Rapide retour au grand vide

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Il est de ces coups de téléphones, de ces messages qui vous coupent la respiration, vous mettent l’estomac dans les talons.

Cette sensation que le plancher, que les murs penchent, que les meubles se déplacent, que votre propre âme, ou conscience, veuille quitter votre enveloppe charnière.

L’environnement devient ensuite une spirale, vous voyez la pièce dans laquelle vous êtes, reculer et tourner à l’infini.

Vous questionnez, pendant quelques secondes, la nouvelle que vous venez d’apprendre.

Vous pensez qu’il y a une chance que tout ça ne soit qu’un mauvais rêve, comme vous en avez déjà fait. Ces cauchemars anxiogènes où, quand vous réalisez que ce n’était qu’un songe, vous libère de l’angoisse. Vous en faites souvent, ils prennent plusieurs formes. Parfois sans queues ni têtes, souvent tellement réalistes. C’est à cause de ces derniers que vous vous demandez si vous n’êtes pas en train de dormir. Dans ces rêves, tout semble réel, vous pouvez même vous surprendre à réaliser que vous êtes dans un rêve, et de continuer à rêver, observant comme un fantôme le drame que vous vivez, mais en sachant que ce n’est que le fruit d’une nuit de sommeil.

Sauf que, la tête dans les mains, vous perdez l’équilibre, vos jambes, vos mains, vos bras, même votre tête, tremblent. Et il ne semble pas possible de se réveiller. Vous aimeriez tellement. Tellement ressentir cette sensation de libération à la réalisation que tout cela n’était qu’un scénario sorti de votre inconscient.

Vous vous asseyez. Vos mains touchant votre visage, vous pensez à vous pincer, comme le veut le cliché, mais vous ne le faites pas, vous savez, c’est réel.

Cela fait aussi mal que dans un rêve, et encore plus, quand vous réalisez qu’il n’y aura pas de réveil. Le cauchemar se réalise, vous êtes éveillé.

Et vous allez devoir l’affronter. Vous ne le réalisez peut-être pas, mais votre cerveau, votre inconscient travaille déjà à digérer tout cela. Cela aura des répercussions sur votre santé, plus tard. Car il va vous falloir affronter la réalité, ce que l’on appelle un deuil.

Vous voilà face à la mort. Pas la vôtre, la faucheuse est venue pour quelqu’un d’autre.

Vous ne la comprenez pas. Elle est déjà venue pour d’autres proches, pourquoi continue-t-elle à prendre vos êtres chers ? Vous vous demandez pourquoi ça n’arrive qu’à vous, et pas aux autres.

Et il faudra essayer de comprendre, encore, ce qu’est la mort. Elle défie toute logique. Elle peut parfois sembler incompréhensible et injuste. Elle n’est que juste trop rarement, et encore, « juste » est un mot trop grand pour décrire ses actions.

Est-ce que le cerveau comprend la disparition d’un autre être humain ? Une personne avec des pensées, une conscience, des rêves, des amours, des projets, est-ce que tout ça peut disparaître ?

Quelle vie après la mort ? D’un côté, nous espérons un monde plus juste, plus beau, où nous retrouverions nos êtres chers, de l’autre, quelque chose, notre inconscient peut-être, nous dit qu’il n’y a probablement rien. Et que c’est sûrement mieux comme ça. Une vie après la mort, c’est un risque de souffrir encore. S’il n’y a rien, c’est un vide, un repos éternel, et ça fait peur…

Vous vous relevez, les jambes flageolantes, vous allez devoir continuer à vivre. C’est comme cela. Au jour le jour, s’il le faut. Où dans un jardin intérieur devenu le refuge de votre esprit fatigué.

La vie continue, pour vous.

Jaskiers

Je revois mon village dans mes rêves

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Moi, un gamin de la ville, un gamin de banlieue, qui, presque toutes les nuits, rêves de son village perdu au milieu de l’Allier.

À l’entre de l’adolescence, après un drame, un deuil, qui n’a jamais été fait et, j’en parle sur ce blog depuis 4 ans maintenant, qui ne se fera sûrement jamais vraiment, car je n’arrive toujours pas à comprendre ce que c’est, je quittais mon appartement étroit, en pleine banlieue pour une grande et vieille maison bourbonnaise. J’y allais, avant d’y emménager, en vacances pendant mon enfance.

C’était toujours difficile, enfant, de quitter la bande d’ami(e)s de cité pour un village perdu. La maison me faisait même presque peur parfois. Comme si, c’était trop spacieux. J’étais habitué au confinement qu’apportent les murs d’un HLM. Mais… Pour une raison étrange, la maison était liée à des sentiments concernant les deux guerres mondiales. Une explication ; cette maison de famille était aussi la maison d’un résistant, et d’un vétéran de la Première Guerre Mondiale, ainsi qu’un autre, ayant fait, avec beaucoup de réluctance, la guerre d’Algerie dans une division du Génie. Je ne les ai jamais connus, mais c’était comme ci leurs esprits se manifestaient subtilement pour me rappeler le sacrifice et la folie dont l’être humain est capable.

C’est une vieille maison, avec des volets massifs en bois couleur bordeaux, de vieilles tuiles qui tombent quand le vent est fort, et de la peinture blanche sur les murs qui, érodée par le temps, laisse voir les briques roses-orange, couleurs typiques des roches de cette région, avec le noir, comme la cathédrale de Clermont-Ferrand. Le noir viendrait de la roche volcanique, le Puys de Dôme est un volcan endormi, après tout.

Un grand jardin, avec deux vieilles cabanes, une servait de poulailler et d’enclos à lapins, il y a encore les grilles, toutes érodées, et avec un peu d’imagination, vous pourriez sentir l’odeur de crottes animales. La deuxième cabane, je ne sais à quoi elle servait, toujours est-il qu’un jour, en compagnie d’un ami, nous avons forcé le loquet de la porte et décidé de vider le cabanon de son contenu.

La cabane, qui aujourd’hui, bien que totalement construite en grossières planches de bois, et qui, depuis plusieurs décennies, penche dangereusement sans jamais s’écrouler, contenait un tas de paperasse provenant de l’atelier de menuiserie familiale qui a, comme beaucoup d’autres entreprises de la région, fait faillite. Je me rappelle de ma grand-mère parlant des maisons qui se construisaient juste derrière leur jardin, construites sans l’aide de menuiser, pendant que mon grand-père sombrait dans une dépression après s’être coupé deux doigts avec une machine et voyant son métier disparaître sous ses yeux… Je ne sais si je dois m’étaler trop sur la menuiserie. C’est comme si les murs venaient jusqu’à mon petit appartement normand pour me dire de garder nos secrets et rêves fous que nous avons eus. Si le bois pouvait parler… mais en Auvergne, on ne parle pas de son cœur, de ses sentiments, excepté quand on a vidé quelques verres de vin blanc dans l’un des deux bars du village. Un bar a fermé, un subsiste encore, avec un bureau de tabac. C’est derniers ne seront jamais en voie d’extinction, ils ont toujours de la clientèle. Il en va autrement des autres petites épiceries qui ont fermé après l’ouverture de deux magasins de grande distribution. Cette menuiserie a été créée, ou reprise, je ne suis pas sûr, par mon arrière-grand-père (le survivant de la Grande Guerre), qui n’est maintenant que débarras, même si quelques machines fonctionnent toujours (plusieurs décennies sans fonctionner, mais elles en ont encore dans le ventre…) La scie à ruban fonctionne encore, enfin je crois. Je me souviens de mon défunt père me construisant une épée en bois en utilisant cette énorme machine bruyante. Je peine à parler ici de cet atelier, car j’y ai tellement de vécu, mais aussi, car nous avons subi plusieurs vols…

Revenons à la cabane, c’est à l’intérieur que j’ai retrouvé les lettres que mon arrière-grand-père envoyait à sa femme, Germaine, durant la Première Guerre Mondiale.

Je m’en veux encore de les avoir perdus. Je me souviens des premières lettres. Pour faire court, petit Jean, ainsi était-il surnommé dans le village, un jeune homme respecté, menuisier de profession, avec son propre atelier et des ouvriers, avait été envoyé se faire brûler les poumons, avec des agriculteurs, des professeurs, des ouvriers, et se battre contre d’autres agriculteurs, professeurs et ouvriers, allemands, car un archiduc a des milliers de kilomètres avait été assassiné. Ces lettres, aussi loin que je puisse m’en souvenir, parlaient de la réquisition de chevaux, les nombreux déplacements et la fatigue entraînée par la violente percée allemande. Et les lettres, superbement écrite, à tel point que je peinais à les décoder, car l’écriture manuelle de cette époque était d’une beauté telle, que chaque lettre était une œuvre d’art. Je me rappelle encore les petits mots d’amour, à la fin de la lettre. Toujours pudique, car auvergnat, mais où l’on pouvait sentir, juste avec un mot, la tendresse qu’avait mon arrière-grand-père envers mon arrière-grand-mère… Je me demande s’il avait parlé d’elle à ses compagnons d’infortune. Surtout qu’elle s’appelait Germaine… les blagues ont dû aller bon train dans les tranchées.

Cette cabane, une fois vidée, est devenue mon repaire pour deux ans. J’y allais pour lire les vieilles BD que mes oncles avaient laissées derrière eux, Les Pieds Nickelé surtout.

Dans la maison, il y avait ce bureau, toujours froid, quand j’y allais en vacances, car personne ne l’utilisait. Plus tard, quand j’y aménageais, il deviendrait mon bureau, mon « bordel organisé », mon « bunker ». Dans cette pièce se trouvait un énorme meuble en bois massif qui contenait des classeurs et livres de guerre de mon grand-père, vétéran de la guerre d’Algerie. Guerre dont il parlait uniquement à ma mère, avec les larmes aux yeux. Mais cela ne durait jamais longtemps, car grand-mère, solide comme un roc, veillait au grain, veillait à ce que l’auvergnat, très penché sur la bouteille, ne s’ouvre pas trop.

Mais c’est à l’étage que j’ai découvert un livre sur Oradour-sur-Glane… j’ai découvert ce livre avant de savoir lire, j’ai donc regardé les photographies de corps calcinés. Je ne comprenais pas, et ne comprends toujours pas après tout ce temps, comment l’on peut arriver à un tel niveau de barbarie.

Plus tard, mon père disait, à qui voulait l’entendre ; « Au lieu de me demander d’aller à Disneyland, mon fils de 9 ans m’a demandé de visiter Oradour-sur-Glane. » Et il m’y a emmené, avec mon défunt grand frère. Je me souviens encore le musée, avant de rentrer dans le village en ruine, une antichambre avant le choc, avec ces citations de paix, et d’espoir projetées sur le sol… et puis le village martyr, son silence pesant, aucun oiseau ne chantait. Le souvenir d’une machine à coudre, posée sur une table au milieu d’une maison en ruine.

C’est ça, cette maison d’enfance, l’influence qu’elle a eue sur moi. C’est dans cette maison qu’a aussi explosé mon intérêt pour l’Art.

C’est dans cette maison, et ce village, que j’erre dans mes songes. J’y revois ma grand-mère, mon père, parfois mon frère. Mes voisins, qui ont depuis longtemps déménagé, mais ils restent propriétaires de leur maison dans mon monde onirique.

Parfois, je me balade pour aller au bar du bourg, fermé depuis des années maintenant. Je m’apprête à revoir mes ami(e)s d’adolescence, je prépare mon corps à une beuverie, j’angoisse de la gueule de bois du lendemain. Et souvent, dans ces rêves, je décide de m’envoler, comme un oiseau. J’ai peur de toucher les câbles électriques qui pendouillent partout, le long des rues, je me contorsionne pour les éviter. Et je vais haut, loin, je veux voir de haut ce village. Je rêve souvent d’un chemin menant à une ferme et un bois, qui n’existe pas dans la réalité. Je sais que je n’ai pas le droit d’être là, mais je m’y aventure quand même. Je peux m’envoler si un agriculteur sort son fusil, ce qui n’arrive jamais, mais la peur trotte dans ma tête. Je fais aussi ce rêve étrange où je creuse un énorme trou dans un petit carré de gazon pour en faire une piscine avec plusieurs amis.

Durant mes séances de vol, je plane au-dessus des arbres et de la flore luxuriante bordant l’Allier, je ne sais où je vais. Je vois des tracteurs, des oiseaux, des champs, des haies, des vaches, des décors champêtres dignes de romans, de poèmes, de chansons.

Et puis, je rêve beaucoup de toi papa. Tu n’es pas mort, dans mes songes. Tu avais juste besoin de prendre du repos, à cause de ton cancer. On m’avait fait croire à ta mort pour que tu puisses te reposer. Et quand je te revois, c’est comme ci mes soucis disparaissaient. « Enfin, me dis-je, tout cela était un mauvais cauchemar ».

Et puis je me réveille. Tout cela était un rêve. J’en ai l’habitude, mes voyages nocturnes font partie de moi. J’ai parfois l’impression d’avoir une deuxième vie, dans mes rêves, et souvent, je me surprends à vouloir dormir, non pour me reposer, mais pour aller dans mon monde.

Jaskiers

Demain est une autre nuit – Partie 2/2

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Cette fois, Henry était décidé à trouver la raison de cette folie.

Assis sur son lit, il ne se sentit pas s’endormir.

Il se retrouvait une nouvelle fois dans son monde onirique, où il était encore une fois installé dans sa voiture-savon. Mais cette fois, au lieu de foncer à toute vitesse droit devant lui, il reculait.

Il accélérait en appuyant sur un simple bouton situé sur le tableau de bord. Mais il reculait, encore et encore. Il repassa par le voile qu’il avait brisé dans ses deux autres rêves, il quittait le territoire des lianes pour revenir sur une route vide et entourée de pâtures.

Un violent coup de volant involontaire et inattendu le fit le réveiller en sursaut.

Le réveil affichait 5 h 30.

Il essaya de se rappeler comment il avait pu s’endormir sans s’en rendre compte, assis sur le bord de son lit. Il venait de se réveiller emmitouflé dans ses draps.

5 h 31.

L’obscurité de la nuit commençait à peser sur son moral, autant que cette étrange situation. Il alluma sa table de chevet. Enfin un peu de lumière.

Henry se leva et se dirigea à sa fenêtre de chambre pour voir si des gens se trouvaient dans la même situation. Mais il doutait. Que feraient les voisins à la fenêtre ? Il tendit l’oreille, peut-être que quelqu’un crierait son désarroi et qu’ils pourraient se réunir ensemble pour trouver une solution. Mais le silence régnait en maître.

5 h 32.

Il décida de se laisser encore un peu le temps de réfléchir. L’homme décida de se couvrir. Le temps de mettre un léger veston, il était maintenant 5 h 33.

Il ouvrit les yeux, 5 h 30. Henry comprit. Il ne pouvait rester éveillé que trois minutes ! À 5 h 33 il replongeait dans un sommeil et se réveillait dans son lit à 5 h 30.

Ce doit être le pire cauchemar de ma vie, de l’existence du monde, de l’humanité ! Quand est-ce que je vais me réveiller… s’est ça ! Il faut que je me réveille ! Je sais, je sais, je vais sauter par la fenêtre ! Ça sera comme ces rêves où l’on tombe et on se réveille en sursautant.

5 h 31. Henry ouvrit la fenêtre. L’air frais de la nuit l’enveloppa et une pressente envie de retourner dans ses draps l’enveloppa. Il douta un temps de son idée, mais c’était selon lui le meilleur moyen de sortir de cette boucle cauchemardesque.

Il enjamba le rebord de la fenêtre, jeta un coup d’œil à son réveil : 5 h 32.

Il hésita encore quelques instants et sauta.

C’était exactement la sensation qu’Henry attendait. Mais au moment de l’impact, son réveil affichait 5 h 33.

Il se réveilla. La même heure, encore et, semble-t-il, toujours.

Sauf que cette fois, les chiffres s’affichant sur son réveil étaient de couleur bleue, et non rouge.

Pressentant qu’il avait fait avancer le mystère, il alluma sa lampe de chevet. Son simple lit deux place était devenu un lit à baldaquin.

L’homme se redressa, regarda le voile autour du lit.

On dirait le même voile que celui de mon rêve avec la voiture-savon…

La solution était peut-être derrière ce fin tissus. Il passa sa tête et ses épaules à travers et vit que les murs de sa nouvelle chambre étaient bleus. Aucun meuble, aucun tapis, rien que quatre murs d’un bleu intense, sans aucune fenêtre. Et une porte blanche immaculée.

Henry décida qu’il se devait de passer cette porte, il n’avait que ça à faire.

Machinalement, il jeta un coup d’œil à son réveil, 5 h 32.

Il se précipita vers la porte, l’ouvrit et se retrouva devant des centaines de ce qu’il pensait être des lianes, toutes pendaient depuis le plafond, droites, raides et traversant le sol.

Ces étranges lianes lui firent penser à cette théorie qu’il avait un jour découverte en voguant sur le net, la théorie des cordes.

Bien sûr il n’avait pas compris exactement cette théorie scientifique, mais il avait retenu l’idée principale : la matière et l’énergie étaient faites de minuscules cordes qui vibrent.

S’en se soucier des conséquences potentielles, il attrapa une corde, et non plus une liane comme il le pensait quelques secondes plus tôt, et décida de la mouvoir, voir de la casser, en pesant de tout son poids sur elle.

Tout commença à vibrer, comme un violent tremblement de terre, la pièce tourna sur elle-même, envoyant Henry cogner contre un mur.

Et la pièce continua à tourner de plus en plus vite. Lui se retrouva comme flottant au milieu de la pièce où les cordes avaient disparu.. Épargné quelque temps par cette folle farandole, son corps se mit à tourner lentement puis de plus en plus vite jusqu’à le faire s’évanouir.

Il se réveilla, il était 7 h 30. L’heure de se lever pour aller travailler.

FIN

Jaskiers

Demain est une autre nuit – Partie 1/2

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Henry avait l’habitude de se lever au milieu de la nuit pour son pipi nocturne et fumer une cigarette. Une très mauvaise habitude que de fumer, mais c’est encore plus mauvais la nuit. Non seulement, fumer à jeun est mauvais, mais cela dérègle le cycle du sommeil. Couplé à cette mauvaise habitude; le besoin d’uriner et Henry se réveillait toujours à la même heure, 5 h 30 du matin.

Quand les événements qui vont être relatés ont-ils démarré ? Henry n’aurait su le dire exactement, car sa vie n’était maintenant qu’une nuit infinie. Tous ses repères avaient disparu.

Cela avait débuté comme d’habitude. Après un rêve étrange où il pilotait une sorte de bolide qui avait la forme et la senteur d’un savon à la lavande. Dans ce rêve, il roulait très vite, tellement que l’air autour de lui semblait se matérialiser en une sorte de voile qu’il finissait par percer et il s’était réveillé à ce moment-là. 5 h 30.

Ces réveils précis duraient depuis plus d’un an. Il était habitué au froid qui l’enveloppait dès la sortie du lit. Le chemin jusqu’aux toilettes, il le faisait sans lumière.

Une fois sa vessie apaisée, il s’asseyait sur son vieux fauteuil dans son salon pour fumer sa cigarette.

Il restait éveillé environ un quart d’heure, puis allait se recoucher. Et cette fois-ci, sa petite veille ne dérogea pas à la règle.

Il se rendormait aussitôt. Il adorait retrouver la chaleur des draps après la fraîcheur de la nuit. Henry se sentait comme un enfant bordé par sa mère.

Souvent, son deuxième sommeil était celui le plus peuplé de rêves insensés, rêves qu’il aimait noter sur un carnet de bon matin. Cela lui permettait de faire marcher sa mémoire. Et il était fasciné par ce que son subconscient pouvait créer. Il adorait les tournures loufoques, improbables que son cerveau créait pendant son sommeil. Il était fasciné par le fait que dans ses rêves sans logiques, jamais il ne questionnait le sens des situations et des événements qui s’y déroulaient.

C’est pour cela qu’après s’être couché après sa cigarette, qu’il se rendormit et se réveilla à 5 h 30.

J’ai dû rêver que je m’étais levé pour fumer comme d’habitude. L’habitude a pris le dessus sur mon subconscient, ou quelque chose dans le genre.

Ce fut sa première impression. Henry devait avouer que ce rêve était très réaliste, il ressemblait à la réalité.

Arrivé aux toilettes comme un automate programmé, il découvrit qu’il n’avait aucune envie d’uriner. Cela lui était déjà arrivé, souvent même. Soit il n’avait pas assez bu, soit l’organisation de sa journée avait bousculé son horloge biologique, il avait uriné abondamment avant d’aller se coucher et le corps n’avait pas encore besoin d’évacuer.

Même si le pipi ne se réalisa pas, la pause cigarette s’imposait. Il fut bien plus confus avec le fait de ne pas avoir envie d’uriner quand l’odeur de cigarette lui monta au nez.

Il ne fumait à l’intérieur de l’appartement que la nuit. Le jour, il fumait au balcon. C’était mieux pour ses poumons, pour l’air de l’appartement s’il recevait des invités.

Peut-être, pensa-t-il, qu’à force de fumer ici toutes les nuits, l’odeur s’était infiltrée dans le tissu du fauteuil, voir dans les rideaux, dans tout ce qui pouvait retenir la fumée…

Henry alluma sa cigarette, en pensant à ce qu’il pouvait se procurer pour retirer cette odeur de tabac de son bureau. Il essayait de rappeler ces publicités qui passaient à la télé, présentant un produit miracle détruisant, toujours à 99 %, les mauvaises odeurs. Mais à son grand étonnement, ces publicités qui lui rentraient dans la tête plus facilement que ses leçons, les dates d’anniversaires ou ses rendez-vous, semblaient avoir disparue de sa mémoire.

Sa cigarette terminée, il alla se recoucher, heureux de retrouver la chaleur de son lit douillet.

Il fit encore un rêve, il conduisait son automobile-savon jusqu’à percer le voile de l’air, ou de quelque chose d’autre. Cette fois, il ne se réveilla pas tout de suite. Après avoir percé le voile, il se retrouvait dans un endroit sombre, toujours dans son étrange véhicule, et des sortes de lianes se trouvaient en face de lui. Toutes espacés d’une manière anarchique mais toute étaient raides. Ne sachant que faire, il appuya sur un bouton de son véhicule qui fonça directement dans cet étrange biome.

Il se réveilla, légèrement en sueur. Il était 5 h 30.

Cette fois, Henry commençait à s’inquiéter.

Était-il en train de faire une sorte d’AVC ? Était-il malade ? De la fièvre ? Il se toucha le front, non. Un problème avec le réveil ? Peut-être est-il bloqué à 5 h 30 et ses réveils n’étaient que la signification d’une mauvaise nuit.

L’homme regarda son réveil affichant les chiffres en rouge, 5 h 31.

Aucune envie d’uriner, pas non plus vraiment envie de fumer, il avait l’impression d’avoir fumé quelques minutes plus tôt. Mais l’angoisse qui commençait à l’accaparer le fit céder.

Henry se ralluma une cigarette, non sans sentir l’odeur de tabac, encore plus forte cette fois.

Allumant son Zippo, il regarda son cendrier, qu’il ne vidait que le matin pour éviter l’odeur du tabac froid, odeur encore plus désagréable que la normale, même pour les fumeurs.

Deux mégots étaient écrasés dans son vieux cendrier.

Je deviens fou ! Je deviens fou, c’est ça. Je commence à faire de la démence comme ma vieille tante… à trente ans ? Il n’y a pas d’âge pour devenir fou, mais à ce point ? Quand même. Il faut que je prenne un rendez-vous avec un neurologue. Si ça se trouve je fais un mini-AVC. Foutu tabac ! Et puis t’as plus vingt ans mon vieux…

Il fuma sa cigarette en une poignée de minutes, et reparti se coucher, non sans avoir bu un verre d’eau fraîche avant.

Il replongea dans les draps, l’envie de dormir ne semblait pas s’atténuer.

Étrange… si ça se trouve c’est un rêve… qui a dans son étrangeté une régularité et réalité étrangement puissantes…

Il se rendormit.

Pour se réveiller à 5 h 30.

Paniqué, il prit son téléphone pour appeler sa mère. On a beau avoir trente ans, on a encore besoin de sa maman. Personne ne répondit. Il attendit quelques minutes, c’était le milieu de la nuit après tout.

Sa maman ne répondait pas. Même après avoir laissé sonner la tonalité pour laisser à sa mère le temps de se réveiller. Il regarda son réveil, qui semblait cette fois bel et bien mal fonctionner , 5 h 33. Il ne savait pas depuis combien de temps il était réveillé avec exactitude mais il était persuadé de l’être depuis bien plus de cinq minutes. Son téléphone semblait aussi bloqué à la même heure. Son micro-onde affichait lui aussi 5 h 33.

C’est ce moment qu’il réalisa que quelque chose de grave s’était peut-être passé. La fin du monde ? Le soleil s’est évaporé ? Un problème dans l’espace-temps ?

Henry décida cette fois de faire quelque chose.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 12

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Enclenchant ses warning, il se gara sur le côté et s’affaissa sur son volant. Il n’avait même plus la force de crier, car la fatigue venait reprendre son dû. Fatigue qui se dissipa encore une fois par la colère, contre lui cette fois-ci, car c’était une nouvelle voiture, il avait bien sûr un pneu de rechange, mais aucun outil pour le changer.

Il prit son téléphone, aucun réseau n’était disponible.

Accablé, il ne bougea plus de sa position, les bras sur le volant et la tête posée sur eux. Une fois l’adrénaline dissipée, il sombra dans le sommeil.

Combien de temps avait-il dormi ?

Le soleil dardait ses premiers rayons. Mais ce n’était pas le soleil qui avait réveillé Dante Rand, le nouveau prodige de la littérature d’épouvante, mais le bruit d’un moteur puissant qui faisait vibrer tout son habitacle.

Un camion s’était garé derrière lui. Enfin, un bon samaritain. Un bon samaritain qui répondait au doux nom de Peter Springsteen.

Jaskiers

J’ai fait un mauvais rêve… ou un bon cauchemar. (Billet onirique ?)

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C’était bien la première fois depuis longtemps, en faite, depuis toujours que je m’étais réveillé avec l’impression que j’étais heureux d’être vivant. Dans ma vie courante, ce sentiment, je ne l’avais pas eu depuis longtemps.

Il m’a fallu ce « rêve » pour réaliser, non, ressentir, le temps de quelques secondes, que je devrais profiter de la vie et arrêter de me tracasser pour un rien.

Mais ce sentiment est venu quelques minutes après mon réveil, j’étais secoué par le cauchemar que je venais de faire.

Voici le rêve que j’ai fait durant la nuit du 03/06/2022 au 04/06/22 :

J’étais dans un hôpital avec une perfusion dans le bras. J’avais un cancer en phase terminal et j’allai mourir d’une minute à l’autre.

Cancer de quoi ? Je n’en sais rien, je me rappelle avoir mal à la cuisse gauche, j’étais épuisé et terrorisé d’attendre la mort.

Je sais qu’il y a plus de détails de ce rêve mais ils sont passés aux oubliettes de ma mémoire. Vous savez, quand vous avez fait un rêve dont vous ne vous souvenez pas mais que les sensations que vous a laissées ce dernier vous tenaille la poitrine et hante vos pensées… C’est frustrant de ne pas pouvoir se souvenir. Le corps, lui s’en souvient, mais l’esprit a décidé qu’il fallait l’oublier.

Je me rappelle l’attente terrible de ma dernière seconde de vie. Puis, je suis sortie de l’hôpital pour faire une dernière balade avant ma mort.

Le soleil reflétait ses rayons sur une des façades de l’hôpital, comme si les vitres de ce dernier étaient des miroirs.

Je vis mon père, maigre, la peau jaunie et tout aussi épuisée que moi, me rejoindre. Je ne me rappelle plus du tout de ce dont nous avons parlé.

Pour information, mon père est mort d’un cancer.

Puis, je retournais dans ma chambre, seul. Un tout petit peu moins terrorisé.

Mais l’attente et surtout cette douleur qui se propageait dans mon corps reprît sa terrible emprise.

Et je me suis réveillé, en sueur, le cœur battant. Puis, j’ai allumé une cigarette pour décompresser et c’est là que j’ai ressenti cette sensation d’être en vie, relativement en bonne santé (ironique de dire que je fumais en même temps d’avoir cette pensée…) et qu’il fallait que j’arrête de me monter la tête pour des petits riens. Et puis, les réminiscences du rêve-cauchemar revinrent me hanter.

J’ai, à l’époque où j’écris cet article, c’est-à-dire le jour même de ce cauchemar, lu pas mal sur la vie de Jim Morrison, sur sa philosophie de vie. Je lisais le « Photojournal » de Frank Lisciandro sur sa relation avec Jim. Il parlait dans ce livre des écrits de Jim sur ses rêves et cauchemars qu’il avait pour habitude d’écrire sur ses carnets notes. Morrison portait une attention particulière à ses rêves, au monde onirique. Je l’ai lu dans sa poésie et on peut l’entendre dans la musique des Doors.

De plus en plus, je remets en question la vie, pas MA vie mais LA vie. Je commence à être persuadé que nous ne voyons qu’une infime partie de notre monde, que la vie a des mystères, des choses puissantes, peut-être peut-on parler de dimensions ou de plusieurs mondes, parallèles au notre. Des choses invisibles, des choses dont nous perdues la capacité de voir et ressentir.

Je pense aux Indiens d’Amérique, aux Égyptiens de l’Egypte antique, ils semblent qu’ils avaient une vision différente, ou mieux, une relation différente avec notre monde. Évidemment, pour les Égyptiens de l’antiquité, cette réflexion est étoffée de toute cette culture connue dans le monde entier, mais les Indiens d’Amériques, bien que martyrisés, mal traités encore aujourd’hui, ont gardé la sagesse, certains rites et secrets qu’ils protègent depuis je ne sais combien de milliers d’années mais qui reste, je pense, trop inconnus du grand public. J’aimerais parler avec l’un d’entre eux. Nous ne pouvons juger de leurs visions du monde car leur peuple, coutumes, croyances, rites, existent depuis des millénaires, enfin je présume. Ils savent, leurs ancêtres savaient des choses sur notre monde, des facettes que nous avons oubliées.

Ce rêve était peut-être une mise en garde ; ne pas trop chercher ce que je ne pourrai pas supporter. Ou peut-être est-ce l’inverse, une sorte de renaissance. Ou bien, c’était juste un rêve.

Un rêve qui m’a marqué. Je fais souvent des rêves, je les écris sur mes carnets depuis presque 8 ans maintenant. Mais j’avais envie de partager ce rêve avec vous car, au fond de moi, je le trouve important. J’entamerai, bientôt je l’espère, des lectures pour ouvrir un peu mes horizons et m’éclairer un peu sur ce monde qui cache à nos yeux des facettes oubliées. C’est peut-être aussi ça le problème, nous ne pensons et croyons qu’avec les yeux. Jim Morrison l’écrivait, nous sommes dépendants des yeux, ils nous offrent un monde, un seul et nos autres sens sont dominés par eux. Je pense qu’il nous faut nous reconnecter à la nature, à notre nature pour pouvoir découvrir le reste et nous émanciper de la dictature de la vue.

Je parle comme si j’étais fou. Et je le suis un peu. Et je revendique que les fous ont peut-être raison. Peut-être voient-ils quelques choses que le commun des mortels ne voit pas où ne veut pas voir et réprime ces fous. Avons-nous peur d’eux parce qu’ils sont fous ou parce qu’ils voient des choses que nous ne pouvons pas voir ni comprendre ? Peut-être que ces fous sont devenus fou car ce qu’ils ont découvert, les choses dont ils ont fait l’expérience les ont laissés sur le carreau. Parce que nous avons oubliés que l’existence est autre chose que le monde physique et observable à l’œil.

Suis-je à la recherche de la Vérité comme Proust, enfant, dans le jardin de grand’tante Léonie à Combray ? Et, qu’en saurais-je que j’ai trouvé cette Vérité ?

À la recherche d’un monde plus juste, doux qui a un sens. Que nous ne pouvons avoir mais qui est là.

Merci d’avoir lu jusqu’ici.

Jaskiers

Cauchemar d’enfance

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Était-ce le milieu de la nuit ? Au début ? À l’aube ?

Je ne me rappelle plus, seulement, je sais que la chambre était plongée dans la pénombre.

Pourquoi étais-je réveillé ? Je ne me rappelle plus.

Pourquoi je fixais la porte de ma chambre ? Vous avez deviné, je ne me souviens plus.

Est-ce que j’étais éveillé ou encore dans les bras de Morphée ? Encore une question sans réponse.

Ce dont je me rappelle, ce sont ces mannequins de boutiques, ceux que je voyais quand je passais devant cette boutique de prêt-à-porter, boutique qui dans mes souvenirs n’était jamais ouverte. Les mannequins n’étaient jamais habillés, il semblait y avoir de la poussière sur eux, de la crasse. Ces mannequins n’étaient pas ceux que l’on trouve habituellement dans les boutiques. Ils étaient plats, grands, aucunes formes, asexuelles. On distinguait évidemment la tête, les bras, peut-être un peu de hanche, les jambes et c’est tout. Mais ils étaient plats et chacun avaient sa couleur, bleu, rouge, gris, blanc, noir, vert.

Je passais devant souvent. La boutique était dans une galerie marchande où ma mère m’emmenait pour faire les courses et je jetai toujours un coup d’œil à ces mannequins, abandonnés au regard de tout le monde.

La nuit dont je parle, ces mannequins ont ouvert la porte de ma chambre, ils étaient toujours aussi plats, leur bras et jambes bougeaient et c’était tout. Qu’ils étaient maigres ces bras et ces jambes ! Mais ils étaient sûrs de leur mouvement. Celui (ou celle…) qui avait ouvert la porte était le mannequin de couleur jaune, j’ai vu sa main et son avant-bras lentement redescendre à ses flancs après avoir ouvert la porte pour lui et ses camarades.

Ils rentrèrent tous, toutes les couleurs et s’installèrent debout, devant mon lit et ne bougèrent plus.

Attendaient-ils de moi quelque chose ? Voulaient-ils que je les habille ? Que je leur parle ?

Je n’en sais rien car j’ai crié et me suis caché sous ma couette. Le temps que ma mère arrive pour demander ce qu’il se passait et me rassurer, ils avaient disparus.

Cauchemar… Cauchemar ? J’avais environ 6 ans, je me rappelle distinctement les voir rentrer doucement, et même si leur visage n’était qu’un vulgaire ovale sans traits aucuns, j’étais persuadé qu’ils me regardaient. Maintenant encore, quand il m’arrive de repenser à cette horreur onirique, je ne m’en rappelle pas comme d’un cauchemar mais comme un vrai souvenir, comme si j’étais éveillé et que ces mannequins étaient vraiment entrées dans ma chambre. Qu’ils étaient vivants, avec une conscience. Si je me concentre, j’ai presque l’impression qu’ils m’ont parlé, pas physiquement, ils n’avaient pas de bouches mais communiquaient par télépathie.

Pourquoi étaient-ils venus ME voir, moi un enfant et pas un autre ? Que me voulaient-ils ? Que me serait-il arrivé si ma mère n’était pas venues à mon secours ?

Peut-être qu’en fin de compte, tout ceci était un rêve, enfin un cauchemar. Même si ma mère ne s’en souvient pas du tout, et pourtant, je n’étais pas le genre d’enfant à crier et à appeler à l’aide après un mauvais voyage onirique.

Après tout, pourquoi, après cette nuit, les mannequins avaient disparu de la boutique ?

Tant de questions, dans un monde qui est obsédé par les réponses. Je ne cherche pas plus loin, les choses sont parfois mieux laissées sans réponses.

Jaskiers

Rêve de chambre funéraire

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C’était un rêve que j’avais fait, peut-être 1 ou 2 ans après avoir dit adieu à mon grand frère.

Mon grand frère, mon héros, a été le premier corps sans vie que j’ai vu de ma vie.

Je ne sais pas si vous avez déjà vu un corps sans vie, mais le choc est terrible. Surtout quand on a connu la personne, qu’on l’a côtoyé tous les jours depuis l’enfance. Mais je me rappelle que mon esprit n’acceptait pas les informations envoyées par mes yeux, impossible qu’un corps ne bouge plus, ne respire plus, ne vive plus.

Quelque chose s’est brisé en moi ce jour-là, je n’ai jamais vraiment pu me reconstruire. Encore moins quand j’ai dû voir le corps sans vie de mon père 10 ans après.

Mais revenant au début de l’article, je parlais d’un rêve que j’avais fait quelques années après cette vision traumatisante.

J’avais rêvé que je rentrais dans la chambre funéraire, toute la chambre était blanche, ne ressortait que le visage de mon frère, pâle, lui qui était toujours bronzé, les joues rouges et les yeux pleins de vies.

Je m’approchai de lui et son visage fermé se tourna vers moi. Je n’étais nullement effrayé, j’étais curieux. Je présumais qu’il voulait recevoir un bisou sur la joue, comme je l’avais fait en vrai. Je me rappelle encore aujourd’hui la froideur de sa peau, l’impression que j’embrassais quelque chose de synthétique. En écrivant ces lignes, me revient l’odeur, fade mais aussi forte, de la chambre funéraire. Cette odeur revient me hanter parfois. N’importe où, n’importe quand. Cette odeur me renvoie dans cette salle, directement. Elle me renvoie aussi à la chambre funéraire de mon père. Pour lui, je n’eus pas le courage de l’embrasser. Je ne voulais pas sentir encore une fois sur mes lèvres la peau sans vie d’un proche. Mais cette odeur, ce sens que nous ne pouvons pas contrôler, l’odorat, c’est peut-être la pire des choses. L’odorat et l’ouïe sont les sens que nous ne pouvons contrôler en situation de stress. Je présume cela. Je pense à ces soldats qui reviennent traumatisés de zones de conflits. Les feux d’artifices, les pétards peuvent déclencher de graves réactions de stress post-traumatique. Je présume que l’odeur aussi, peut provoquer ces choses. Ces deux sens sont des traîtres qui nous ramènent, contre notre gré, au pire moment de nos vies.

Bien sûr, les odeurs ne rappellent pas que des mauvais souvenirs, comme celles qui ramènent Proust du côté de Méséglise ou de Guermantes. Où même pourrions-nous parler du goût, de la sacro-sainte « madeleine de Proust ».

Si jamais vous n’avez jamais vécu de telles expériences, un petit exemple. Écoutez une musique que vous aviez l’habitude d’entendre ou juste d’écouter à une période difficile de votre vie et vous comprendrez. Je suis certain que cela touche tout le monde.

Mais revenons à la chambre funéraire onirique de mon frère.

Son visage tourné vers moi, je regardais fixement ses paupières quand ils s’ouvrirent d’un seul coup. Au lieu de pupilles, des roses d’un rouge vif, me fixaient.

Je ne me rappelle plus si j’avais eu peur, le temps joue des tours à la mémoire et je ne veux pas inventer. Je sais par contre que j’étais curieux, que je n’ai pas reculé. C’était étrange, terrifiant mais tout en étant beau, fascinant et hypnotique. Je me rappelle encore cette couleur rouges si intense encore aujourd’hui.

Et puis je me suis réveillé.

Jaskiers

L’homme vide

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C’est une vie ou il ne se passe rien. Rien d’interessant. Ou peut-être est-ce ce rien qui la rend unique. Unique ? Non, d’autres personnes vivent leurs vies dans le rien.

C’est au réveil que la différence avec une vie pleine de faits se faisait sentir.

Le réveil sonne et émet sa musique wagnérienne. Étonnant quand rien l’attends.

Toujours le même déjeuner, un bout de pain de mie avec du chocolat à tartiner. Il regarde fixement devant lui, les yeux grands ouverts comme traumatisé. Il pense, essaie de se remémorer ses rêves. Important que de s’en rappeler, c’est dans ses rêves qu’une femme l’aime, qu’il voyage, qu’il s’amuse. Enlever lui ses rêves et vous lui enlever ce qui le lie à l’homme automate moderne. Parfois il les écrivait ses rêves mais ce matin, comme souvent, des bribes disparates et sans queues ni têtes étaient tout ce qui lui restait de son voyage onirique. La frustration, il avait parfois ces rêves où il se sentait tellement bien, ou mal, mais ces rêves étaient impossibles à retranscrire sur le papier tant les détails et les bizarreries en faisaient un charabia trop compliqué à écrire. C’était les sensations qu’ils lui donnaient qu’il appréciait le plus.

Les cauchemars, eux, venaient le hanter toute la journée. Toujours le même genre de cauchemar, celui qui prend vos peurs à pleines mains et instille l’angoisse, la terreur et l’anxiété. Ces cauchemars qui vous trottent dans la tête toute la journée. Pour lui, des sentiments dithyrambiques le liaient à eux. Il ressentait. Pour des journées remplies de vides, de solitude, c’était eux qui lui donnaient l’indicible opportunité de se sentir vivant et humain.

Ses yeux se refermèrent quand il eut fini son déjeuner. Il n’avait pas faim le matin, c’était pour son corps, une entité qu’il avait pris pour acquis jusqu’ici, qu’il mangeait un petit déjeuner. La faim l’assaillirait avec une force encore plus terrible à midi si il n’avait pas manger ne serait-ce qu’une miette au levé.

Ces petits détails de la vie, infimes et futiles pour le commun des vivants étaient, pour lui, une source de réflexion et de tracas. Son esprit se resserrait sur ces détails pour donner un sens à une existence morne.

Posté devant la fenêtre de sa petite salle à manger, il regardait ces gens pressés, pressés d’aller travailler, pressés de donner de leurs temps si précieux, pressés de faire violence à leurs corps, à leurs psychés, pour remplir les poches de leurs patrons. Toujours, ces mines tendues éveillaient sa curiosité, cette violence du mouvement forcé, les stigmates du forçat, les soucis de la vie, tous ceci étaient visible dans leurs yeux. Pas sur les visages, car l’Homme enfile son masque de mensonge tout les matins, cachant les cicatrices du vécue, mais dans les yeux. En regardant bien dans les yeux, il pouvait voir, subrepticement, la détresse, la peur, la fatigue, le stress.

Ce n’était pas, là, les marques de la vie moderne, non. Tous le monde a son histoire, et tous le monde peut lire l’histoire de l’autre en regardant attentivement ses yeux.

C’était déjà l’heure pour lui de ne rien faire jusqu’au coucher. Il s’assit et ne fit rien. A part peut-être manger, boire et faire ses besoins. C’était peut-être ça être humain. Faire ces petites choses à rythme régulier et dans des mœurs normales. Être humain, c’est peut-être combattre l’ennui toute sa vie. Car qui s’ennuie toute sa vie préféra les mystères que la mort lui réserve plutôt que la vie. L’épreuve des vivants : qui fera de sa vie quelque chose qui ne l’ennui pas jusqu’à sa mort.

Jaskiers

L’entité rouge

Ce texte est une FICTION

Cette sensation qu’un poids se pose sur le bord du lit, c’est ce sentiment vague qu’il ressentait. Pas la première fois d’ailleurs, cela arrivait surtout quand il était fatigué.

Quand ce poids s’installait dans son lit, il ne pouvait plus bouger. Ouvrir les paupières était effrayant. Ce petit mouvement lui semblait impossible et inutile car la chambre était emplie de pénombre.

Ce qu’il craignait le plus, c’était que ce poids se déplace sur son torse, sur sa cage thoracique. Dans ces moments là, son esprit était comme coincé entre rêve et réalité, il était on ne peut plus confus, apeuré. Tétanisé était possiblement le mot qui conviendrait le mieux car il lui était impossible de bouger et de respirer quand l’entité entrait ses songes.

Ce sont des sentiments dithyrambiques quand il y repense car il avait toujours voulu avoir des hallucinations. Une expérience extra-sensorielle, un événement qu’il ne pourrait expliquer et qu’il chérirait. Il a souvent pensé à prendre des drogues dures pour avoir ce genre d’expériences mais les drogues douces ne faisaient déjà pas bon ménage avec ses méninges, mieux valait ne pas tenter le diable, d’autant que dernièrement, le diable semblait envoyer un de ses sbires pour l’étouffer dans son sommeil.

Ses ambitions hallucinatoires se concrétisèrent bien vite. C’était pendant ses siestes que l’entité semblait la plus prompte à intervenir.

Mais elle avait déjà commencé à venir les nuits, régulièrement elle s’asseyait sur son lit, parfois un peu sur lui. Elle aimait beaucoup secouer le lit quand elle n’essayait pas de l’étouffer. C’était comme être dans un manège, il se cramponnait dans un état de semi-sommeil et sentait sont corps subir les oscillations du lit. Et il n’avait pas peur. Il attendait que ça passe. C’était devenu une habitude.

Souvent elle venait avec son ami, le rat, qui aimait se frotter à ses jambes et se balader sous la couette. Il se réveillait en sueur et secouait sa couette mais il n’y avait rien bien évidemment. Il avait peur de la morsure ou que d’autre rats le rejoigne dans ses brefs mais intenses moments de panique. Elle envoya une dizaine de fois son ami le rat.

Les interventions de l’entité étaient plus concrètes quand venait l’heure de sa sieste. Elle commençait par s’asseoir sur son lit, comme à son habitude, parfois posant une main pesante sur son torse. Et pénétrait ses songes. Des images sans queues ni têtes défilaient dans son esprit, il réalisait parfois qu’il avait arrêté de respirer et vous pouviez l’entendre essayait de reprendre son souffle. Comme un nageur resté sous l’eau un peu trop longtemps revenant à la surface, à quelques secondes de mourir noyé.

Un jour, elle décida de se montrer, très subrepticement.

Le défilement des images s’était arrêté, il ouvrit les yeux, la sueur avait nimbé son oreiller, ou peut-être était-ce de la bave. Les deux semblent plausibles. Réveillé, il se mit sur le dos et pour la première fois, vît l’entité.

Elle était dans le coin supérieur gauche de sa chambre, les mains collées au plafond et les jambes écartées, prenants leurs appuies chacune sur les murs formant l’angle.

Rouge sanguine qu’elle était, des yeux ronds et noirs, une langue rose et velue pendante, une couronne, un corps tailladé, un large sourire composé de dents requins.

Elle n’apparut peut-être qu’une seconde, même moins. Assez pour qu’il sentit un poids sur sa poitrine et pour refermer les yeux et essayer de se rassurer.

Il fit tout de suite un rêve où il était projeté de l’autre côté de la chambre par une force invisible. Il criait à l’aide mais personne ne venait et il le savait, personne ne viendrait, non seulement il était seul mais de sa gorge ne sortait qu’un petit râle pitoyable.

Il se réveilla en sueur, le cœur battant, avec un mal de crâne terrible. Il aurait juré que cela c’était vraiment passé. Il n’aurait même pas été surpris de se réveiller dans le coin de la chambre où il avait été propulsé dans son cauchemar.

Peut-être deux années plus tard, ces rêves et cauchemars, cette entité, semblaient avoir disparue de sa vie, disparue aussi vite qu’ils étaient apparus. Il avait tord.

Il dormait dans un tout autre endroit maintenant, il avait déménagé. Son habitude de faire la sieste ne l’avait pas quitté. Et l’entité semblait s’être évaporée, du moins c’était ce qu’ils pensait car elle s’était faufilée discrètement dans ses cartons de déménagements.

Il dormait quand il sentit quelque chose s’assoir délicatement à ses pieds. Son réflexe a été de se réveiller immédiatement pour trouver un affaissement au pied de son lit, comme si quelqu’un c’était vraiment assit à ses pieds, la couette portait la marque d’une personne qui s’y était assise. Il y posa sa main, la marque ovale, le tissus bien aplati contrastait avec les plis du reste de la couette et il sentit une chaleur à l’endroit où il posa sa main. Elle était revenue, et cette fois-ci, cela n’était sûrement pas qu’un simple mauvais rêve. Il avait une preuve, physique de sa présence. Il était seul. Le seul humain du moins.

Durant la sieste suivante, il vît la deuxième apparition de la créature, assise sur le dossier d’une chaise posée à côté de son lit dont il se servait pour poser son linge à laver.

Elle n’avait pas changée, toujours aussi rouge, la langue rose et poilue pendue entre deux de ses énormes crocs. Elle souriait mais plus amicalement cette fois. Et cette couronne qu’elle portait était magnifique, d’or, finement taillée, incrusté de pierres de toutes les couleurs. Elle pencha la tête à droite et disparu.

La proximité de cette apparition le choqua. Elle était là, pas loin, se rapprochait. Prenait-elle de la confiance ? Était-elle bienveillante ? Bien que terrifiante, il ne sentait pas forcément de mauvaises intentions en elle.

Elle apparue une autre fois, la dernière.

Cette fois, perchée sur un tabouret, comme un chat prêt à bondir, comme les gargouilles des cathédrales. Sa couronne étincelait, sa peau était toujours aussi rouge, il pouvait voir deux grosses écailles au niveau de ses cuisses, des tendons et des bouts de chairs accrochés à ses ligaments, les muscles à vifs. Des pattes de rapace à la place des pieds, des mains ornées de longues griffes noires. Ses yeux rond le fixait, elle ouvrit la bouche pour en sortir un son guttural et rauque. Il sentit son corps s’effondrer. Quelque chose éclata dans ses oreille, puis ce fut le néant.

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Jaskiers