
Vers une société autonome
La démocratie est un régime qui permet de développer et préserver l’autonomie de celles et ceux qu’elle réunit, c’est-à-dire leur capacité à orienter leur existence vers des fins et selon des normes choisies, et non imposées ou simplement héritées.
Réciproquement, l’intégrité d’une démocratie dépend de l’autonomie de ses membres.
Nos institutions médiatiques jouent à cet égard un rôle crucial : donner à chacun.e les ressources nécessaires à l’accroissement de cette autonomie, et fournir à tous.tes les espaces de débat et de discussion nécessaires à la prise de décision collective.
Or la capacité de ces institutions à jouer leur rôle se trouve aujourd’hui menacée, notamment par l’accaparement des espaces médiatiques par des acteurs prompts à les mettre au service de leurs intérêts particuliers.
Ce n’est pas seulement le caractère démocratique de nos sociétés qui se voit ainsi mis en péril, mais également notre capacité à prendre en charge les enjeux vitaux de notre temps, à commencer par celui de la catastrophe écologique.
Science Publique se donne pour mission de lutter contre cette dynamique et pour l’accroissement de notre autonomie individuelle et collective, grâce à un dispositif dédié : fields.
fields
Un plug-in, une plateforme, une communauté
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À ses utilisateur.rices, fields fournit une cartographie critique de nos espaces médiatiques.
À un premier niveau, il leur permet d’estimer en quelques secondes la fiabilité des discours médiatiques auxquels ils.elles sont exposé.es, grâce à un score de compatibilité scientifique accessible durant leur navigation sur Internet, via un plugin.
Ce score est établi à partir d’analyses effectuées par des contributeur.rices issu.es de la communauté scientifique. Il repose sur trois critères : compatibilité des données, des méthodes, et des conclusions. À lui seul, il permet d’aller au-delà du fact-checking, qui précisément ne peut traiter que les « faits », et non les interprétations qui en sont proposées.
À un second niveau, il leur donne accès à des analyses critiques issues des perspectives croisées de plusieurs contributeur.rices, qui exposent de manière synthétique les présupposés des discours médiatiques analysés.
Enfin, fields permet à ses utilisateur.rices d’accéder à des ressources contributives, ainsi qu’à une communauté.
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À ses contributeur.rices issu.es de la communauté scientifique, fields permet de faire exister publiquement leur point de vue sans qu’il ne disparaisse dans le flot des discours médiatiques, et sans avoir à en passer par des médias qui dans leur vaste majorité ne sont pas configurés pour accueillir leur parole :
– Parce que fields associe les discours analysés aux instances (entreprises, médias, personnages publics, etc.) qui les ont soit produits, soit diffusés. Il est ainsi possible de dégager les caractéristiques moyennes associées aux discours produits par telle ou telle instance, ce qui réduit considérablement le nombre d’analyses à effectuer ;
– Parce que son interface offre un cadre d’analyse standardisé, conçu pour permettre la plus grande rapidité d’analyse, tout en reposant sur des catégories collectivement produites par les contributeur.rices.
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Nos espaces médiatiques sont aujourd’hui le théâtre d’un conflit entre deux manières de faire exister la vérité.
Selon la première, encore majoritaire, la vérité est établie par référence à diverses normes explicites, éventuellement réformables, au premier rang desquelles les normes scientifiques. Ces normes partagées ne sont appropriables par personne, et ne peuvent être altérées selon le bon vouloir de certain.es. Elles sont notre patrimoine commun.
Mais selon la seconde, adoptée par un nombre croissant d’acteurs médiatiques, de telles normes ne comptent pas. Seule compte la capacité à faire exister un discours, à imposer publiquement un « récit », que ce soit par la contrainte directe, par un surcroît de puissance technique, ou par la fascination exercée sur autrui. En d’autres termes, le vrai est ce que le plus fort est parvenu à imposer comme vrai.
Une question nous est donc collectivement posée : sommes-nous prêt.es à vivre dans une société où la loi du plus fort s’étend à l’établissement de la vérité ?
Cependant, quelle que soit notre bonne volonté, le fait est que nos espaces médiatiques ne sont pas configurés pour poser des limites à une telle manière d’agir : elle est même d’abord une manière d’exploiter au mieux ces espaces et leurs failles.
C’est pourquoi il est indispensable de rendre accessible au plus grand nombre le regard scientifique sur la réalité, dans sa diversité, et de l’intégrer à nos espaces médiatiques.
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Les gens comme vous font partie de ce que nous appelons la communauté fondée sur la réalité. Vous croyez que des solutions apparaissent à partir de votre étude attentive de la réalité observable… Ce n’est plus ainsi que le monde fonctionne. Désormais, nous sommes un Empire, et quand nous agissons nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudierez cette réalité – toujours avec la même application – nous agirons à nouveau, créant d’autres nouvelles réalités, que vous pourrez à leur tour étudier, et c’est ainsi que les choses se poursuivront. Nous sommes les acteurs de l’histoire…et vous, vous tous, ne pourrez jamais qu’étudier ce que nous faisons.”
“People like you are part of what we call the reality-based community. You believe that solutions emerge from your judicious study of discernible reality… That’s not the way the world really works anymore. We’re an empire now, and when we act, we create our own reality. And while you’re studying that reality – judiciously, as you will – we’ll act again, creating other new realities, which you can study too, and that’s how the things will sort out. We’re history’s actors…and you, all of you, will be left to just study what we do.”
Un assistant de George W. Bush au journaliste Ron Suskind, été 2002*
Pergame au IIe siècle avant J.-C.
*Ron Suskind, “Without a Doubt”, The New York Times, 17/10/2004.