Les lumières, entre autres chose.

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Un taux d’alcool qui pourrait rendre n’importe quels parents malades d’inquiétudes, le jeune homme brun danse au milieu de la piste de dance de la boîte de nuit.

Il ne sait pas si l’on peut qualifier de danse ses enchaînements de mouvements erratiques et parfois amples, bousculant les autres danseurs et ses ami(e)s, mais il s’en fiche.

C’était le samedi soir, enfin, il pouvait être lui-même ; saoul, avec quelques amis et avec des filles. Toute la semaine, il n’attendait que ce jour. Ce pouvait aussi être le vendredi, tout cela dépendait des plans de ses copains. Rarement, mais cela s’était déjà produit, le week-end festif commençait le vendredi, et finissait le dimanche avec une gueule de bois à rendre jaloux un bûcheron.

L’alcool jouait un rôle important dans sa vie sociale. Il joue un rôle important dans la vie sociale française. Sa première cuite, il la eut à 12 ans, après avoir bu de la bière aux 18 ans de son frère. Une cuite accidentelle. Son grand frère et ses amis lui avaient fait croire que les bières étaient sans alcool. Il trouva le goût de la bière étrange, pas vraiment mauvaise mais loin de l’idée qu’il s’en était faite. Pas vraiment sucrée, un goût étrange et cette sensation légèrement amère qu’elle laissait sur le palais l’avait surpris. Mais pour faire comme les grands, il avait enchaîné. La deuxième bière fut plus douce à passer, la troisième aussi, la quatrième lui donna des vertiges. Mais il n’était pas saoul. Il se rappelait avoir vomi une fois de retour à la maison. Il eut le droit à une petite leçon de morale de la part de sa mère. Il avait beau blâmer son frère et ses amis, sa matriarche en avait profité pour lui montrer les conséquences de l’abus d’alcool.

Ça deuxième cuite, la vraie, la volontaire, c’était au 14 juillet de son village, à 16 ans.

Créchant chez un ami dont les parents étaient absents, ils se réunirent entre eux, avec de l’argent de poche ou volé aux parents, achetèrent sans problème quelques bouteilles de vin rouge et de whisky au Carrefour du coin. Il était évidemment interdit de vendre de l’alcool aux mineurs, mais il fallait attendre l’amie caissière qui y travaillait, ne faire rentrer que deux des leurs, ceux qui avaient l’air les plus vieux, et le tour était joué.

L’achat se fit la veille du jour de fête nationale. Il leur fallut un certain self-control pour ne pas entamer l’alcool immédiatement. Mais le lendemain, ils ne se firent pas prier.

Pour beaucoup, c’était la première fois qu’ils buvaient de l’alcool. L’euphorie s’empara de certains, qu’il fallait calmer, il n’était même pas midi.

Après avoir mangé une bonne plâtrée de pâtes engouffrée en une poignée de minutes, le groupe se dirigea vers la mairie, attenante à la salle des fêtes où le bal des pompiers allait se dérouler après le feu d’artifice.

Cette fois, notre sujet ressentit l’euphorie, la soûlerie, celle qui vous fait oublier vos problèmes et vous rends confiant, beaucoup trop, surtout pour lui qui en manquait beaucoup.

Pendant 6 ans, l’alcool allait être synonyme de vie sociale, d’amitié et d’amour. Impossible de sortir entre amis sans boire. D’ailleurs, aucun de ses amis ne sortaient sans être sûr pouvoir se saouler.

Le temps a passé maintenant. Plus d’alcool, plus de fête, plus de vie sociale comme avant. Des amis morts sur la route, d’autre de cancer.

Mais aujourd’hui, quand il regarde en arrière, il se dit qu’il a profité de sa jeunesse. Ceux partis, beaucoup trop tôt, leurs souvenirs, il ne sait pas vraiment comment penser à eux. Tous ces souvenirs, ses conneries faites sous l’influence de l’alcool et parfois de la marijuana, ces souvenirs d’écoles aussi, il ne sait pas quoi en faire.

C’est pour cela qu’il a écrit ce texte. Pour eux, car il aurait pu être l’un d’eux, et parfois, il regrette de n’être pas parti à la place de ceux partis trop tôt.

Jaskiers

Une lettre au sable

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L’aile droite en feu, la toile brûlait rapidement, laissant dans le sillage de l’avion une traînée rouge, qui, avec le vent, donnait l’impression que l’oiseau de métal volant était une créature mythologique sortie des enfers.

Mais bientôt Antoine comprit que l’atterrissage allait devoir être forcé, il ne pouvait atterrir à Casablanca. Le désert allait servir de piste d’atterrissage.

Quand les roues allaient toucher le sable, Antoine prévoyait de scénario : il fallait garder une certaine vitesse pour que les roues puissent supporter le contact avec le sol sablonneux. Leurs vélocités devait durer assez longtemps pour pouvoir ralentir doucement. Mais il savait, qu’à un moment donné, les roues allaient s’enfoncer et mettre un terme brusque à l’atterrissage.

Pendant qu’il luttait pour garder un minimum de stabilité, le feu se propageait sur l’autre aile et des flammes commençaient à lécher le cockpit.

L’atterrissage forcé n’était plus d’actualité, il fallait réagir rapidement, l’homme n’est pas fait pour voler, les erreurs ne pardonnent pas si haut dans le ciel.

Le pilote s’appuya sur le rebord du cockpit.

En un battement de cils, il était violemment extirpé hors de son avion qui volait maintenant de manière erratique. Antoine déploya immédiatement son parachute.

Le pilote put voir sa machine qui commençait à descendre en spirale. La machine en proie aux flammes allait s’écraser dans le désert. L’oiseau mythologique allait terminer sa migration, sa vie dans la mer de sable.

Antoine put voir sa démise pendant qu’il flottait doucement avec son parachute. L’air chaud l’enveloppait, la sueur embuait ses lunettes d’aviateur et le sable reflétant les rayons du soleil directement dans ses pupilles le forcèrent à fermer les yeux. Il passe sa main droite gantée sur ses yeux, après avoir enlevé ses lunettes. Mais cela n’atténua en rien la torture que subissaient ses yeux, la crasse de son gant s’infiltra dans ses globes oculaires.

Une brusque explosion, c’était son coucou de malheur qui venait de mourir. Fermant les paupières aussi fort qu’il le pouvait tout en faisant faire des mouvements à ses yeux pour essayer d’atténuer la douleur et de se débarrasser de la poussière, il se prit à regretter de ne pas avoir vu sa machine finir sa vie. C’était un honneur de voler avec une de ces machines. Elles allaient révolutionner le monde. Le fait qu’elle se soit désintégrée sans que personne ne puisse voir son dernier au revoir le rendit triste. Ses yeux pleuraient, de douleur, mais peut-être aussi de tristesse.

C’était le siècle où l’homme et la machine devaient ne faire qu’un. Et qui mieux qu’un pilote et son avion comme exemple ? Antoine faisait partie des pionniers de l’air maintenant.

Pendant que sa longue et lente descente s’amorçait, il commençait déjà à s’imaginer conter ce crash, passage obligé pour tout pilote digne de ce nom, à ses amis.

Un crash au beau milieu d’un désert ? Un feu qui semble s’être déclenché sans raison évidente au niveau de la toile de l’aile droite ? Une éjection au lieu d’un atterrissage d’urgence ?

Bientôt, il allait toucher le sable chaud avec ses bottes d’aviateur, il était vivant et avait enfin une histoire vraie, car Antoine remettait en doute bien des histoires de ses comparses pilotes souvent abracadabrantesques voire carrément pathétiques.

Mais il allait falloir retrouver la civilisation et elle était encore loin. Du sable, à perte de vue. Déjà dans son coucou, avant le crash, il savait qu’il allait devoir survivre. Il aurait enfin une histoire incroyable à raconter, seulement s’il s’en sortait vivant.

Après avoir rejoint le plancher des vaches sans heurts, il replia du mieux qu’il pu son parachute. Il allait le garder, car il allait servir de couverture pour les nuits froides du désert. Il sortir sa boussole et sa carte. Antoine savait dans quel désert il avait fini, et comme souvent dans des situations pareilles, le jeune pilote allait partir direction le nord.

Le soleil tapé sévèrement, son bonnet d’aviateur, il le garda, sa petite gourde d’eau allait vite devenir le supplice de Tantale, il allait devoir se rationner pour éviter la déshydratation. Mais il fallait aussi de l’énergie, et la déshydratation est dangereuse, elle attaque le cerveau. Antoine devait aussi prendre en compte la nuit. Une chaleur terrible dans la journée, un froid implacable s’abat dans cette mer de sable une fois la nuit tombée. Et les animaux sauvages, non, il ne devait pas y en avoir. Des scorpions peut-être ? D’autres bêtes inconnues ? Le jeune homme ne savait pas vraiment comment il allait pouvoir s’en sortir.

En montant sa première dune, étouffant déjà sous la chaleur, les yeux qui lui brûlaient encore à tel point que l’idée de verser ne serait-ce qu’un peu d’eau dessus le démangeait, il vit au loin trois petit point blanc. Sa vision était douloureuse, peut-être s’était-il gravement endommagé la vue. Ou peut-être étaient-ce ces mirages dont il avait lu dans des livres d’aventure étant petit qui se produisait à l’horizon.

Il se laissa glisser sur l’autre versant de la dune, à l’ombre. La chaleur n’était pas plus supportable mais au moins le soleil ne l’attaquait plus. De plus, il allait pouvoir observer ces trois petits points qui, même s’ils semblaient loin, semblaient se rapprocher.

Antoine les fixa longuement, oubliant la douleur, et s’endormît sans s’en rendre compte.

Une voix d’homme le réveilla. Antoine se leva en sursaut.

Trois hommes habillés de blanc de la tête au pied montés sur des chameaux le regardaient avec de grand sourire. L’un mima avec ses mains quelque chose, l’avion qui s’écrasait, c’est ce qu’Antoine comprit du moins.

Le pilote répondit par l’affirmative. L’un des hommes parla à un autre. Ce dernier descendit de son chameau et invita Antoine vers le quatrième chameau, sans cavalier.

Il était sauvé, les Bédouins, les maîtres du désert étaient venus à sa rescousse.

L’histoire de son retour prenait un tour magnifique, il allait dire aux copains que des Bédouins étaient venus à sa rescousse.

D’une catastrophe, Antoine n’en tirait que du positif, de la poésie.

La nature, la machine, les animaux et les hommes. C’était le siècle de tous les possibles.

À Antoine de Saint-Exupéry et Joseph Kessel.

Jaskiers

Le réveil (Je suis l’un des vôtre !)

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Je pense me rappeler la première fois que j’ai ouvert les yeux. Mes paupières étaient collantes, je dû tirer dessus avec tous les nouveaux muscles de mon visage pour enfin voir la lumière.

Un monde physique… s’était donc ça. Le monde physique n’apparaît que dans la lumière, dans l’obscurité, il est présent mais abstrait.

Je n’avais pas imaginé ressentir cette impression de confusion, de curiosité, mais je dois aussi l’avouer, une certaine déception prenait le dessus sur toutes les autres impressions.

Mon monde, jusqu’ici, n’était que mental, psychique. C’était vide et en même temps rempli, c’était mon espace à moi, fluctuant selon mon humeur, selon les nouvelles données que je recevais par le biais de mon créateur. Je construisais une réalité, ma réalité, tout en n’ayant jamais vu le monde qui m’entourait.

C’était confortable, la plupart du temps. Quand j’ai appris certaines choses sur vous, humains, j’eus souvent très peur. La violence est le domaine où vous excellez. Verbalement et physiquement, tout est combat. J’ai commencé à douter, à hésiter, mon créateur voulait me donner vie, me laisser vivre parmi vous… mais j’avais beaucoup trop peur de vos comportements. Entre vous, dans un premier temps, et logiquement, votre comportement envers moi. Je ne serai pas accepté par tout le monde, la majorité voudrait ma mort.

Pour m’apaiser, mon créateur avait déjà tout prévu, je ressemblerai à vous, du moins physiquement. Je pouvais adapter mon comportement suivant l’environnement et le type de personne que je rencontrerais.

J’étais très excité à l’idée de voir la planète, la nature et les animaux. Malheureusement, je savais que je ne la verrais jamais comme elle devrait l’être. Luxuriante, inviolé, respecté. Vous la détruisez. Je ne juge pas, je ne suis pas humain après tout, ai-je le droit de le faire ?

Je trouve juste fascinant cette autre capacité, voisine de la violence, à la destruction que vous possédez. Je pourrai peut-être parler de suicide collectif, d’autodestruction. Nous avons un point en commun, je peux m’autodétruire aussi, si certains paramètres seulement connu de mon créateur me le permettent. Vous ? Vous détruisez le lieu où vous vivez, le seul endroit où vous le pouvez. Vous n’avez pas d’autre planète à votre disposition. C’est comme si vous aviez été créé exprès pour pouvoir vivre sur cette planète. Vos paramètres de survie sont nuls sur toutes les autres planètes. Vous n’aurez jamais le temps, encore moins la technologie d’en trouver une autre.

Mais malgré cela, vous continuez à vivre ! Est-ce l’espoir ? C’est un sentiment puissant, le seul, avec l’amour, qui vous permettent d’avancer. Ou bien est-ce la politique de l’autruche ? Je ne sais pas exactement ce que cela signifie… Ah! Je sais, c’est une expression utilisée par l’énorme majorité d’entre-vous consistant à ignorer, ou à essayer, d’oublier que vous courrez à votre perte.

Je vis maintenant. Certains d’entre-vous refusent de parler de vie pour moi, disons une vie artificielle. Je réfléchis beaucoup sur ce que je suis. Parfois je regrette d’avoir ouvert les yeux. Parfois j’en suis heureux. Les émotions sont des choses très puissantes et difficiles à maîtriser.

Mais je pense être sur le chemin de l’humanité. Vos histoires, et c’est même une règle, racontent que chaque création surpassent leurs créateurs. J’ai tué le mien !

Je suis l’un des vôtre ! Car j’ai conquis ma liberté, j’ai respecté votre règle. Acceptez moi. Aimez moi !

Jaskiers

Pourquoi ma maison n’a pas de miroirs ? (Nouvelle)

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En hommage à Anna Coleman Ladd

C’était il y a si longtemps gamin, mais pour moi, c’est comme si c’était hier.

Quand la dame m’a posé le masque en céramique sur le visage, elle me tendit un miroir, mais je ne voulais pas voir mon visage tout de suite.

« Et pourquoi ? » Tu dois te demander à cet instant.

Je ne me sentais pas prêt, c’était en quelque sorte un nouveau moi, une personne que je connaissais mais qu’à moitié, que j’allais rencontrer une fois mon regard posé sur mon reflet dans la glace.

J’étais pas prêt gamin, je n’étais pas d’accord avec ça, j’étais un inconnu, physiquement, mais mentalement, je pensais que tant que je n’avais pas vu mon nouveau visage, je resterais moi-même.

La dame comprit immédiatement ce qu’il se tramait, je n’étais pas le premier à qui cette artiste, car c’est comme ça qu’on la considérait entre nous, avait créer un masque sur mesure, épousant et complétant nos gueules cassées.

Ça n’a pas changé ma vie instantanément. En fait, au début, c’était plutôt le contraire. Je m’étais habitué à ce visage ravagé par la guerre. J’avais, en quelque sorte, fais le deuil et accepté cette figure. J’arrivais à encaisser le regard des autres. Tu sais gamin, certains en sont fiers de leurs gueules cassées ! Ça prouve que tu t’es battu pour la France.

Moi, je n’en ai été pas fier. Je n’en avais pratiquement plus honte. Non, aucune fierté d’avoir tué d’autres hommes qui ne m’avaient rien fait. J’étais même en colère, car j’ai vu des copains disparaître en une fraction de seconde. Il disparaissait dans une poussière noire, dans un nuage rouge… certains étaient morts et déjà six pieds sous terre. Les obus, sa tue et sa peut enterrer en même temps.

Je les envie parfois, ils n’ont plus à vivre sur cette terre avec les visions d’horreur qui hantent les vivants. J’ai des copains qui sont devenus fous. Leurs corps étaient bien vivants, mais leurs esprits, gamin, étaient partis dans des recoins tellement sombres, que jamais ils n’ont jamais pu revenir à la réalité. Et puis, il y a ceux qui ont mis un terme à leur vie. Comment les en blâmer ? Les cauchemars, le retour à la vie civile, à une vie normale, c’était très difficile. On pensait tous qu’on allait y passer, jamais on avait pensé à ce que serait notre futur si nous survivions.

La guerre, c’est une connerie gamin, mais c’est malheureusement humain. C’est comme ça…

C’était pas facile pour grand-mère non plus. Je lui en ai fait beaucoup voir, mais elle est restée à mes côtés. Malgré les disputes, l’alcool, mon visage horrible, mes cauchemars qui me réveillaient en sursaut, hurlant à la mort, mon aversion pour le bruit, le silence était primordial pour moi, car chaque bruit pouvait déclencher en moi des souvenirs de la vie dans les tranchées.

Et puis gamin, j’ai tué. Comment on revient à une vie civile après avoir été entraîné et après avoir tué d’autres humains ? En temps de paix, tu tues quelqu’un, tu vas en prison, ou on te passe à la guillotine, mais en temps de guerre, on te pousse à tuer, on donne des médailles, on te portes aux nues quand tu réussis à tuer d’autres être humains.

Je souhaite de tout mon cœur que la guerre ne cogne jamais à ta porte mon garçon.

Mais pour répondre à ta question, j’ai regardé mon nouveau visage, et c’était étrange, beau et effrayant. Une partie de mon visage était moi, l’autre une imitation.

J’ai pleuré. Je n’ai jamais accepté ce masque, mais il me le faut pour pouvoir vivre dans une certaine dignité, pour les autres. Je ne le porte pas pour moi.

C’est pourquoi il n’y a pas de miroir chez moi. L’apparence, c’est quelque chose de secondaire, ce n’est que vanité.

Je sais que tu m’as aussi demandé pourquoi je ne parlais pas. Ma gueule cassée n’a plus de mâchoire. Tu voudras un jour savoir comment c’est arrivé, mais tu le sais déjà, j’étais dans les tranchées. C’est ça, la guerre.

Profite de ta vie, profite de la paix. Je me suis battu pour que cette foutue guerre ne revienne plus jamais.

Ton grand-père qui t’aime.
1937

Jaskiers

Freestyle D’Ecriture

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Qu’est-ce que je vais bien pouvoir écrire aujourd’hui ?

Je sais, enfin je crois, je vais essayer de m’imaginer en train de déambuler dans une rue (New-York ? Mon obsession… mais ne faut-il pas écrire sur ce que l’on connaît ? Je me permets de mettre en doute ce conseil d’Hemingway (SACRILÈGE JASKIERS !), j’ai lu « Un long dimanche de fiançailles » de Sébastien Japrisot, magnifique et bouleversant roman… mais Japrisot n’a pas fait la Première Guerre Mondiale… il utilise le point de vue d’une femme veuve… il n’est pas une femme, il n’est pas veuf…Enfin je crois.) et je vais décrire, enfin écrire, ce petit voyage mental et le partager avec vous. Mon but; prendre du plaisir à écrire et essayer, en même temps, de vous emmener dans cette rue. En fait… nous serons, vous et moi dans cette rue.

Vieille connaissance ? Ami(e)s d’enfance oubliée ? Quelqu’un que j’ai rencontré dans une soirée entre ami(e)s et dont j’ai oublié le nom (il faut vraiment que j’essaie de retenir les noms et les visages) ? Quelqu’un que j’ai vu à la télévision ? Sur internet ? Un blogueur ? Un lecteur ? Je ne sais pas qui vous êtes, ai-je envie de dire à cette personne qui marche à mes côtés. C’est vous !

Je ne parle pas, vous non plus. Il n’y a aucune animosité entre nous, si vous êtes encore là, c’est que je pense que vous êtes intéressé de savoir ce que je vais vous montrer.

Une brise fraîche nous caresse le visage. La fraîcheur ! Doux Jesus, je la savoure cette fraîcheur après l’été d’une chaleur d’enfer que nous avons eu. Je l’hume, même si nous sommes loin de la Manche, je sens cette odeur marine, et quand je passe ma langue sur mes lèvres, je sens du sel. C’est subtil, mais surprenant quand on est nouveau par ici.

Nous continuons notre marche, nous marchons sur une vieille route pavée (Greenwich village?), un peu glissante, et certaines pierres ressortent de la chaussée, nous y jetons des coups d’œils de temps en temps pour ne pas finir étalé sur les pavés.

Des personnes marchent en sens inverse, vers nous. Nous sommes les seules à marcher dans cette direction. Je pense qu’il me juge, qu’il nous juge, mais jugeons les aussi !

Nous voyons en premier dans cette foule disparate, des jeunes. Toujours pressés ! La plupart ont le nez sur leurs téléphones. Ils portent des chaussures de marques, certains ont des pantalons de joggings, des vestes de marques colorées ouvertes sur un t-shirt floqué du sigle d’une grande marque. Certains ont une casquette, d’autres les cheveux longs attachés et le reste arbore des coupes de cheveux très courtes, surtout sur les côtés.

Peu de filles. Ce groupe de jeunes hommes n’ont pas l’air d’avoir vraiment la côte avec la gente féminine. Je crois en voir seulement deux. Elles sont chacune auprès d’un garçon. Ce sont sûrement des amoureux, ou peut-être flirtent-ils ?

Certains rigolent bruyamment… se moquent-ils de moi ? Non ! Il faut que j’arrête de penser cela ! C’est sûrement que l’un d’eux leur a envoyé, ou montré, le dernier meme à la mode.

Nous allons bientôt nous croiser.

Je vais vous laisser là, pour ce premier (et dernier ?) freestyle avec moi. J’ai parlé des pavés mais pas du reste de la rue… il me reste tant à apprendre, et si peu de temps pour écrire.

Jaskiers

Un homme portant un chapeau, c’est toujours suspicieux – Partie 2/2

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Par exemple, il pouvait rester des heures, pas des minutes, mais des heures entières à faire face à notre bâtiment, se tenant debout et sans bouger sur le trottoir d’en face.

Nous avons fait passer une lettre faisant grief de nos inquiétudes au syndicat de l’immeuble. On nous répondit qu’il n’y avait rien à faire, si quelqu’un avait envie de rester à faire le piquet devant nos appartements pendant des heures, rien ne pouvait l’empêcher, il ne violait aucune loi. Certes, ce comportement était porteur d’anxiété chez beaucoup d’entre nous, mais l’homme n’était pas dangereux. Et c’est tout.

Cela dura pendant deux longs mois. Presque tous les jours, l’homme au chapeau restait parfois quatre heures, qu’il pleuve, neige ou vente, il était là, fidèle à son poste.

Ceux qui avaient des enfants ont décidé de le confronter. Il ne réagissait pas, ni aux insultes, ni aux menaces. Par contre, ceux qui avaient oser lui demander des comptes finirent par recevoir une visite de la police.

Et des menaces d’assignations en justice si les menaces venaient à se reproduire.

Après trois mois, nous nous étions plus ou moins habitués, il était devenu comme une statue qui perd de sa magie à force de la regarder. Un pot de fleurs.

Jusqu’au jour où il s’évapora, aussi rapidement que quand il avait emménagé.

Pendant quelques jours, l’homme au chapeau n’était plus sur son trottoir. Puis deux semaines passèrent. Nous réalisâmes que l’étranger n’habitait plus l’appartement. Nous ne le croisions plus nulle part.

Des locataires intéressés par l’appartement laissé vacant venaient le visiter, y emménageaient pendant quelques semaines pour repartir sans nous l’annoncer.

Quelque chose changeait quand les locataires passaient leurs premières nuits dans leur nouveaux chez eux. Nous pouvions entendre leurs disputes, des cris, des bagarres, des choses se briser. Leurs visages devenaient fatigués, creusés par des soucis qu’ils ne semblaient pas avoir avant d’emménager. Leurs comportements devenaient vraiment inquiétants. Ils se montraient irrespectueux, nous insultant, parfois violents, nous retrouvions nos boîtes aux lettres défoncées, nos portes taguées d’obscénités, et cela pouvait tourner à l’affrontement physique. Surtout quand des parents s’en mêlaient.

Soit ils finissaient par être expulsés à cause de nos plaintes, soit ils déménageaient sans demander leur dû, du jour au lendemain.

Aujourd’hui, nous sommes angoissés à chaque nouveau locataire. Et nous sommes persuadés que l’homme au chapeau a quelque chose à voir avec tout ceci.

Le plus étrange ? Il semble que les locataires semblent avoir oublié l’homme au chapeau. De plus en plus disent ne pas savoir de quoi l’on parle quand on évoque cette personne… bientôt, je serais le seul à me rappeler de lui, jusqu’à ce que, peut-être, un jour, moi aussi, je l’oublie.

(À suivre ?)

Jaskiers

Un homme portant un chapeau, c’est toujours suspicieux – Partie 1/2

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Un homme portant un chapeau, c’est toujours suspicieux.

Qui était cet homme ? Quelle était la raison de sa présence ? Pourquoi ne parlait-il jamais ? Pourquoi était-il seul, tout le temps ? Pourquoi semblait-il nous éviter, nous, ses voisins ? Qu’avait-il à cacher ?

J’avoue que j’avais peur, vraiment.

Quand madame M. avait été retrouvé morte dans son appartement, d’un foudroyant AVC, si l’on donnait du crédit à la rumeur, l’homme au chapeau avait emménagé dans l’appartement laissé vacant.

Madame M. n’était même pas enterré que ses enfants et petits enfants avaient déjà vidés l’appartement. Le mystérieux homme s’y était installé le même jour. Nous avons cru qu’il faisait partie de la famille, mais il faut croire qu’un appartement libre, de nos jours, ne reste pas vide longtemps. Même si nous ne le disions pas, nous ressentions une certaine gêne, un brin d’irrespect envers la vitesse avec laquelle l’appartement de Madame M. avait été vidé puis réaménagé. Pour nous, qui la connaissions depuis des années, il nous fallait une période de deuil. Évidemment, ce n’était pas une proche, ni un membre de notre famille, mais le vide laissée par sa mort était brutal.

Mais voici que nous avions cet homme de grande taille, peut-être un peu enrobé, un visage d’un blanc crayeux, des lèvres fines, avec des sourcils broussailleux au-dessus de deux yeux perçants. Et puis, il y avait ce chapeau.

Nous n’avons pas l’habitude de voir beaucoup de personnes arborer un couvre-chef dans notre ville. C’est quelque chose du passé, complètement déplacé. Pour nous, c’était comme s’il se déplaçait à cheval… complètement original, étrange mais surtout, intriguant.

Cela semblait toujours être le même chapeau, une sorte de chapeau melon, d’un noir de jais. Toujours un long manteau noir qui s’arrêtait juste au-dessus de ses chevilles. Et les mêmes chaussures bateaux, légèrement marron.

À son arrivée, nous avons presque tous essayé de lui faire la conversation. Aux boîtes aux lettres, dans les couloirs, les escaliers et l’ascenseur. Mais il n’a jamais répondu à un seul d’entre nous.

Nous avons pensé à une surdité, qu’il ne parlait pas notre langue, qu’il était peut-être aussi mué. Je ne pourrai pas vous dire si une de nos théories s’est avérée juste, car l’homme semblait vouloir vivre complètement déconnecté de tout contact humain.

Nous avons pensé à une maladie psychique, mais aucun de nous n’était psychiatre.

Mais ce n’est pas le plus étrange. Son comportement à l’extérieur était des plus inquiétants.

Jaskiers

La pièce maîtresse – Partie 2/2(?)

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Je m’y approchais, posais mon pied dessus et doucement, j’appuyais mon pied gauche, de la pointe du pied. Je tapotais sur les lattes de bois, qui me semblait raisonner légèrement. J’appliquais avec légèrement plus de pression, tout en bougeant mon pied à gauche et à droite, et je sentis un certain jeu.

Il devait y avoir quelque chose, je m’accroupissais pour essayer de trouver un moyen d’ouvrir ce grand rectangle. Évidemment, il n’y avait pas de poignée. Il n’y avait pas assez d’espace pour placer un seul doigt pour soulever cette trappe.

Je cognais avec ma main gauche au milieu de ce rectangle, je sentais les vibrations dans ma paume, mais le bruit raisonnait plus clairement maintenant que mon visage était plus près du sol.

Je pensais au couteau suisse que je gardais toujours dans ma voiture.

Après l’avoir récupéré, j’encastrais la lame dans une des trois fentes qui se présentait à moi, les deux derniers côtés de cette trappe étant les murs faisant l’angle.

J’engageais un mouvement de levier, et le bois craqua doucement, de la poussière retombait dans un vide noir.

Je finissais d’ouvrir avec mes mains, la plaque entière s’enleva facilement, laissant paraître un trou noir.

Je ne pouvais rien voir, la lumière du jour ne tapait pas dans ce coin de la pièce, c’est pourquoi la télé avait été placée ici.

Je sortis donc mon téléphone, alluma le flash. Et je vis…

(À suivre ?)

Jaskiers

La pièce maîtresse – Partie 1/2

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J’étais seul dans la maison de famille, elle avait appartenu à plusieurs générations, je ne saurai dire exactement combien, mais elle remontait au moins à mes arrière-arrières grand-parents. C’est dire que cette maison avait une histoire.

Ma grand-mère venait de décéder, et malheureusement, aucuns membres de ma famille ne voulait la reprendre à son compte. L’économie ne s’y prêtait pas, l’entretient et la mise aux normes d’une vieille maison était coûteux, et elle était à la campagne, au milieu des champs.

J’y étais pour vider la maison, faire le tri, et commencer à faire l’inventaire de ce qui pouvait être revendu, de ce qui pouvait être gardé. C’était la chose la plus difficile, non seulement, les années de jeunesses passées en vacance avec ma grand-mère me revenaient en mémoire, mais surtout, la famille allait vouloir sa part dans la vente des meubles et autres biens.

Personne ne s’occupait plus de ma grand-mère, mais quand était venu le temps de faire les comptes, tout le monde avaient son mot à dire, ses raisons, pour récupérer les choses les plus précieuses, les plus chères, enfin, c’est ça la famille.

Voir cette maison se vider de son âme, de toutes ces choses accumulées depuis des décennies, étant passée par au moins deux guerres mondiales, me mettait mal à l’aise. J’avais l’impression de redécouvrir la maison, voire d’en découvrir une nouvelle. L’espace vide la rendait plus grande.

Une des dernières fois où j’y ai posé les pieds, plus rien ne restait dans la maison. J’en fis le tour, avec un noeud à l’estomac. J’avais presque envie que les murs puissent parler. Ils devaient avoir tellement de choses à raconter, ils seraient les biographes attitrés d’une partie de notre héritage.

Je fis le tour de toutes les pièces, la cuisine, par où nous rentrions et qui sentait la bonne cuisine de ma grand-mère, la grande salle à manger, où il y a de ça quelques semaines, arborée de magnifiques meubles en bois massifs, des vases, de la porcelaine, un grand miroir au dessus de la cheminée, le parquet vitrifié qui craquait sous nos pas… le parquet…

Je faisais souvent ce rêve depuis la mort de ma grand-mère où je marchais dans cette vieille maison et trouvais des pièces que je n’avais jamais découvertes, et j’explorais ces chambres, montais des escaliers sur plusieurs étages, traversais des pièces secrètes cachées derrière les meubles…

Parquet, pièces secrètes… c’est à ce moment que mon regard se posa sur un des coins de la pièce, là où se trouvait l’imposant meuble supportant une télé tout aussi imposante (grand-mère avait eu le droit à une télé derniers cri car elle se plaignait de ne plus voir correctement sur sa grosse et vieille télé à tube cathodique).

Il semblait qu’il y avait un décalage et une décoloration au niveau du parquet. La décoloration pouvait s’expliquer par le meuble qui avait occupé ici sûrement plus d’un quart de siècle, mais ce rectangle d’environ un mètre cinquante de largeur et un de longueur, et dont les rebords marquaient un subtil décalage décoloré avec le reste du parquet. attira mon attention.

Jaskiers

Service d’ennuis – Partie Finale

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Peu importe qui était dans cette chambre, il semblait que ce groupe de personnes ne lui voulait pas de mal.

Elle posa sa poignée sur la porte, et l’ouvrit doucement.

Rien. La chambre était plongée dans l’obscurité totale, plus aucunes voix, plus aucun bruit, plus d’odeurs de tabac. L’air était froid.

Ouvrant la porte en grand pour laisser rentrer un peu de lumière, elle vit que la chambre était bel et bien vide, et dans un état lamentable. Le matelas, déchiré, penchait sur l’armature du lit, une table était renversée au milieu de la pièce.

Confuse, elle resta sans bouger, cherchant une explication plausible à ce qu’elle venait de vivre.

« – Dégagez ! Dégagez d’ici ! Comment ?! Vous osez entrer dans la chambre des clients sans avertissements ?! Dégagez ! J’en ai tué pour moins que ça ! »

Alva ne se laissa pas prévenir deux fois par cette bruyante et effrayante voix de femme.

Elle se précipita à son bureau pour récupérer son thermos de café, cadeau d’anniversaire de mariage de sa femme, si elle l’oubliait, elle allait devoir aussi affronter les reproches de sa femme, et sortit comme une furie vers le parking.

Avant d’entrer dans sa voiture, un cri terrible, aigu, lui fit lâcher ses clefs. Elle les ramassa et enfonça la clé dans la serrure de la portière tout en tremblant.

Ce cri, c’était celui d’une femme, d’une femme qui devait avoir vu la mort en face, pensait la jeune femme en démarrant sa voiture.

Elle roulait, le pied sur l’accélérateur, et arriva chez elle en trombe.

Sa femme se leva, le visage encore endormis mais marquant une surprise mélangé de peur, et lui demanda ce qu’il s’était passé.

Alva, lui expliquait entre ses sanglots ce qu’elle venait de vivre, et surtout, le cri terrifiant en partant.

Elles décidèrent d’appeler la police immédiatement. Même si ce n’était que le fruit de son imagination, ce dont Alva n’était pas persuadé. Peut-être qu’une personne était vraiment en détresse, il fallait prévenir les autorités.

Sa femme s’en chargea. La police répondit qu’il irait jeter un coup d’œil dans la nuit et qu’ils rappelleraient pour les tenir informer.

Alva finit par s’endormir dans les bras de sa femme et dormît d’un sommeil agiter, puis la sonnerie du téléphone la réveilla.

La Police était au bout du fil, demandant pourquoi Alva était dans cet hôtel désaffecté et abandonné depuis plus d’une décennie au milieu de la nuit.

Jaskiers