16.1.26

Nicole ALBERTINI du 23 janvier au 06 février 2026

Contemporains, mon travail et celui des sculpteurs qui dressèrent les pierres vers le ciel, des grecs qui habillèrent un morceau de bois, de celui qui cisela les cheveux de pierre de Marie Madeleine… Anachronique est le contemporain ! Je tente à partir de cette position non pas une forme dans l’espace, mais de vivifier l’espace arraché à l’oubli de mes mains. A l’oubli de quoi ? Personne ne s’en souvient.  

Il faut sculpter, c’est à dire ne pas oublier, « les fleurs ne rencontrent pas la mort, et ce qui sera simple promesse » Ossip Mandelstam.
 
Ainsi, les sculptures donnent à voir dans leur apparaître, au-delà même de leur forme, le geste qui les fit venir. Un « geste revenu » … Une maîtrise à ce temps-là ne serait qu’un leurre, un savoir acquis, une trahison. Non, ce sifflement entre mes doigts rend présent une mémoire, pas tout à fait la mienne, ou, je m’interroge, la mienne en ce qu’elle pourrait être liée à un immémorial de la sculpture comme telle ?

Dans mon travail, toujours est en question ce qu’est la sculpture, de l’invisible avec lequel le dialogue se fait pendant le geste de sculpter, la forme vient ou revient. Ainsi je me demande, la sculpture garde-t-elle trace de ce qu’elle fut aux temps anciens comme cet appel à la venue du divin, ce lien entre les vivants et les morts ? Et comment un sculpteur aujourd’hui peut-il donner accueil, dans une forme, à ces traces devenues invisibles à notre modernité ? 


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2.1.26

Laurent CHABOT du 09 au 23 janvier 2026

Laurent Chabot, plasticien, poète et photographe est entré en peinture comme on entre en religion, son parcours est une quête sans fin qu'il achemine sans précipitation, avec ferveur et foi. En effet qu'advient-il quand le soleil "noir" s'empare totalement d'un être ? Or le soleil de Laurent Chabot est jaune sans que l'on y décèle une quelconque obsession ni une quelconque aliénation. Le jaune est la couleur que Laurent Chabot a choisie depuis qu'il a commencé à peindre. Cette couleur s'est alors étendue à d'autres médiums (le dessin, la photographie). C'est sa signature, sans faiblesse, ni répétition. "Je suis loin d'avoir fini cette prospection" nous confie-t-il.

La question, c'est de comprendre où se situe le tracé du travail graphique. Avant la pose du jaune ? Après ? Magie alléchante qui dans sa série de "Portraits" nous entraîne dans le processus de la révélation, tout comme dans celui de l'apparition dans ses séries de peintures. Est-ce l'aube ? Est-ce le crépuscule ? Le présent passé ? Le futur ? La très grande douceur d'un Millet ? La froideur d'un déluge astral ? Une "nuit Américaine" ? (Technique cinématographique où un filtre est utilisé). À ce propos Laurent Chabot n'a-t-il pas écrit "En plein jour c'est la nuit que le soleil éclaire" ? Ce sont tous ces possibles qui font osciller l'œuvre de Laurent Chabot entre classicisme maîtrisé et modernité. Aucune brutalité néanmoins dans le travail de Laurent Chabot, si ce n'est ce cheminement incessant de l'œil à l'âme.

Sylvie Reymond-Lépine

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                     Le HUBLOT du 09.01.2026
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5.12.25

Emmanuèle LAGRANGE du 12 décembre 2025 au 09 janvier 2026

Aller à la rencontre de l'encre de Chine transforme une vie. Car qui la fréquente au pinceau chinois aborde immanquablement le vide et le plein, le Yin et le Yang ; une autre façon de chercher la lumière et de se tenir en équilibre... Par son trait de pinceau, et ce depuis des millénaires à travers l'art calligraphique ou de paysage, le peintre s'est fait vecteur d'une énergie cosmique qu'il canalise par son expression artistique, sur le papier.

Il existe des milliers de papiers de riz. Fruits de savoirs-faire très anciens, ils ont tous des spécificités d’absorptions et de tenues à l'encre différentes qui guideront mon choix en fonction du rendu que j'espère. Mais au-delà de ces profils techniques, leurs origines géographiques et culturelles alimentent mon imagination et mon geste.
Pour moi, l'acte de peindre sur ce support est l'alliage, ou l'alliance, de deux mondes, deux cultures. Des hommes et des femmes ont contribué à ce que cette feuille de papier existe et parcourt des milliers de kilomètres pour que je m'y exprime.
L'émotion est là, à chaque fois.

En regard à ma culture occidentale et française, pénétrer dans l'univers du paysage à l'encre et se l'approprier est un vrai pas de côté. Ce que je vous propose est donc un métissage. 

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22.11.25

Mathieu WÜHRMANN du 28 novembre au 12 décembre 2025

 Almanach — Sur le motif

Je me suis assis dans cette prairie, attiré par trois espaces.
La frontalité d’une rangée d’arbres – sombres, souvent à contre-jour – délimite le haut de la prairie dans laquelle je travaille.
Mais cette surface horizontale semble animée d’une force de vie qui cherche à s’échapper de ce plan. Les herbes tendent vers la lumière, dans un enchevêtrement qui s’élève. Les insectes, les mouches, les graines de pissenlit franchissent la frontière du sol.
C’est l’air du ciel… Tout veut monter, s’élever, sortir de ce plan.

Mon regard aussi monte, guidé par ce qu’il contemple, lentement, avec douceur. Il suit les grands mouvements dans la masse sombre des feuilles, semblables à des courants dans un océan.
Il faudrait plus d’une vie pour regarder cela. Pourtant, ces mouvements dans les arbres rejoignent une profondeur, celle de l’air et du ciel, là où le regard ne s’accroche plus à rien mais avance encore.
Le regard ressent une direction, comme une trame à suivre.

Et parce que je reviens jour après jour, une autre dimension apparaît : le temps qui s’accumule.


Ce que je note, ce que je peins, ce que j’efface, devient une forme d’almanach : un relevé patient des variations, des infimes déplacements de lumière, de vent, d’insectes.
C’est un almanach proche de celui dont parlait Aldo Leopold dans Almanach d’un comté de sable : non pas un inventaire, mais une manière d’habiter le temps, d’apprendre à lire ce que le lieu écrit avant moi.

Le papier lui-même en porte la mémoire : la pluie y dépose ses constellations de taches, le gel cristallise la peinture, le soleil en tend les fibres. 

Dans cet espace, les choses les plus simples — le frémissement d’une herbe, la poussière du sol, une ombre qui traverse — défilent devant moi. Elles sont proches de la terre, modestes, premières.
Et c’est avec un crayon de cire d’abeille, matière vivante et élémentaire, que je tente de les inscrire sur le papier, comme on consigne les jours qui passent.

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                     Le HUBLOT du 28.11.2025
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