Des gens dans la forêt

Image

Je ne sais comment parler de ce… phénomène… Je ne sais même pas si c’est le bon mot, phénomène.

J’observe depuis quelque temps, un attroupement, enfin, des gens, rentrer dans cette forêt de pins (je crois que ce sont des pins en tout cas) près de chez moi.

Certains sont habillés d’une sorte de pyjama à rayures, la plupart en fait. Et ils sont encadrés par ces personnes habillées en noir.

Je ne sais pas si ce sont des hommes, des femmes ou les deux. Les personnes en habits rayés n’ont pas de cheveux. Les personnes en noir ont des sortes de chapeaux.

Cela fait bien quelques semaines que cela dure. J’ai posé des questions à maman et papa, ils ne répondent pas, me disent que ce sont des gens qui font leur travail.

Mais je n’ai jamais vu des personnes crier quand elles travaillent. Et puis, il y a comme des petites explosions parfois. Ça raisonne et fait s’envoler les oiseaux. Ça me fait sursauter. Je pense que ceux qui travaillent aussi doivent sursauter.

Parfois, il y a une série de bruits, comme si quelqu’un frappait un arbre avec un gros bâton en fer. C’est un bruit un peu sourd. J’ai cru, au début, que c’était parce qu’ils coupaient des arbres, mais si c’était le cas, j’entendrais ces bruits tout le temps. Mais ce n’est que de temps en temps, au moins une fois par jour.

Parfois ça crie. Les cris font peur. On dirait qu’un ouvrier (ou ouvrière) c’est fait mal. Ça arrive tous les jours, plusieurs fois. Ça m’empêche de me concentrer pour travailler avec ma professeure.

Je lui ai demandé, un jour, ce que c’était que ces bruits, mais elle m’a dit qu’elle ne l’entendait pas. Je crois qu’elle ment, j’ai regardé son visage, ses lèvres se sont tordues. C’est ce qu’elle fait quand je fais des fautes dans mes devoirs.

Ces gens dans la forêt arrivent très tôt le matin. Je ne suis même pas levé mais je les entends. Ils me réveillent. Au début, tous ces bruits, ça me faisait peur. Mais quand mes parents m’ont dit que c’étaient des travailleurs, je n’ai plus eu peur. Même si je trouve étrange d’entendre ce genre de bruit. Je ne savais pas que travailler, comme les grands, était aussi bruyant. Ça fait presque peur. Peut-être que je devrais demander à mon père de m’emmener avec lui, à son travail, pour voir si dans son travail aussi, ils font du bruit.

Mon papa est calme mais il peut vite devenir colérique. Parfois, je le trouve rude avec maman. J’ai entendu un jour maman dire qu’elle avait honte de vivre ici, avec moi, dans cette maison si près du camp où travaille papa.

Mais j’ai décidé de sortir voir les travailleurs dans la forêt. Mon papa a un uniforme noir, qui ressemble presque à celui des gens qui accompagnent les autres en pyjama rayé. Papa aussi a une sorte de chapeau, mais je crois qu’il est moins gros que ceux de la forêt.

Je suis sorti aujourd’hui. J’ai pris mon carnet avec moi, pour noter, comme ça je pourrai faire un compte-rendu à papa, comme les professionnels.

Les gens en pyjamas sont très maigres, ils n’ont pas de cheveux. Beaucoup semblent malades. Je me suis précipité, en colère, vers l’une des personnes en noir, et j’ai vu que leur costume ressemblait presque à celui de papa.

C’étaient des femmes, en uniforme d’homme. Quand je suis allé les voir, j’ai pris mon ton le plus sévère, comme papa le fait avec maman, pour leur demander pourquoi ces gens étaient si mal en point.

Les femmes ont bondi quand elle m’ont vu. Je crois que j’ai réussi à leur faire peur.

Je leur ai dit que j’allai en parler à mon père, qu’ils allaient avoir des problèmes pour traiter les gens comme ça.

Ils ont forcé une personne en pyjama à creuser un trou. Je leur ai dit que c’était pas comme qu’on se comportait en tant que patron envers ses employés.

Ils m’ont dit que ce trou était pour moi, que je pourrai jouer dedans tout en surveillant ce qu’il se passe, comme ça, je pourrai en parler à mon père. C’est ce qu’ils m’ont dit.

Je ne vois pas pourquoi je jouerai dans un trou plein de terre. Comment je suis censé les surveiller dans un trou ?

Quand je leur ai dit, ils m’ont dit que j’aurai tout le temps du monde pour réfléchir à tout ça, quand je serai dans le trou.

J’irais dans ce trou pour faire semblant que je leur obéis, ce sont des adultes, je peux les rouler dans la farine, mais ce soir, j’irai dire à papa tout ce que j’ai vu et ça bardera pour eux.

Les femmes viennent me chercher pour me mettre dans le trou. Elles m’ont dit de faire attention, qu’ils risquaient d’y avoir des insectes qui pourraient me manger. Je n’ai pas peur, papa m’a dit que la peur c’est pour les faibles. Je n’en suis pas un. Il sera fier de moi, ce soir.

(Ce texte a été inspiré par la lecture du livre « Les mannequins nus » de Christian Bernadac et par le film « La zone d’intérêt » du réalisateur Johnathan Glazer.)

En hommage aux déportés des camps nazis. Victimes et survivants

Jaskiers

Un rêve, la réalité (nouvelle)

Image

Installé sur le toit de son immeuble en pleins centre ville, son tout nouveau télescope déployé et prêt à l’emploi, David sentait qu’il avait réussis quelque chose d’important.

Depuis gamin, avoir un télescope, c’était son rêve, qu’il dût oublier pendant longtemps. Son père et sa mère vivaient sur la corde raide niveau finance. Des sacrifices, il en fit beaucoup, mais il s’était promis que quand il serait grand, il aurait son télescope. Un bon, un vrai de vrai, de qualité.

Il dut attendre bien après ses années de fac pour enfin réussir à s’en acheter un.

Être devenu avocat d’affaires, c’était quelque chose, mais ce télescope qui n’attendait plus que lui pour observer l’Espace, c’était le symbole de sa réussite. Pas les diplômes ni les honneurs.

David avait beaucoup travaillé pour être là où il était. Tous ses sacrifices, ses efforts, ses soucis, tout cela l’avait mené ici. Sur le toit de l’immeuble de son cabinet d’avocat.

Les mains moites, légèrement tremblantes, les yeux légèrement humides dû à l’émotion autant qu’aux températures froides de cette nuit dégagée, il s’approcha enfin de son Graal. Le jeune avocat allait enfin voguer là où nul humain ne mettrait les pieds, du moins, avant très longtemps. Excepté la Lune. Ce fut d’ailleurs sa première cible.

Elle n’était qu’à son premier quart, mais l’excellente qualité du télescope lui renvoyait l’image claire des sinuosités, des cratères et des traits si distinctif de notre satellite naturel. Il arrêta là son observation de la Lune, se projetant déjà une nouvelle séance d’observation pour la prochaine pleine Lune.

Il s’écartait du télescope pour apprécier le moment qu’il venait de passer a admirer une petite parcelle de notre satellite naturel.

David s’ouvrît une bière, bu une généreuse gorgée, leva ses yeux vers le ciel étoilé. Tout ce qu’il voyait, il pouvait maintenant l’observer de plus près.

Sa prochaine direction, Mars.

Mars n’était pas la planète qui le fascinait le plus. Il préférait les anneaux d’astéroïdes d’une Saturne ou l’immense Jupiter. Mais Mars est la planète la plus proche de la Terre, et avec sa couleur rouge, on ne pouvait pas l’éviter.

Il entra sur l’application connectée à son télescope le nom de la planète rouge.

Et doucement, le télescope se dirigera de lui-même dans la direction de la planète.

Ce n’était qu’un test, il voulait rechercher lui-même les planètes, l’application était un gadget utile pour ceux qui étaient pressés, qui n’avaient qu’une faible connaissance de la Voie Lactée. Rechercher une planète par soi-même, c’était partir à l’aventure, rencontrer des constellations et autres beautés de l’Espace. Ce n’était que pour tester l’efficacité de cette application.

Et il s’avéra qu’il n’y avait pas de quoi se plaindre, le télescope était pile sur Mars. David n’avait qu’à ajuster et régler les différentes options offertes par son appareil pour observer Mars comme il le voulait.

Mais soudain, quelque chose d’étrange qui doucement semblait passer devant la planète rouge, fit son apparition.

David essaya de régler une nouvelle fois son télescope, mais cette masse étrange était toujours là, descendant lentement mais sûrement devant la planète rouge.

Il vérifiait si ce n’était pas un insecte qui se serait posé sur la lentille mais l’avocat ne trouva rien.

La masse recouvrait maintenant l’entièreté de Mars, qui disparut.

David alluma son téléphone, ouvra le réseaux social populaire du moment, tapa dans la barre de recherche ‘Mars’, voir si d’autres férus d’astronomie observaient le même phénomène que lui. Mais il ne trouva rien.

L’avocat n’avait pas eu tout le temps de s’être parfaitement informé sur l’utilisation de son télescope high-tech. Il pensait que le phénomène venait peut-être aussi de son manque d’expérience dans la manipulation d’un télescope.

En regardant une nouvelle fois dans le télescope, la masse avait laissé sa place aux reflets de rouge de Mars.

Le jeune homme n’eut pas le temps de savourer la planète martienne, la masse remontait, et en un rien de temps, elle cacha Mars une nouvelle fois.

Cette masse était plus proche cette fois, il put observer de légers reflets sur cette chose qui commençait à se dévoiler sur la lentille du télescope.

Une forme massive, ovale, avec des sortes de tentacules qui flottaient sous son corps.

Pourquoi ressentait-il que cette chose, il la reconnaissait ?

Il ouvrit sa serviette, sortie quelques dossiers de clients à la va-vite pour ressortir un livre de poche usé. « L’appel de Chtuhulu » de H. P. Lovecraft.

Un frisson lui traversa le dos, en levant son regard, il put voir la chose approcher. Plus besoin de télescope.

(À suivre ?)

Jaskiers

Tout perdre – Chapitre 3

Image

Comme beaucoup, j’ai fait plusieurs jobs. Il y avait une place pour tout monde. On ne travaillait plus pour l’argent, mais pour notre futur et, surtout, celui de nos enfants.

Après avoir été responsable de service qualité d’une usine de robotique, emploi où je n’étais pas qualifié du tout, j’ai fait d’autres boulots, dans la même veine. Jusqu’à ce que je découvre cette position d’agent de liaison avec l’Appolo 100.

L’Appolo 100 a été, et reste pour l’instant, la plus grande prouesse de l’humanité.

L’ancien ISS a été la base de l’immense structure orbitale qu’est devenu le 100. Tout y est pour explorer, aussi loin que humainement et techniquement possible, l’Espace, les systèmes solaires, la Voie Lactée, Andromeda, les trous noirs, les potentielles planètes habitables et j’en passe.

Ces 100 astronautes qui font ce travail au-dessus de nos têtes ont besoin d’assistances, comme je l’ai mentionné précédemment.

L’Organisation Spatiale Internationale, l’OSI, a donc décidé de proposer des places d’assistant pour astronaute. Il y avait deux catégories, la catégorie des assistants basée sur les besoins technique, scientifique, technologique et des assistants dédié au bien-être des astronautes, c’est-à-dire, une assistance pour les liaisons familiales (les liaisons directs entre astronaute et famille pouvant s’avérer dangereux, pour le moral et la sécurité des astronautes), les besoins personnel (nourritures, produit d’hygiène ect…), médical (mettre en liaison l’astronaute avec un thérapeute ou un médecin si besoin).

Les deux catégories étaient donc aussi en charge de remplir des rapports pour les navettes approvisionnant le 100. Tout devait être catalogué, ne rien oublier d’important ni de vital, expliquer les raisons et calculer, grosso modo, le poids et le coût de ces ravitaillements.

Mais la technologie a, et continue, de faire des progrès impressionnants. De mon point de vue, je trouve que nous devrions freiner et planifier plus prudemment le chemin que prend l’innovation à outrance.

J’ai donc perdu mon travail à cause d’une intelligence artificielle qui communique maintenant avec les astronautes… cette perte en amène d’autres. Du jour au lendemain, j’ai presque tout perdu. Comment est-il possible de tout perdre en un instant ?

À notre époque, tout est lié. Vous êtes, comme tout le monde, un pion dans la révolution spatial. La technologie, ceux qui les construisent et surtout qui les contrôlent, savent tout de vous. Tout est enregistré sur les Clouds, rien n’est laissé de côté. Et votre métier vous permets de garder vos possessions, si vous le perdez, vous devenez inutile, le personnel du Gouvernement Mondial vous coupe tout, jusqu’à ce que vous trouviez un métier, un moyen de contribuer au grand projet.

Donc, j’ai tout perdu. Ma maison ne répondait plus à ma clef magnétique. Ma femme travaillant comme infirmière était la seule personne pouvant m’ouvrir la porte. D’ailleurs, elle avait gardé tout contrôle sur ce que moi j’avais perdu.

Nos relations se sont détériorées, elles sont toujours mauvaises. Je suis persuadé qu’elle a subi des pressions à son travail et dans sa vie de tous les jours. Côtoyer un chômeur ? Être marié avec un Inutile ? Non, ce n’était pas acceptable, surtout pour une infirmière dont le travail est d’une importance vitale pour notre société.

J’ai accepté la rupture, j’ai souffert de voir de la honte dans le regard de mes enfants, je devais partir, je l’ai fait.

Jaskiers

Cauchemar d’enfance

Image

Était-ce le milieu de la nuit ? Au début ? À l’aube ?

Je ne me rappelle plus, seulement, je sais que la chambre était plongée dans la pénombre.

Pourquoi étais-je réveillé ? Je ne me rappelle plus.

Pourquoi je fixais la porte de ma chambre ? Vous avez deviné, je ne me souviens plus.

Est-ce que j’étais éveillé ou encore dans les bras de Morphée ? Encore une question sans réponse.

Ce dont je me rappelle, ce sont ces mannequins de boutiques, ceux que je voyais quand je passais devant cette boutique de prêt-à-porter, boutique qui dans mes souvenirs n’était jamais ouverte. Les mannequins n’étaient jamais habillés, il semblait y avoir de la poussière sur eux, de la crasse. Ces mannequins n’étaient pas ceux que l’on trouve habituellement dans les boutiques. Ils étaient plats, grands, aucunes formes, asexuelles. On distinguait évidemment la tête, les bras, peut-être un peu de hanche, les jambes et c’est tout. Mais ils étaient plats et chacun avaient sa couleur, bleu, rouge, gris, blanc, noir, vert.

Je passais devant souvent. La boutique était dans une galerie marchande où ma mère m’emmenait pour faire les courses et je jetai toujours un coup d’œil à ces mannequins, abandonnés au regard de tout le monde.

La nuit dont je parle, ces mannequins ont ouvert la porte de ma chambre, ils étaient toujours aussi plats, leur bras et jambes bougeaient et c’était tout. Qu’ils étaient maigres ces bras et ces jambes ! Mais ils étaient sûrs de leur mouvement. Celui (ou celle…) qui avait ouvert la porte était le mannequin de couleur jaune, j’ai vu sa main et son avant-bras lentement redescendre à ses flancs après avoir ouvert la porte pour lui et ses camarades.

Ils rentrèrent tous, toutes les couleurs et s’installèrent debout, devant mon lit et ne bougèrent plus.

Attendaient-ils de moi quelque chose ? Voulaient-ils que je les habille ? Que je leur parle ?

Je n’en sais rien car j’ai crié et me suis caché sous ma couette. Le temps que ma mère arrive pour demander ce qu’il se passait et me rassurer, ils avaient disparus.

Cauchemar… Cauchemar ? J’avais environ 6 ans, je me rappelle distinctement les voir rentrer doucement, et même si leur visage n’était qu’un vulgaire ovale sans traits aucuns, j’étais persuadé qu’ils me regardaient. Maintenant encore, quand il m’arrive de repenser à cette horreur onirique, je ne m’en rappelle pas comme d’un cauchemar mais comme un vrai souvenir, comme si j’étais éveillé et que ces mannequins étaient vraiment entrées dans ma chambre. Qu’ils étaient vivants, avec une conscience. Si je me concentre, j’ai presque l’impression qu’ils m’ont parlé, pas physiquement, ils n’avaient pas de bouches mais communiquaient par télépathie.

Pourquoi étaient-ils venus ME voir, moi un enfant et pas un autre ? Que me voulaient-ils ? Que me serait-il arrivé si ma mère n’était pas venues à mon secours ?

Peut-être qu’en fin de compte, tout ceci était un rêve, enfin un cauchemar. Même si ma mère ne s’en souvient pas du tout, et pourtant, je n’étais pas le genre d’enfant à crier et à appeler à l’aide après un mauvais voyage onirique.

Après tout, pourquoi, après cette nuit, les mannequins avaient disparu de la boutique ?

Tant de questions, dans un monde qui est obsédé par les réponses. Je ne cherche pas plus loin, les choses sont parfois mieux laissées sans réponses.

Jaskiers

Une histoire de fantôme (une histoire vraie… si si !)

Image

J’étais enfant, je dirais que je devais avoir 8 ou 9 ans. J’étais en vacances chez mon père qui m’avait amené à la campagne, dans la maison de ma grand-mère. Une vielle maison qui nous appartient depuis plusieurs générations, si j’ai bien calculé.

C’était (et est toujours) une vieille bâtisse, avec de massifs volets en bois, un étage, un immense jardin, une petite cour devant et l’atelier de menuisier datant de mon arrière-grand-père juste en face. En faite je pense même que l’atelier a été construit à l’époque de mon arrière-arrière-grand-père, mais je ne suis pas sûr.

Toujours est-il que cet été, je jouais dans la cour de devant, une cour pas bien grande mais constituée de cailloux, de sable et de mauvaises herbes qui semblent pousser en une nuit.

Mon père bricolait dans l’atelier et moi, j’avais découvert comment faire du ciment, du moins je pensais que j’avais découvert comment en faire.

J’avais décidé de créer une sorte de petit fort en utilisant le sable et les cailloux de la cour mélangés avec du ciment « prêt à l’emploi ».

Autant vous dire que mon fort ressemblait plutôt à une sorte de montagne. Qu’à cela ne tienne, j’avais sorti mes petites voitures et avait créé des chemins avec une balayette qui passaient autour de la montagne, j’étais content.

Je jouais tranquillement, mon père toujours en train de bricoler je ne sais quoi dans l’atelier, ma grand-mère, handicapée, devant sa télé quand j’entendis quelqu’un cogner dans une vitre.

Je me retournais pour voir si c’était ma grand-mère qui cognait à une des vitres du rez-de-chaussée, personne.

Trois nouveaux coups retentirent à ce même moment et je levais ma tête. Une femme pâle, brune, un visage fin, avec sur la tête une sorte de voile, me faisait signe, avec un grand sourire.

Je lui rendis son signe amical et recommença à jouer. Je pensais que c’était une nouvelle femme de ménage qui était venue aider ma grand mère, sans que je ne m’en rende compte. Je n’ai pas plus été surpris que ça.

Après une demi-heure de course poursuite effrénée autour de la montagne de ciment, appelons cette montagne ce à quoi elle ressemblait vraiment, un monticule de sable, de cailloux mélangé avec du « ciment » et de l’eau, je décidais de rentrer pour prendre mon goûter.

En rentrant dans la cuisine, je dis à ma grand-mère, qui était devant sa télévision, que je ne savais pas qu’elle avait une nouvelle femme de ménage. Elle me répondit qu’elle n’avait pas changée de femme de ménage depuis plus de 10 ans. Je lui demandais donc qui était cette personne à l’étage qui m’avait fait « coucou ». Elle me répondit par un silence, une expression un peu inquiétante, comme si elle parlait à un fou. Elle me répondit que personne n’était monté là-haut, les femmes de ménages ne pouvant faire le ménage que dans les espaces de vies de la bénéficiaire. Ma grand-mère étant lourdement handicapée, l’étage n’était pas un espace de vie. Aussi, personne n’était venu faire une visite de courtoisie à ma grand-mère, ce qui était chose courante à cette époque pas si lointaine.

L’étage n’était occupé par personne, excepté par mon père et moi quand nous y dormions.

J’affirmais avec certitude avoir vu quelqu’un à l’étage, une femme. Mais ma grand-mère trouva l’explication : j’avais imaginé ça, j’étais tellement pris dans mes courses de petites voitures que j’ai imaginé une femme me faisant un signe de la main et un sourire.

Depuis ce jour, c’est la chose la plus inexplicable qui m’est arrivée. Je suis persuadé que j’ai vu cette femme car je me rappelle exactement à quoi elle ressemblait, et surtout, je me souviens avoir entendu distinctement les coups sur la vitre, le signe de la main, le sourire, le beau visage de la femme et son châle de marié.

En regardant des vieilles photos de famille, je crois avoir reconnu mon arrière-grand-mère, une femme brune au visage fin, je n’ai que cette photo d’elle… en robe de marié. Je n’avais jamais vu cette photo auparavant, c’était en fouillant il y a 3 ou 4 ans dans une vieille armoire que j’ai trouvé cette photographie.

J’ai demandé des renseignements à ma grand-mère, elle m’a dit que c’était une femme très belle, avec des cheveux magnifiques, mais avec une personnalité des plus… extravagantes. Elle croyait aux extraterrestres par exemple, ce qui n’est pas rien quand on sait qu’à l’époque, cette croyance était très mal vue.

Parfois, ma grand-mère me dit parfois qu’elle entend quelqu’un cogner à une vitre la nuit. Elle et moi ne croyons pas aux fantômes. J’aimerais qu’ils existent, cela rendrait la vie plus intéressante, mais je ne peux expliquer ce que j’ai vu ce jour-là. Je m’en rappelle comme ci c’était hier.

J’ai dormi des années et passées plus de dix ans dans cette maison et je n’ai jamais vécu quelque chose de paranormal. Je n’ai jamais entendu les bruits que ma grand-mère entends la nuit, jamais vu d’autre apparition ni senti de présence.

Mais j’ai vu, j’en suis sûr et certain, ce que je crois être le fantôme de mon arrière-grand-mère, dont je porte le prénom en troisième prénom (ça se dit ça ?).

Je préfère cette théorie là, celle du fantôme, à celle d’une personne qui vivait en cachette dans la maison familiale, à l’insu de ma grand-mère, et même de moi et de mon père.

Je sais ce que j’ai vu, et jamais je n’ai vécu d’autres expériences. Et honnêtement, j’aime à me souvenir de son beau visage.

Jaskiers

Abercrombie Writing Prompt 4 – Déception

Image

Ce texte est une FICTION

« – Papa, quand est-ce que tu t’arrêtera !

  • De quoi tu parles ?
  • Arrête de jouer avec moi tu le sais très bien.
  • Je ne vois pas de quoi tu parles.
  • C’est tous les jours la même chose !
  • Mais que veux-tu dire ?
  • Tu crois que je suis aveugle !
  • Non !
  • Tu crois que je suis trop jeune pour comprendre ?
  • Mais de quoi parles-tu bon sang !
  • Je sens les relents jusqu’ici !
  • Relents de quoi ?
  • Tu n’as même pas un peu honte ?
  • Je crois que tu deviens fou.
  • C’est moi le fou ? Mais regardes toi !
  • Mais que veux tu dire enfin merde !
  • Lève toi !
  • Pourquoi ?
  • Tu sais très bien que tu ne pourra pas tenir debout plus de 10 secondes sans tanguer !
  • N’importe quoi !
  • Tu crois que je ne te vois pas ?
  • On vie ensemble mais je ne te vois jamais.
  • Parce que j’en ai marre de te voir ainsi.
  • Sûrement que tous ça, c’est ta mère !
  • Elle n’a rien à voir avec ça ne commence pas avec elle !
  • C’est elle qui te monte contre moi !
  • Non ! Non seulement je le vois, je le sens et tous le monde le sais. Tu te crois discret en plus !
  • Je n’ai rien à cacher !
  • Ah bon ? Et si j’ouvre cette glacière recouverte de vielles couvertures, que vais-je trouver ?
  • Rien…
  • Ah bon ? Tu es sûr car tu a l’air plutôt inquiet sur le coup.
  • Laisse-moi tranquille ! On dirait ta mère !
  • Et tada ! Du vin de table ? Sérieusement ?
  • Tu affabules !
  • Mais bien évidement, c’est la même chose à chaque fois ! Elles sont bien là ces bouteilles non ?
  • C’est à cause de toi !
  • Tu buvait avant ma naissance, on t’a même retiré le permis avant que je naisse !
  • C’est toi et ta mère !
  • C’est tellement simple de rejeter la faute sur les autres.
  • Fallait me laisser tranquille merde !
  • Chaque jours tu te détruit, c’est la mort que tu veux !
  • Oui ! Exactement !
  • Et tu penses un peu à moi ?
  • J’ai assez pensé aux autres !
  • Donc ça veut dire que te saouler tout les jours, c’est penser à toi ?
  • Mais laisse moi tranquille !
  • Tu vois pas à quoi tu ressemble ?
  • Je ressemble à quoi ?
  • À un déchet !
  • Les chats ne font pas des chiens, tu verra toi aussi tu boira !
  • Quand je vois le résultat ça ne me donne pas envie.
  • Tu disait la même chose pour la cigarette !
  • Sauf que la cigarette ne rend pas saoul !
  • On verra ça quand tu aura des enfants.
  • Des enfants, tes petits enfants qui n’auront jamais l’occasion de rencontrer leur grand-père plutôt. C’est ça que tu veux ?
  • Mais ça ne regarde que moi.
  • Tu m’as un jour promit d’essayer d’arrêter.
  • Et bien j’ai pas réussis !
  • Essaie encore une fois pour moi.
  • Tu ne le mérite pas.
  • Donc je ne le mérite pas ? Et si tu le faisais pour toi ?
  • Ma vie est faite, je m’en fou, je n’ai plus rien.
  • Je ne suis rien si je comprends bien.
  • Les chiens ne font pas des chats comme je te l’ai déjà dis.
  • Je te le dis, en face, et j’espère que tu t’en rappellera le moment venu, tu finira attaché à des machines. Tu souffrira pour mourrir. Ça sera trop tard pour faire machine arrière.
  • On récolte ce que l’on sème.
  • Exactement, c’est ça que tu veux ?
  • Oui.
  • Je crois que tu aurai peut-être besoin d’un psy, un professionnel à qui parler.
  • Ces gens, ces psychologues et tout leurs dérivés sont des magouilleurs, des charlatans. Je ne veux pas entendre parler d’eux.
  • Dans ce cas qu’est-ce que je dois faire ?
  • Rien. Parce que il n’y a rien à faire.
  • Très bien. Ne compte pas sur moi quand tu vomira tes entrailles.
  • C’est pas à toi de te faire du soucis pour moi.
  • C’est trop tard.
  • Ça ne sert à rien, tu as toute ta vie devant toi.
  • Justement, j’aimerai la passer avec toi aussi longtemps que possibles.
  • On ne dirait pas.
  • Et pourtant si.
  • Tu me gonfles ! Arrête maintenant avec tes inepties et dégages.
  • Très bien. Au moins je saurai que quand tu sera mort, j’aurai au moins fais mon possible.
  • Très bien, tu n’auras pas à te culpabiliser, tu as dis ce que tu voulais me dire…
  • Plutôt ce que j’avais besoin.
  • D’accord, maintenant c’est fait. Laisse moi, dégage merde ! »

Jaskiers