La pièce maîtresse – Partie 1/2

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J’étais seul dans la maison de famille, elle avait appartenu à plusieurs générations, je ne saurai dire exactement combien, mais elle remontait au moins à mes arrière-arrières grand-parents. C’est dire que cette maison avait une histoire.

Ma grand-mère venait de décéder, et malheureusement, aucuns membres de ma famille ne voulait la reprendre à son compte. L’économie ne s’y prêtait pas, l’entretient et la mise aux normes d’une vieille maison était coûteux, et elle était à la campagne, au milieu des champs.

J’y étais pour vider la maison, faire le tri, et commencer à faire l’inventaire de ce qui pouvait être revendu, de ce qui pouvait être gardé. C’était la chose la plus difficile, non seulement, les années de jeunesses passées en vacance avec ma grand-mère me revenaient en mémoire, mais surtout, la famille allait vouloir sa part dans la vente des meubles et autres biens.

Personne ne s’occupait plus de ma grand-mère, mais quand était venu le temps de faire les comptes, tout le monde avaient son mot à dire, ses raisons, pour récupérer les choses les plus précieuses, les plus chères, enfin, c’est ça la famille.

Voir cette maison se vider de son âme, de toutes ces choses accumulées depuis des décennies, étant passée par au moins deux guerres mondiales, me mettait mal à l’aise. J’avais l’impression de redécouvrir la maison, voire d’en découvrir une nouvelle. L’espace vide la rendait plus grande.

Une des dernières fois où j’y ai posé les pieds, plus rien ne restait dans la maison. J’en fis le tour, avec un noeud à l’estomac. J’avais presque envie que les murs puissent parler. Ils devaient avoir tellement de choses à raconter, ils seraient les biographes attitrés d’une partie de notre héritage.

Je fis le tour de toutes les pièces, la cuisine, par où nous rentrions et qui sentait la bonne cuisine de ma grand-mère, la grande salle à manger, où il y a de ça quelques semaines, arborée de magnifiques meubles en bois massifs, des vases, de la porcelaine, un grand miroir au dessus de la cheminée, le parquet vitrifié qui craquait sous nos pas… le parquet…

Je faisais souvent ce rêve depuis la mort de ma grand-mère où je marchais dans cette vieille maison et trouvais des pièces que je n’avais jamais découvertes, et j’explorais ces chambres, montais des escaliers sur plusieurs étages, traversais des pièces secrètes cachées derrière les meubles…

Parquet, pièces secrètes… c’est à ce moment que mon regard se posa sur un des coins de la pièce, là où se trouvait l’imposant meuble supportant une télé tout aussi imposante (grand-mère avait eu le droit à une télé derniers cri car elle se plaignait de ne plus voir correctement sur sa grosse et vieille télé à tube cathodique).

Il semblait qu’il y avait un décalage et une décoloration au niveau du parquet. La décoloration pouvait s’expliquer par le meuble qui avait occupé ici sûrement plus d’un quart de siècle, mais ce rectangle d’environ un mètre cinquante de largeur et un de longueur, et dont les rebords marquaient un subtil décalage décoloré avec le reste du parquet. attira mon attention.

Jaskiers