Raphaël Ménard avait listé « quelques analyses et impensés » à partager avec les deux sénateurs de la commission des affaires européennes qui souhaitaient l’entendre sur le climat, lundi 17 janvier. L’audition devant durer une heure, très vite, il a mis « les pieds dans le plat » : « Qu’est-ce qui nous prouve qu’on a encore besoin de construire du neuf ? Existe-t-il au moins un inventaire national des sans doute 4 milliards de mètres carrés bâtis ? Car tout est peut-être déjà là. La question est plutôt de savoir comment on transforme. » Trois semaines plus tard, dans un immeuble voisin de l’avenue des Champs-Elysées, à Paris, Fabrice Bonnifet interroge le besoin de construire de nouveaux stades en France, « quand tous ont été rénovés pour l’Euro [2016] et qu’ils ne sont pas pleins ».
Le premier préside le directoire d’Aménagement, recherches, pôles d’échanges (AREP), la plus grande agence d’architecture de France. Le second est directeur du développement durable d’un des plus importants groupes de construction, Bouygues. Il y a trois ans, jamais ils n’auraient tenu un tel discours. Mais au nom de l’urgence climatique – le BTP représente 25 % des émissions de gaz à effet de serre –, ils assument une certaine radicalité : il faut faire moins, différemment, voire « arrêter de construire des bâtiments neufs tant qu’on n’a pas fini d’occuper les vides », complète Nicola Delon, cofondateur du collectif Encore heureux, qui représentait la France à la Biennale d’architecture de Venise en 2018.
« On recense de 2 millions à 3 millions de logements vacants, dont 600 000 à 700 000 dans les villes moyennes. Six cent mille, c’est l’équivalent de deux années de constructions neuves », complète Christine Leconte, la présidente du Conseil national de l’ordre des architectes. Quatre grandes voix qui insistent sur l’absolue nécessité de changer de logiciel. Est-ce à dire que le monde de la construction, nourri par un demi-siècle de béton et de terres agricoles, serait entré dans une ère de décroissance, de sobriété ? « Peu importe le mot pourvu que le but soit le même », explique Philippe Bihouix, directeur général d’AREP et bras droit de M. Ménard.
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