Ne manquez pas le passage de Morcheeba lors de la prochaine édition de Barrière Enghien Jazz Festival le 5 juillet. Retour sur notre entretien avec Skye Edwards et Ross Godfrey.
Parmi les têtes d’affiche de la prochaine édition de Barrière Enghien Jazz Festival, retrouvez Morcheeba, le 5 juillet. Les places sont disponibles.
En attendant, voici notre entretien avec la chanteuse Skye Edwards et le guitariste Ross Godfrey, qui parlent d’Escape The Chaos, leur dernier album en date, tout en célébrant les 30 ans de carrière de Morcheeba.
Votre dernier album en date s’appelle Escape the Chaos. Quelle est votre méthode pour y parvenir ?
Ross Godfrey : Les drogues dures ! (Rires) Non, je dirais qu’il faut chercher le calme et la paix à travers la méditation ou n’importe quelle autre manière de se créer un espace sûr. C’est en cela que la musique est importante. Après une dure journée, on peut se reposer chez soi en allumant sa chaîne. Pour nous, c’est comme un médicament et une manière de comprendre et d’expliquer le monde. Nous espérons qu’elle peut aider les gens à se détendre. Tout le monde est constamment distrait, avec cette surcharge de stress permanente.
Vous avez d’ailleurs dit que “la musique ne peut pas changer le monde, mais amener la paix intérieure”.
RG : En effet. Elle peut néanmoins changer certains aspects du monde. Je pense par exemple que Bob Dylan a plus y contribué que n’importe quelle personnalité politique. Il a notamment changé la manière dont certaines personnes pensent.
Skye Edwards : C’est également le cas de Bob Marley.
RG : Tout à fait, tout comme Jimi Hendrix. La musique est une manière douce de communiquer, sans violence ni exigence. À la manière d’un bon livre, elle peut aider à changer certains points de vue. Lorsque j’étais plus jeune, j’écoutais Bring It All Back Home de Bob Dylan en allant à l’école. Pour moi, j’apprenais plus de choses dans ces moments qu’en classe. C’est une forme d’art importante, probablement la première.
Cet album comprend en effet plusieurs messages de paix, à commencer par “Call for Love”.
SE : Ross m’a envoyé le morceau et cela m’a fait penser à un membre de ma famille avec lequel je me suis brouillée il y a quelques années. J’ai commencé à réfléchir à ce que j’aimerais entendre s’il devait présenter ses excuses. Je l’ai écrit du point de vue de cette personne, avant d’en venir à ce que j’aimerais également dire.
RG : Cela n’était pas fait exprès, mais nous avons sorti ce morceau le jour de l’investiture de Donald Trump. C’est le type de message que nous avons besoin d’entendre face au chaos qui se dresse devant nous. Nos amis américains nous ont d’ailleurs remercié. C’est un message opposé au fascisme, nous devons nous réunir plutôt que nous opposer. Il y a assez de ressources en ce monde pour que tout le monde vive confortablement, mais un petit groupe d’homme blancs s’en accaparent la majeure partie. J’espère que nous verrons la fin du capitalisme sans qu’il n’y ait un immense cataclysme. Bientôt, nous n’aurons plus besoin de travailler, les robots et les intelligences artificielles feront tout le travail. Mais des gens possèdent encore ces robots. Il faut que nous entrions dans une ère post-argent pour un meilleur rapport entre les êtres humains.
On remarque qu’Escape the Chaos semble mettre en avant les sonorités organiques par rapport aux éléments électroniques. Est-ce voulu ?
RG : Les choses ont changé de ce côté. Avant, on avait un sample avec une partie de batterie par exemple. On l’isolait et la faisait tourner en boucle avec un synthétiseur. De nos jours, on peut prendre des sons de plus nombreuses sources, cela permet un mélange naturel. Travailler sur bande me manque un peu, l’ordinateur facilite beaucoup de choses et offre une palette sonore plus large. Nos sources ici viennent plus d’instruments que de samples. Nous adorons John Barry par exemple, ou d’autres bandes-son épiques. J’ai récemment redécouvert Pet Sounds, il est si ambitieux, cela se fait de plus en plus rare. SE : Nous utilisons beaucoup de cuivres également.
Parlant de John Barry, “We Live and Die” a vraiment un côté James Bond.
RG : Je pense que ce type de sonorités est intégré dans l’esprit des Britanniques et cela va au-delà des films de James Bond. Skye est une fan de Shirley Bassey, j’adore John Barry, et nous adorons ces énormes arrangements.
SE : Quand j’ai fini les paroles, je voulais en fait changer la ligne “We Live and Die”, je la trouvais trop sombre. Mais nous l’avons laissée telle quelle. Je comprends qu’on puisse y voir un lien avec “Live and Let Die”, qui fait partie de mes préférés de la saga, mais cela n’était pas une référence intentionnelle.
La sortie de ce disque coïncide également avec les 30 ans de la formation de Morcheeba, quel effet cela provoque ?
SE : C’est à la fois impressionnant et effrayant, on se dit “mon Dieu, je vieillis” ! (Rires)
RG : C’est assez irréel. Nous avons grandi avec des artistes plus vieux que nous. Maintenant, on nous considère comme des artistes anciens, c’est étrange. J’ai comme un syndrome de l’imposteur, comme lorsque nous sommes à l’affiche d’un festival de jazz, je me dis “qu’est-ce qu’on fait ici ? ”
SE : C’est une bonne chose, nous pouvons être invités à tout type d’événements, qu’il s’agisse de jazz, reggae… On peut nous inviter à n’importe quelle soirée !
Avez-vous un souvenir particulier que vous retenez de ces trois décennies ?
SE : Notre premier concert ! C’était dans un café jazz au nord de Londres, c’était le 1er avril et notre album s’appelait Who Can You Trust. Nous ignorions si quelqu’un allait venir, et il s’est trouvé qu’ils étaient si nombreux que des gens ont dû être refusés à l’entrée. C’était désastreux dans le sens où je chantais très bas et les gens ne pouvaient pas m’entendre. J’ai pris des cours de chant après cela. D’ailleurs, ce soir-là, ma voiture a été volée, donc j’en garde un drôle de souvenir !
RG : Je me souviens d’une fois, probablement en 1998, nous devions tourner une émission de télévision à Londres, puis enchaîner avec un concert à l’Olympia le soir-même. Nous avons fait l’émission, puis pris des motos pour traverser Londres, embarquer dans un petit avion dans un aéroport privé, reprendre des motos une fois atterri à Paris et monter immédiatement sur scène. C’était vraiment rock’n’roll ! Vous allez d’ailleurs fêter l’événement avec un concert au Zénith, mais la France a la chance de vous voir souvent.
Parlons de votre relation avec votre public ici.
RG : Je ne sais pas pourquoi, les Français semblent nous aimer plus que dans les autres parties du monde. C’est pour cela que nous venons si souvent. Mais j’adore la variété des paysages, il y a tant de choses à voir. J’adore les villes comme Montpellier, Lyon, et l’ouest comme Bordeaux.
SE : Parlant de Montpellier, l’artiste qui a fait la pochette de l’album, Caroline Darche, y habite. Nous avons vu un collage d’elle dans la ville, cherché son nom et l’avons invitée à un concert. C’est là que nous lui avons proposé de faire la pochette. Cela solidifie notre relation avec la France.
Mathieu David
Retrouvez la suite de cet entretien avec Skye Edwards et Ross Godfrey de Morcheeba dans notre hebdo n°232. Vous pouvez également le consulter via notre liseuse ci-dessous :