Pergame

Image

À Pergame, comme dans d’autres capitales de royaumes hellénistiques, un théâtre en dur jouxtait le palais royal, de sorte que le peuple réuni sur ses gradins pouvait y assister sans discontinuité à des représentations mettant en scène dieux et personnages mythiques, et à des discours et mises en scène spectaculaires de ses dirigeants, qui eux-mêmes se réclamaient d’une ascendance divine.

« On a observé depuis longtemps que le théâtre occupait une position centrale dans l’urbanisme des capitales des royaumes hellénistiques. Attestée aussi bien à Agai, ancienne capitale macédonienne, qu’à Alexandrie, la formule consistant à juxtaposer le palais royal au théâtre trouve à Pergame sa plus efficace expression. L’acropole des Attalides distribuait ses monuments en éventail autour du cratère d’un vertigineux théâtre installé au flanc de sa falaise. Au-dessus des gradins, le sanctuaire d’Athéna Nicèphoros (“qui porte la victoire”) précédait le complexe palatial des rois, un bâtiment résidentiel construit à côté d’un édifice somptueusement orné qui était réservé aux réceptions.
L’esprit de cet audacieux aménagement était sans doute de favoriser l’exaltation du pouvoir charismatique que ces rois tiraient de leur prétendue ascendance héroïque, qu’ils faisaient remonter à Héraclès par l’intermédiaire de son fils Télèphe. Le peuple réuni dans le théâtre assistait à des tragédies qui faisaient revivre sous ses yeux les héros de la guerre de Troie, au flanc d’une acropole où ses rois semblaient connaître de nouveau la proximité des dieux et des héros chantée par Homère et les Tragiques.
Un épisode raconté par Plutarque illustre bien les finalités d’un tel urbanisme. Au temps de sa sanglante révolte contre le pouvoir de Rome, le roi du Pont Mithridate VI Eupator avait réuni la population de la récente province d’Asie à l’intérieur du théâtre de Pergame, et avait cherché à se faire couronner par un mannequin aux apparences de Victoire qui était descendu du sommet de l’édifice à l’aide d’une machinerie (Plutarque, Sylla, 11, 1-2). Même si Plutarque ne le dit pas, il est évident que cette « Victoire” provenait du sanctuaire d’Athéna Nicèphoros qui dominait le théâtre, la déesse à qui les rois avaient attribué leurs succès militaires.
Ce genre de mise en scène du pouvoir à l’intérieur des théâtres est caractéristique de l’époque hellénistique, d’autant plus que les associations de technites (technitai, c’est-à-dire “artistes”) dionysiaques, qui étaient de vastes corporations structurées de musiciens et d’acteurs, ont joué un grand rôle dans la célébration des cultes royaux, notamment ceux de la dynastie attalide. »
(Gilles Sauron, La peinture allégorique à Pompéi – Le regard de Cicéron, Picard, 2007, p. 48)