A la demande quasi générale , j’ai décalé la date de parution de vos textes : ce sera le
JEUDI 2 MAI MINUIT PÉTANTES
Aucun retard ne sera toléré , après l’heure c’est plus l’heure !
Noméo !
Mademoiselle Dominique , suissesse amie bien connue de nos services ( trafic de chocolat en tous genre ) a présenté DEUX textes , bien sûr cela est tout a fait autorisé mais , au moment du vote , un seul texte par personne car l’abus de chocolat n’est pas bon pour votre santé !
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LO
COURS
Je ne suis pas morte sur le coup, dieu merci – bien que je ne voie pas ce qu’un dieu vient faire là-dedans, sauf s’il est guerrier, assoiffé de sang bien rouge et bien frais, un dieu gore autrement dit – bref, je ne suis pas morte sous les coups et ce n’est pourtant pas l’envie qui m’a manquée. De me tirer définitivement, de faire la nique à ces pieds et ces poings levés qui n’en pouvaient plus de me défoncer les côtes et le nez. Je crois d’ailleurs que c’est quand j’ai entendu celui-ci craquer que j’ai pensé c’est bon, on ne va pas y passer la nuit, je n’ai pas le courage, cette fois, de rassembler mes os comme on range du petit bois. Et s’il y avait bien, quelque part, une voix off qui s’épuisait à supplier – arrête, s’il te plaît, arrête! – je ne sais plus qui parlait pour ne rien dire et à vrai dire je m’en foutais. Il me semble simplement que je me devais d’être là, que je ne pouvais pas me barrer comme ça et tout laisser en l’état, abandonner le ramassis sanguinolent qui gisait à terre et dont je savais confusément qu’il était moi. C’est à ce moment-là qu’il m’a fracassé le nez et que, dans l’élan, ma tête s’en est allée heurter je ne sais quoi. C’est bon, on ne va pas y passer la nuit me suis-je dit.
C’est une douce nuit. Je n’ai jamais eu tant conscience d’être en vie. La rivière coule dans mes veines, elle est pure et glacée. Je suis cette eau, cette eau est moi. C’est une douce nuit qui n’en finit pas.
Ma chérie, réveille-toi ! Je t’en supplie, réveille-toi ! Allez, ce n’est rien, je t’en conjure, lève-toi !
Cours toujours. Là où je suis tu ne m’attraperas pas ! Tu peux y aller, vas-y, cours ! Je suis l’eau, je cours plus vite que toi !
Mon dieu, vois ce que tu m’as fait faire ! Vois comme tu me rends fou ! Tout cela est de ta faute, tu me pousses à bout !
C’est ça. Infâme salaud. J’en ai fini de te couvrir, j’en ai fini de camoufler mes bleus, d’inventer l’impossible et de taire l’indicible. L’eau est pure, l’eau est transparente, l’eau ne cache rien.
Allez, cesse de faire l’enfant. Lève-toi! Tu sais bien que tu as tout fait pour qu’on en arrive là. Tu ne cesses de me contredire, de me provoquer, c’est infernal à la fin !
Oui, c’est infernal. Et tu vas vraiment en prendre la mesure quand tu réaliseras que je ne me réveille pas. Je suis une rivière, je suis la mer, je suis l’abysse, je ne crains plus rien !
Et puis de toute façon, c’est un accident, oui, c’est ça, un stupide accident. C’est ce que je vais leur dire. Ou peut-être leur dirai-je que je t’ai trouvée là, que c’est une agression. Une agression, voilà !
Tu es si lâche, je te plains. Raconte ce qu’il te plaira. Je suis la vie et tu ne le sais pas. Mes souffrances déferlent, mon corps sombre, mon esprit s’enlise, je me noie mais toute cette eau me lave de toi. C’est une douce nuit qui n’en finit pas.
Je l’ai écouté les appeler, je les ai entendus venir. J’ai senti leurs mains sur moi et le froid des outils qui devaient me ramener à la vie. Mais j’étais bien là. J’y suis restée six mois. Quand tout a été fini, quand il a enfin avoué, l’été était là. On m’avait opérée à trois reprises et j’avais entendu dire que j’avais le plus joli nez qui soit.
Quelque part quelque chose a frémi. L’aube se levait sur ma dérive. Je sentais sous mon corps amaigri la rondeur des galets et sur mes mains la caresse des algues. J’ai ouvert un œil et me suis dit que ça valait le coup de sortir de mon lit. Normal pour une rivière, non ?
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BISTROMAN
Il y a presque 582 ans, Jeanne d’Arc avait fini ici, à quelques pas de l’endroit où je gisais. Le pavé ne s’avérait pas d’un confort exceptionnel et, dès que j’ouvrais un oeil, la Couronne se mettait à tanguer (sans la verdure).
http://bistroman.files.wordpress.com/2013/04/dscn0101.jpg (photo à ajouter SVP)
J’aurais pu tomber raide, m’effondrer sur cette place moyenne-agée dans l’indifférence totale de la foule de touristes qu’elle draine. Seul un SDF semblait s’être intéressé à mon triste sort. Me pensant éteint, il m’avait d’abord fait les poches, puis il avait commencé à me piquer mes vêtements…
J’aurais voulu protester, réagir, me défendre, mais aucun de mes muscles ne répondait. J’étais comme mort mais suffisamment conscient pour me souvenir qu’OWO et LO, des agents très spéciaux du DCRI, m’avaient poignardé dans le dos. La raison de tout ceci m’apparaissait simple : je n’avais pas lu les règles…
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DOMINIQUE
« ENTRE LES DEUX MON COEUR BALANCE »
J’ai juste eu le temps de l’entendre hurler: “Attention !” Et puis ce fut le silence total. Plus tard j’ai entendu les croassements des corbeaux, puis nous filions sur le fleuve à vive allure, j’avais la tête renversée en arrière et je regardais défiler les nuages. Pierre conduisait, mais j’étais étonnée que ce soit lui au volant, il m’avait semblé que j’étais avec quelqu’un d’autre il y a un instant. Peu importe, c’est agréable de faire de la vitesse sur une eau aussi lisse, mais ce que j’ai sommeil, que j’ai sommeil, je crois que je vais m’endormir…
-“Bonjour Docteur !”. Pourquoi est-ce qu’il ne me répond pas ?… qu’est-ce qu’il regarde ? Mais c’est moi… c’est moi qu’il regarde de si près !… Cette calotte verte… c’est un chirurgien ? Mais c’est moi qu’il opère ! Ah mon Dieu, non, je ne sens rien… je dois rêver ! Oui je rêve… mais je voudrais bien me réveiller, allez réveille-toi ! réveille-toi ! je n’y arrive pas… tant pis je vais attendre que le réveil sonne.
“Les passagers à destination de leur travail sont attendus à la porte C .” susurre dans le haut parleur une voix douce et chantante. J’ai beau courir dans les longs couloirs de verre, j’ai l’impression que je n’avance pas. Pourvu que l’avion ne décolle pas sans moi ! En ouvrant la porte qui donne sur le tarmac, je vois au loin un troupeau d’ antilopes qui s’élance. La chaleur est lourde, je transpire, mes cheveux sont mouillés… Et tout d’un coup je vois apparaître Sylvain notre intendant du Kivaï qui s’avance dans un nuage de latérite que soulève la course folle des antilopes.
“Ne reste pas là petite cache-toi, tu es encore vivante mais nous on est déjà morts ! Il arrive, il arrive !” C’est en me retournant pour m’abriter dans l’aérogare que j’aperçus un homme à la longue silhouette sombre et légèrement voûtée. Il me regardait en souriant, mais je ne sais pourquoi, son sourire ne présageait rien de bon. Au moment où je passais près de lui il m’attrapa brusquement le bras et dit :
“Si tu viens avec moi, je t’offrirai une belle mort, douce avec des pleurs amis dans lesquels tu pourras te noyer. La noyade dans l’amour des autres tu sais, c’est doux… doux comme toi…”
Je sentis monter dans mon larynx la boule d’eau qui étrangle et s’écoule par les yeux. Je reconnaissais l’homme sans toutefois me souvenir où je l’avais rencontré.
Pendant ce temps-là je sentais que l’on touchait ma tête, à l’intérieur. Alors j’ai levé les yeux pour voir ce qu’il se passait et j’ai vu le chirurgien qui avait les bras plongés jusqu’aux coudes dans ma boîte crânienne.
“Je vais le repérer ce salaud, je vais le trouver, il ne doit pas être très gros !” disait-il tout fort. Je pensais alors qu’il voulait retrouver l’homme qui m’avait fait peur et qui se dématérialisait lentement. J’ai hurlé qu’il était là en face de moi, en tentant de le retenir mais l’homme s’effritait et je ne tenais plus que son bras qui disparut à son tour.
“ Là Docteur, il est là !” Mais le médecin n’entendait rien et je continuais de gesticuler dans tous les sens pour qu’il me voit , puis je me suis mise à nager dans l’eau tiède, j’étais en apesanteur et c’était très agréable.
-“ Tu vois le plaisir que procurent les larmes ?” C’était la voix grave de l’homme au sourire mauvais, mais je ne le voyais pas.
-“Ce ne sont pas des larmes c’est la mer ! Je le sais, je suis tombée du bateau, il allait très vite et on s’est retournés ” m’ écriais-je affolée.
et aussitôt j’entendis :
-“Je le tiens, c’est là, c’est ici !” s’exclama le médecin, il ajouta : “On va pouvoir refermer dans un instant, vous êtes prêts ?”.
Enfin, il avait attrapé l’homme de mon rêve, il allait pouvoir refermer ma tête et je pourrais me réveiller.
Etait-ce le matin ou l’après-midi ? Quand j’ouvris les paupières je me trouvais dans une pièce aux murs pâles, des “bip” résonnaient un peu partout, j’étais allongée et intubée sur un lit , la tête douloureuse et enturbannée d’un pansement je regardais autour de moi en essayant de deviner où je me trouvais et là, stupeur : l’homme en noir qui voulait m’offrir une mort douce était là, adossé au mur face à moi, il me regardait en souriant, mais son sourire ne présageait toujours rien de bon… J’ai fermé les yeux pour ne plus le voir, mais il était aussi là, à l’intérieur…
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MIMI PINSON
VOLUTES
Je n’avais pas ingurgité leur poison dans mon verre de brandy depuis plus d’une heure que déjà , le venin engourdissait mon corps et » ouatinait » mon âme.
Je m’évadais peu à peu de ma carcasse , la vie me fuyait par tous les pores de ma peau en volutes silencieuses que j’étais seule à voir…
Ils étaient encore là , rôdant autour de moi , parachevant leur oeuvre funeste de leurs mots assassins :
— Tu crois qu’elle est morte ? demandait d’Henry en regardant sa montre.
Je devais bien lui reconnaître cette constante indélicatesse , même devant la mort : il avait toujours souhaité me voir disparaître sans faire d’histoires et devoir assister mon agonie des heures durant devait bien contrarier son programme vespéral.
J’eus envie de sourire à l’idée de lui gâcher cette dernière soirée , un peu comme un pied-de-nez qu’un enfant désobéissant fait à son parent trop sévère avant de s’enfuir en courant.
Mais je ne le pouvais déjà plus. Mes muscles se délitaient au fil des minutes au point que je ne sentais déjà plus le canapé moelleux sur lequel je gisais.
— Elle respire encore. disait John , sa main posée sur mon coeur .
Je vis dans son regard éperdu combien il était malheureux .Il n’avait pas voulu çà , je le savais bien et un jour viendrait où je lui pardonnerai sans doute mais….pas ce soir , pas si tôt , pas si vite…..les hommes ont parfois besoin d’une bonne leçon !
Il devra vivre avec cette douleur , avec ses remords .
Sa main est toujours posée sur moi . C’est bizarre , je l’aurai cru plus douce et surtout bien plus chaude.
Ce soir , sa main me glace.
–Allons John ! reprend la voix d’Henry , il ne faut pas t’attarder ! les journalistes vont rappliquer par centaines dès l’annonce de son suicide , tu dois rentrer chez toi !
Mon suicide ??? ah ! les salauds !
J’ai dû marquer ma désapprobation d’un hoquet de surprise car John se met à paniquer :
— Elle revient à elle ! Henry ? Que faut-il faire ?
Mon pauvre chéri ! il est bien temps de t’inquiéter ! Toi qui viens de choisir entre l’amour d’une reine et la raison d’état ! Toi qui viens de me sacrifier sur l’autel de la vie publique !
J’ai l’impression de flotter au dessus du sofa , je pèse moins qu’une plume et mon cerveau s’évapore . J’en sourirais presque , moi qui , toute ma vie ai dû subir les railleries afférentes aux » blondes écervelées «
Ce soir , j’aurai mauvais genre à dire le contraire !
J’ai du mal à renoncer si vite , je n’ai pas envie que mes fans croient à mon suicide même s’il est probable qu’il va m’ouvrir en grand les portes de la gloire éternelle !
Pardonne moi Norma ! murmure mon amour en pleurant
et c’est avec ces mots qu’une dernière volute m’engloutit .
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MICHELLE
Echo de fractures
J’ai froid…si froid
Dans les profondeurs de la nuit,
J’entends les sirènes et leur chant,
Longue plainte qui m’enveloppe et m’attire
Je me noie dans un rêve fou, l’air se fait de plus en plus rare…
Oppressée…un étau m’enserre…
Les bruits s’estompent comme étouffés
Et ce chant qui m’entraîne dans les profondeurs de l’abysse
Un voile gris tisse un cocon… cheminement d’une douleur
Sans douleur, glissement progressif vers les ténèbres…
Mes forces se consument lentement,
Absorbant ma lassitude et les dernières lueurs
L’obscurité devient dense
Et ce chant qui engourdit ma volonté
La peur m’envahit…effrayée par ces ombres
Qui s’évanouissent à peine dessinées
Et ce chant…temps scandé… compté
Fendre l’eau dans cette apesanteur…tunnel… lumière vive…
Reprendre mon souffle
Me reposer
Attendre la vague suivante
Vague déferlante qui m’enroule, me bouscule… me roule à l’infini
Et toujours ce chant qui corne dans la brume de ce voile
Chemin d’écume tracé dans cette immensité
Qui m’aspire dans des bourrasques
Qui réinventent l’immensité
L’eau ruisselle… miroir noir qui reflète les plaintes lancinantes des sirènes…
Doucement tout s’efface…glissade interminable dans cet océan agité
Juste envie de rêver
De l’allonger sur le sable mouillé
De m’échouer et de dormir
Et ce chant qui résonne toujours
Brisant toute volonté
Essoufflée… je m’enfonce
Dans ce lit silencieux et profond
Mon corps devient douloureux
Echo de fractures
Des bruits sourds….un grondement de tonnerre…
Des voix qui épellent mon nom…
Tout est si flou.
.Et soudain ces ciseaux brandis au dessus de moi
Ce cri perçant qui vrille mes oreilles dans l’indifférence
Je bondis, je cours,…souffle coupé
Douleur étrange qui m’étreint
Et cette vague qui ruisselle sur moi en écume
Colle ma robe à même la peau…
Odeur nauséeuse
Froid…froid
J’ai si froid
Le temps se fige
S’écroule dans un silence
Comme une chimère brisée
Jeux de lumières crues…aveuglantes
Le rideau de brouillard se déchire
Les ombres se dissipent….
Juste un cauchemar….
Non
Et ce bip…bip…qui résonne comme un battement de cœur
J’ai froid…si froid
Je ne peux pas bouger…
Scie -lence…laissez-moi encore dormir….
Après les ciseaux…la scie…
Une douce chaleur commence à m’envahir…le silence est revenu…juste le bip….bip…
Qui bat la mesure
Réveil 4 jours plus tard…..terrible accident à la sortie d’Etampes
C’était un dimanche de septembre…le 7… à 17h…en 1977 et il pleuvait
Un chauffeur a perdu le contrôle de son car….et est venu fracasser ma voiture
4 jours qui manquent à ma vie….
Je ne sais plus… où ils sont passés mais il m’arrive souvent la nuit d’entendre l’eau ruisseler … le bruit des ciseaux et de la scie…
Et d’avoir froid…si froid
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DOMINIQUE
TEXTE 2
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J’entendais frapper à la porte depuis un bon moment, et c’était si fort que les parois semblaient trembler sous les coups. Mais j’étais trop fatiguée pour me lever et d’ailleurs je n’étais pas sûre d’être vraiment réveillée, alors dans le doute je restais dans mon lit et j’attendais que les coups cessent. Ils cessèrent mais laissèrent la place à des hurlements qui ressemblaient à ceux d’une perceuse électrique : là c’en était trop ! Furieuse j’ai voulu me lever d’un bond d’un seul, et là, surprise : je suis restée clouée sur mon lit ! En ouvrant les yeux, que dis-je, en les écarquillant, je vis plusieurs visages au-dessus du mien, un tas de paires d’ yeux était rivé au dessus de mon front et des bras s’agitaient semblant s’affairer à quelques bricolages en mon for intérieur.
“Une petite plaque ici avec une vis externe maintiendra l’os en place jusqu’à ce que le cal se forme.”
Ben voyons, on me visite tranquillou , on remet tout en place et je n’y verrai que du feu, c’est bien ça ? Mais c’est dans ma tête que tout cela se passe ! Sont-ce des espions qui décortiquent mes bonnes idées comme de vulgaires crevettes ? Des voleurs en mal de rêves ? Des laveur de pensées ? Des planteurs d’illusions ? Des chasseurs d’images interdites ? Des releveurs d’imagination ? Des enquêteurs de morale ? Des semeurs de doutes avec OGM ? Des spéléologues dépêchés par le KGB pour tenter d’extraire mon génie du fond de mon inconscient ? Comment savoir ? En tout cas il ne faut pas qu’ils me voient , s’ils s’aperçoivent qu’ils sont découverts ils risquent de se montrer violents… Je vais dormir, et quand ils partiront j’irai voir ce qu’ils ont pris. Le silence se fit , j’attendis encore un peu pour être tout à fait sûre qu’ils avaient bien quitté la pièce, puis je tentais de me rendre au premier étage pour voir ce qu’ils avaient emporté de mes trésors. Je trainais mon corps comme s’il avait été en plomb. Le couloir de l’escalier était rouge sang et les parois suaient un liquide visqueux sur lequel mes mains glissaient, un gong résonnait au loin qui rythmait mes pas lourds et lents. Quand je regardais derrière moi, le vide me suivait pas à pas. Où allais-je et comment ? Je n’arrivais plus à mettre un pied devant l’autre, l’escalier vibrait et mes mains restaient collées aux murs. Quand le sol se déroba enfin sous mes pieds, je restais un moment encore collée par les mains aux parois tièdes. En regardant inopinément au dessus de moi, je vis les visages des voleurs penchés sur la rambarde qui me regardaient en souriant bêtement. Ne voyaient-ils pas que je ne tenais plus, que j’étais épuisée, que j’allais tomber dans le trou ? Une main, puis l’autre se sont décollées, j’ai hurlé et je suis tombée longtemps, très longtemps, si longtemps que j’entendais siffler l’air sur mon passage.
“La voilà:” Dit un homme d’une voix caverneuse et lointaine.
J’ouvris les yeux, les voleurs étaient toujours là autour de moi.
“Vous êtes réveillée ? Vous êtes en salle de soins intensifs. Tout va bien… Vous allez vous reposer maintenant, je viendrais vous voir plus tard.” Dit l’un d’eux d’un ton paternel.
Ouf, je dois être en bas pensais-je soulagée de n’avoir qu’un léger mal de tête après une chute aussi vertigineuse.
![3120008795_1_8_40BFuqXj[6] 3120008795_1_8_40BFuqXj[6]](https://dodomartin.files.wordpress.com/2013/04/3120008795_1_8_40bfuqxj6_thumb.gif?w=397&h=303)
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JANICKMM
Comme bon me semble ! ?
J’ai le nez dans la crêpe au caramel au beurre salé. C’est ce que l’on m’a dit, après.
Là, dans le moment présent, je suis lourde, mais pas sourde.
« Ben ! je n’sais pas c’qu’elle fait ! ? » la voix aigrelette de ma soeur montre quelques signes d’inquiétude.
Une main se pose sur mon épaule. Je suis ouateuse du haut jusqu’en bas. Tout mon corps me donne la sensation de lourdeur et de mollesse. Rien ne bouge. Ce qui me choque, c’est que personne n’a l’idée de me décoller de ma crêpe ! Ils tergiversent, s’affolent un peu, impuissants, ou alors ils perdent leurs moyens. On est bien !
Pas sortie de l’auberge !
Si je pouvais seulement tirer la langue, ne serait-ce qu’un tout petit bout, je pourrais lécher le caramel qui dégoulinait tout à l’heure. Rien ne se passe. où le temps s’est arrêté, ou je n’en ai plus la notion.
Le crêpier semble en connaître un rayon, en terme de malaise. Il a prononcé le mot. Je suis informée. Mais je m’en fous ! Je suis bien, sur ma crêpe, décontractée.
« C’est sans doute le coeur, qu’il dit. Il faudra qu’elle fasse un examen. Ce n’est pas anodin ! » Il est crêpier ou médecin, celui-là ! Ma soeur paye la note. Ce sera toujours ça de fait, dit-elle. Super ! je m’inquiète du peu d’intérêt qu’ils ont pour moi.
Quand j’irais mieux je le leur dirais, et puis, je lécherais tout le caramel, comme un chat qui lape son lait ! Na !
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WWW
Knockout
Ils sont tous là, la pièce va craquer, c’est sûr!
Tous, les petits, les grands, les vieux, les gros, les gens.
Tous ceux que je n’ai pas vus pendant des années, tous ceux qui croient ma dernière heure venue.
Ils vont être surpris, car s’ils pensent que je ne les entends pas, c’est loupé.
Ils sont déjà en train de parler de moi au passé, et de bâtir des châteaux en Espagne.
C’est que j’ai de l’argent et eux moins, ils va falloir qu’ils s’entendent et moi, je me marre!
J’imagine déjà leurs têtes quand les médecins vont leur annoncer que je vais (encore) survivre.
C’est qu’ils m’ont enterrée bien des fois déjà, ils ont tout tenté, mais rien n’y a fait.
Je m’accroche et cette fois, je vais jouer les amnésiques.
Il va falloir qu’ils se montrent très gentils avec moi, ils vont en baver, moi je vous le dis!
Bon allez, c’est pas tout ça, inutile de faire durer le plaisir, ce ne serait plus crédible.
Un léger soupir s’échappe de mes lèvres, certains en ont le souffle coupé, est-ce la victoire finale ?
Non, pas vraiment. Enfin pas pour eux.
Moi, je savoure (encore) ce moment où ils regardent avec effarement le bout de mes doigts bouger et mes paupières se soulever.
Je suis prête à porter l’estocade.
Certains s’approchent du lit, quelques courageux esquissent un semblant de sourire, tous ont la surprise mauvaise.
Et ça se complique encore pour eux lorsqu’ils m’entendent murmurer vaguement à l’oreille de l’infirmière qui se penche sur moi :
« Où suis-je ? »
La rigolade va commencer.
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JULIETTE
Un jour …J’ai comaté …
Un gâteau confectionné par une amie, fortement épicé avec une plante spéciale, m’a un jour envoyée dans un autre monde dont je ne suis pas revenue indemne. Après avoir croqué cette gourmandise sucrée à l’étrange saveur exotique, je me suis écroulée…
Comateuse, je quitte joyeusement mon corps. Et, tandis que mes amis s’inquiètent, je m’engouffre dans un tunnel qui semble sans fin. Puis, une grenouille au regard hypnotique stoppe net mon voyage. Elle coasse un langage serein que mystérieusement je comprends, me raconte son horrible mort en laboratoire, me parle de notre mère commune : la terre … Elle m’est infiniment sympathique ! confiante, je la laisse totalement m’investir.
Je retourne chez mes amis en sautillant, y reprends mes esprits, leur narre avec des » Groek, Groek ! Kéké ! » mon histoire à dormir debout …
Depuis, on dit gentiment que mon léger coma m’a fait perdre la tête …
Mais la grenouille et moi savons pertinemment que nous sommes maintenant deux, intimement liées, en moi …et qui sait peut être plus encore …
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LEODAMGAN
Cher coma.
Je sais très bien que je suis dans le coma. Je me suis rarement sentie aussi bien, je n’ai mal nulle part.
Je ne peux pas bouger, pas même ouvrir les yeux, mais j’entends un peu. Il y a des gens autour de moi. Quelqu’un parle, il semble prononcer un discours mais je n’en comprends pas les paroles.
Je respire aussi et peux sentir les odeurs. C’est curieux d’ailleurs cette odeur dans un hôpital, cela évoque l’encens. Peut-être que nos sens nous envoient des signaux déformés quand nous sommes dans le coma.
J’en aurai des choses à raconter quand je me réveillerai, si je n’oublie pas, car je n’ai pas connaissance de tels souvenirs décrits par des rescapés du coma. Les souvenirs doivent s’évanouir au réveil. Dommage.
Ah, je sens qu’on me déplace. Je suis sans doute sur un brancard avec des protections pour m’empêcher de basculer.
Enfin, les mouvements s’arrêtent. Je dois être dans un autre établissement hospitalier spécialisé dans les soins spécifiques pour mon cas.
On me déplace encore, puis j’entends quelque chose comme de la grêle qui tombe au dessus de moi, ou de l’ambulance? Que vont devenir mes plantes dans le jardin? Je m’inquiète.
Au bout d’un très long moment, je n’entends plus rien, je ne sens plus rien.
Enfin, je me réveille et je parviens à ouvrir les yeux, mais il fait complètement noir.
Je peux lever les bras, mais pourquoi le plafond est-il si bas au dessus de ma tête?
J’appelle et personne ne vient.
J’étouffe!
Pitié, laissez-moi retourner dans mon coma…
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BICHE
THERESE
Je suis Thérèse, j’ai vingt ans.
Elles m’ont allongée sur mon dernier lit.
Ma longue maladie a eu raison de mes forces.
Je perçois une pièce noire et froide autour de moi.
Une petite chandelle se consume dans une coupelle en verre aux parois incurvées. La flamme vacille.
J’ai hâte de retrouver mon Dieu, mon Amour.
Pourquoi me fait-il tant attendre ? Pourquoi se fait-t-il tant désirer ?
La mère supérieure entre dans cette pièce où git mon corps. Elle constate que ma poitrine se soulève encore. Elle repart sans un bruit, sans une parole. Je sais qu’elle repassera plus tard. Le silence est total.
Je ne souffre plus, je L’attends.
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KAIROSF
words, words, words
Mes mots ont disparus.
c’est une expérience dans laquelle on s’enfonce peu à peu
l’esprit se croit damner à jamais, ne trouvant plus ses mots.
on s’interroge chaque jour sur ce bing bang personnel, cette approche du néant.
où sont tous ces mots que je cherche?
sont ils partis à jamais?
si les mots ne sont plus là, je n’y suis plus non plus!
et que dois je penser d’eux désormais, si eux et moi ne faisions qu’un!
je ne suis plus qu’une enveloppe, une taiseuse.
malgré la fatigue il m’en restera quelques uns
sinon comment participer à ce concourt si je ne les retrouve pas!
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FREDERIC
Je flotte !
Je baigne dans la lumière immaculée du Seigneur, je le sais parce que je n’en ai jamais vue d’aussi belle, blanche, calme. Une femme est là, tout près, je la sens, je l’entends. Sa voix m’a tiré du sommeil et je me suis réveillé. Et maintenant, je fais quoi ? Quelque chose de terrible a dû m’arriver, je l’ai compris. Je flotte ! Mon corps est ailleurs, sans doute totalement anesthésié pour m’épargner la douleur. Je me sens parfaitement bien. J’hésite entre m’asseoir sur le lit et poser les pieds par terre ou bien simplement m’élever et basculer à la verticale. Je flotte.
J’accroche quelques mots tandis qu’ils passent paresseusement à portée de mes perceptions. Une femme est là, tout près, je l’entends, et je comprends. Elle parle à quelqu’un. Elle parle d’une libération, de la fin d’un chemin. Il y a aussi une voix que je ne connais pas, une voix grave à double titre ; grave de sérieux et grave de sonorité.
« Il t’a menti !
– Il m’aimait, j’en suis sûre.
– Il en rencontrait une autre.
– Il revenait toujours.
– Il t’a blessée.
– L’Amour est souvent acéré, il peut blesser. Et plus il est fort, plus il fait mal. »
A chaque fois que la voix mâle assenait une accusation, la voix féminine répondait par une excuse. Elle parlait comme une mère qui défend son enfant. Et mon cœur se serrait. Et mon corps demandait qu’elle me prenne dans ses bras. Cette voix était-elle celle de ma femme ? Je n’avais jamais perçu autant d’amour, de tendresse.
« Il en a blessé d’autres.
– Il a beaucoup soigné aussi.
– C’est son plaisir qu’il cherchait.
– C’est son plaisir qu’il offrait.
– Il a fait couler des larmes amères.
– Il a fait fleurir des sourires inoubliables. »
Les deux s’emportaient, essayant de prendre l’avantage. Je savais que je n’avais rien à dire. Je savais que la justesse d’un acte dépend pour beaucoup du point de vue, et ces deux-là semblaient instruire un procès dont je me fichais éperdument. Je flottais, pris entre deux mondes, prêt à m’enfoncer dans un sommeil réparateur ou une veille destructrice. J’avais le choix. La voix féminine me berçait tant que j’en oubliais le propos. Elle m’attirait, m’enveloppait, me protégeait.
Un son aigu emplit mes oreilles, insistant. La voix masculine se fit pressante :
« Il peut encore aimer.
– Il n’aime que moi.
– Tu n’as aucun cœur.
– Pour mon plus grand bonheur !
– Puisses-tu t’étouffer ! »
Dans un chuintement, la voix s’éteignit sur un dernier soupir. Et la femme dit, d’une voix douce:
« On le débranche ! Heure du décès… mettez minuit ! »
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