Plan B Chester Himes

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Les impasses de la colère, de la violence de la ségrégation raciale aux États-Unis et de sa sauvage répression quand les Noirs décident de s’armer, de tuer dans une vengeance aveugle, entendable. Plus dystopie, théorie presque et exploration politique d’une virtualité, que roman noir tantPlan B,ce dernier épisode, inachevé, des aventures d’Ed Cercueil et Fossoyeur Jones ne les voit que fort brièvement apparaître au profit d’un récit échevelé, salace et cru, proche de l’hallucination parfois dans le bain de sang où il emporte le lecteur pour mieux déconstruire le racisme et ses stéréotypes et faire exploser, avec tripes et cervelles, les bonnes consciences et autres douteux fantasmes. Chester Himes montre ici une lucidité désespérée, une tranchante verve comique et une irradiante inquiétude aux moments où les revendications des Afro-Américains éprouvaient le vertige de la lutte armée.

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Le Zoo, une sortie J.A Tyler

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Les souffrances du langage chez un gamin qui, lors d’une excursion familiale au zoo, discerne mal ce qu’il pense et ce qu’il dit, ce qu’il entend et ce qu’il aurait voulu entendre, les silences et violences d’une famille ordinairement brisée. Dans de très courts chapitres condensés correspondant à une captivité animale effleurée, à une transparence ressentie, J.A Tyler entremêle habilement, par de profonds non-dits, les souvenirs et les monologues, les paroles blessantes et celle que cet enfant, dans un rire un peu forcé, y oppose. Le zoo, une sortie se révèle une évocation sensible de l’enfance, une langagière révélation de ses banales humiliations, des douleurs qu’elles ne parviennent pas à dire.

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La ville aux deux lumières, Géographie imaginaire Pierre Cassou-Noguès

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Lumineuse phénoménologie, fantastique spéculation sur nos perceptions de l’intérieur et de l’extérieur, très riche réflexion philosophique par allégorie, récit et idemages : des images où, oniriques, s’inventent des imaginaires manières d’appréhender notre monde. Par les sidérantes illustrations de Gwenola Wagon, par leur rêveur décollement, par la manière dont la prose de Pierre Cassou-Noguès suscite d’interrogatifs flottements, d’intimes et ontologiques spéculations, La ville aux deux lumières captive par ses méditations sur la lumière, sur l’irréalité, la coexistence de l’intérieur et de l’extérieur, la valeur du langage et les façons dont il véhicule une géographie imaginaire qui nous outrepasse.

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Les somnambules Hermann Broch

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Métaphysique de la solitude, romanesque spéculation sur l’effondrement d’une époque et sur l’irrationalité du comportement de ses personnages, qui, subtilement et burlesquement, en incarne trois états : le romantisme, l’anarchisme et le réalisme. Dans ce très grand roman, datant de 1931, Hermann Broch sonde les peurs, les valeurs, les transcendances, d’un moment de bascule (1888-1918) et surtout les mouvements de l’âme, les justifications, les relations et les errances de Pasenov, Bertand, Esch et Huguenau et toutes celles qui les entourent. Les somnambules est éclatant témoignage de cette ultime modernité littéraire qui, dans l’entre-deux guerres, en le faisant forme totale (ici poésie, théâtre et essai), pensait renouvelle ses mythes afin de concourir à cette intelligence du monde dont le premier signe reste la prescience des catastrophes qui s’annoncent. Éclairante lecture pour maintenant.

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À quelques nuages près précédé d’Inauguration de l’ennui Guillaume Siaudeau

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Une poétique de péripéties, des poèmes tout de sémantiques retournements de situations où flotte cette grave légèreté d’une amusée mélancolie. Brefs fragments où le sens se renverse, où par pirouette la tristesse s’échappe, autant de petits poèmes d’une observation amusée de notre ordinaire déraison. Dans une posture d’ironique moraliste, Guillaume Siaudeau fait parader la vanité du monde, les bribes d’une éclaircie, les sourires de la pluie, les instants où quelque chose passe, se préserve . Cette Inauguration de l’ennui collecte des chutes, des moments rattrapés par un décalage langagier où, légère, se laisse, sans contestation, entendre l’ironique absurdité de notre monde.

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