Comme je suis collectionneur de la collection Rivages/Noir dont je possède à ce jour plus de 600 livres, je vais passer en revue tous les numéros avec une seule contrainte : respecter la contrainte de 100 mots pour le résumé et 100 mots pour mon avis, pour conclure sur un mot ou presque. Je n’ai pas relu tous ces romans, juste parcouru mes notes de ceux que j’avais déjà lus par le passé et complété ceux que je n’avais pas eu le temps de lire.
N°26 : Levine de Donald E. Westlake
Traducteur : Gérard de Cherge
Ce recueil de nouvelles comporte six enquêtes de l’inspecteur Abe Levine, cinquante-trois ans : Le meurtre du meilleur ami (un homme s’accuse d’avoir empoisonné son meilleur ami), L’homme sur la corniche (Levine doit empêcher un homme de se suicider), Le doigt sur la détente (Levine enquête sur un braquage), Le bruit du meurtre (Une jeune fille de dix ans accuse sa mère d’avoir assassiné son beau-père), La mort d’un minable (Levine enquête sur le meurtre d’un bookmaker minable) et Après ma mort (Levine enquête sur le meurtre du fils d’un mafieux, qui a couché avec la femme du parrain local).
Levine est un personnage à part dans l’œuvre de Donald Westlake puisqu’il a voulu construire quelqu’un constamment obsédé par sa propre mort : En écoutant son cœur, il se rend compte qu’il rate un battement et cela l’effraie et lui permet d’éprouver aussi de l’empathie pour les victimes. Par contre, il est capable de se montrer sans pitié pour les coupables. Flirtant sur la ligne blanche entre victime et coupable, ce personnage original et inédit dans le polar ne connaitra que six enquêtes malheureusement. Car ses enquêtes comportent des réflexions très intéressantes, presque philosophiques sur la vie et la mort.
En un mot : Original
N°27 : Lune sanglante de James Ellroy
Traducteur : Freddy Michalski
Un mystérieux tueur de jeunes femmes parvient à camoufler ses meurtres en accident ou suicide. Quand l’un d’entre eux s’avère particulièrement sanglant, il laisse derrière lui une empreinte partielle. Lloyd Hopkins, l’un des meilleurs flics de Los Angeles, obsédé par ses enquêtes et redoutablement intelligent, fâché avec sa hiérarchie, va prendre en charge cette enquête dans un duel dépassant l’entendement. A partir d’un minuscule indice, Lloyd Hopkins va se lancer dans une chasse infernale dont seul l’un des deux en sortira vivant. Ce duel dont l’issue est incertaine jusqu’à la dernière page illustre une des plus belles descentes aux enfers.
Nombreux sont ceux qui considèrent la trilogie Lloyd Hopkins comme les meilleurs romans de James Ellroy. Je venais de finir le Dahlia Noir, le monument qui m’a irrémédiablement fait plonger dans l’univers Ellroy. Et après la lecture de cette Lune Sanglante, j’ai su que j’avais trouvé le Maître du polar. Il fallait un personnage de flic démesuré de la stature de Lloyd Hopkins pour poursuivre un tueur sadique remarquablement intelligent. Et ce premier tome qui laisse pantois, nous introduit le style Ellroy, le ton furieux, et la mécanique du scénario pointilleuse. Par peur sans doute, je ne l’ai pas relu.
En un mot : Coup de coeur
N°28 : Le diable a des ailes de Harry Whittington
Traducteur : Stéphane Bourgoin
Buz Johnson fut connu comme un as de l’aviation pendant la seconde guerre mondiale, avant de retomber dans l’anonymat de la vie civile, comme simple professeur de pilotage dans un sombre aéroport de Floride. Buz sombre dans l’alcool et subit le départ de sa petite amie Judy, ce qui fait gonfler en lui un ressentiment envers cette société qui abandonne ses héros. Quand Sid Coates, un personnage mystérieux, lui propose un braquage de banque dans une petite ville perdue, nécessitant le vol de deux avions, il décide de se lancer dans cette aventure sans savoir où il met les pieds.
Je n’ai pas relu ce court roman qui ne m’a pas laissé de souvenirs impérissables. Dans mes notes, j’avais apprécié le personnage de Buz Johnson, totalement perdu et au fond du trou, ainsi que les scènes d’action en altitude qui m’avaient paru passionnantes. On trouve peu de dialogues dans ce roman, que je qualifierais de quelconques mais il est bien possible que lors de sa parution, ce polar distrayant fut accueilli comme un excellent roman. Depuis, je pense que de nombreux auteurs ont écrit mieux. Quoi qu’il en soit, sa lecture distrayante n’est pas seulement à réserver aux adeptes d’archives.
En un mot : Action
N°29 : Un temps pour mourir de John D. MacDonald
Traducteur
Ce recueil de nouvelles qui fait suite à Réponse mortelle, comporte huit histoires : Du plus profond de la tombe (une enquête de Park Falkner), Un temps pour mourir (un acteur convoite la femme de son scénariste), Collet pour une tigresse (un vétéran du Vietnam victime de chantage de sa jeune femme), Pensée de meurtre (une femme victime d’un accident de chasse), Départ à l’aube (une planque se termine mal), Elle ne peut pas mourir (Une femme abattue de dos), La dernière quille (Mystère dans un bowling), et Piège pour imprudent (Deux détectives privés doivent retrouver une jeune épouse disparue).
Ce recueil regroupe des histoires publiées entre 1946 et 1952, et certaines nous font penser à des prémisses qui vont donner le personnage de Travis McGee (N’étant pas un spécialiste, j’ai lu ça sur le Net). Ces nouvelles balaient tous les genres policiers, et je me dois de reconnaitre que John MacDonald est un sacré conteur même si je le préfère sur des romans plus longs, que j’ai lus quand ils sont parus chez Gallimard. De fait, je le trouve bien plus à l’aise et percutant quand les nouvelles sont courtes, comme celle qui donne le titre de ce livre.
En un mot : Un temps pour mourir
N°30 : Sale temps de Janwillem van de Wetering
Traductrice : Isabelle Glasberg
Le propriétaire d’une banque douteuse est retrouvé suicidé de deux balles dans la tête, alors qu’en face, trois drogués sont découverts morts d’overdose à l’héroïne pure dans une péniche. Le commissaire revient d’une cure en Autriche, l’adjudant Grijpstra et le sergent de Gier réintègrent leur bureau, l’un pour un procès, l’autre pour des vacances. La proximité des morts et les dossiers rapidement clos étonnent. Ils décident de rouvrir les dossiers mais il semblerait que cela ne plait pas à tout le monde. Le commissaire fait face à une enquête interne, De Gier est écarté et Grispstravictime d’un accident grave.
Après avoir lu Comme un rat mort, qui m’avait bien fait rire, je m’attendais aussi à passer un bon moment avec ce roman. Mais dès les premières pages, l’auteur adopte un ton sérieux et nous décrit dans le détail les relations entre le Commissaire et le propriétaire de la banque, qui nageait dans de sombres eaux. Puis, tous les obstacles possibles tombent sur nos enquêteurs, avec un style lent et des dialogues bien faits mais longuets aussi. Ce qui fait que je me suis vite lassé de cette intrigue. C’est donc un rendez-vous raté, pour un roman policier trop classique.
En un mot : Classique