescence. Pleins de mystère.
Allons maintenant dans la facilité -pourquoi faire compliqué ?- et nous tourner vers une des légendes entourant le mythe Hemingway. Les légendes à son propos, on pourrait en écrire un livre (d’ailleurs, est-ce déjà le cas ?).
Hemingway, durant un repas avec l’écrivain de science-fiction Arthur C. Clark, propose un pari : 10 dollars à ceux qui pensaient qu’il ne pouvait pas écrire un roman en moins de dix mots. Les paris sont faits, Hemingway écrit ces mots :
For sale: baby shoes, never worn.
Traduction :
À vendre : chaussures bébés, jamais portées.
Hemingway empocha les gains de son pari.
Bien que cette anecdote reste dans le domaine de la légende de Papa Hemingway, qu’elle soit vraie ou pas, je parierais, à mon tour, que même si vous ne considérez pas l’écriture comme un art, cette micro nouvelle a fait mouche. Ces quelques mots ont tapé là où ça fait mal (d’ailleurs, Hemingway était un boxeur émérite, l’écriture est un combat, aussi. La boxe n’est-elle pas surnommée « Le Noble Art » ?)
Les mots ont une puissance, une force, et savoir les utiliser, les maîtriser, construire une phrase, former un paragraphe, écrire une histoire, c’est faire ressentir des sentiments mais aussi faire réfléchir son lecteur, tout en l’emmenant en voyage à vos côtés.
Bien sûr que si, avec des mots, on peut refaire le monde. On peut décider de son futur. L’utilisation des mots dans ce domaine s’appelle : La politique. Qui sait mieux utiliser les mots peut obtenir le pouvoir. Pour le meilleur, pour le pire. Nous choisissons un leader grâce au mot qu’il (ou elle) utilise. Bien sûr que si, les mots ont du pouvoir.
Nous dirons que cet article est mon « En défense du titre » d’Hemingway à moi.
Je me considère comme un artiste, j’en suis fier, car j’écris.
Écrire, pour moi, ce n’est pas être un intellectuel… que c’est pompeux et fourre-tout comme mot…
Pour moi, un écrivain est un artiste.
D’accord ou pas, je respecte, c’est votre choix, mais mes convictions sont on ne peut plus réelles et sincères.
Les mots, nous les rencontrons partout.
Si vous écrivez, si vous noircissez ces pages blanches, tapé sur vos claviers, vous êtes un artiste.
Mais ce n’est que mon humble opinion.
Jaskiers







