Alain, de la frivolité dans Mars ou la Guerre jugée, 1921
Nous faisons grand bruit sur l’incompétence, la paresse ou la corruption des pouvoirs, sur le problème des salaires, sur l’avenir du capital, sur la protection et sur le libre échange. Or tout homme de bon sens reconnaîtra que les maux qui résultent d’un médiocre système politique, tel d’ailleurs qu’on l’a toujours vu, sont comme nuls en comparaison des maux certains de tout genre que la guerre nous apporte, même terminée par la victoire. Quelle peste ferait en si peu de temps un si grand nombre de morts, et si bien choisis parmi les plus vigoureux et les meilleurs ? Quel ministère négligent nous coûtera la centième partie des dépenses de guerre ? Quel protectionnisme fermera les mers comme la guerre maritime et les transports de troupes l’ont fait ?

