Là où les oiseaux voleront

Image

À Shannon,
À Emmanuelle,
Merci, et désolé.

Il y a ces moments suspendus dans le temps, où, avec l’ambiance adéquate, les bonnes musiques, écrire est la seule chose qui vous appelle.

C’est en planant sur la bande son de Dune, créée par l’inégalable Hans Zimmer, qu’une image, une scène me vient en tête.

Un natif américain, un vieil homme, à la peau ridée, abîmé par le soleil, parcheminée par le temps, est là, avec moi, quelque part sur un des rochers du Grand Canyon.

Le ciel indique la nuit, même si de la lumière se répand dans le canyon. C’est l’aube, peut-être. Il fait légèrement frais, un petit vent agréable passe sur notre peau, rentrant dans les pores. Cette fraîcheur, on aurait l’impression qu’elle nous purifie.

Je regarde cet homme, je suis fasciné. Nous ne pouvons pas vraiment communiquer par les mots. J’ai l’impression qu’il refuse de les utiliser. Comme si l’expérience que nous vivions ne devait en aucun cas déclencher la chimie implacable du cerveau gauche.

Il met un doigt sur sa bouche, pour me signifier de ne pas faire de bruit.

Nous voyons la Voie lactée, aucune pollution lumineuse ici. On pourrait croire que l’environnement est éclairé par le scintillement de ces milliers d’étoiles.

C’est un silence complet qui nous entoure.

Après quelques secondes à regarder ce spectacle céleste, il lève son bras, et pointe son doigt. Il fait un mouvement ample. Je vois cet oiseau. Je ne saurais dire si c’est un aigle, ou un énorme corbeau, mais il est majestueux. C’est une ombre, nous le voyons à contreplongée, nous voyons sa silhouette effacer les étoiles pendant quelques secondes, nous observons chaque battement d’ailes.

Le natif américain me regarde, me sourit. J’ai comme l’impression qu’il a réussi quelque chose, quelque chose d’important, pour moi.

La « vision » s’arrête là mais je la rejoue en boucle dans ma tête. Je sens une sérénité. Et je pense que je dois décoder ce message moi-même. Il y a un sens, voir plusieurs, mais j’ai l’impression que je peux interpréter cette scène, la décrypter, sans contrainte, sans peur.

Pour l’instant, je crois être arrivé à un moment important de ma vie. Et c’est moi, moi seul qui a décidé que les prochains temps devront être importants pour moi.

Parfois, j’ai honte, j’ai peur de le dire, – donc je l’écris mais peut-être pas le publier… – mais j’aimerais que mes jours soient comptés. Qu’enfin, je me libère de mes chaînes, car, nous n’emporterons rien dans nos tombes, nous laissons seulement des souvenirs pour nos proches, quelques biens matériels, peut-être, mais quelles valeurs ont-ils, ces biens, face à la mort ?

Soit, j’avance selon mes propres termes, à mes risques et périls, – qu’ai-je à perdre ? – soit je continue à moisir dans ma médiocrité, je me contente de vivre ma vie, dans une zone de confort trop confortable, à me détester moi-même car les regrets continueraient à me bouffer.

Et je n’arrive pas à croire que j’ai atteint les 30 ans. J’en ai presque honte.

Mon père est mort relativement jeune, à 58 ans, il était rongé par les regrets, des traumas dont il n’a jamais osé parler. Mon frère est mort très jeune, 18 ans. Je ne pense pas qu’il soit parti avec des regrets, il n’était pas du genre à en avoir, car il vivait sa vie et l’appréciait à chaque minute. Et, à 18 ans, je ne pense pas qu’il ait eu le temps d’en avoir beaucoup. Mais parfois, ce n’est pas le nombre, mais la sévérité qui prime, surtout en matière de regrets.

Je ne veux pas vieillir avec des regrets. Je ne veux pas vieillir tout court, mais ça, c’est immuable. Cependant, j’aimerais vivre, même si ce n’était question que d’une poignée d’années, intensément, follement, en dehors des carcans.

Je ne suis pas homme à marié, sûrement pas fait pour être père, mais l’avenir est pleins de surprises, je ne dirai pas « jamais » à ces choses-là, même s’il fut un temps, pas si lointain que ça, où le mariage et la paternité n’étaient même pas quelque chose à effleurer.

Mais ce que je veux, c’est vivre, enfin. Libre. Avec mes mots, écrire. Je ne veux pas la richesse, même si ça aide, je veux surtout vivre, faire ces expériences, prendre des risques, aimer, réapprendre à aimer… non pas apprendre à vivre, mais découvrir précisément comment je veux vivre.

J’ai attendu, comme dans la chanson « Disorder » de Joy Division, qu’un guide, remplaçant mon frère, me prenne par la main.

Mais, ce guide, il n’est pas là. Ce guide, ce ne peut être que moi. Je le réalise. Je m’y confronte. Il faut que je compte sur moi seul.

Le temps – notre pire ennemi, ou notre plus grand allié, je ne saurai dire. Les deux à la fois – presse.

Mais je ne veux pas quitter cette planète avec plus de regrets.

Il faut un commencement à tout. Et le hasard veut que j’écris ces lignes sur une musique de Hans Zimmer « Beginnings Are Such A Delicate Times » – les débuts sont toujours les moments les plus délicats.

Dois-je attendre un signe de ce « début » ? Je ne le crois pas, j’aimerais, cela me donnerait moins d’efforts à faire. C’est à moi de le provoquer, ce début.

Qu’il vienne par lui-même s’il le veut, mais il risque de ne pas me trouver, car, d’ici là, j’aurai sûrement commencé mon périple.

Jaskiers

Écrire est un Art (n’en déplaise à certains)

Image

Il y a de ça peut-être plus de deux ans, je découvrais un article sur cette application qui posait cette question : Est-ce qu’écrire est un art ?

Je fus surpris par cette question. Pour moi, il ne faisait pas, et ne fait toujours pas, de doute, oui, écrire est un art. La question ne se posait même pas.

Avez-vous lu « Anna Karenine » de Dostoievski ? « Pour qui sonne le glas ? » d’Ernest Hemingway ? Avez-vous ouvert un livre de Victor Hugo ? Lu ne serait-ce que quelques vers de Rimbaud ?

Oui, j’écris. Je joue d’un instrument (je laisse à désirer sur ce point, mais passons). Je dessine. Et je trouve qu’écrire est tout aussi artistique que toutes ces autres activités. Pas plus, ni moins.

Est-ce qu’écrire est un art ?

Mille fois oui. Ceux qui prétendent le contraire devraient peut-être, juste, essayer d’écrire.

Deux ans déjà, je m’étais lancée dans un défi, écrire un minimum de 500 mots par jour, pendant un an.

J’ai réussi. La qualité des textes était … irrégulière. Mais j’ai tellement appris.

Rythmes, composition, discipline, découverte, apprentissage, comprendre, retranscrire, partager sa vision tout en laissant un peu de place au lecteur pour s’approprier l’histoire, décrire, faire ressentir, trouver les mots… et j’en passe.

J’ai fait face à des critiques, la plupart, constructives. Outre les commentaires sur mes fautes de français, auxquels je suis habitué, il y avait souvent, pas sur le blog, sur un autre site où je partageais mes textes, plusieurs lecteurs qui soulignaient certaines phrases, ou passages de mes textes, avec cette remarque : « Pourquoi ? »

J’ai appris que si je voulais écrire sur quelque chose, n’importe quel sujet, je devais savoir de quoi je parlais. J’ai réalisé qu’écrire, c’est apprendre, étudier, sortir de sa zone de confort pour être crédible.

Mais ce n’est que mon expérience.

Écrire est un art.

Écrire, c’est décrire des sentiments que l’on ne formule pas forcément avec des mots dans notre vie de tous les jours. Lisez « À la recherche du temps perdu » de Proust, qui est, de mon point de vue, l’une des plus fines analyse de nos comportements, de nos manières de penser. Je me souviens qu’en lisant ses romans, à presque chaque phrase, je pensais en moi-même : « Mais c’est exactement ça ! Je n’aurais pas pu décrire tous ces sentiments, je ne pensais même pas qu’il était possible d’analyser en de telles profondeurs, ces ressentis… » Mais Proust le fait, avec l’acuité d’un psychologue, un autodiagnostic précis, chaque sentiment sont décortiqués, expliqués.

Écrire, c’est voyagé, aussi. Je n’ai eu la chance, pour l’instant, de ne visiter qu’un seul pays étranger (bon, les passages en Belgique pour le tabac, et un petit aller-retour en Suisse, je ne les compte pas comme des voyages, même s’ils ont apporté ce sentiment de découverte, ceux que devaient ressentir les grands explorateurs quand ils pénétraient en territoire inconnus) ; l’Angleterre, deux fois une semaine.

Je rêve encore, les nuits, du court voyage en ferry. Être entouré par la mer (peu de temps, mais quand même !), voir les falaises blanches de Douvres, l’atmosphère marine et touristique de Brighton, et cette banlieues de classe moyenne aisée qui nous logeaient. L’humour pince-sans-rire de nos familles d’accueil. Le pudding, le foot. La relève de la garde de la reine, le musée Tussaud, Londres… l’impression d’être dans un film (ou un livre) d’Harry Potter. L’ambiance. L’architecture. Entendre parler une autre langue, parler une autre langue. Quelle expérience ! Que j’aimerais voyager, pour écrire, mais aussi, pour vivre. Je crois que le voyage est une des clés du bonheur.

Mais je n’écris aucune histoire se déroulant en Angleterre. La plupart se passent en France, et inconsciemment, j’écris mes histoires se déroulant dans des pays de l’Ouest. Disons plutôt que ce que j’écris se déroule dans un continent fictif, l’Ouest, un mélange d’Amérique du Nord et d’Europe. Mais je n’ai voyagé qu’en France. Je dois donc lire, apprendre, assimiler, comprendre, comment les autres cultures fonctionnent. Comment ils pensent. Les odeurs, les goûts, la faune, la flore, je dois les rechercher. Je ne peux voyager pour l’instant, je lis, et je reporte cela dans mes écrits…

Mais l’écriture c’est aussi l’émotion. Trouver les mots justes pour toucher l’âme du lecteur.

Écrire, c’est la découverte.

J’ai eu la chance d’avoir vu la mer, souvent. J’ai toujours cette impression de vertige grandiose quand je la revois, à l’horizon, quand cela fait longtemps que je ne l’ai pas vu.

Je suis allé à la montagne deux fois, dont une pour skier. J’ai adoré le ski, plus simple que ce qu’on m’avait dit. Mais ce dont je me souviens, c’est de regarder ces colosses de roches qui semblaient porter le ciel. Comme la mer à perte de vue, j’ai regardé les montagnes du Jura enneigées, et j’ai compris pourquoi l’Homme risquait sa vie à les escalader. C’est parce qu’ils paraissent l’égal des Dieux, ils sont les piliers d’un élusif royaume des cieux. Ils sont puissant et sage. Comme les forêts de l’Allier de mon adolescence. Pleins de mystère.

Allons maintenant dans la facilité -pourquoi faire compliqué ?- et nous tourner vers une des légendes entourant le mythe Hemingway. Les légendes à son propos, on pourrait en écrire un livre (d’ailleurs, est-ce déjà le cas ?).

Hemingway, durant un repas avec l’écrivain de science-fiction Arthur C. Clark, propose un pari : 10 dollars à ceux qui pensaient qu’il ne pouvait pas écrire un roman en moins de dix mots. Les paris sont faits, Hemingway écrit ces mots :

For sale: baby shoes, never worn.

Traduction :

À vendre : chaussures bébés, jamais portées.

Hemingway empocha les gains de son pari.

Bien que cette anecdote reste dans le domaine de la légende de Papa Hemingway, qu’elle soit vraie ou pas, je parierais, à mon tour, que même si vous ne considérez pas l’écriture comme un art, cette micro nouvelle a fait mouche. Ces quelques mots ont tapé là où ça fait mal (d’ailleurs, Hemingway était un boxeur émérite, l’écriture est un combat, aussi. La boxe n’est-elle pas surnommée « Le Noble Art » ?)

Les mots ont une puissance, une force, et savoir les utiliser, les maîtriser, construire une phrase, former un paragraphe, écrire une histoire, c’est faire ressentir des sentiments mais aussi faire réfléchir son lecteur, tout en l’emmenant en voyage à vos côtés.

Bien sûr que si, avec des mots, on peut refaire le monde. On peut décider de son futur. L’utilisation des mots dans ce domaine s’appelle : La politique. Qui sait mieux utiliser les mots peut obtenir le pouvoir. Pour le meilleur, pour le pire. Nous choisissons un leader grâce au mot qu’il (ou elle) utilise. Bien sûr que si, les mots ont du pouvoir.

Nous dirons que cet article est mon « En défense du titre » d’Hemingway à moi.

Je me considère comme un artiste, j’en suis fier, car j’écris.

Écrire, pour moi, ce n’est pas être un intellectuel… que c’est pompeux et fourre-tout comme mot…

Pour moi, un écrivain est un artiste.

D’accord ou pas, je respecte, c’est votre choix, mais mes convictions sont on ne peut plus réelles et sincères.

Les mots, nous les rencontrons partout.

Si vous écrivez, si vous noircissez ces pages blanches, tapé sur vos claviers, vous êtes un artiste.

Mais ce n’est que mon humble opinion.

Jaskiers

Hommage à Billie Holiday et Strange Fruit

Image

Ce soir, vous amenez votre bien aimé(e) au Café Society, à Greenwich Village, New-York.

Nous sommes en 1939, et il semble que le monde est à l’aube d’un nouveau conflit.

La crise économique vous a secoué, mais vous avez trouvé un petit Eden, un refuge, le jazz !

Il ne faut bouder ces petits moments, hors-du-temps que vous offre la musique.

Surtout, vous avez réussi à avoir une table au Café Society. Votre amant(e) le sait, vous êtes là pour écouter une jeune prodige du jazz : Billie Holiday !

La soirée commence, plus qu’un café, vous mangez le plat du chef. Mais votre faim s’atténue à la seule pensée de cette nouvelle chanteuse en vogue.

D’ailleurs, la voici.

Elle entre sur la petite scène, ses musiciens s’installent discrètement à leurs place, derrière elle.

Les lumières s’éteignent doucement dans le cabaret. Vous vous retrouvez dans l’obscurité. Vous ne voyez que Lady Day, surnom donné par Lester Young à la nouvelle voix du jazz New-yorkais. Sa robe est rouge, et elle a des camélias dans les cheveux. Elle sait déjà imposer son style.

Des applaudissements, des sifflets, et comme trop souvent, quelques propos racistes sortent, ces derniers sont surtout murmurés, l’obscurité cache les visages, mais la honte empêche ces racistes d’étaler leur haine avec plus d’aplomb. Lâcheté et méchanceté, même dans le nord de l’Amérique.

La performance commence, elle débute par un petit peu de trompette, qui laisse sa place au piano. Et puis, la voix de Billie retentit, les musiciens entament leur partition, mais la mélodie, vous ne l’entendez pas. Vous n’entendez que les paroles :

Southern trees bear a strange fruit

(Les arbres du Sud portent un fruit étrange)

Blood on the leaves and blood at the root

(Du sang sur leurs feuilles et du sang sur leurs racines)

Black bodies swinging in the southern breeze

(Des corps noirs qui se balancent dans la brise du Sud)

Strange fruit hanging from the poplar trees

(Un fruit étrange suspendu aux peupliers)

Pastoral scene of the gallant South

(Scène pastorale du vaillant Sud)

The bulging eyes and the twisted mouth

(Les yeux révulsés et la bouche déformée)

Scent of magnolia, sweet and fresh

(Le parfum des magnolias doux et printannier)

Then the sudden smell of burning flesh

(Puis l’odeur soudaine de la chair qui brûle)

Here is a fruit for the crows to pluck

(Voici un fruit que les corbeaux picorent)

For the rain to gather, for the wind to suck

(Que la pluie fait pousser, que le vent assèche)

For the sun to rot, for the tree to drop

(Pour le soleil pourrir, pour que les arbres tombent)

Here is a strange and bitter crop

(Voici une culture étrange et amère.)

La dernière note est pour Miss Holiday.

Puis, c’est le silence total, au Café Society. Les lumières ne se rallument pas. Personne ne bouge, personne ne parle. Le temps est suspendu. L’air est lourd.

Il n’y a plus que la honte et le désarroi.

Vous venez d’être l’auditeur d’une des premières Protest Song.

À vous de décider de la suite de la soirée.

Le lien vers la chanson : Billie Holiday & Her Orchestra – Strange Fruit (Audio)www.youtube.com › watch

Jaskiers

Freestyle D’Ecriture

Image

Qu’est-ce que je vais bien pouvoir écrire aujourd’hui ?

Je sais, enfin je crois, je vais essayer de m’imaginer en train de déambuler dans une rue (New-York ? Mon obsession… mais ne faut-il pas écrire sur ce que l’on connaît ? Je me permets de mettre en doute ce conseil d’Hemingway (SACRILÈGE JASKIERS !), j’ai lu « Un long dimanche de fiançailles » de Sébastien Japrisot, magnifique et bouleversant roman… mais Japrisot n’a pas fait la Première Guerre Mondiale… il utilise le point de vue d’une femme veuve… il n’est pas une femme, il n’est pas veuf…Enfin je crois.) et je vais décrire, enfin écrire, ce petit voyage mental et le partager avec vous. Mon but; prendre du plaisir à écrire et essayer, en même temps, de vous emmener dans cette rue. En fait… nous serons, vous et moi dans cette rue.

Vieille connaissance ? Ami(e)s d’enfance oubliée ? Quelqu’un que j’ai rencontré dans une soirée entre ami(e)s et dont j’ai oublié le nom (il faut vraiment que j’essaie de retenir les noms et les visages) ? Quelqu’un que j’ai vu à la télévision ? Sur internet ? Un blogueur ? Un lecteur ? Je ne sais pas qui vous êtes, ai-je envie de dire à cette personne qui marche à mes côtés. C’est vous !

Je ne parle pas, vous non plus. Il n’y a aucune animosité entre nous, si vous êtes encore là, c’est que je pense que vous êtes intéressé de savoir ce que je vais vous montrer.

Une brise fraîche nous caresse le visage. La fraîcheur ! Doux Jesus, je la savoure cette fraîcheur après l’été d’une chaleur d’enfer que nous avons eu. Je l’hume, même si nous sommes loin de la Manche, je sens cette odeur marine, et quand je passe ma langue sur mes lèvres, je sens du sel. C’est subtil, mais surprenant quand on est nouveau par ici.

Nous continuons notre marche, nous marchons sur une vieille route pavée (Greenwich village?), un peu glissante, et certaines pierres ressortent de la chaussée, nous y jetons des coups d’œils de temps en temps pour ne pas finir étalé sur les pavés.

Des personnes marchent en sens inverse, vers nous. Nous sommes les seules à marcher dans cette direction. Je pense qu’il me juge, qu’il nous juge, mais jugeons les aussi !

Nous voyons en premier dans cette foule disparate, des jeunes. Toujours pressés ! La plupart ont le nez sur leurs téléphones. Ils portent des chaussures de marques, certains ont des pantalons de joggings, des vestes de marques colorées ouvertes sur un t-shirt floqué du sigle d’une grande marque. Certains ont une casquette, d’autres les cheveux longs attachés et le reste arbore des coupes de cheveux très courtes, surtout sur les côtés.

Peu de filles. Ce groupe de jeunes hommes n’ont pas l’air d’avoir vraiment la côte avec la gente féminine. Je crois en voir seulement deux. Elles sont chacune auprès d’un garçon. Ce sont sûrement des amoureux, ou peut-être flirtent-ils ?

Certains rigolent bruyamment… se moquent-ils de moi ? Non ! Il faut que j’arrête de penser cela ! C’est sûrement que l’un d’eux leur a envoyé, ou montré, le dernier meme à la mode.

Nous allons bientôt nous croiser.

Je vais vous laisser là, pour ce premier (et dernier ?) freestyle avec moi. J’ai parlé des pavés mais pas du reste de la rue… il me reste tant à apprendre, et si peu de temps pour écrire.

Jaskiers

C’est simple, je n’aime rien, sauf moi-même, et encore… pas sûr. (Article personnel)

Image

J’aime pas Noël. J’aime pas le jour de l’An. J’aime pas les obligations sociales, les pressions qui amènent ses fêtes de fin d’année m’emplissent d’anxiété.

J’ai passé trop de Noël seul, quand quelqu’un n’est plus là, à disparu, cela mine ces moments censés être de joie. Mais même, trop de gens, pas assez, je ne suis jamais content. Je crois n’aimer que ma seule compagnie, et celle d’une poignée de proches.

Je n’ai jamais eu de grande famille, enfin si, mais maintenant je suis adulte et je n’ai plus envie de côtoyer cette petite foule d’hypocrites (juste pour certains, pas tous, évidement). Et d’ailleurs, ma famille ne se parle plus. Pour quelle raison ? Il y en a beaucoup. Je ne parle qu’à deux personnes dans un seul côté de la famille où l’argent, et pourtant il n’y en a pas beaucoup, a gâché les relations.

Les jours de l’An, les vrais, j’en garde des souvenirs mitigés. Ces fêtes se déroulent le plus souvent entre ami(e)s. Et entre nous, cette fête était l’excuse, encore une si besoin est, de nous saouler.

J’ai vu des ami(e)s vomir, faire des comas éthyliques, des bagarres et disputes, s’endormir dans leurs vomis… nous pratiquions le Binge Drinking, anglicisme à la mode pour simplement dire : boire pour l’ivresse, à l’extrême. Mais entre-nous, je ne connais personne qui boive juste pour… j’en sais rien, déguster ? Arrêter de vous mentir, l’alcool c’est pas si bon. On boit pour être saoul. Pourvu que l’on est l’ivresse ! Il faut bien s’évader de se present anxiogène.

Vous avez les occasionnelles personnes qui me feraient mentir, elles ne boivent que quelques verres et puis s’arrête… de l’alcool gâché de mon point de vue. On boit pour se désinhiber, non ?

Je rêve parfois que je bois en faisant la fête, et je commence à angoisser à la perspective de la gueule de bois qui attendra sagement de me cueillir le lendemain.

Combien ça fait d’années que je n’ai pas bu… 5 ans ? Et encore, ce n’était peut-être qu’un seul verre entre amis, ceux qui me restaient avant que je déménage. Un seul verre donc, de l’alcool gâché. Un verre en appel un autre. Non, je ne comprends plus l’alcool.

La dernière fois que j’ai été saoul, cela doit remonter à 8-9 ans.

Le temps passe vite. Très vite. L’alcool ne me manque pas, ne m’a jamais manqué. J’avoue que les gueules de bois carabinées et affreuses en sont la principale raison. L’horreur que sont les lendemains de cuites. La bouche en miette, la gorge qui brûle, l’insatiable soif (déshydratation), le mal de crâne terrible (encore la déshydratations, l’alcool déshydrate), la nausée qui ne vous lâchera pas tant que vous ne vomirez pas, la lumière qui brûle les yeux, ne pas savoir si vous avez faim ou si c’est l’envie de vomir qui vous travaille. Les mains qui font mal, le bout des doigts qui piquent, des douleurs à cause de blessures que vous vous êtes infligées, sans vous en rappelez parfois, font leurs apparitions. La fatigue, vous avez beau dormir, essayez de dormir plutôt, cela n’arrange rien.

C’était terrible pour mon corps, sûrement aussi pour mon esprit, c’était insupportable. J’étais encore jeune, entre 18 et 21 ans, mais déjà mon corps criait pitié. Je n’ose même pas voir ce que me réserverait une gueule de bois à 29 ans… (enfin bientôt 30, Jaskiers, assumes, tu arrives vers la trentaine dangereusement… qui aurais pensé que tu vivrait si vieux ? Sûrement pas toi. Au fond de toi, tu es déçu car tu n’as toujours pas réussi ta vie. Mais gardes ça pour tes séances chez la psy.)

Article étrange et brouillon n’est-ce pas ? C’est peut-être à l’image de ma vie actuelle.

Brutale réalisation que l’âge vous apporte. Les personnes qui sont censées vous aimer inconditionnellement se révèlent au grand jour, personne ne me doit rien. Et vice-versa. Étrange fin d’article pour une étrange tranche de vie qui dure depuis trop longtemps. Essayons de penser positif, juste une fois, pour voir. Ne pas nourrir la bête assoiffée de négativité qui sommeil en nous, et qui, tapie, discrète, se nourrie de chaque petits morceaux de négatif jusqu’à en vouloir toujours plus. Essayons de nourrir notre être de positivité. De peur de devenir, de rester, asservie, par la bête.

Jaskiers

Marcher pour le néant (Nouvelle)

Image

Enfin, libre, libre de toute obligations, libre de penser comme il le veut, de se parler à lui-même, de crier, de rire, de pleurer. Enfin, la liberté, la solitude, la délivrance d’une vie passée à écouter, à obéir, à travailler pour d’autres.

« – Tu ne te plains jamais, c’est étonnant. »

Il souriait à ces paroles qu’il avait souvent entendues. À quoi bon se plaindre ? Ça n’arrange jamais rien, ça empire les choses parfois, et dans la plainte, il y a cette notion de pitié, de victimisation en filigrane. Les mots cachent beaucoup de sens sur lesquels on ne se penche jamais. C’est inconscient, peut-être culturel. Le langage corporel peut mentir. Il est faux de croire que le corps et les yeux ne mentent jamais. Tout le monde ment, sans s’en rendre vraiment compte.

Mais à quoi bon philosopher sur ce passé et sur les autres, cet enfer, ces démons, quand il avait pour lui cet immense désert bleu à lui seul ?

Courir, danser, ramper, s’allonger, si l’envie lui en prenait, il pouvait le faire sans se sentir juger.

« – Tu marches bizarrement. »

Personne ne peut voir sa démarche maintenant. C’est quoi une marche normale après tout ? C’est quoi être normal ? Qui a imposé cette notion de normalité ? Cette question n’apportera pas de réponse, il faut la reformuler : qu’est-ce qui a imposé la normalité ? La société, les religions, la culture, la politique ? Tout ce qui est humain, qui est crû par ses derniers, qui a un peu d’influence, impose les normes.

Mais quand il n’y a personne pour vous regarder, il n’y a personne pour vous juger. On existe dans le regard des autres, seul, sans personne, nous ne sommes rien. Tant mieux. Ça fait du bien de n’être que néant. Et c’est pour cela que la solitude, il l’a vénéré.

Quoi de plus beau que de n’être rien ? C’est ça la liberté, ne prouver, ni accorder, à personne, de vous juger.

Il avait décidé de prendre sa chance quand la station avait annoncé qu’elle avait besoin d’un explorateur pour récolter des infos sur une lointaine planète bleue. Pas la Terre, évidement, il n’y serait jamais allé, il considérait cette planète comme l’Enfer de Dante. Il avait flairé l’opportunité d’aller sur cette belle planète bleue, ni le Purgatoire, ni le Paradis de Dante, mais elle devait être son Eden.

L’instinct, c’était son instinct qu’il avait enfin réussi à écouter. Certains parleraient de cœur, d’intuition, d’un appel d’un Dieu. Mais pour lui, c’était son instinct, le désir de son corps et de son esprit, qui l’avait amené sur la nouvelle planète bleue.

Repartir ? Amassez des données et des échantillons ? Des anomalies et des métaux inconnus ?

La Fédération pouvait se gratter. Dans plusieurs jours, ne le voyant pas rentrer, ils le déclareraient en danger ou même mort et enverraient des collègues pour essayer de le retrouver.

Ils trouveront son vaisseau, mais lui ? Ils ne le retrouveraient jamais.

Cette planète avait un sol bleu comme le ciel de la Terre, et aucun nuage dans les cieux. C’était comme marcher sur un océan sans vagues, sans bruit, sans animaux.

Il n’avait plus qu’à décider quand il mettrait fin à sa vie. Mourir de faim ? De soif ? Il avait des réserves pour au moins deux semaines.

Aucun prédateur, enfin le pensait-il, la nuit ne tombait jamais, et ça c’était étrange. Le soleil n’éclairait qu’une face de cette planète, mais quand il en fit le tour dans son vaisseau, il découvrit que ce bleu répercutait la lumière même sur la face opposée au soleil. Comment ? C’était ce genre de chose qu’il devait informer à la Fédération.

Et un vent léger, presque imperceptible, qu’il pouvait sentir même avec sa combinaison. Peut-être pas de phénomènes météorologiques dangereux. Une planète parfaite, pour certains. Non-viable pour la grande majorité.

Il mettrait fin à sa vie avec son arme. Il allait décider quand, et il savait déjà où.

Ici, au milieu de nulle part. Mais en attendant, il marcherait, aussi loin qu’il le pourrait et continuerait encore et encore. Parce que c’était magnifique d’être libre. Entièrement libre. Un Homme libre marche.

Jaskiers

He Did It Because Of The Sun -(short story)

Image

The light is reflecting on the hand gun still smocking from the bullet that just exited the barrel.

A dead body, a hole on the left side of the bare chest of a young man laying on the white beach sands. The blood, slowly coming out off the cadaver, is turning black at the contact of the air.

The sun beams gave the killer a headache. He never like the beach, never hated it either, he was just on it because it’s what people seems to do when they have nothing to do.

He hears screams in the distance, movements, but the shooter doesn’t move. He took a life, and it didn’t bother him that much. Maybe a little bit. The sun is still bothering him.

He doesn’t understand the screams. Why are they screaming when every day, thousands of innocents peoples die every day from gun wounds, caught in the middle of a war they never wanted. If he had an uniform, they would’ve probably praised him a hero, he would have received a medal, street would have been named after him. They should worries about the sun, it’s giving him headaches.

The insults that he start to hear are getting more and more distinct. Peoples are angry. Again, for something this common. Did they know the sun gives headaches?!

Lost in his own head, he let two men tackling him down. His face pushed in the sand by a hand. His arms were tied behind his back. Soon, a knee is pressing against his back. A cold metal feeling around his wrist, probably the police, he couldn’t know, his ears are full of sands. He couldn’t care less, sands in his eardrums or not. At least he doesn’t see the sun anymore.

Soon, a firm hand grab him by the shirt to put him on his feet.

There are the heroes of the day, two police officers. Overweight, sweating profusely, with the stereotypical serious, yet proud, smirks on their sun burned faces.

Civilians are running around the dead men, screaming. Because it is common knowledge that screaming and crying next to a dead body will bring it back to life. The other who aren’t busy crying over the dead body of an unknown person are shooting insult at the killer. Some are throwing sands at him, other try to punch him or grab him, but the police officers do their best to protect the killer. Not that they didn’t want their catch to be beat down, but because once you catch a big fish, you have to bring it home so you could show to the inhabitants that you are a useful individual to society.

Slowly, the trio is making their way throughout the angry crowds. It’s strange how peoples work, they seems to be ready to kill him. To kill a killer, therefore making them killers. By just killing one man, dozens are ready to kill him. And some of those peoples are considered good samaritans among theirs peers, some of them are even religious peoples, which make sens because their gods would forgive them if they beg him enough.

The young killer didn’t really know what will happens next, that’s the first time he’s being arrested.

In fact, he is happy, he will be able to continue is analyzing of human behavior under very peculiar circumstances.

And in jail, there’s no sun.

This short story was inspired by Albert Camu’s novel The Stranger.

Jaskiers

This world is ultra violence (It’s personal)

Image

Nothing new in the title of this article.

The world is ultra-violent.

And the more I think about it, the more I think that’s society is violent because it profits, financially, to the extra-rich.

« They’re busy fighting each others for crumbs, they don’t have time for fighting us. »

Our entertainment, musics, tv shows/News, movies, the internet, is fueled by blood. So we get depressed, low-key violent, and when a white guy in a suit and tie ask us to vote for him so this hell will stop, what do we do? We vote! And nothing really change culture wise, deep down, the mainstream culture have been infiltrated by violence. You need to dig out, by your owns, the artist who would show you, sing, write about something else than bloody murders, violence and sex.

And we’re so tired of all this hell affecting our brains that we just say « That’s how the world works. Can’t feel sorry for everyone if you want to live ».

As you’re reading those lines, there’s a famine going on in Ethiopia, we’re speaking about 22 million peoples, women, children and men of all ages dying of hunger. No doubt that this touch you, but you’ll move on with your life because there’s a certain violence in you own life that you have to deal with. Therefore, we all alone, fighting not with others for others, but for ourselves.

We, humans, have the unbelievable capacity to adapt to every situation. Today, we live in a ultra-violence one. The Corona brings some good things for humanity, solidarity for the essentials worker and medical staff. Today, as the virus seems to have lose it’s grip, we have forgotten about the essentials workers and the nurses and doctors on the frontlines. Hell, even our politicians, in France at least, seems to have forgotten all theirs promises. Nothing new there either.

In all that violence, we’ve learned that CEO earned and pocketed billions in theirs pockets while their worker didn’t saw a single penny added to their paycheck.

If we were mentally well, fit, first of all, the ultra-rich wouldn’t have taken this money in their pocket in the first place. But they did, if we weren’t mentally exhausted by the ultra-violence that occupy our consciousness and unconsciousness, those rich folks wouldn’t act like they do right now.

Just look at the 2008 financial crisis. Who paid for the trader’s greed ? You. The banks took your hard earned money to save themselves. They don’t care about you on a human level, you’re only a statistic, you are « how much money you earn ».

Money is becoming more and more digital. Credit card will soon become the only method of payment, therefore, the bank and their associates will have an eye on everything you’re buying. Along with tracking were, when, and how much.

Soon, the Chinese social credit will make it’s way in our democracy. It’s already starting with the carbon footprint. Carbon footprint is a term created by the biggest corporations to reject the responsibility of pollution and global warming to the individuals instead of them. Big corporations are responsible for more than 70% of emissions of carbon dioxide in the atmosphere. Global warming is caused mainly by those big corporations, but somehow, it is our fault…

But no, you are the problem. And you accept it because you’re tired and dazed.

The change could come, with real democracy, but we only vote a couple of time in a four or five years span. And we are ok with that apparently.

Shut up and work, obey, pay for the rich, die.

Jaskiers

Merci pour votre service ! – Partie 3/3

Image

Quand je ne suis pas en opération, je suis un autre homme. De retour en France, quand assez de temps à coulé sous les ponts, que mon corps, mon esprit, mes nerfs, commencent à se relâcher, les souvenirs reviennent. Les traumas ouvrent les vannes émotionnelles : les cauchemars, les éternelles questions que l’on se pose sur l’être humain après avoir vue des choses qui vous donnent envie de brutaliser n’importe quelle personne suspecte qui passe près de vous, attaquent. Ou même cette pensée obsédante de se mettre un calibre sur la tempe afin d’éviter cette remise en question brutale vous assaille. Et l’on espère que ce traumatisme, avec le temps, on l’espère, guérira,

Le temps est une chimère. Il vous permet d’oublier temporairement les horreurs que vous avez vues, mais le corps, lui, n’oublie pas. Les flash-back qui apparaissent inopinément, parfois pour rien, parfois à cause d’un bruit ou d’une odeur. Tout remonte à la surface. J’ai entendu parler de vétéran qui pensait être revenu sur le champ de bataille après avoir entendu un pétard éclater, ou une portière de voiture qui claque. Ils, ou elles, pensent être de retour sur-le-champs de bataille. Accroupie, une arme invisible à la main, ils attendent des ordres qui ne viendront jamais. Il faut appeler un psychiatre ou un psychologue, avec le SAMU, pour sortir ces personnes de cette transe.

Bien sûr, et en France surtout, personne n’est au courant du défi que le retour à la vie civile implique pour un soldat. On n’en parle pas, on ne parle pas de ce qu’on a vécu. On nous le demande parfois, souvent des ami(e)s, et vous ne répondez pas. Ce n’est pas possible de comprendre, ni d’expliquer notre peine à une personne dont le seul souci semble être de savoir si la nouvelle star de la télé-réalité a appelé son fils Ethan ou Gloubiboulga. Un monde nous sépare des autres. Nous nous comprenons entre nous, et encore pas forcément à chaque fois.

Je n’ai plus ma place à l’armée, je ne sais même pas si j’ai le droit à une place chez les civils. Au final, quand j’ai signé pour devenir soldat, ce n’était pas une affaire de mois ou d’années, mais d’une vie entière.

Ce n’est pas du regret, j’ai choisi.

Comme ma sœur qui a choisi cette opération. Demain matin sera son moment sur le champ de bataille, et la suite sera un autre combat sur le long terme.

Ça ne s’arrête jamais la vie, et sans combats, pas de vie.

Jaskiers

Merci pour votre service ! – Partie 2/3

Image

« – Au fait, vous êtes gradé ? Sous-off’ ou trou fion ?

  • Sergent.
  • Pas mal le petit gars ! Vous êtes jeune et déjà une huile !
  • Quand vous sortez de l’école avec le bac, vous pouvez entrer comme officier.
  • Ah oui mais vous avez dû faire pas mal de terrain !
  • J’ai été sur le terrain évidemment. Autant que mes camarades.
  • Et on nous parle jamais de l’armée aux infos, à part le 14 juillet. On oublie qu’on a des jeunots qui se battent !
  • Le manque d’information, c’est normal. La population n’a pas besoin d’être au courant des guerres en cours. Question d’image et avec ça, plus de latitudes grâce au silence. Les reporters de guerre au plus près des soldats, ça s’est arrêté au Vietnam. Le peuple ne doit surtout pas voir des soldats français se battre tous les jours à la télé.
  • C’est vrai qu’on sait pas vraiment où nos gars se battent ! Oui, c’est curieux.
  • Il y a aussi des femmes vous savez.
  • Ça doit amener son lot de désagrément.
  • Pas du tout. Elles se battent comme les hommes, s’entraînent pareil.
  • Non mais ça d’accord. J’voulais dire par là… des jeunes gens en pleine forme avec des jeunes femmes, bah forcément, il doit y avoir des histoires de coucheries !
  • Non.
  • Étonnant.
  • Il y a beaucoup de gradés femmes qui commandent des hommes.
  • Et ça ne pose pas de problème ?
  • Non.
  • Hey bien mon garçon, c’est sacrément étonnant de voir à quel point l’armée a changé ! »

Je pensais avoir évité la discussion sur les sujets délicats, sujets que je n’ai pas forcément envie de parler. Mais non.

« – Vous avez été où ? Afghanistan truc comme ça ?

  • Oui, entre autres.
  • Y’a quoi d’autre… vous n’avez pas que fait l’Afghanistan ?
  • Non.
  • Je vois pas d’autre conflit auquel la force participe.
  • Il y a l’opération Barkhane au Mali.
  • Qu’est-ce qu’ils foutent là-bas ? Une guerre civile ?
  • Terroristes. Et ça peut tourner à la guerre civile.
  • Évidemment maintenant… c’est le terroriste. À notre époque, on nous disait que l’ennemi c’étaient les Russes.
  • C’était encore l’époque du mur de Berlin, du rideau de fer.
  • C’était une autre époque.
  • Mais les problèmes avec les Russes ne sont jamais trop loin. Voyez l’élection de Trump.
  • Ah ! Un sacré moustique celui-là ! »

Je me demandais s’il allait encore rester là longtemps. Il était chirurgien, il avait sûrement d’autres chats à fouetter. Ou à opérer. Non, ça c’est les vétos.

« – Bon, je vous laisse ! Mesdames, pas d’inquiétude, tout va bien se passer demain matin. Il n’y a aucune raison pour que les choses tournent mal. Et vous soldat, merci pour votre service ! 

  • Merci docteur, tu verras ma chérie demain ça se passera comme prévu.
  • Au revoir docteur. »

C’étaient mes dernières paroles, un au revoir courtois, mais j’avais envie de lui dire que je me fichais pas mal de ses remerciements pour mon service.

Car j’allai quitter l’armée. Il ne me restait plus que quelques mois à finir. Je ne pouvais plus supporter la vie de soldat. Mais je savais que ce qui m’attendait, la vie civile, qui serait une nouvelle épreuve. Une qui réserve ses lots de souffrances. Mais les vétérans, en France, tout le monde s’en fichent…

Jaskiers