Célestin : la fougue poétique

CHANSON FRANÇAISE

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Viens avec moi (*), nouvel et quatrième album de Célestin, nous permet de retrouver un artiste multi-instrumentiste, qui parle de sujets graves sans jamais perdre son humour et perdre son goût du rythme.

C’est la variété de l’inspiration musicale de Célestin – alias Sébastien Rambaud – qui frappe à l’écoute de ce nouveau disque après Débranché. Dans cet album, Célestin retrouve son instrument de chevet, la batterie, dont il joue tout au long des plages, accompagné aux guitares et à la basse par Julien Lacherme, également à l’œuvre pour enregistrement , mixage et mastering. Ce qui donne à l’arrivée un disque où, si le son et puissant et la rythmique solide (comme Dans l’ordre, Des carrés dans les ronds), les mots ne sont jamais écrasés par les musiques, mais portés par elles. Ce qui n’exclut pas aussi quelques ballades bien tempérées (Eva) aux cordes mélancoliques.

Revendiquant une forme d’engagement et un penchant pour la rêverie, Célestin aborde bien des thèmes dans des chansons où les mots sont pesés. Il évoque alors les questions écologiques et le désir de larguer les amarres dans Viens avec moi (« La terre trinque, titube et elle s’infecte/ Y’a pas de planète B, c’est un fait. ») et surtout avec Dans l’ordre (« On n’a pas vu de telle crise de mémoire de dinosaure »).

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Que roule Mechanick !

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Troisième album éponyme, Victor Mechanick (*) est marqué par le passage de l’artiste, fidèle à ses passions musicales, à la langue de Molière. Cela dit, chez lui, ce sont plus les mélodies qui portent les chansons plutôt que la force pure des textes, au demeurant très positifs.

Après deux disques en anglais, Victor Mechanick se lance dans la version française avec ce troisième album où il reste fidèle à ses influences, lui qui a toujours dit son goût pour les Beatles – Paul McCartney en premier lieu – Stevie Wonder et Prince.

Dans cet album où il pose allongé sur la pochette avec un look façon Balavoine, il délivre un univers où se marie un rock vintage , la pop et aussi un funk groovy sans oublier quelques boucles électroniques. Au détour d’un titre, les claviers vibrants (Sans importance) peuvent céder la place à des riffs soit affûtés , soit plus planants de guitare, même si, globalement, l’opus incite plus à battre la mesure et à entrer dans la danse (Pas docile, Rodéo). L’homme aime bien les cocktails musicaux et, sur le plan professionnel, il a aussi collaboré étroitement avec Yarold Poupaud que travaillé avec Cerrone sur son dernier album avant de faire un bout de route depuis un an avec SCH sur sa tournée.

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Kloé Lang se glisse dans les Interstices

CHANSON FRANÇAISE
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Dans son nouvel EP, Interstices (*) – après Ce que la nuit, Kloé Lang chante sa capacité à reprendre de l’altitude, à échapper au chaos dans un univers électro-organique mettant en valeur la voix de la chanteuse.

D’entrée de jeu avec la chanson-titre, Khloé Lang dit sa capacité à rebondir face aux accidents de la vie, aux ruptures amoureuses. Elle chante : « Je me glisse dans les interstices / Je sais que la mer monte Je dessine ma mappemonde / Et me glisse dans les interstices / Je sais que la mer monte / Je dessine, ma mappemonde… » Le tout est donc bien de savoir garder le cap, malgré les tempêtes, les relations toxiques, la disparition d’un être cher. Une carte de visite sonore pour une artiste franco-suisse qui donne aussi de sa personne à l’écran : en 2023, elle campait une policière dans Un si grand soleil.

Musicalement, c’est Michael Wookey, solide arrangeur britannique et vieux compagnon de route, qui a œuvré à la console pour conférer une certaine griffe sonore à l’ensemble. En mariant claviers vintage, instruments trafiqués, solides lignes de basse, il met en valeur la voix profonde de Kloé Lang, capable de passer d’un vrai éclat à une retenue proche parfois du murmure parlé.

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Cash et rock

CHANSON FRANÇAISE

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Formé à Nevers,Zoé Barge et Apolline Magnet, les cousines du duo pop rock Copycat, proposent avec Morning routine, un disque cash et vitaminé. Un hymne aux galères des jeunes.

« On a toujours raconté nos galères et nos pètes au casque, mais toujours avec le smile« , disent-elles sur Facebook. Avec basse verte, guitare rouge et solide boîte à rythmes, les deux cousines portant un regard teinté d’ironie sur le monde qui les entoure. La preuve avec Open Bar où, sur une rythmique nerveuse, elles racontent de manière spontanée et drôle le parcours de « deux petites nanas » dans un bar confrontées à la lourdeur des mâles qui se croient dominants. « Tu peux rentrer chez toi/ J’te raccompagne pas. »

À fleurs de mots et d’émotions, Copycat ont une énergie contagieuse et donne envie d’embarquer à leur suite dans cet univers pop-rock qui va à belle allure, même quand il s’agit d’évoquer une rupture (La Rosée). Ou, sur une mélodie de comptine « presque » enfantine, dire les difficultés d’aimeravec va tfaire, un titre qui est tout un programme.


Même si ces deux filles sont bien de leur temps, elles savent aussi prendre un peu de recul pour évoquer la douce folie des réseaux sociaux et des influenceurs, nouvelles « stars » du moment dans Morning routine : « Est-ce que tout va trop vit ou est-ce que c’est moi ?« .

Et la tentation du burn-out leur inspire un autre texte vitaminé sur les petits matins qui déchantent : Oulala. « J’suis pas très bien/ Ça ira mieux demain/ Ou pas ». Il est vrai, quand le « repas, c’est du café« , les nerfs en prennent un coup. Idem avec l’évocation de la difficulté d’être et de sortie de « sa bulle« , quand l’été arrive (16) (« Je m’fais vomir et après ça va« ).

Tonique, le duo a l’énergie pour s’inscrire sur la durée.

(*) Olala Records

Stephan Eicher : retour à la case folk

CHANSON FRANÇAISE

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Formule folk épurée, arrangements ciselés : Poussière d’or marque le retour du barde Suisse avec un dix-huitième album qui célèbre la onzième collaboration avec l’écrivain Philippe Djian (depuis 1989). Un album de belle facture.

Comme pour faire la nique au temps qui passe, Stephan Eicher apparaît jeune sur la pochette de Poussière d’or. Une forme de clin d’œil à un jeune artiste suisse, passé par le punk, et qui fut ensuite célébré dans l’Hexagone au tout début des années 90 avec Combien de temps et puis encore Déjeuner en paix. Ayant dépassé le cap de la soixantaine, ayant prouvé, par le passé, qu’il pouvait emprunter tous les chemins de traverse, avec orchestre symphoniques ou fanfares venus des Balkans, Stephan Eicher a choisi cette fois l’épure mettant en valeur les mots de Djian et ceux du vieil ami l’écrivain Martin Sutter pour une chanson en dialecte (Bliib No Chli).

Si tout est construit avec Matrin Gallop à la réalisation pour mettre en vedette la formule voix-guitare, la récidive d’écoute permet de discerner la finesse des arrangements : des chœurs aériens de Toute la place aux cuivres mélancoliques de Bliib No Chli, via les cordes mystérieuses de Au secours, avec, à un point d’étape, une simple guitare acoustique et un harmonica (Entre creux et bosse).

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Joan Baez : la poésie d’une vie

LIVRE

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Autant tourner la page de 2025 avec une artiste – 84 ans le 8 janvier – qui n’a jamais cédé d’un pouce sur ses convictions et reste une rebelle dans l’âme. Réconfortant en ces temps gangrénés par l’idéologie Trump car, si les temps changent, ce n’est pas dans le bon sens. Depuis des décennies, Joan Baez écrit des poèmes où elle n’évoque pas que certains artistes, mais aussi les moments d’émerveillement quotidien. Quand tu verras ma mère, invite là à danser(*) est un recueil plein d’une certaine douceur de vivre et qui suscite quelques salutaires rêveries.

Il est évident que Joan Baez quand elle écrit des poèmes ne peut oublier l’univers qui est le sien et des artistes aussi marquants que Bob Dylan, avec lequel elle vécut une passion ravageuse – leur histoire tourmentée lui inspira en 1975, Diamonds & Rust – mais aussi Judy Collins et Jimi Hendrix. Et ils sont bien là au rendez-vous. Dans Jimi, elle évoque ainsi ce concert de l’Île de Wight où ce guitariste de génie mit littéralement le feu à la scène, la contraignant ensuite de se produire au milieu des poussières et des cendres. Évoquant une des chansons qu’elle interpréta alors, elle écrit : « Tu n’étais pas un saint/ mais sûr que tu t’es fait entendre. Tu/ t’es/fait entendre/ comme une/ magnifique/ catastrophe/ naturelle. »

Plus avant, elle signe un poème magnifique en hommage à Leonard Cohen, le « Roi des sombres prédictions ». De manière très imagée et troublante, elle raconte comment, alors qu’elle écoutait une de ses chansons dans une chambre d’hôtel en Allemagne, elle a eu une apparition : « Tandis que tes accords au piano me gonflaient la poitrine, j’ai vu, avec l’évidence de la vie même, un petit garçon en haillons apparaître à l’extérieur, remontant la colline avec peine, courbé contre la tempête.« 

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Benjamin Biolay, sa vie en bleu

CHANSON FRANÇAISE

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Bleu, (*) dernier opus de Benjamin Biolay, est une des belles surprises de cette fin d’année, tant ce double album est riche et inspiré. Un disque que l’artiste a enregistré aux quatre coins du monde. Idéal pour bien terminer le millésime.

Pour enregistrer les 24 morceaux de Bleu, Benjamin Biolay n’a pas hésité à jouer sur les fuseaux horaires en passant de Sète, son nouveau port d’attache, à Buenos Aires, via Paris, Bruxelles, Rio de Janeiro… Dès la première écoute, on mesure combien avec cet album, l’artiste fait son grand retour dans un disque qui se situe à la croisée de la bossa nova et de la chanson française griffée par Serge Gainsbourg ou Georges Brassens dont il reprend d’ailleurs Les Passantes. Après deux albums résolument pop –  Grand Prix (2020) et Saint-Clair (2022) – Benjamin Biolay prouve ainsi dans ce disque -un des plus denses de son répertoire – le large éventail de son inspiration et de nombreuses influences.

D’emblée avec Résidents, il se situe en droite ligne de Gainsbourg, mais sans jouer le plagiat simple, avec une espèce de vision désabusée sur le monde : « Le déclin était prévisible/ L’humanité si peu sensible/ Mais tant qu’il y aura des bistrots/ Je veux mourir ma non troppo. » Et il y a toujours un style à la Gainsbourg dans Morpheus Tequila (« Mais les rêves ne veulent rien dire/ Je ne fais que sourire. ») Il est vrai, avec le recul, l’artiste sait combien l’écoute de Histoire de Melody Nelson fut déterminante dans sa conception de la chanson. « Ça a changé ma vie : j’ai compris que le français pouvait être moderne sans être ringard, en visant la poésie plutôt que la pop-song« , dit-il.

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La mélancolie pop de Marie Améli

CHANSON FRANÇAISE

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Deuxième EP de Marie Amali, après Au bord de la piscine en 2021, Les Averses d’été (*) offrent quelques belles variations électro-pop sur des textes à la mélancolie douce.

« Je m’accroche avec ténacité à ce métier rempli d’ambition et de doutes », disait l’artiste pour lancer la campagne de financement de son nouvel EP. De ces carnets qui l’accompagne, elle a tiré six chansons dont les arrangements ont été confiés à Mathieu Laciak qui accompagne Marie Amali sur scène.

D’emblée, on sent une maîtrise chez cette artiste de 26 ans, toulousaine d’origine, compositrice, pianiste (depuis l’âge de ses 6 ans) et qui a pas mal donné de la voix en première partie de Feu Chatterton !, Juliette Armanet, Charlie Winston. Elle a aussi participé à des échanges musicaux grâce aux Rencontres d’Astaffort en 2024 sous la houlette d’un certain Francis Cabrel.

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Un duo qui avoue tout

Chanson française
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La jeune génération de chanteurs aime partager. La preuve par deux avec Alexis HK et Benoît Dorémus. Avec Inavouable, le duo publie un album-souvenir après une saison débutée sur scène, notamment au Festival d’Avignon. Une écriture ciselée et décalée pour deux artistes libres dans leur tête, différents mais complémentaires.

Porté par une quarantaine de concerts à guichets fermés, Inavouable est le fruit de cette rencontre scénique entre Alexis HK et Benoît Dorémus, le tout dans une mise en ondes revue par Jean-Pierre Nataf (ex Les Innocents) pour mettre un relief particulier à ces neuf chansons dans laquelle le duo chante de petites histoires sans se départir d’un esprit malicieux . Une chanson comme Schadenfreude témoigne bien de cet humour en évoquant une propension à se « réjouir du malheur des autres » avant de se terminer par une savoureuse pirouette avec un verbe d’antan.

De même, Tartelette évoque une pause dans une répétition parisienne où un banal « pét » peut mettre durablement « la tête à l’envers. » Les amis de longue date ont donc décidé de faire un bout de scène ensemble, sans se départir de leur style propre et leur mariage musical fonctionne plutôt très bien.

Entre rire jaune, voire sarcastique, et douce mélancolie, sur des arrangements minimalistes ciselés qui mettent en valeur leur goût des mots et de la juste rime, Inavouable voit la communion de deux amis qui s’autorisent de « divaguer, de s’égarer, d’affabuler, de déraisonner », comme le stipule le dossier de présentation.

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Chants d’exil

CHANSON FRANÇAISE
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Après un premier EP, La Femme au Bouclier en 1972, Abyr signe son premier album (*) avec des chansons marquées par l’exil et le déracinement.

Née au Liban d’un père libanais et d’une mère palestinienne durant la guerre civile, Abyr a tôt connu les chemins de l’exil. Une rupture qui marque de son empreinte assez naturellement l’inspiration de son premier album dont elle écrit les textes et dont les mélodies ont été composées par le musicien Sebka et arrangées de manière épurée par Antoine Rault (Carmen Maria Vega, Lescop, Forever Pavot) avec, ici ou là, quelques sonorités empruntées à la musique orientale comme le violon de Solitude chérie ou de Al Hamdoulillah, voire au fado, un genre découvert lors de voyage au Portugal.

Dès la première écoute, on est surpris de découvrir sa voix cristalline raconter parfois des chansons qui prennent le temps de dire certaines réalités, certains moments vécus. Ainsi, dès Je suis ton voisin, un hymne la tolérance, Abyr évoque ce pays qu’il faut parfois quitter : « Je suis ton frère d’infortune/ L’histoire nous a balancés/ Sur une vieille terre importune/ Trio étroite pour nos passés… » Et Al Hamdouilillah, elle célèbre cette mère palestinienne qui porte, en souvenir, la clé de la maison familiale suspendue au cou et mère de quatre enfants « qui vivront pour un temps/ S’ils évitent la danger/ S’ils ont de quoi manger. »

Et quand elle évoque le ciel de Paris dans sa Solitude chérie, c’est pour évoquer son repaire « loin des bombes et des cris/ 10 boulevard Auguste Blanqui. »

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