Grizzly jam

ImageAttention, vous entrez en pays grizzly. Restez vigilant. Qui que vous soyez, votre sécurité n’est plus assurée. . C’est le début de l’été, et comme chaque année le Yellowstone s’apprête à voir déferler sa horde de touristes plus ou moins bien briefés. Parmi eux, Marcia, saisonnière et randonneuse improvisée, pose ses valises au Sitting Bear Lodge situé en bordure du parc national, au milieu des bois…. De routes goudronnées en sentiers forestiers, cet album qui allie fiction et reportage nous emmène à la rencontre d’une région mythique, où humains et ours vivent en cohabitation.

Ce roman graphique a été une belle surprise et j’ai vraiment passé un bon moment avec ce livre, découvert un peu au hasard. Le Yellowstone est un endroit mythique qui m’a toujours beaucoup attirée. Ici, on tente de déboulonner un peu le mythe touristique de ce lieu qui fait rêver et qui attire une foule de touristes chaque année.

Marcia débarque à quelques pas du parc Yellowstone, chez des amis de sa grand-mère qui louent des chalets aux touristes. Elle vient pour travailler chez eux, pendant l’été. Le décor est nouveau pour elle, entourée de faune sauvage. Il y a la nature, qui peut être imprévisible, mais également la présence des ours, dont on doit impérativement faire attention.

Dans la bibliothèque du chalet, Marcia découvre quelques livres pour aborder les lieux qui l’entourent désormais pour les prochains mois. Elle lit Edward Abbey et, à travers ses recherches Internet et son expérience sur le terrain, le contraste saisissant de lieux qui devraient être sauvages, mais qui sont envahis de touristes. Partie faire de la randonnée, Marcia découvre à ses dépends que les lieux mythiques ne sont pas toujours les lieux calmes et sauvages que l’on voudrait…

On la suit également à travers tout un été de découvertes, de son travail au lodge, en passant par ses rencontres, ses histoires personnelles, ses découvertes à Yellowstone et ses réflexions.

J’ai beaucoup aimé le dynamisme de ce roman graphique. Le dessin est très coloré, l’ambiance estivale « en pleine nature » qui s’en dégage m’a beaucoup plu. L’accent est vraiment mis sur le côté « nature sauvage » de Yellowstone et de la région où vit Marcia. Il y est question de la cohabitation des humains, souvent arrivés de la ville, qui doivent apprendre à côtoyer des animaux sauvages et à se protéger lors de sorties de plein air. Mais c’est aussi un constat un peu triste sur l’envahissement du tourisme, comme en parlait justement Abbey, dans des lieux qui devraient être sauvages mais qui sont devenus des lieux familiaux et touristiques où tout demeure à portée de main, les commodités comme les stationnements, sans trop d’efforts.

La seconde partie de la bande dessinée est un reportage: Vivre en pays grizzly. Il est paru précédemment dans une revue et revient sur la cohabitation des ours et des humains, en proposant un regard journalistique sur le sujet. On y parle de la présence des ours dans la nature sauvage où les hommes vont faire du tourisme, de l’équilibre de l’écosystème en lien avec la présence des grands prédateurs, de la façon d’y survivre comme humain, des différentes espèces d’ours et de quelques anecdotes historiques.

J’ai apprécié le ton de ce roman graphique, avec beaucoup d’humour, ainsi que le message écologique qui y est véhiculé sur notre place (que l’on pense souvent bien plus importante que celle des animaux) dans le grand monde sauvage. Le sujet m’a beaucoup parlé, naturellement, et c’est une lecture parfaite pour l’aborder et prendre conscience que notre écosystème n’existe pas seulement pour nous. Des pistes de lecture autour du sujet sont aussi proposées en fin de volume.

Une excellente lecture que je vous suggère et qui m’a beaucoup plu. C’est une belle façon d’aborder le sujet de la cohabitation entre la faune sauvage et nous, du tourisme et des grands espaces.

Grizzly jam, Alice Chemama, éditions Dargaud, 128 pages, 2025

 

 

Les Chroniques de St Mary tome 1: Un monde après l’autre

ImageDerrière les lourdes portes de l’institut St Mary, on n’étudie pas seulement le passé, on le visite !
Quand la jeune historienne Madeleine Maxwell, alias Max, pousse les portes de St Mary, elle découvre que les chercheurs se déplacent dans le temps pour trouver des réponses aux plus grandes énigmes, en évitant bien sûr de mourir en cours de route ! Car la première leçon que l’on apprend, c’est qu’au moindre faux pas l’Histoire se retourne contre vous. Et les nouveaux collègues de Max sont passés experts en catastrophes involontaires et autres mésaventures chaotiques aux confins du temps. Du grand incendie de Londres aux tranchées de la Première Guerre mondiale, du Crétacé à la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie, suivez Max dans ses aventures historico-rocambolesques…

Il y a des années, j’ai lu Le grand livre de Connie Willis. Un roman qui m’a beaucoup marquée. C’est avec ce roman que j’ai découvert l’idée d’historiens visitant le passé pour confronter ou appuyer leurs théories. Cette idée m’a tout de suite séduite. Elle est tellement pleine de possibilités! Et depuis, je n’ai cessé de chercher un autre roman qui en parlerait. Jusqu’à ce que je tombe sur cette série de Jodi Taylor.

St Mary est un institut où, officiellement, on y fait de la recherche historique. Officieusement, St Mary enquête sur les événements historiques majeurs dans leur contexte original. En d’autres mots, les historiens vont dans le passé à l’aide de capsules toutes équipées. Ils vont contre-vérifier leurs théories, confirmer certains détails lors de grands événements marquants et vivent une foule d’aventures. Cet institut est un vase clos. Autant les historiens vivent de grandes choses à la fois dangereuses, émouvantes, fantastiques dans leur travail, autant leur vie personnelle et sociale est inexistante. Le travail et les missions prennent toute la place. Alors la communauté et la vie privée, c’est entre eux qu’ils la vivent. De là l’importance de garder un pied dans la réalité, ce que Madeleine apprend à ses dépends.

Dans ce premier tome, les historiens vont enquêter pour confirmer ou non, ce qui a causé le déclenchement du grand incendie de Londres, faire un saut pendant la Première Guerre mondiale, vivre une mission terrifiante au Crétacé avec les dinosaures et tenter de sauver quelques textes de la bibliothèque d’Alexandrie. Chaque tome semble aborder quelques différentes périodes marquantes de l’histoire.

J’ai beaucoup aimé ce roman où il se passe tellement de choses! Travailler à St Mary c’est vivre continuellement des aventures. On ne s’ennuie pas une seconde! Quand l’équipe n’est pas en mission, c’est une menace extérieure qui plane sur leur travail, sans compter les relations qui se nouent entre les historiens et la gestion des différents corps de travail. Voyager dans le temps n’est pas une mince affaire. Il faut littéralement penser à tout car chaque voyage peut avoir une incidence sur ce qui suivra. Les petits détails sont d’une importance capitale et c’est sans doute ce que j’ai le plus aimé. Toutes ces informations sur les voyages, les vêtements, les accessoires, les arrivées, les retours, le passage des voyageurs, les choses à préparer, ce qu’on doit penser à ne pas laisser sur place. L’histoire du cheveu à Alexandrie par exemple. C’est fascinant!

« À vrai dire, je ne suis jamais allée nulle part dans le passé sans que ça sente le cheval. »

J’ai aussi apprécié cette idée de « missions » qui permet de visiter des époques de l’histoire et des événements marquants. C’est intéressant de les découvrir par les yeux d’historiens, qui n’avaient jusqu’alors étudié sur papier ou écran notre histoire. L’émerveillement est aussi fascinant pour nous, lecteurs, que pour les personnages qui en font la découverte. J’aurais aimé encore plus de détails sur les périodes de l’histoire et les gens rencontrés. Je trouve que l’on reste un peu en surface. C’est peut-être la seule chose qui m’a un peu manqué: un côté historique plus développé. La confrontation de notre monde et de celui du passé est un sujet qui m’intéresse beaucoup. Comme plusieurs moments de l’histoire sont traités dans le roman, les missions vont vite.

Par contre, du point de vue du divertissement, ce roman est un défi relevé haut la main. C’est une histoire prenante, qui nous amène dans différents endroits auxquels on ne s’attend pas toujours. J’ai été surprise par certains revirements de situations que je n’avais pas du tout vu venir. On peut aussi percevoir ce roman comme une critique de certains aspects de notre société. Ce n’est pas parce que notre monde évolue et qu’on va dans le passé, que l’appât du gain et la quête de profit ont disparus. Certains profitent de cette avancée scientifique pour se remplir les poches, sans se soucier de respecter la ligne temporelle.

Madeleine Maxwell est un personnage fonceur, qui ne s’en laisse pas imposer. Les autres aussi sont attachants et plus on avance dans l’histoire, plus on réalise que cette petite équipe d’historiens est vraiment très spéciale. Les dialogues sont souvent drôles, les réparties bien trouvées, l’équipe célèbre ses missions avec trop d’alcool, ils boivent continuellement du thé (il y a toujours quelqu’un pour en préparer, même quand ils sont dans leur capsule), ils sont bruyants, excentriques, maladroits et c’est parfois un miracle de voir qu’ils sont toujours en vie. Ce qui ajoute un petit côté humoristique à ces folles équipées dans l’histoire.

« Je viens de St Mary: si une bonne bagarre ne résout pas le problème, boire du thé le fera. »

J’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture et je suis contente d’avoir pu faire la découverte de cette série. Il y a plusieurs tomes qui traitent chacun d’événements différents. Le tome 2 m’attends et je vais m’y plonger de ce pas. J’ai envie de poursuivre les aventures de ces historiens hors du commun. Et je lirai assurément les autres tomes.

Une belle découverte!

Les Chroniques de St Mary tome 1: Un monde après l’autre, Jodi Taylor, éditions Pocket, 462 pages, 2024

Le guide des semis

ImageSemer, c’est poser un geste simple, millénaire, à la portée de tous. C’est réunir les conditions pour que la vie devienne possible. C’est s’émerveiller de voir de petites plantules se développer. C’est créer un lien plus intime avec votre jardin. De la sélection des graines parmi une multitude de variétés au repiquage de vos plants au potager, en passant par les notions de lumière, d’arrosage et de santé des sols vivants, ce livre vous guidera pas à pas dans la réalisation de vos semis à la maison. Au fil des pages, vous découvrirez comment bien préparer votre projet de jardin, prendre soin du sol et suivre l’évolution de vos cultures. Vos récoltes n’en seront que meilleures!

Jean-François Lévêque est le semencier des Jardins de l’écoumène. Puisque je commande mes semences là-bas depuis des années et qu’ils ont une philosophie qui me plaît beaucoup, j’avais très hâte de mettre la main sur ce livre.

Les semis, c’est la base d’un beau et bon jardin. Notre saison étant assez courte ici, il faut bien sûr s’assurer d’avoir des semis viables dont la vie se poursuivra ensuite au potager pour tout l’été. C’est une base à ne pas négliger et le livre nous propose plusieurs chapitres en ce sens.

« La nature nous enseigne la patience, l’humilité et la résiliences, des leçons essentielles pour mieux naviguer dans nos propres vies. Parce qu’en cultivant des semis, nous cultivons aussi notre esprit, notre communauté et notre lien avec la nature. »

L’auteur nous parle de jardinage en général, de l’importance de l’observation, de la création du jardin, puis de la façon de préparer ses semis, de s’en occuper, des conditions propices à leur croissance, de la semence en elle-même afin de mieux comprendre comme elle fonctionne. Le livre permet de connaître les zones de rusticité et de les comprendre, il nous parle de la culture en bacs ou au balcon, de la culture en zone nordique ou plus isolée.

On découvre également des fiches pour cultiver 230 légumes proposés chez les Jardins de l’écoumène. Chaque fiche parle de la variété du légume, ses caractéristiques botaniques, son impact écologique dans l’écosystème, des conseils de semis, des conditions du culture, du rythme saisonnier ainsi que la découverte d’autres variétés du même genre. On aborde enfin la lecture et la compréhension des pictogrammes sur les sachets de semences, ainsi que la façon de devenir un « gardien des semences » en les récoltant après le cycle de vie d’une plante. L’ouvrage est complété par un calendrier des semis.

« Ensemble, en semant, nous cultivons bien plus que des plantes: nous cultivons la vie, le partage et l’émerveillement. »

Les textes de Jean-François Lévêque sont presque poétiques. Sa vision du jardin est tellement belle et elle ressemble à la mienne. Son objectif est une autonomie douce, qui se rapproche aussi de ma vision. Une façon de percevoir le jardinage totalement ancré dans le moment présent. J’adore! J’ai noté plusieurs choses pour mes semis à venir et même ceux en cours. J’ai également noté plusieurs idées de plantations à tester au fil du temps. Par exemple, j’aime l’idée de la spirale aromatique.

Un ouvrage beau et intéressant, qui est bien pratique lorsqu’on jardine. C’est aussi un livre accessible qui permettra peut-être à certains qui n’osent pas, d’enfin commencer leurs semis. Ce sont tellement des moments remplis d’émerveillement que de voir ses plants pousser et d’accompagner le vivant.

Le guide des semis – Secrets de semencier pour bien démarrer son jardin, Jean-François Lévêque, éditions de l’Homme, 280 pages, 2026

Skidoo et loups-garous

ImageCe matin, Jess est réveillée par les éclats de voix de ses parents.
— D’abord, tu vas aller dire à ta fille que tu pars encore.
— Ce sera pas la première fois, a va comprendre.
— Justement, je pensais que c’était fini ce temps-là !
— Avec ce que j’ai vu hier, ça vient de recommencer !
Son père, Gilles, est pressé de partir. L’appel des trails lui donne des fourmis dans les jambes. Et se sauver dans le bois lui évite de confronter sa fille à ce qui s’est passé la veille. Mais cette fois, son départ va déclencher une série d’événements imprévisibles, sombres… peut-être mortels. Le bois cache quelque chose, et pas juste des animaux. Une atmosphère sinistre plane à Normandville en cette fin d’année 1986.

Plus je découvre de nouveaux livres de Michel Lemieux et Sébastien Gagnon, plus j’aime leur univers et les thèmes qui les inspirent. Qu’ils écrivent ensemble ou seuls, chacun de leur côté, chaque fois c’est une belle découverte.

Ici on aborde un mythe que l’on retrouve souvent en littérature: le loup-garou. Cependant, la façon de traiter cette histoire par les deux auteurs est vraiment intéressante. Le cadre est original et la nature est omniprésente. C’est une histoire pleine de neige et de promenades en skidoo. Une relation père-fille parfois faite de complicité, comme ces moments passés au garage à bricoler ensemble, mais parfois aussi de confrontation lorsqu’ils ne se comprennent pas. C’est d’ailleurs un incident qui éclate entre eux qui est l’élément déclencheur de tout ce qui suivra. Le père partira guider des américains dans le bois. Jessie gardera son petit frère lors d’une période où leur mère est absente, et c’est pendant une sortie pour poser des collets que tout basculera.

Jessie est un personnage très attachant. Elle détonne des autres jeunes de son âge, suscite l’admiration et aussi la crainte chez les autres. Elle parcourt le bois et le connaît comme sa poche. Elle est habile en mécanique et la réputation de son père déteint un peu sur elle. C’est un personnage inspirant et fort.

L’ambiance est particulièrement réussie. C’est l’hiver, il fait froid, il y a beaucoup de neige. Les bois encerclent les maisons. On s’y déplace en motoneige. Parmi les arbres, dans le froid glacial, il se passe de drôles de choses. Peu à peu, au fil des événements, l’horreur se referme doucement sur Jessie. Les lieux y sont propices – la forêt isolée – et l’imaginaire nourrit par les peurs, les rituels, les découvertes macabres… Tous les éléments parfaits pour forger un roman qui soutien l’intérêt page après page, même s’il est très court.

« Toutes ses idées sur le surnaturel volent en éclat. Les petites filles peuvent être possédées. Les monstres existent. Et ils s’en viennent vers eux. »

Avec ce roman, on plonge dans les années 80, avec toutes les références culturelles de l’époque. J’aime les romans qui s’y déroulent. Une liste d’écoute est d’ailleurs disponible en scannant un code sur le livre. J’adore! J’ai beaucoup aimé ce roman, qui réussit en quelques pages à créer une atmosphère oppressante et inquiétante.

Une très bonne lecture!

Skidoo et loups-garous, Michel Lemieux, Sébastien Gagnon, éditions Bayard Canada, 144 pages, 2026

Les enfants loups

ImageDans les montagnes, au cœur des forêts où rôdent encore les loups, se niche le hameau de Jakobsleiter. La vie y est rude et la nature impitoyable. Surtout pour la jeune Rebekka qui rêve de s’enfuir très loin. Puis, un jour, Rebekka disparaît. Elle n’est pas la première jeune femme engloutie par cette région hostile. S’agit-il d’accidents ou de meurtres en série ? Pour Smilla, stagiaire au journal local, une chose est certaine : sa meilleure amie, disparue il y a dix ans, a bien été enlevée. Pour découvrir la vérité elle est prête à tout, quitte à faire voler en éclats les sombres secrets enfouis au plus profond des montagnes.

Les enfants loups est une lecture que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher. Après quelques chapitres, le sentiment de ne pas trop savoir si j’aimerais cette histoire et si j’accrocherais, s’est estompé. J’ai rapidement été happée par ce que Vera Buck me racontait. La construction du roman joue beaucoup sur le sentiment d’étonnement que l’on ressent quand on voit le fil de l’histoire se dérouler devant nous. Les lieux sont intrigants et mystérieux, souvent inquiétants, et l’on veut savoir ce qui se passe dans ces montagnes.

Smilla est stagiaire au journal local. Elle est à peine revenue chez ses parents, qu’elle replonge dans tous les sentiments qui ont suivis la disparition de sa meilleure amie Juli il y a dix ans. Ce qui m’a beaucoup plu avec ce roman, c’est l’impression de connaître rapidement tous les personnages. Je me suis attachée à eux, j’ai espéré que l’histoire ne serait pas trop dure avec eux et j’ai eu envie de les aider. J’ai un faible pour Smilla et Jesse. Et pour le loup. La cadre sauvage du roman m’a particulièrement intéressée.

« Quand les gens vantent le « calme de la forêt », ils parlent de la partie piétinée à mort par les promeneurs du dimanche après-midi. En réalité, une forêt n’est pas calme. Elle regorge de bruits et de la matière dont sont faits mes cauchemars. »

Chaque chapitre nous propose l’alternance d’un personnage différent. On chemine avec Edith, Jesse et Rebekka, qui sont encore des enfants et qui viennent des montagnes. On suit l’institutrice qui essaie de concilier le monde d’en haut avec celui de la ville. On découvre le passé douloureux de Smilla suite à la disparition de son amie et ses recherches qui prennent de l’ampleur quand elle constate qu’une jeune fille a disparu à nouveau. Et finalement, on a quelques interventions d’Isaiah, le prêtre qui s’occupe des gens qui vivent dans la montagne. Une communauté religieuse qui s’est installée à l’écart de tout, qui semble vivre dans le passé, sans médecin ou technologie, et totalement en dehors du cadre social habituel.

Plus le roman avance, plus les mensonges éclatent et la vérité commence à apparaître. La construction du livre, en cours chapitres, permet de nourrir cette envie d’en savoir plus. La vie dans les montagnes est inquiétante, mais on veut savoir ce qui s’y passe. Les recherches de Smilla et les différentes pistes qu’elle découvre, nous fait tourner les pages à toute vitesse.

« La montagne, mon monde, est soudain parcourue par une fissure, qui s’élargit à une vitesse incontrôlable. Comme une couche de neige instable, qui se détache et déclenche une avalanche sur le versant. »

Les enfants loups est une sorte de polar en pleine nature, qui confronte deux communautés, dont le rapport à l’autre et au monde est aussi très différent. Le grand talent de Vera Buck est de nous garder captif, avec parfois de petits détails, qui nous poussent à lire tout de suite le chapitre suivant. C’est aussi un roman qui aborde le crime et la place des criminels dans la société, les conséquences sur les proches, la recherche de la vérité, l’emprise de la religion. L’écriture m’a plu et j’ai adoré le cadre très visuel de l’histoire: la ville, tout en bas d’une montagne hostile et difficile d’accès. Les petits détails font toute la différence dans ce texte de qualité.

Je suis ravie d’avoir lu ce roman, à la fois violent et dérangeant, que je n’arrivais plus à refermer. Cette première rencontre avec Vera Buck ne sera pas la dernière, j’ai adoré ma lecture. Son autre roman, La cabane dans les arbres, sera lu prochainement!

Les enfants loups, Vera Buck, éditions Gallmeister, 464 pages, 2025

Eden Glitter t.1: Le Demi-Monde

ImageAu coeur de Londres, à la fin du XIXe siècle, Eden Glitter mène un combat acharné contre la cruauté animale sous toutes ses formes. Eden Glitter aime les animaux. Elle les aime tellement qu’ils envahissent chaque centimètre carré de son espace vital ! Ce jour-là, alors qu’elle recueille un malheureux bouledogue blessé repêché dans la Tamise, elle est loin de se douter que sa générosité va l’entraîner dans une aventure mouvementée et risquée !. En tentant de lutter contre l’organisation de combats d’animaux, Eden s’attaque à l’un des gangs les plus redoutables de Londres, mené d’une main de fer par le sinistre Flynn Hellwood. De son côté, son époux Gareth, qui est officier de police, enquête sur l’enlèvement d’un enfant pas tout à fait comme les autres. Le soir, au dîner, Eden et Gareth se rendent compte que les deux affaires dont ils s’occupent pourraient bien avoir un lien…

Voilà une BD que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire et dont je compte bien découvrir la suite.

Nous sommes en 1874, à Londres. Eden et son mari Gareth vivent dans un quartier luxueux. Eden est un personnage fort, qui n’hésite pas à visiter les bas-fonds et à se frotter à des gens peu recommandables pour sauver les animaux qu’elle croise sur sa route. Il faut dire que sa maison est remplie de petits pensionnaires à quatre pattes, ce qui fait sourire Gareth qui la taquine à ce sujet. Quand Eden repêche un bouledogue dans la Tamise et lui sauve la vie, elle se lance alors sur la piste d’une organisation qui pourrait bien mettre sa vie en danger. Quant à Gareth, son travail de policier l’amène à croiser la même piste que son épouse…

Je crois que ce que j’ai vraiment aimé de cette histoire, c’est le contexte. Eden fait partie de la Royale Society pour la prévention de la cruauté envers les animaux, mais l’organisation guindée ne bouge pas assez vite à son goût. Elle prend donc les choses en main. C’est un personnage féminin fonceur qui n’a pas froid aux yeux. J’ai également aimé y retrouver un peu une ambiance à la Sherlock Holmes. Eden enquête, tout en faisant appel à de jeunes informateurs. Les dessins sont vivants et il y a beaucoup d’action, tout en gardant un petit côté anglais des enquêtes classiques. L’histoire, les personnages et l’intrigue sont réussis et j’ai passé un très bon moment.

J’ai bien l’intention de continuer cette série au fil des tomes!

Eden Glitter t.1: Le Demi-Monde, Corbeyran, Sandra Cardona, éditions Dargaud, 80 pages, 2024