Les financements humanitaires sont au plus bas depuis dix ans, alors que la faim, les conflits et les chocs climatiques convergent
Dakar, 3 juin 2026 – Au Sahel, 24,3 millions de personnes ont un besoin urgent d'aide humanitaire. Ce sont des mères qui ne peuvent plus nourrir leurs enfants, des familles qui ont tout abandonné pour fuir et sauver leur vie, des enfants qui n'ont pas mis les pieds dans une salle de classe depuis des années. Derrière chaque chiffre, il y a des êtres humains avec des vies, des histoires et des rêves, et le monde doit en faire davantage pour les aider.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) publie aujourd'hui l'Aperçu des besoins humanitaires et des fonds requis pour le Sahel en 2026, une analyse approfondie de la crise qui se déroule au Burkina Faso, au Tchad, au Mali, au Niger, dans l'Extrême-Nord du Cameroun et dans le Nord-Est du Nigeria, ainsi qu’un avertissement sans détour sur les conséquences d'une inaction de la communauté internationale.
La violence au Sahel central, longtemps concentrée au Mali, au Burkina Faso et au Niger, a franchi ses frontières traditionnelles et se propage désormais à une vitesse alarmante vers les pays côtiers d'Afrique de l'Ouest. Le Sahel s'impose aujourd'hui comme l'un des principaux épicentres mondiaux de la violence, une région où l'insécurité ne recule plus, elle avance. Les groupes armés étendent inexorablement leur emprise, semant la violence au-delà des zones de conflit historiques et déstabilisant des pays jusqu'alors épargnés. Cette violence déborde les frontières, étouffe les économies locales et jette des populations vulnérables sur les routes de l'exil.
Sur le terrain, les conséquences sont dévastatrices. Les groupes armés ont étendu leur contrôle sur le Sahel central et le bassin du lac Tchad, arrachant des communautés entières à leurs terres, fermant écoles et centres de santé, et laissant des pans entiers de territoire sans aucune forme de gouvernance ni de protection. Près de 12 900 écoles sont fermées en raison de l'insécurité, privant plus de 2,3 millions d'enfants d'éducation et les exposant à l'exploitation et au recrutement forcé.
Les chocs climatiques aggravent les souffrances. Le Sahel se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale. En 2025 seulement, 590 000 personnes dans le Sahel ont été touchées par des inondations dévastatrices, tandis que des sécheresses prolongées et la désertification détruisent les terres agricoles dont dépendent des millions de personnes pour leur subsistance.
Et puis vient la faim. Au cours de la prochaine saison de soudure, de juin à août, 15,4 millions de personnes devraient faire face à des niveaux de crise alimentaire ou pire, dans l'une des plus grandes crises alimentaires saisonnières de ces dernières années. Plus de 1,5 million d'entre elles pourraient sombrer en situation d'urgence alimentaire, c'est-à-dire qu'elles ne peuvent pas subvenir à leurs besoins alimentaires essentiels sans aide extérieure urgente. Ces chiffres pourraient encore augmenter : le conflit en cours au Moyen-Orient fait monter les prix du carburant à l’échelle mondiale, des engrais et des denrées alimentaires, avec des conséquences directes pour des familles sahéliennes déjà poussées à bout de force. Une hausse du coût des engrais peut anéantir une saison de culture agricole entière. Des prix du carburant plus élevés renchérissent le transport de la nourriture et de l'aide. Ce ne sont pas des tendances économiques lointaines, elles se traduisent directement par des assiettes vides.
Malgré des besoins croissants, le financement humanitaire pour le Sahel a chuté à son niveau le plus bas depuis dix ans. En 2025, seulement 29 % des fonds nécessaires ont été reçus, contraignant les organisations humanitaires à suspendre des services, à se retirer de certaines zones et à faire des choix impossibles lorsqu’il faut décider quelle personne recevra de l'aide et qui en sera privé.
« Les populations du Sahel ne se trouvent pas reléguées à la marge d'une crise mondiale, elles en sont au cœur, confrontées à l'une des urgences les plus graves et les plus négligées au monde », a déclaré Charles Bernimolin, Chef du Bureau régional OCHA pour l'Afrique de l'Ouest et centrale. « Chaque manque de financement a un coût humain. Lorsque nous suspendons un programme, un enfant perd un repas, des femmes et des filles sont privées de tout dispositif de protection, une famille perd espoir. Nous ne pouvons pas laisser un effondrement du financement devenir une condamnation à mort pour des millions de personnes. »
Les partenaires humanitaires s'adaptent déjà en élargissant l'assistance sous forme de transferts monétaires, en renforçant les systèmes d'alerte précoce et en appuyant les organisations locales qui sont au plus près des populations là où d'autres ne peuvent pas aller. Mais l'adaptation a ses limites.
« Les solutions existent. Les capacités existent. Ce qui manque, c'est la volonté politique et les financements à la hauteur de la crise », a ajouté Charles Bernimolin. « Nous appelons les bailleurs de fonds, les gouvernements et les institutions régionales à agir avec urgence. Les populations du Sahel ne peuvent pas attendre. »
OCHA appelle les bailleurs de fonds à fournir des financements flexibles, prévisibles et adéquats pour maintenir les opérations vitales dans toute la région. Les gouvernements doivent protéger les civils et garantir un accès humanitaire sans entrave. Les organisations régionales ont un rôle clé à jouer dans l’appui aux pays pour s'attaquer aux causes structurelles de l'instabilité.
Pour plus d’informations, veuillez contacter :
Bureau régional OCHA pour l'Afrique de l'Ouest et centrale, Dakar, ocha-rowca-pac@un.org
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