Service d’ennuis – Partie 3

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Une heure passa, puis deux. Minuit approchait et Alva avait été tranquille. Elle s’ennuyait ferme, elle avait relu plusieurs fois les brochures, son téléphone n’ayant toujours pas de wifi, elle envoyait des messages à sa femme qui lui répondait avec humour qu’elle travaillait dans le Stanley Hôtel des pauvres et qu’elle était en passe de découvrir son Shining. Alva ne rigolait pas, elle commençait même à avoir un peu peur, son service allait encore durée toute la nuit, et elle était déjà fatiguée. Prendre cette place de nuit si vite ne lui avait pas laissé prendre le temps de se préparer, de préparer son corps et son mental. Heureusement, sa femme lui avait préparé un thermos de café corsé pour l’aider à rester éveillé, mais la peur tapit dans le coin de son esprit l’aiderait aussi.

Sa femme étant partie se coucher, elle envoya des messages à des amies qui ne lui répondaient que sporadiquement, rendant en fait son attente encore plus pénible.

Enfin, minuit était arrivé, elle somnolait doucement, buvait de grandes gorgées de café, et regardait son téléphone qui ne vibrait plus. Toujours aucun réseau pour son wifi. Elle se promit qu’une fois son service fini, de télécharger quelques jeux qui l’occuperaient pendant ses veilles.

Au moment même où Alva commençait à se demander si ce qu’elle avait entendu au début de son service n’était pas juste le fruit de son imagination, une grande clameur éclata, provenant des chambres derrière elle.

La jeune femme sursauta, renversa son thermos, qui fit s’échapper quelques millilitres sur le bureau. Elle le releva rapidement, les yeux braqués sur le couloir à sa gauche.

La clameur la frigorifia, il semblait que l’hôtel était rempli de clients, les cris durèrent quelques secondes, mais c’était assez de temps pour qu’Alva puisse discerner qu’il devait y avoir beaucoup plus de deux clients dans l’hôtel, même en comptant le manager.

Peut-être la télé, pensa-t-elle, la coupe du Monde de Rugby se déroule en ce moment… mais des matchs à cette heure ? Serait-ce la télévision du patron ? Les voix semblaient tellement nettes, elle avait même cru avoir entendu des tintements de verres.

Fébrilement, elle se leva de son bureau, se dirigea vers le couloir gauche, ou une chaleur anormale, une chaleur qu’elle n’avait pas encore ressentie depuis qu’elle avait pris son service, l’envahissait. C’était comme approcher d’une pièce remplie de personne faisant la fête, une chaleur humaine.

Puis, ce fut des rires, à gorges déployées, gras. L’odeur de tabac envahissait une nouvelle fois ses narines. Alva s’avança dans le couloir, elle put suivre grâce au bruit d’où venait le vacarme.

Arrivant au niveau de la porte de la chambre incriminée, elle hésita à entrer, elle devait cogner avant d’entrer dans la chambre d’un client, enfin c’est ce que sa raison lui disait, elle n’avait jamais travaillé dans l’hôtellerie. La jeune femme, sur la pointe des pieds, colla son oreille sur la porte en bois nacrée qui semblait pouvoir s’écrouler au moindre mouvement brusque.

Les rires continuaient. Elle discernait entre ces émanations de joie, des échanges inaudibles.

J’entends des voix des femmes… plusieurs. Les hommes semblent juste rigoler.

« – Mais entrez donc mademoiselle ! »

Alva s’écarta précipitamment de la porte, reculant doucement, comment savaient-ils qu’elle était derrière la porte ?

« – Ne soyez pas timide Mademoiselle ! Venez boire un peu avec nous, et un petit cigare ! Les femmes fument maintenant Bertrand ! Pas très professionnel mais on ne dira rien à votre manager ! »

Terrifiée par ces paroles, elle continuait de reculer.

« – Bon, apportez nous une autre bouteille de champagne si vous ne voulez pas nous rejoindre, mademoiselle. »

Alva s’arrêta près de son bureau. Elle aurait voulu demander à son manager ce qu’il se passait, ce qu’elle devrait faire, mais elle ne savait pas dans quelle chambre le patron créchait, et elle n’avait aucune envie de s’aventurer dans les ascenseurs.

Les rires continuaient. Une fois la peur domptée, la curiosité prit le dessus. Elle se rapprocha une nouvelle fois de la porte.

« – Plus de champagne mademoiselle ? C’est à cause de toi, Edouard ! Tu bois toujours plus que de raison ! »

Jaskiers