Service d’ennuis – Partie 1

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Elva passait sa carte dans le lecteur, elle pointait pour son service de nuit dans cet hôtel au bord de la faillite.

L’immeuble était vieux, décrépi, les meubles étaient arrivés à un degré d’usure et de saleté incroyable. Le propriétaire ne s’en souciait plus, il avait d’autres projets plus lucratifs sur le feu. Il laissait donc ce vieil hôtel, pourtant historique, centenaire, qui avait vécu des années de luxe, de faste, pourrir.

Une rumeur circulait sur une autre raison pour expliquer l’abandon de cet hôtel par son riche propriétaire. Ce dernier n’y aurait passé qu’une seule nuit, et n’était jamais revenu. Ceux qui travaillaient à cette époque parlaient du propriétaire qui était parti après sa première nuit à l’hôtel, comme une furie, blanc comme un linge, les yeux cernés, avec une humeur fracassante. Il s’était plaint du bruit incessant qu’il avait entendu toute la nuit. Des bruits de pas, des verres qui s’entrechoquaient, des cris, des portes qui claquaient… il avait jeté son dévolu sur les pauvres femmes de chambre, les blâmant pour avoir laissé un groupe de clients faire la fête. Le problème, c’est qu’il n’y avait pas eu de fête cette nuit-là, il n’y jamais vraiment eu de fête à l’hôtel, des réceptions oui, mais pas de fête à proprement parler, et encore moins la nuit. L’hôtel avait encore à cette époque un certain standing même s’il se dégradait inexorablement sous le poids du temps et des souvenirs.

Alva y travaillait pour pouvoir payer ses factures. Sa femme était infirmière, mais sa paie ne pouvait assurer leur subsistance, Alva à dû trouver un job, rapidement, et elle tomba sur cette petite annonce pour une place de réceptionniste de nuit dans cet hôtel.

Peu de personnes ne semblaient s’être présentées pour ce travail ; la vue de l’hôtel décrépi avait déterrée pas mal de candidats. Quand le manager reçut Alva pour son entretien, il semblait heureux que quelqu’un ce soit enfin présenté.

L’entretien d’embauche fut vite expédié, le manager était celui qui se vendait, pas le candidat. C’était presque pathétique à voir ce vieil homme déballer sa joie d’avoir quelqu’un pour s’occuper de la réception la nuit.

Alva commença le lendemain. Elle avait été prévenue par son patron, le manager, qu’il était rare que des clients s’aventurent à prendre une chambre dans cet hôtel. Ceux qui venaient étaient souvent des personnes que le patron décrivait comme « louche, pas de notre standing ». Alva réalisa que son manager était sûrement encore coincé à l’époque doré de l’Hotel. Il faut dire que le prix d’une nuit dans cet hôtel était très élevé, trop pour des chambres aux meubles poussiéreux, à la literie crasseuses, aux vitres sales, au sol jonché de détritus. Pas d’équipe d’entretien, trop chère selon le manager, et c’était lui qui s’en occupait. En fait, il n’y avait que lui comme employé. Il se disait « le manager de l’Hotel, des murs, de l’immeuble, le garant de l’Histoire et protecteur de l’Héritage de cette incroyable bâtisse. »

Il ne pouvait pas travailler la nuit, évidemment, le vieil homme devait dormir. Mais il se reposait dans une des chambres de l’hôtel.

Alva, par curiosité, avait demandé pourquoi l’ancien ou l’ancienne réceptionniste avait démissionné.

« – La plupart ne restent pas longtemps, je ne vais pas vous mentir… mais vous verrez, la nuit, cet hôtel reprend vie. C’est sûrement la raison pour laquelle nos clients, eux aussi, et depuis quelques années, ne restent qu’une nuit… n’ayez pas peur, prenez cela comme une expérience professionnelle unique ! »

Jaskiers