Des bouteilles et l’irrémédiable (histoire vraie/personnelle)

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Un cadavre sur un banc dans le parc du village. Les rumeurs disent que l’homme avait vomi ses tripes, littéralement. Que son ventre était gonflé. La douleur était son masque de mort.

Il était connu pour boire, beaucoup. Mais personne n’a daigné lui en parler, semble-t-il. Le cadavre retrouvé mort sur un vulgaire banc en bois était connu de son vivant comme étant un habitué du bar du bourg.

Il laisse derrière lui une jeune fille. Jeune fille qui avait dû faire face durant sa scolarité, au collège du village, à l’harcèlement sur son physique. En filigrane, des remarques sur l’alcoolisme de son père avaient sûrement dû lui arriver en échos. Car l’alcoolisme, et surtout l’alcoolique, on s’en moque en cachette. Les personnes semblent savoir que le sujet est tabou, ils préfèrent lâcher leurs blagues de mauvais goût dans le dos plutôt qu’en face. Cette jeune fille a sûrement dû souffrir autant des blagues cruelles sur son physique que sur le penchant pour la boisson de son père.

Cette jeune fille l’a-t-elle rejeté, ce père alcoolique ? Sa femme, ou son ex-femme, la mère de la jeune fille, l’a t’elle écartée de lui ? Car il est mort seul. Dans le froid d’une nuit d’automne. On ne peut que tergiverser sur comment il a fini sa vie dans cet endroit. Sentait-il que la fin approchait ? Que son corps refusait de subir cette torture ? Dans son agonie supposée, pourquoi avoir choisi le parc de la commune pour dernière demeure ? Une réponse simple, la maison où sa fille vivait n’était pas loin.

Personne ne sait vraiment qui l’a trouvé. La gendarmerie, la plus proche, c’est-à-dire a une bonne vingtaine de kilomètres du village, est venue et a constaté le décès. Enfin, c’est la rumeur qui rapportait ça.

C’est une chose d’avoir un proche alcoolique. Une autre d’avoir un proche alcoolique dans un petit village où tout le monde se connaît.

L’hypocrisie des villageois est déroutante.

« Ça allait mal finir, on le savait de toutes façons.

J’avais de la peine pour lui, et sa gamine.

Il était gentil, même avec un coup dans le nez. »

Une question me saute à la gorge à chaque fois que je me rappelle les mots de ces gens : si vous étiez persuadés que sa consommation d’alcool était excessive, pourquoi n’avez vous rien fait ?

Dans un village, on ne se mêle pas des problèmes des autres, on écoute, on plaint un peu l’autre en face. Mais surtout, on s’en remet aux copains pour en rire. Mais on ne fait rien. On s’occupe de ses propres problèmes.

Les amis de cet homme mort n’étaient pas les personnes qui allaient l’aider, ils étaient eux aussi des piliers de comptoir.

Le barman du village afficha au moins deux photos de ces malades alcooliques sur le comptoir de son bar, en souvenir.

De mon point de vue, cela est plus qu’irrespectueux. C’est comme si Kalachnikov affichait les photos de toutes les personnes tuées par un AK-47 dans son bureau.

Ce tenancier de bar n’était pas blanc comme neige, de mon point de vue.

Je sais qu’il n’hésitait pas à vendre quelques verres de blanc cassis à mon paternel… bien que mon père était en train de combattre une leucémie.

Il n’y avait pas sa photographie dans le bar à sa mort. Mon père ne l’aimait pas trop, apparement.

Ce bar est maintenant fermé depuis une décennie. Tenir une entreprise dans un village est difficile. Tellement que l’on n’hésite pas à servir de l’alcool à des personnes vulnérables, à des adolescents. Si l’argent rentre, après tout…

Devrais-je mettre les buralistes sur la même balance ? Cela aurait du sens. Mais il y a une différence entre être alcoolique et fumeur. Celle évidente de la proximité d’un barman et de ses clients réguliers. Celle où la consommation de la substance, et l’abus, se voient directement, via le comportement, surtout chez le barman.

Mais à quoi bon écrire là-dessus… l’homme a crevé seul sur un banc, le village a montré son hypocrisie habituelle quand l’alcool tient un rôle majeur.

Dans un village, j’estime que 90 % des adultes boivent régulièrement.

Je le sais, mon père était alcoolique et vivait dans ce village.

Je le sais, pendant 3 ans, tous les week-ends je pratiquais le Binge-Drinking dans ce village.

Je pense écrire sur d’autres drames liés à l’alcoolisme. J’ai été observateur pendant une partie de mon enfance puis acteur les week-ends dans ma vie de jeunes adultes.

Ai-je mentionné que le barman vendait de l’alcool aux mineurs ? Oui. Il vendait aussi des cigarettes… au détail ! Une cigarette = 1 €.

Si jamais la police entrait, il laissait le paquet ouvert sur le comptoir : « J’le laisse ouvert et j’enlève quelques cigarettes. Et s’ils demandent, je leur dis que c’est mon paquet. »

Dire que cet homme était à la crémation de mon père. Qu’il m’a accosté sur le trottoir. J’avais quelques moments auparavant juste placé les cendres de mon père à côté de ceux de mon frère…

Attention, cet homme n’est pas responsable de l’alcoolisme de ses clients. Mais il ajoutait de l’huile sur le feu. Je doute qu’il ait ne serait-ce qu’une once de remords. Il dort la conscience tranquille.

Peut-être pensait-il que c’était de ma faute. Après tout, c’était mon père, j’aurai dû l’aider à arrêter de boire. Mais j’ai essayé, tellement. Jusqu’à me détruire. Jusqu’à me juger responsable de sa mort. Mais plus je pense à cette personne, plus je me remarque que certains hommes sont foncièrement mauvais. L’argent est maître. Je ne l’accuse pas évidemment d’avoir tué ces hommes. Je pose juste la question éthique. Une question de moral, de valeurs.

Je ne sais ce qu’est devenue la jeune fille dont le père mourra seul dans le parc.

J’ai quitté ce village. J’espère qu’elle aussi.

Jaskiers

Un rêve, la réalité (nouvelle)

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Installé sur le toit de son immeuble en pleins centre ville, son tout nouveau télescope déployé et prêt à l’emploi, David sentait qu’il avait réussis quelque chose d’important.

Depuis gamin, avoir un télescope, c’était son rêve, qu’il dût oublier pendant longtemps. Son père et sa mère vivaient sur la corde raide niveau finance. Des sacrifices, il en fit beaucoup, mais il s’était promis que quand il serait grand, il aurait son télescope. Un bon, un vrai de vrai, de qualité.

Il dut attendre bien après ses années de fac pour enfin réussir à s’en acheter un.

Être devenu avocat d’affaires, c’était quelque chose, mais ce télescope qui n’attendait plus que lui pour observer l’Espace, c’était le symbole de sa réussite. Pas les diplômes ni les honneurs.

David avait beaucoup travaillé pour être là où il était. Tous ses sacrifices, ses efforts, ses soucis, tout cela l’avait mené ici. Sur le toit de l’immeuble de son cabinet d’avocat.

Les mains moites, légèrement tremblantes, les yeux légèrement humides dû à l’émotion autant qu’aux températures froides de cette nuit dégagée, il s’approcha enfin de son Graal. Le jeune avocat allait enfin voguer là où nul humain ne mettrait les pieds, du moins, avant très longtemps. Excepté la Lune. Ce fut d’ailleurs sa première cible.

Elle n’était qu’à son premier quart, mais l’excellente qualité du télescope lui renvoyait l’image claire des sinuosités, des cratères et des traits si distinctif de notre satellite naturel. Il arrêta là son observation de la Lune, se projetant déjà une nouvelle séance d’observation pour la prochaine pleine Lune.

Il s’écartait du télescope pour apprécier le moment qu’il venait de passer a admirer une petite parcelle de notre satellite naturel.

David s’ouvrît une bière, bu une généreuse gorgée, leva ses yeux vers le ciel étoilé. Tout ce qu’il voyait, il pouvait maintenant l’observer de plus près.

Sa prochaine direction, Mars.

Mars n’était pas la planète qui le fascinait le plus. Il préférait les anneaux d’astéroïdes d’une Saturne ou l’immense Jupiter. Mais Mars est la planète la plus proche de la Terre, et avec sa couleur rouge, on ne pouvait pas l’éviter.

Il entra sur l’application connectée à son télescope le nom de la planète rouge.

Et doucement, le télescope se dirigera de lui-même dans la direction de la planète.

Ce n’était qu’un test, il voulait rechercher lui-même les planètes, l’application était un gadget utile pour ceux qui étaient pressés, qui n’avaient qu’une faible connaissance de la Voie Lactée. Rechercher une planète par soi-même, c’était partir à l’aventure, rencontrer des constellations et autres beautés de l’Espace. Ce n’était que pour tester l’efficacité de cette application.

Et il s’avéra qu’il n’y avait pas de quoi se plaindre, le télescope était pile sur Mars. David n’avait qu’à ajuster et régler les différentes options offertes par son appareil pour observer Mars comme il le voulait.

Mais soudain, quelque chose d’étrange qui doucement semblait passer devant la planète rouge, fit son apparition.

David essaya de régler une nouvelle fois son télescope, mais cette masse étrange était toujours là, descendant lentement mais sûrement devant la planète rouge.

Il vérifiait si ce n’était pas un insecte qui se serait posé sur la lentille mais l’avocat ne trouva rien.

La masse recouvrait maintenant l’entièreté de Mars, qui disparut.

David alluma son téléphone, ouvra le réseaux social populaire du moment, tapa dans la barre de recherche ‘Mars’, voir si d’autres férus d’astronomie observaient le même phénomène que lui. Mais il ne trouva rien.

L’avocat n’avait pas eu tout le temps de s’être parfaitement informé sur l’utilisation de son télescope high-tech. Il pensait que le phénomène venait peut-être aussi de son manque d’expérience dans la manipulation d’un télescope.

En regardant une nouvelle fois dans le télescope, la masse avait laissé sa place aux reflets de rouge de Mars.

Le jeune homme n’eut pas le temps de savourer la planète martienne, la masse remontait, et en un rien de temps, elle cacha Mars une nouvelle fois.

Cette masse était plus proche cette fois, il put observer de légers reflets sur cette chose qui commençait à se dévoiler sur la lentille du télescope.

Une forme massive, ovale, avec des sortes de tentacules qui flottaient sous son corps.

Pourquoi ressentait-il que cette chose, il la reconnaissait ?

Il ouvrit sa serviette, sortie quelques dossiers de clients à la va-vite pour ressortir un livre de poche usé. « L’appel de Chtuhulu » de H. P. Lovecraft.

Un frisson lui traversa le dos, en levant son regard, il put voir la chose approcher. Plus besoin de télescope.

(À suivre ?)

Jaskiers