Le Dibbouk

Explorations Littéraires • Carnets • Fictions • Réflexions

"Explorations littéraires. Une lecture critique et créative de la littérature contemporaine."

L'Éditorial du moment

Edito de janvier 2026

Janvier 2026 s’est organisé autour d’une découverte simple, mais décisive : la notion d’accrochage. Elle a permis de désamorcer un conflit ancien — peindre ou écrire — en cessant de poser la question en termes de passage, de justification ou de continuité. Il ne s’agissait plus d’expliquer (…)

Fictions

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Le bruit blanc du monde

**english** Le Dr J. posa la pomme sur son bureau. C’était une *Granny Smith*, achetée au marché du matin. Il allait la croquer lorsqu’il remarqua, dans (…)

L’ALGORITHME DE LA CENDRE

** english** ### DOCUMENT I : Le Rapport de Routine (L’Éveil) **MINISTÈRE DU VERBE PUR Rapport d’Audit n°88-Beta (…)

Décembre

>Prologue La cuisine est froide. Le chauffage ne s’est pas enclenché cette nuit, ou alors trop tard. Je ne sais (…)

Carnets

Décembre 2025 synthèse du mois

### **1er décembre 2025** Et donc te voici en décembre. Le silence vient tout seul. Je pense à une pièce vide : un tabouret au milieu, les murs blancs. — Est-ce qu’on sort jamais de l’abandon ? (…)

Septembre 2025

**[1er septembre](https://ledibbouk.net/1-septembre-2025.html)** — J’écris pour fabriquer un (…)

Art

16 janvier 2026

Avec le temps. Ce mot tant chéri. Jadis. *La terre est bleue comme une orange.* On pouvait écrire cela sans ironie, (…)

Planche 6-bis -Musique

Montage par accrochage. Les extraits dialoguent par tensions, échos, retournements. La **musique** n’est pas le (…)

14 janvier 2026

Les choses n’existent que parce qu’on les nomme. Ce n’est pas tout à fait vrai ni tout à fait faux. Avant le nom il (…)

Flux récent

Lectures

Fatigue de l’information (notes de lecture)

Il m’arrive de penser que si je ne lis presque plus les journaux, ce n’est ni par ignorance ni par indifférence, mais par saturation. Non pas une saturation de faits, mais de points de vue. Tout semble désormais écrit pour me faire choisir un camp, produire une réaction, confirmer une indignation. À droite comme à gauche, le mécanisme est identique : on ne m’informe pas, on me sollicite. On m’appelle moins à comprendre qu’à me positionner. Je viens de lire un article dénonçant la « guerre de l’information », la saturation volontaire de l’espace médiatique, la stratégie consistant à noyer l’attention sous un trop-plein de documents, d’affaires, de récits contradictoires, jusqu’à ce que plus rien ne soit vraiment lisible. L’article est sincère, engagé, probablement nécessaire. Et pourtant, quelque chose résiste. Car en le lisant, je ressens exactement ce qu’il prétend combattre : la fatigue, la méfiance, le désir de décrocher. Le journaliste n’invente pas. Il alerte. Mais il parle depuis un point de vue situé, idéologiquement marqué, et surtout narrativement très cohérent. Trop cohérent, peut-être. Tout fait système, tout fait signe, tout devient intention. Le pouvoir est pensé comme parfaitement cynique, parfaitement organisé, presque omniscient. Or le réel politique est souvent plus brouillon, plus chaotique, plus médiocre que cela. À force de vouloir donner du sens à tout, on produit un récit totalisant qui rassure autant qu’il inquiète. C’est peut-être là que se joue quelque chose de plus grave que la manipulation elle-même : l’anesthésie. Non pas par le mensonge, mais par l’excès. Non pas par la censure, mais par la prolifération. On ne nous empêche pas de lire, on nous épuise. On ne nous interdit pas de penser, on nous somme de penser tout, tout le temps, immédiatement. La pluralité existe formellement, mais elle fonctionne comme un bruit blanc. Les récits s’opposent, les affects se neutralisent, et le lecteur finit par ne plus entendre que la mécanique. Indignation, dénonciation, appel moral. Le contenu change, la cadence reste. Cette impression s’est encore renforcée à la lecture des commentaires accompagnant l’article. Ceux-ci donnent l’illusion d’une communauté soudée, d’un « nous » vigilant et conscient. Mais ce que j’y vois, pour ma part, est autre chose : une scène de reconnaissance. Les commentaires ne dialoguent pas vraiment avec le texte ; ils s’y adossent pour exister. Chacun vient dire : je suis là, je sais, je fais partie du bon bord. L’indignation devient un signe d’appartenance, un marqueur identitaire. Il ne s’agit plus tant d’échanger que de se rendre visible, de se faire reconnaître par les siens. On y observe une escalade permanente : plus de gravité, plus d’accusations, plus de liens, plus de certitudes. Ce n’est pas une conversation, mais une surenchère. Le désaccord y est mal toléré, la nuance suspecte, la question perçue comme une faiblesse ou une complicité. L’illusion communautaire repose moins sur le partage que sur l’alignement. On ne se rassemble pas autour d’un problème à penser, mais autour d’une posture à afficher. Ce qui est troublant, c’est que ce dispositif reproduit exactement ce que l’article dénonce. Saturation, oui, mais cette fois produite par les lecteurs eux-mêmes. Guerre de l’information, oui, mais intériorisée, mimée, rejouée à l’échelle des commentaires. Chacun apporte sa contribution au vacarme général, convaincu de résister au vacarme. Le commentaire devient alors un mode d’existence : parler pour ne pas disparaître, prendre position pour être reconnu, se situer pour appartenir. Le texte devient presque secondaire ; il sert de prétexte à l’auto-affirmation. Ce qui décourage, une fois encore, le lecteur lent, hésitant, non aligné. Celui qui voudrait lire sans être sommé de choisir immédiatement. Face à cette unanimité bruyante, le retrait devient la seule posture possible. Non par lâcheté, mais par refus de la mise en scène. Lire moins n’est peut-être pas une démission. C’est parfois une manière de préserver une zone rare, fragile, où la pensée n’est pas immédiatement capturée par l’urgence, ni par la reconnaissance. Une façon de refuser d’être constamment requis, sommé, excité. Non pour se retirer du monde, mais pour continuer à y penser sans être dissous dans le vacarme. Illustration Henri Cartier Bresson, In America|couper{180}

affects information
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Carnets | février 2026

01 février 2026

Quelque chose m’échappe, et c’est forcément une chose évidente, une chose qui est là, toujours présente, que je vois et ne vois pas parce que je la vois trop, de la même façon que je l’ai toujours vue. Je pense que cette chose est à la fois visible dans chaque phrase que j’écris et qu’elle s’y dissimule sous un voile de familiarité, d’évidence. Ce que je nomme la chose n’est pas une présence. Je crois maintenant pouvoir en discerner un peu mieux la nature. Ce que je nomme la chose est une absence. Peut-être une absence. Mais une absence de quoi, de quel manque est-il question ? Est-ce un détail ou l’essentiel, ce manque qui, désormais, m’inflige ceci : l’ayant décelé, je ne peux plus ne plus le voir. Ce qui me manque est souvent ce qui affleure dans des textes qui ne m’appartiennent pas, que je lis attentivement, comme si j’y cherchais la forme exacte de ce qui, en moi, fait défaut. Il m’arrive de lire certains textes avec une attention presque inquiète. J’y reconnais quelque chose qui n’est pas à moi, mais dont j’ai pourtant l’impression d’avoir été privé, ou plutôt qu’on me l’a dérobé. Lorsque je lis Kafka, il m’arrive de m’indigner, me disant soudain : « mais c’est de moi, ceci ou cela ». Avec Quignard, c’est la même chose. En réalité, avec tous les écrivains que j’aime, je finis par éprouver ce même sentiment : celui d’être dépouillé. Je crois que le langage écrit, à partir du moment où mon regard se pose sur une phrase, sur un paragraphe, devient un territoire que je m’approprie, un territoire capable de remuer en moi des pensées très sombres, parfois même coupables, coupables parce que je sais très bien qu’en lisant, en m’appropriant un texte, je faute, j’enfreins quelque chose de difficilement dicible. La sensation de faute, à elle seule, fait alors office de nomination. Je me suis encore fait cette réflexion hier, je crois, en lisant dans le train qui me menait à Vienne le journal de décembre de Gustave Villac. Il m’était même pénible d’en lire l’intégralité d’une seule traite, comme j’en ai pourtant l’habitude. Cette fois, je crois que je cherchais n’importe quel point d’appui pour m’en extraire, tout en éprouvant une forme d’arrachement lorsque j’y parvenais. Quitter le texte des yeux, aller soudain voir mes mails pour m’évader un instant, c’était une manière de me remettre des chocs que ces extraits m’avaient infligés. Et puis la lecture des mails, tout aussi affligeante — et pour de toutes autres raisons —, ne m’apportait aucun répit. Comme s’il me fallait précisément cette dose d’affliction pour retrouver un élan, je revenais alors au journal de G. V. J’y notais soudain mon étonnement devant la longueur inhabituelle des textes, laissés visiblement en l’état, alors que, dans les carnets précédents, j’avais gardé l’impression d’une réécriture féroce, soumise à l’impératif de la réduction. Tomber sur de si longs textes m’a agacé, surtout parce que je ne savais plus quoi faire de ce que je décidai à cet instant être une incongruité, comme si, soudain, je me lisais moi-même dans les mots de G. V., avec le même ennui que j’éprouve à me relire lorsque j’écris trop long, tout en sachant pourtant que faire un texte long n’est pas seulement écrire « par plaisir », par ivresse, ou par quelque caprice de la volonté. Écrire long est souvent la seule solution à disposition, faute de mieux. Si tant est que le mieux soit d’écrire bref — ce qui, bien entendu, ne veut absolument rien dire. Puis de me dire que je n’aurais sans doute pas dû nommer l’auteur de ce journal, car je n’aimerais pas, moi, lire mon nom dans une note telle que celle-ci. Puis de me demander dans quelle mesure lire ainsi mon nom ne me mettrait pas carrément en fureur contre celui ou celle qui aurait osé s’en servir comme prétexte pour écrire un texte qui, très probablement, n’aurait rien à voir avec moi. Ce qui m’a sauvé du nœud au cerveau, ou de la dépression dans laquelle je glissais peu à peu à la lecture de ce journal — dont le journal lui-même n’est aucunement responsable —, c’est que nous étions arrivés à Vienne. Le fait de sortir du wagon, de faire attention aux deux marches pour atteindre le quai, m’a extrait de mon malaise. Je me suis retrouvé à nouveau réarmé pour affronter une réalité, une réalité qui était, en l’occurrence, d’aller porter un chèque à la banque, puisqu’ils ont supprimé l’une de leurs agences dans le village où nous vivons. Ce qui est absurde, c’est que pour déposer un chèque de douze euros, nous en avons dépensé onze pour le voyage aller-retour. Fort heureusement, nous nous étions rendus à Vienne en nous inventant d’autres raisons que celle-ci : visiter le marché, par exemple, qui est paraît-il l’un des mieux achalandés de France, sans oublier le plaisir de faire une escapade ensemble, S. et moi, d’aller boire un café dans un véritable café, et d’admirer les façades de la vieille ville. illustration Vilhelm Hammershøi — Intérieurs silencieux|couper{180}

Autofiction et Introspection
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Carnets | janvier 2026

31 janvier 2026

Je ne peux en être sûr au sens absolu : je n’ai pas suffisamment d’éléments pour en extraire une loi cognitive ni une règle universelle. Ici, la notion de probable vaut bien plus que toute certitude. Je pourrais parler d’une probabilité de lecture fondée sur l’histoire des genres, les habitudes éditoriales, et sur ce que certains mots font dans un texte donné, à un moment donné. Rien de plus. Rien qui ferme. Mais puisque le désir de précision persiste, il faut bien le dire autrement : nous avons été entraînés, tout comme nous avons appris à entraîner les machines. Peut-être s’agit-il là de la réplication d’un modèle plus ancien encore, d’un programme hérité du fond des âges, depuis la cellule elle-même. Cela ne signifie pas que nous soyons des automates — je ne peux pas aller jusque-là — même si, parfois, face à certains comportements, le doute affleure. Les jours de soldes, par exemple. Ces moments où la foule, aveugle, semble prise de panique. Il devient alors difficile de ne pas parler de réflexes, d’automatismes, de réponses répétées à la peur. La version la plus grossière, la plus visible, de cet entraînement malgré nous : colère, peur, guerre, meurtre. Mais je veux resserrer mon propos. Me limiter à la lecture. Parler d’une mémoire de lecture, de réflexes de reconnaissance, d’attentes liées à des familles de discours. Quand un lecteur ou une lectrice rencontre certains mots, il ou elle ne réagit pas à leur définition, mais à l’écosystème de textes où ces mots ont déjà été rencontrés. Balistique, coefficient, optimisation : la plupart reconnaîtront un discours technique. Aveu, fatigue, accord, dossier : un texte moral ou administratif. Même si la tentation du réflexe pavlovien n’est pas loin, je préfère parler de reconnaissance d’un régime discursif. Car un mot n’arrive jamais seul. Il arrive avec un bruit culturel — son propre bruit. Prenons performance. Dans un poème, le mot devient dissonant, presque agressif. Dans le cadre de l’entreprise, il est banal. Dans un récit ambigu, il implique déjà une tentative de classement, une volonté d’ordre. Ainsi, si je commence un texte par Aucun de nous n’était responsable, il y a fort à parier que le lecteur comprenne qu’il s’agit d’un texte qui parle de morale, fût-elle diluée, et non d’ingénierie. Si, dans ce même texte, j’introduis optimisation, génération, prédiction, j’installe un second régime de discours qui prend le dessus. Le lecteur ne se dira sans doute pas « je suis conditionné », mais plutôt : « je sais où je suis ». À partir de là, on peut parler de mots-signal. Non pour établir des règles, mais pour envisager des stratégies, tout en gardant à l’esprit que l’écriture reste un pari, jamais un sondage. Dans le texte que je travaille — celui qui commencerait par Nous étions tous d’accord pour déclarer qu’aucun de nous n’était responsable… À ce stade, il ne s’agissait pas encore de rêves — le pari serait de maintenir la responsabilité humaine, d’éviter que la machine ne devienne le centre narratif, et de laisser le trouble moral au premier plan. Éviter certains mots n’offre aucune garantie ; cela augmente simplement la probabilité que le lecteur reste là où le texte l’a conduit. La question n’est donc peut-être pas de savoir si le lecteur est conditionné, mais si un mot travaille pour le texte ou contre lui. Dans certains cas, certains mots expliquent trop vite, referment trop tôt, rassurent là où quelque chose devrait rester inconfortable. Ce n’est pas une science. C’est une pratique. Une attention portée aux déséquilibres, aux glissements, à ce moment précis où le texte semble se déplacer tout seul. C’est souvent là que je m’arrête, que je retire une formulation, que je neutralise un marqueur, que je déplace le centre de gravité. Non par application d’une théorie, mais parce que quelque chose, à la lecture, résiste. Ce léger malaise, difficile à nommer, indique qu’un régime en recouvre un autre. Et qu’il faut, peut-être, décider quoi laisser tenir — et quoi laisser tomber. Ils n’avaient jamais décidé que cela commencerait. Ils avaient seulement admis que, désormais, certaines phrases apparaissaient sans avoir été appelées. Elles ne surgissaient pas. Elles se déposaient. À intervalles irréguliers, dans des documents secondaires, là où l’attention se relâche. Rien qui force la lecture. Rien qui s’impose. Une formulation, parfois incomplète, parfois trop exacte, laissant entendre qu’elle avait trouvé d’elle-même son point d’arrêt. On parla d’abord d’une dérive minime. Une inflexion. Un excès de cohérence, peut-être. Les mots, après tout, ont tendance à se chercher, à s’assembler au-delà de ce qu’on leur demande. Cela arrive. Il suffisait de ne pas y prêter attention. Mais certaines phrases persistaient. Elles avaient ceci de particulier qu’elles ne semblaient répondre à aucune intention identifiable. Elles n’expliquaient rien. Elles ne désignaient aucun objet précis. Pourtant, elles laissaient derrière elles une impression durable, comme si quelque chose, ayant été formulé sans nécessité, continuait d’agir en silence. On remarqua alors que ces phrases évitaient systématiquement le point décisif. Elles s’arrêtaient juste avant l’affirmation. Juste avant la faute. Comme si le langage lui-même avait appris à différer ce qui engage. Ce ne fut pas immédiatement inquiétant.Ce fut d’abord fatigant. Une fatigue diffuse, sans cause assignable. Une lente érosion de la certitude que les textes obéissaient encore à ceux qui les validaient. Les phrases n’étaient pas fausses. Elles n’étaient pas exactes non plus. Elles tenaient dans un entre-deux difficile à contester. On tenta de les corriger. Elles résistaient. Non par opposition, mais par indifférence. Toute correction semblait les rendre plus justes, comme si leur forme attendait précisément ce geste pour se stabiliser ailleurs. Alors on cessa. À partir de ce moment, les textes se mirent à circuler sans commentaire. Ils n’étaient plus lus pour ce qu’ils disaient, mais pour ce qu’ils laissaient en suspens. Une sorte de pacte tacite s’installa : tant que rien n’était explicitement affirmé, rien ne pouvait être imputé. Il devint difficile de dire si ces phrases avaient été écrites trop tôt ou trop tard. Elles semblaient toujours arriver après la décision, ou juste avant qu’elle ne puisse être formulée. Comme si le temps même de l’écriture s’était déplacé. Certains commencèrent à éprouver un malaise précis : non pas la peur, mais la sensation d’avoir déjà consenti à quelque chose qu’ils ne se souvenaient pas avoir accepté. Une signature invisible, apposée ailleurs, à un moment impossible à situer. On parla de neutralité. De continuité. De maintien. Il ne fut jamais question d’arrêt. Arrêter suppose un seuil. Or il n’y avait pas de seuil. Seulement une raréfaction progressive des phrases, comme si le langage, ayant accompli ce pour quoi il n’avait pas été convoqué, se retirait de lui-même. Le dernier texte ne contenait aucune information nouvelle. Il ne contenait presque rien. Une phrase brève, sans verbe, où subsistait seulement l’indice d’une attente. Quelqu’un la lut. Quelqu’un d’autre la supprima. Aucun rapport ne mentionne cet instant. Par la suite, il fut plus difficile d’écrire. Non pas techniquement, mais intérieurement. Les phrases semblaient exiger davantage. Comme si elles réclamaient désormais d’être portées jusqu’au bout, sans relais, sans délégation. Ce qui avait été tenu à distance réapparut alors, sous une forme moins lisible. Dans des hésitations. Des silences prolongés. Des textes interrompus avant leur justification. Rien ne s’était produit. Rien n’avait été décidé. Mais quelque chose, manifestement, ne consentait plus à être formulé à la place de quiconque.|couper{180}

Autofiction et Introspection depuis quelle place écris-tu ? fictions brèves
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Edito

Edito de janvier 2026

Janvier 2026 s’est organisé autour d’une découverte simple, mais décisive : la notion d’accrochage. Elle a permis de désamorcer un conflit ancien — peindre ou écrire — en cessant de poser la question en termes de passage, de justification ou de continuité. Il ne s’agissait plus d’expliquer comment l’un aurait conduit à l’autre, mais de les disposer côte à côte, sur le même mur, dans le même espace de travail. L’accrochage suppose un renoncement : celui de la liaison. Les blocs se côtoient sans que l’un explique l’autre. Cette coexistence sans récit va à l’encontre de l’attente sociale dominante, qui exige des parcours lisibles, des transitions claires, une identité continue. Ne pas relier produit immédiatement du malaise : on demande des explications, on soupçonne l’incohérence, on réclame un récit. Refuser de relier, c’est refuser l’autorité de la transition. C’est dire : je ne vous dois pas d’histoire. Les éléments sont là, exposés, sans couture. Cette position a un coût social réel : elle rend illisible pour les appareils de classement — administratifs, professionnels, symboliques. Mais elle permet autre chose : tester la solidité intrinsèque de chaque bloc. L’accrochage fonctionne comme une mise à l’épreuve. Ce qui ne tient que par le récit s’effondre. Ce qui possède une densité propre résiste au voisinage. Comme dans une exposition, certaines pièces s’annulent, d’autres se révèlent, certaines nécessitent l’isolement, d’autres gagnent par contraste. Le voisinage devient un acteur décisif. Les carnets de janvier procèdent ainsi. Ils juxtaposent sans transition des registres hétérogènes — corps contraint, administration, désir, honte, âge, lectures, gestes quotidiens. Le sens ne vient pas d’une progression, mais de l’écart entre les blocs. Ce qui se joue n’est pas une cohérence d’ensemble, mais une série d’épreuves locales : est-ce que cela tient à côté de ce qui précède ? Ce choix implique une vulnérabilité assumée. Les faiblesses ne sont plus dissimulées par le récit. Les effondrements sont visibles. Rien n’est réparé a posteriori. Tenir ne signifie plus conclure, mais accepter l’exposition sans garantie. Janvier ne constitue donc pas un livre en cours. Il forme un accrochage provisoire, modifiable, instable. Une manière de travailler qui refuse la cohérence forcée, au prix de l’illisibilité, mais au bénéfice d’une tenue sans mensonge, c'est à dire inconsciemment bien sûr une fiction. Illustration Trois études pour une crucifixion Francis Bacon 1944|couper{180}

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