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À 74 ans, ces jumelles vont passer Noël dans une cave à Nice après avoir été expulsées de leur appartement

Simone et Christiane. Christiane et Simone. Peu importe, elles sont jumelles. Destins liés. Elles ont été expulsées de leur appartement. L’appartement où elles sont nées. Leur toit depuis presqu’un siècle. Une histoire triste, compliquée.


LA.B
Laure Bruyas
CRÉÉ LE 20 décembre 2022 • 07:00
MIS À JOUR LE 26 juin 2025 • 13:40

Simone et Christiane, SDF, après une vie de labeur
Simone et Christiane, SDF, après une vie de labeur
Photo L. B.
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La moisissure. L’odeur d’urine. Elles poussent la porte. Il fait noir. Simone s’accroche à Christiane. "Allez, à la quatrième marche, la lumière s’allume", encourage la plus forte, soutenant l’autre dont les canes maigres vacillent dans un jean beaucoup trop large.

Bras dessus, bras dessous, elles descendent. Christiane et Simone. Simone et Christiane. Jumelles contre l’adversité.

À 74 ans, les deux vieilles dames descendent. Une volée de marches vers les caves d’un bel immeuble bourgeois du haut de la rue Dabray, à touche-touche du quartier bobo de la Libé, à Nice.

Un matelas humide à même le sol

"Titi! Mon chat, mon bébé, viens là", appelle faiblement Christiane. "Titi!!", répète comme en écho sa sœur qui tient à peine debout.

Un animal malingre s’approche. "Ah tu es là!", chevrote Christiane en caressant le matou surgi des tréfonds.

Là, un matelas, à même le sol, rongé d’humidité, une gamelle vide, deux peluches qui n’arrivent pas à apaiser la dureté du cloaque et cette "honte": "On veut être discrètes, ne pas faire pitié aux autres", s’excusent les deux sœurs.

Christiane et Simone dorment dans cette cave depuis fin octobre. Depuis qu’elles ont été expulsées de leur appartement. L’appartement où elles sont nées. Il n’y a pas si longtemps, elles étaient les concierges ici. Elles bénéficiaient, en échange de leurs services, de la gratuité de loyer, jurent-elles.

"Un agent m’a pris par le bras"

Puis la propriétaire, à laquelle appartenaient de nombreux immeubles dans le quartier et à Nice, est morte. Tout a changé, assurent-elles. Et elles n’ont pas compris. "Ca a été vendu, on n'a aucune dette, on a toujours tout fait dans les règles. On nous avait promis de rester. On ne sait pas où sont les papiers…", bégaient de concert les jumelles.

En octobre, la police est venue. "Un agent m’a pris par le bras et c’était fini", raconte, hagarde, Christiane. "Moi je ne sais plus, je crois que j’ai plus de tête, c’est depuis le choc", marmotte, prostrée, sa sœur.

Au-dessus de la porte de leur ancien appartement, un papier volette, trop haut pour être lu: "Avis d’expulsion…", parvient-on tout juste à lire. "Avis de mort, ricane doucement Christiane. On est presque mortes, il n’y a pas de Noël pour nous, plus de vie, rien."

Rien sauf la soupe que leur apporte un voisin: "On les connaît depuis 20 ans, elles ont été des gardiennes exemplaires pour l’immeuble. Elles sont terriblement attachées au lieu où elles ont grandi, où leurs parents ont certainement connu la guerre. Tout cela est incompréhensible…"



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