


Jaskiers



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Comatose Inc’ était une nouvelle corporation créée par un énième milliardaire. Un caprice, une folie, une obsession, un espoir, que cherchait à combler cette riche personne ? Peut-être tout cela à la fois.
Mais que proposait-elle ?
Vous plongez dans le coma.
Dit comme cela, ça paraît curieux, effrayant et, peut-être, limite irrespectueux.
Une dépression tenace ? Essayez donc le coma, une pause, une vraie de vrai.
Juste envie de dormir mais pendant des jours, des semaines, des mois, des années ? Essayez le coma, c’est comme le sommeil, enfin paraît-il.
Votre vie est-elle devenue too-much ? À la limite du burn-out ? Essayez le coma, plus aucun rendez-vous, plus de meeting, plus de téléphone. Plus rien.
Envie de faire une expérience originale ? Savoir ce que ça fait d’être dans le coma ? Contactez Comatose Inc. (C’est ici que cet argument peut être considéré comme irrespectueux… mais c’est l’argument qui amena le plus de client à la corporation. L’être humain dans toute sa splendeur.)
Vous avez envie de disparaître, vous faire oublier de votre ex ? De l’oublier ? Essayez le coma.
Vous avez des dettes que vous ne voulez (pouvez) pas payer ? Réfugiez-vous dans le coma ! Aucunes lois n’a prévue qu’une personne se plongeant dans le coma devait être réveillée pour payer leurs dettes ! (Pour la défense de Comatose, aucun criminel sérieux, par là, je veux dire les tueurs et autres criminels de cette trempe, n’étaient acceptés. Ils étaient même dénoncés aux autorités. Ce qui donna un certain poids, une bonne réputation à la corporation)
Vous avez sûrement compris, être plongé dans le coma devenait la nouvelle mode. Une idée sortie tout droit de la tête d’un milliardaire, une idée qui allait lui rapporter des millions, voir des milliards.
Le démarrage ne se fit pas sans l’affront des médias et d’autres organismes, de santé notamment, qui fustigeaient la dangerosité et l’éthique de cette nouvelle tendance. Et des religieux, évidemment, toujours à l’avant-garde dans la lutte contre le progrès social.
Mais quand on a des milliards, on a souvent quelques médias dans la poche, et les médias du Monsieur-plein-de-sous contrebalançaient la mauvaise pub des médias sceptiques. C’est fou ce que l’on peut faire dire à des journalistes quand on les paie.
La corporation ouvrit ses portes, se montrant transparente sur sa méthode de mise sous coma. Et pour cela, on invite des stars, des journalistes et leurs caméras, tout le gratin de l’information et du divertissement que vous possédez dans votre poche.
Vos plus fidèles employés (nous pourrions parler d’ami(e)s avec bénéfices, ‘bénéfices’ signifiant bien rémunérés par vos soins) se feront plonger dans le coma, où plutôt, feront semblant d’y être plongés, sous les caméras. À leurs réveils, soyez sûr que vos ami(e)s avec bénéfices sur-joueront leurs réactions. Faites leur dire que c’est une expérience incroyable, dans le genre spirituel, ça, ça a la cote ! Ou le développement personnel, ça aussi, ça rapporte ces temps-ci.
Contrez les scientifiques et médecins en payant les plus faibles d’entre eux. Ceux qui ont besoin de fonds pour leur recherche sur un remède contre le cancer par exemple. Faites leur écrire des études bidons, de toute façon, personne ne les lira, juste le fait qu’ils existent apportent de la crédibilité à votre entreprise.
N’oubliez pas les réseaux sociaux, Facebook en particulier, et YouTube. Ces deux sites sont utilisés par les personnes qui « font leurs propres recherches de leurs côtés » et qui ont plus d’influences que des sur-diplômés, qui, Dieu merci pour vous, n’ont pas le temps pour Facebook ni YouTube.
Et regardez vos premiers clients. Choyez-les surtout ! À leur réveil, ils se jetteront sur les sites d’évaluations sur Google. Faites en sorte qu’ils aient un traitement préférentiel digne des célébrités et influenceurs qu’ils ont vu sur leurs écrans. Ces gens vous apporteront une solide réputation sur internet.
Et regardez votre idée devenir un succès international. Engrangez l’argent.
Si un pépin arrive à l’un d’eux, et qu’ils se réveillent et vous menace de vous traîner en justice, ne craignez rien, car ils auront un signé papier bien ficelé les en empêchant par vos nombreux avocats. Si cela ne les arrête pas, proposez-leur de l’argent. Si cela ne marche pas, engagez quelques personnes pour leur mener la vie dure. Si, dans la pire des cas, cela ne marche toujours pas, faites en sorte de payer des personnes pour faire en sorte que les plaintifs soient victime d’un accident malheureux.
Faites de même pour les journalistes d’investigations, une plaie, une épine dans le pied qui peut vous faire chuter. Soyez sans pitié avec eux, ils sont faibles, vulnérables et personne ne versera une seule larme pour ces mécréants. (Ils peuvent cependant s’avérer utiles pour contrecarrer les plans de vos concurrents. Mais la plupart sont intègres… et cela peut aussi se retourner contre vous.)
Comme toute entreprise ayant un succès colossal comme le vôtre, la politique va s’en mêler. Mais les politiques s’achètent tellement facilement ! Demandez aux lobbyistes des sociétés d’armes à feu aux USA ! Aucunes lois ne doit vous entraver. Si la tension est importante, lâchez un peu de lest, acceptez des lois qui ne seront jamais appliquées ou ne le peuvent pas. Vous aurez un cabinet d’avocats (encore eux!) aussi féroce que des requins prêt à fignoler, à trouver les failles, et votre petite entreprise continuera à prospérer.
Vous allez attirer l’attention de la sécurité intérieure, de l’armée et autres. Ils savent se montrer très convaincants, menaçants et tenaces. Et vous vous devez de les écouter, voire de céder à leurs demandes.
Pour Comatose, une certaine organisation voulait sa part du gâteau. De quels droits ? Aucun, vous êtes sur leur territoire. De l’exhortions ? Totalement. Mais ils ont les juges, et les moyens de vous descendre. Faire passer votre meurtre pour un suicide ? Rien de plus simple pour eux. Ils semblent même adorer ça ! Et mieux vaut le meurtre, car leurs autres méthodes s’avèrent plus cruelles que la mort.
Donc je disais, pour Comatose Inc, le prélèvement d’organe fut le prix à payer pour garder l’organisation dans leurs poches. Bien sûr, ces dons n’étaient pas volontaires. Les organes étaient prélevés en secret, opérés par des médecins triés sur le volet par l’organisation. Ces organes étaient prélevé sur les comateux qui avaient signer pour rester longtemps, d’un an et demi et plus, et de préférence sans familles ou proches. Et bien sûr, sans fortune ni influence. Le temps que ces pauvres hères se réveillent, les cicatrices avaient disparues, ou presque. S’ils le remarquaient, on mettait simplement cette marque sur le compte du corps resté longtemps sans activités.
Puis, ce fût les expérimentations médicales illégales, à ambitions militaires que l’organisation imposa à la corporation. Cela se passait exactement de la même manière que pour les prélèvements d’organe. Bien que certains comateux se réveillèrent malades, handicapés (physiquement et/ou mentalement) et certains moururent.
Et si jamais vous vous faites attraper, l’organisation aura couvert ses traces et vous tomberez seul.
Mais Comatose Inc ne s’est jamais faite attraper, car elle n’a jamais existé. Pas encore. Peut-être qu’un jour…
Mais si cela vous choque, sachez que ce genre de chose sont monnaie courante.
Un milliardaire veut coloniser Mars. Il vend aussi de la technologie avancée à l’armée.
Personne n’est votre ami.
Jaskiers

Tout auteur a ses petits secrets qu’ils ne révèlent à personnes, persuadé que les révéler nuira à la magie de ces petits mystères.
Laissez-moi vous parler d’Edgar et de son petit secret. Je ne peux vous donner que le prénom, par respect. Mais sachez que sa réputation d’écrivain d’histoires d’épouvantes à traversé le temps, donc des générations de lecteurs.
Je vais vous dévoiler directement son secret : des pilules. Par mesure de sécurité, pour vous, je ne vous indiquerais pas le nom de ces drogues. Vous comprendrez mon choix après avoir lu ce qui est arrivé à Edgar.
Notre écrivain était de l’ancienne école, c’est-à-dire pas d’ordinateur, il utilisait une vieille machine à écrire qu’il possédait depuis tout petit. Beaucoup pensent que c’était ça, son petit secret. Mais il n’a jamais caché qu’il utilisait une machine à écrire, il aurait démenti si c’était le cas.
Non, notre Edgar préfère la bonne vieille méthode de l’automédication.
Il avait bien essayé les drogues, toutes. Cocaines, LSD, Alcool, marijuana, meth et tout ce qu’un bon dealer de patelin pouvait fournir.
Rien ne ressortait de ses écrits sous l’influence de ces drogues. Quelque chose le bloquait. Sûrement le fait d’être attrapé, et aussi, le risque d’être addict. Pour beaucoup d’auteur(e)s, artistes, cela ne posait pas de problème. Mais Edgar était obsédé par le contrôle. Contrôle de lui-même et parfois, des autres. Il se devait d’être toujours sur le qui-vive. L’inspiration frappe à votre porte souvent sans prévenir, et être dans un état second pouvait, certes, attirer l’inspiration, mais elle vous emprisonnait dans un état physique et psychique ou pratiquer votre art devient vite trop difficile.
Mieux qu’un bon dealer, notre écrivain avait comme ami un docteur. Ce dernier était en fait un grand admirateur d’Edgar, et l’auteur utilisa cette adoration à son avantage.
Il lui demanda un jour s’il existait des médicaments pouvant aider à la concentration, vous garder debout toute une nuit sans être fatigué le lendemain, pouvant augmenter la capacité du cerveau à créer, à élaborer, à s’améliorer.
Le docteur fit ses recherches, contacta les laboratoires produisant ce type de médicament, ces derniers n’étaient que trop content de fournir leurs pilules au docteur. C’est souvent de cette manière qu’un médicament s’impose dans toutes les pharmacies et, par bouche à oreille, aux patients qui baissent leurs gardes. Après tout, si tellement de gens prennent ce médicament, peut-être est-ce bon pour moi ? Simple marketing mais efficace.
Toujours est-il que la fameuse pilule arriva un beau jour sur le bureau d’Edgar, qui s’empressa de l’utiliser.
Les effets prirent un peu de temps à se déclencher, un mauvais point pour l’écrivain. Mais quand ils décidèrent de faire leur travail, Edgar fut époustouflé…
Ses doigts tapaient à une vitesse impressionnante sur les touches mécaniques, faisant claquer sa machine à écrire comme une mitrailleuse. Les idées se bousculaient dans sa tête, avec une telle force, que parfois Edgar avait peine à les contenir. C’était comme si elles voulaient sortir de sa tête, son corps désirait exprimer ses émotions comme un acteur sur les planches.
Ses sessions duraient une nuit entière, une nuit de productions comme il n’en avait jamais eu. Et le matériel était bon, encore mieux, en relisant ses écrits, il découvrit que toutes ses idées étaient parfaitement retranscrites, aucun besoin de les retravailler.
Après cette première session, il ne ressentit aucune fatigue, pas immédiatement du moins. Edgar profita de ce temps pour envoyer ses écrits tout frais sortis de sa machine à son éditeur.
Il sentit une certaine fatigue quand le soir arriva. L’écrivain décida de ne pas tenter le diable et de se reposer. À son réveil le lendemain matin, son téléphone sonna. Son éditeur était au bout du fil. Et il était resté bouche bée par le travail de son écrivain préféré. (Comprendre par là : sa poule aux œufs d’or.)
Il y avait là du matériel pour un roman et un recueil de nouvelles qui pouvait directement partir pour l’imprimerie.
Edgar n’en demandait pas tant, mais il accepta ce que cette petite pilule lui offrait. Certains de ses fans pensaient qu’il avait vendu son âme au diable pour écrire si bien. Non, c’était le fruit de son dur labeur. Nous pourrions dire qu’il signa avec le démon après… après avoir découvert le médicament, après l’avoir utilisé jusqu’à en abuser.
Après le coup de fil extatique de son éditeur, Edgar décida de reprendre le médicament, juste pour être sûr. Il espérait surtout que les effets seraient identiques que ceux de sa première prise. Et elles le furent.
Sa vie changea immédiatement. Ultra productif, chaque nuit il écrivait dans une transe, dans une frénésie d’idées, de sujets, mots, d’histoires qui dépassaient encore les limites qu’ils pensaient avoir déjà franchis lors de sa première fois.
Et cela se répéta pendant un mois. Dans un éclair de lucidité, l’écrivain décida de ne pas envoyer l’énorme quantité de travaux qu’il avait accumulé. En un mois, il avait écrit plus que toute sa vie. Et il continua à consommer son remède miracle jusqu’à ce que les effets s’estompent doucement.
Il réalisait qu’ils n’écrivait plus si vite, puis les idées commencèrent à se faire désirer, l’énergie s’estompait rapidement, la fatigue reprenait l’avantage.
Face à ce problème, l’auteur décida de faire une pause, d’arrêter. Peut-être que son corps et son esprit avaient besoin de faire une pause. Il n’était plus tout jeune, après tout.
Son repos ne dura qu’une semaine, l’anxiété que plus jamais il ne pourrait écrire, comme il avait pu le faire pendant ce mois incroyable. le tenaillait. Il voulait savoir si sa pause sabbatique avait porté ses fruits.
Jaskiers

CE TEXTE EST UNE FICTION
Le jour où j’ai découvert le Xanax, c’était un jour où enfin, mon corps, mon esprit et mon système nerveux, purent être apaisés.
J’avais l’impression, avant de prendre ce médicament, que toutes les cellules, les nerfs de mon corps et les neurones de mon cerveau étaient en surcharges constantes. Même mon cœur en reçut les bienfaits. Finis les battements de cœur raisonnants dans tout le corps, jusque dans les tempes, et qui parfois atteignaient la mâchoire. Je me demandais si parfois les gens autour de moi pouvaient les entendre. Comme il m’arrive de penser que les gens entendent mes pensées.
Enfin, une libération. Une impression de douce chaleur, comme un doux et léger orgasme, l’impression d’être enfin apaisé, libéré de l’oppression constante qu’imposait mon cerveau à tout mon être. Enfin, le monstre relâchait son emprise sur moi ! Le retour à l’état embryonnaire.
Avec le temps, le psychiatre a augmenté la dose, passant de 0,25 gramme le cachet à 0,50. En effet, les premiers commençaient à ne plus faire effet. Le corps s’habitue… curieuse machine qui fait tout son possible pour vous rendre la vie plus difficile. Enfin, je parle dans mon cas.
Passer de 0,25 à 0,50 m’a encore fait plus de bien. Mais, le temps, cette chose qui prend tout sans jamais redonner, à fait son travail.
Le psychiatre m’a prescrit trois comprimés et demie par jour.
L’effet d’apaisement n’était plus le même. J’étais moins anxieux, mais quelque chose semblait résister au Xanax, j’avais toujours une sorte de tension au plus profond de mon être que les trois pilules ne pouvaient atténuer.
À cela s’ajouta la mort de ma mère. Mes relations avec elle étaient conflictuelles. Elle ne croyait pas en la psychologie, encore moins à la psychiatrie. Selon elle, j’étais fou parce que son Dieu l’avait voulu ainsi. C’était ma croix à porter. Sauf que je n’ai jamais demandé à naître, personne d’ailleurs. Si j’avais pu choisir, je serais venu au monde dans une famille de bourgeois bobos. Mais je n’ai eu le droit qu’à une mère qui pense que croire en Dieu lui permet d’être la plus exécrable et irrespectueuse personne que j’ai eu la chance de connaître. Je ne l’ai jamais su qui était mon père, ça m’a beaucoup peiné durant mon enfance et mon adolescence, mais avec les années, je crois que j’ai considéré que ma mère m’avait faite toute seule, comme dans la chanson.
Sa mort m’a donné l’impression qu’une partie de moi avait disparu. Je l’aimais et la respectais malgré son caractère. Elle m’a élevé seule.
Le jour de son enterrement, j’ai préféré m’enfermer dans mes chiottes avec ma petite réserve de Xanax.
J’en pris deux en même temps. Et, oh bonheur !, la sensation de douce chaleur est revenue ! J’étais heureux ! Je me suis même endormi.
Pendant ce temps-là, ma mère était en train de descendre six pieds sous-terre, dans sa dernière demeure. Mes grands-parents étaient là avec elle.
Je n’ai jamais regretté d’être resté chez moi pendant son enterrement. Je n’ai pas à me justifier. Je n’accepte aucun jugement. Je n’ai besoin d’aucune pitié. Je veux juste être défoncé.
J’ai trouvé un certain sens à ma vie, atypique. Si je dois vivre, je veux vivre défoncé. Toujours, je me suis demandé pourquoi les gens se droguaient, maintenant je comprends.
Le Xanax, c’est pas mal. Je suis curieux de voir ce que les drogues vont m’apporter. Ils seront mes amis maintenant. Ma vie.
À chacun sa vie, à chacun sa voie. Vous avez peut-être le temps de juger, pas moi.
RAPPEL : CE TEXTE ÉTAIT UNE FICTION
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Quand je ne suis pas en opération, je suis un autre homme. De retour en France, quand assez de temps à coulé sous les ponts, que mon corps, mon esprit, mes nerfs, commencent à se relâcher, les souvenirs reviennent. Les traumas ouvrent les vannes émotionnelles : les cauchemars, les éternelles questions que l’on se pose sur l’être humain après avoir vue des choses qui vous donnent envie de brutaliser n’importe quelle personne suspecte qui passe près de vous, attaquent. Ou même cette pensée obsédante de se mettre un calibre sur la tempe afin d’éviter cette remise en question brutale vous assaille. Et l’on espère que ce traumatisme, avec le temps, on l’espère, guérira,
Le temps est une chimère. Il vous permet d’oublier temporairement les horreurs que vous avez vues, mais le corps, lui, n’oublie pas. Les flash-back qui apparaissent inopinément, parfois pour rien, parfois à cause d’un bruit ou d’une odeur. Tout remonte à la surface. J’ai entendu parler de vétéran qui pensait être revenu sur le champ de bataille après avoir entendu un pétard éclater, ou une portière de voiture qui claque. Ils, ou elles, pensent être de retour sur-le-champs de bataille. Accroupie, une arme invisible à la main, ils attendent des ordres qui ne viendront jamais. Il faut appeler un psychiatre ou un psychologue, avec le SAMU, pour sortir ces personnes de cette transe.
Bien sûr, et en France surtout, personne n’est au courant du défi que le retour à la vie civile implique pour un soldat. On n’en parle pas, on ne parle pas de ce qu’on a vécu. On nous le demande parfois, souvent des ami(e)s, et vous ne répondez pas. Ce n’est pas possible de comprendre, ni d’expliquer notre peine à une personne dont le seul souci semble être de savoir si la nouvelle star de la télé-réalité a appelé son fils Ethan ou Gloubiboulga. Un monde nous sépare des autres. Nous nous comprenons entre nous, et encore pas forcément à chaque fois.
Je n’ai plus ma place à l’armée, je ne sais même pas si j’ai le droit à une place chez les civils. Au final, quand j’ai signé pour devenir soldat, ce n’était pas une affaire de mois ou d’années, mais d’une vie entière.
Ce n’est pas du regret, j’ai choisi.
Comme ma sœur qui a choisi cette opération. Demain matin sera son moment sur le champ de bataille, et la suite sera un autre combat sur le long terme.
Ça ne s’arrête jamais la vie, et sans combats, pas de vie.
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« – Au fait, vous êtes gradé ? Sous-off’ ou trou fion ?
Je pensais avoir évité la discussion sur les sujets délicats, sujets que je n’ai pas forcément envie de parler. Mais non.
« – Vous avez été où ? Afghanistan truc comme ça ?
Je me demandais s’il allait encore rester là longtemps. Il était chirurgien, il avait sûrement d’autres chats à fouetter. Ou à opérer. Non, ça c’est les vétos.
« – Bon, je vous laisse ! Mesdames, pas d’inquiétude, tout va bien se passer demain matin. Il n’y a aucune raison pour que les choses tournent mal. Et vous soldat, merci pour votre service !
C’étaient mes dernières paroles, un au revoir courtois, mais j’avais envie de lui dire que je me fichais pas mal de ses remerciements pour mon service.
Car j’allai quitter l’armée. Il ne me restait plus que quelques mois à finir. Je ne pouvais plus supporter la vie de soldat. Mais je savais que ce qui m’attendait, la vie civile, qui serait une nouvelle épreuve. Une qui réserve ses lots de souffrances. Mais les vétérans, en France, tout le monde s’en fichent…
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Ma sœur allongée sur son lit d’hôpital, ma mère assise à ses côtés et moi, droit comme un piquet au milieu de la chambre.
L’opération à l’estomac qu’elle doit subir se déroulera demain matin, très tôt. Les larmes coulent le long de joues des deux femmes de ma vie. Moi, je peine tellement à pleurer, à trouver les émotions, celles normales qui font de vous un être… normal.
Le chirurgien entre, un homme dans les cinquante ans, bedonnant, marchant avec les bras pliés et éloignés le long du corps, comme s’il attendait à tout moment qu’une infirmière lui enfile une blouse et des gants. Un homme dont la vie est dominée par son travail, jusque dans son corps.
Voyant l’émotion, il parle :
« – Hey bien, hey bien, pourquoi les larmes de crocodile ? Vous êtes prêtes, tout se passera bien.
Les deux demoiselles essuient leurs larmes, des sourires se dessinent sur le visage.
Le docteur reprend, et à mon grand étonnement, s’adresse à moi. Par réflexe, je me redresse.
« – Et vous jeune homme ! Vous êtes le frangin.
Ma mère et ma sœur me regardent, avec, dessiné sur le visage, de légers sourires narquois. Je souris en retour.
Le docteur reprend, toujours à moi.
« – Droit comme un i, les mains derrières le dos ! Vous êtes soldat vous !
Des éclats de rires. Le docteur est rodé, il sait comment détendre l’atmosphère. Il me tend la main. J’hésite quelques secondes, veut-il quelque chose, un objet ou veut-il me serrer la main ? J’hésite, la dernière option, à cause de la Covid, me semble peu probable. Je me retourne, regarde ce qu’il pourrait vouloir. Je ne trouve pas. Cela dure quelques secondes.
« – Serrez-moi la pince, soldat ! »
Je sors mon sourire de circonstance, gêné, je lui tends la main et la sers. Une bonne poigne, mais la mienne est forte. Il lâche le premier.
« – Vous étiez dans quelle branche ?
Je n’aurais pas dû répondre à cette question. Comme souvent, les civiles aiment à en savoir plus quand ils apprennent que je suis, plus pour longtemps, soldat.
Jaskiers

The « Tributes to the Lizard King » series is my hommage to the poems and writings of Jim Morrison.
FYI: I am not fluent in English, I’m trying to be at least. Sorry for the potentials mistakes. Feel free to correct me in the comment section.
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Today, it’s all over.
We buried the
Unknown Soldier.
Lighted a candle,
nourished the fire.
Walking in the desert and
Step on a wire.
Trip in the sand, and…
Fell in love with a witch
and her magic wand.
Slowly she raised my hand.
Til’ the heaven stop the hell.
That’s what’s she told me.
Did she loved it?
I can’t tell.
I loved her two time,
One for tomorrow and one for
Today.
It’s all seem to far away,
like the Beatles and Yesterday.
Life is a bet,
to no one’s,
we owe debt.
Baby we gonna be alright,
because we learned how to forget.
As the sun we’ve been waiting for,
Set.
I need to go away,
We are just wanderer,
on planet Earth.
Just flesh, eyes, nervous systems and beating hearts.
Cancel our subscriptions to the
resurrection.
They’re is but one direction,
one thing we will all go through,
you know what I’m talking about.
I leave you, remember me, flamboyant,
no encore.
Followed her in the wood.
You want the world,
Now !
Scream, act bold,
scold because they scorched
our beautiful sister.
As the world go round and round,
we going numb and dumb.
Nobody want to fight in the front line,
for a wicked politician.
Good news !
The hitchhiker is dead !
Peoples flock the street,
but I feel dread.
This was me, the all time !
I had this thirst for love I could not quench
I’ve fallen down.
I can not stand.
Because this is the END.
—
Jaskiers