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C’est avec un pincement au coeur (plutôt gros que petit) que je me rends compte que le jour de prendre congé de vous est arrivé. En effet, je pars demain au Brésil, pays où j’a vécu, travaillé et milité pendant presque 13 ans et d’où est originaire ma compagne (nous nous sommes rencontrés à Paris en 1987 et jamais quittés depuis).

J’ai décidé – contre l’avis des camarades sur place, lesquels, prenant en compte mon âge (80 ans depuis peu) m’ont exhorté à renoncer cette année à ce que fut, depuis de longues années, mon travail d’activiste, alors que je considère que ma place est plus que jamais leurs côtés. Je ferai ainsi quatre longs séjours dans des campements de paysans sans terre situés dans trois états différents et un autre chez l’un des peuples premiers dans l’état du Maranhão. Tout n’est pas encore planifié en détail, disons que j’espère pouvoir au mieux contribuer – dans la mesure de mes modestes moyens et si la faculté ne s’en mêle pas pour m’en en empêcher (lol) – à la victoire de notre cause commune. Je leur ai promis, par contre, que c’est la toute dernière fois, ce qui relève, hélas, du plus élémentaire bon sens…

Nous avons, je le crois vraiment, passé de bons moments ensemble, parfois même bien plus que cela – si je n’en dis pas davantage c’est parce que la sentimentalité à deux sous n’est absolument pas la spécialité de la maison. Pour ces échanges (et ils ne furent ni rares, ni pauvres), je vous remercie à toustes, du fond du coeur. Bluesky a toujours été pour moi ce qu’il se doit d’être, ni plus ni moins, à savoir un réseau social au sens plein du terme, ni confessionnal, ni table de dissection, ni divan de psychanalyste, et encore moins une juxtaposition de sous-groupes, sous-familles et coteries, mais un ensemble d’une incroyable diversité et richesse permettant à chacun de butiner comme il l’entend et de piocher dans ce qui lui semble le plus proche. J’ai toujours tenu à partager avec TOUS ce qui, à mon sens, appartient au domaine public (mes lectures, mes écrits, mes engagements – qu’ils soient politiques ou autres -, mes coups de coeur touchant à la littérature, à l’art, au cinéma, à la musique, aux voyages – et mes détestations itou). C’est comme cela que j’ai toujours fonctionné, tout en comprenant parfaitement qu’il puisse y avoir d’autres manières d’envisager les choses, ce que j’accepte tout à fait. Nous ne nous sommes, bien entendu, tous connus physiquement, et compte tenu de l’extraordinaire variété humaine du bloc d’abonné(e)s, nous ne nous serions peut-être pas tous aimés en avançant dans la connaissance. Ce que je sais, c’est que j’ai toujours traité tout le monde (sauf les fafs, les rouges-bruns et les néolibéraux intégristes) avec un respect où l’affect eut souvent sa place – la réciproque étant, dans l’immense majorité des cas, pleinement vraie aussi, et c’est ce qui compte.

Il m’arrive d’évoquer la citation du Che à propos d’un récit de Jack London qui lui revint un jour à l’esprit « où le héros, appuyé sur un tronc d’arbre, s’apprête à finir dignement sa vie ». Pour des raisons, non pas religieuses, mais éthiques et, disons-le comme cela, également politiques, je me suis toujours tenu aussi loin que faire ce peut de l’idée du suicide (alors que je peux la comprendre chez autrui, pour autant qu’on puisse comprendre l’acte le plus personnel, le plus intime touchant un être humain, acte qu’à mon sens l’on peut encore moins « expliquer »), et c’est plus que jamais le cas. Mais je pense aussi qu’il y a une grande différence entre « se suicider » et « finir dignement sa vie », surtout à mon âge. Je n’ai rien d’un héros, mais s’il m’est arrivé, quand ce fut nécessaire, d’être assez courageux, il conviendra cette année de remplacer « courageux » par « téméraire », attribut s’appliquant à celle ou celui qui ne se soustrait pas à son destin, seule chose au monde à laquelle je crois, alors que ce n’est le cas ni de cette puissance « supérieure », toute puissante et omnisciente (quel que puisse être le nom qu’on lui donne), ni du hasard, fût-il « objectif ».

Nous resterons connectés, mais pas partout et pas toujours, soit parce que, pour d’évidentes raisons, il y a plein d’endroits où je me trouverai sans connexion, soit parce que, même là où j’en disposerai, je n’aurai pas toujours le temps d’en profiter.

En attendant, je vous souhaite le meilleur et, surtout, la paix du dedans, avec soi-même comme avec le monde, seule permettant d’ailleurs, à oeuvrer à son changement.

« Se dire adieu, c’est nier la séparation, c’est dire: on joue à prendre congé aujourd’hui, mais nous nous retrouverons demain. Les hommes inventèrent l’adieu parce qu’ils se savent quelque part immortels, bien qu’ils s’éprouvent contingents et éphémères. » (Borges)

Que Dame Fortune vous accompagne!    

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Non, Il n’y a pas de « bonne distance » vis-à-vis de l’appel du 10 septembre! Derrière le « mouvement apolitique » qui a lancé l’appel préparant justement le piège dans lequel une partie du mouvement émancipateur s’apprête à tomber, il y a tout ce que ce pays comprend de fachos et se serait une énorme erreur que de se joindre à eux, manifester à leurs côtés oubliant qu’ils ont leur propres objectifs et leur propre agenda en tout point distinct du nôtre. La comparaison avec les GJ (mouvement complexe et contradictoire s’il en fut) est intéressante, mais absolument pas dans le sens que leur donnent celleux qui ne voudraient pas « rater le coche », car il y avait de tout en leur sein: de futurs spartakistes, celleux, par exemple, des assemblées citoyennes (comme celle de Saint Nazaire à laquelle j’ai participé) et que nous, marxistes et anars, avions tout intérêt à soutenir, et de futurs S.A que nous avions le devoir de combattre. La responsabilité de celleux qui choisissent (une fois de plus, une fois de trop) le confusionnisme est immense et nous devons nous dresser contre de toutes nos forces et sans états d’âme. Ce qu’ils aurait fallu faire (et il n’est peut-être pas trop tard), c’est appeler à « tout arrêter » aussi, mais avec nos propres mots d’ordre, forcément différents de ceux des fachos, fers de lance du capital en période de crise et dont le seul but sincère c’est d’être « califes à la place du calife ». La triste collusion du ban et arrière ban des gauches populistes, campistes et whataboutistes avec le segment complotiste et confusionniste de l’anarchie (collusion également constatée au moment de l’épidémie de COVID 19) rend encore plus urgents et pertinents les combats menés à partir de ce que nous sommes et de ce en quoi nous croyons. Aux camarades qui me disent craindre que notre mobilisation pâtisse de la comparaison avec la leur, je réponds que cela met justement le doigt sur un problème de fond, à savoir celui de l’incontestable glissement d’une partie des classes populaires blanches et « autochtones » du côté de l’extrême-droite, problème qu’on ne règlera surtout pas en réactivant le funeste « fâchés pas fachos » (gare donc aux « ruffinades » diverses et variées), mais en mettant en avant sans pudeurs s’apparentant à la trahison de classe un authentique programme (précis, sérieux, concret) de rupture avec le capitalisme et l’ensemble de ses funestes conséquences. Mettre son drapeau dans la poche c’est se transformer au pire en alliés objectifs, au mieux en idiots utiles de nos ennemis. On ne prépare pas la révolution aux côtés des plus exécrables contre-révolutionnaires, on ne se bat pas pour la vraie vie aux côtés de celleux qui veulent notre mort.

(août 2025)

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Je n’attends plus la mendiante nue qui allume les réverbères dans la nuit rouge et blanche. Son secret fait source tourne avec le fleuve, scelle déjà les arêtes de l’enfance. Quoi en dire sinon que tout est sien: les délits qu’il enjambe, le parjure qu’il abrite, l’entaille qui l’ignore, l’erreur et ses exordes, les psaumes noués au feu qui vient, les voeux aux doubles allégeances, les persiennes clouées à l’été sale, les prières aux issues dispersées, le heurt qui me dépose ailleurs, l’avenir dorénavant stérile, la case où rien n’est inscrit, les gestes tatoués, les écarts, les étraves, les barbelés, le hangar aux mille murmures, le ciel qui bouge trop vite, les pages sans destin, les dés lovés entre aveu et savoir, le désir sans lisières ni recours.

(la ville me quitte comme tant de choses qui n’auront bientôt plus du tout d’importance)

Devant, derrière, sur les côtés et partout, le désert du Réel. Il n’y a que deux manières de s’en échapper, pas une de plus: la première que m’enseigna maître Rigaut, depuis longtemps rejetée (et ça tient toujours), l’autre où, autant effrayé qu’émerveillé, je fais corps avec lui jusqu’à ce que la soif de ne plus être finisse par m’emporter.

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  (août 2025) 

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« je lui disais j’ai compris pourquoi tu as cette expression, c’est parce que tu vois l’envers du tableau, mais que voit-on de ce côté-là? dis-le moi, attends, j’arrive, je veux voir moi aussi », ce sont les mots adressés presque à la fin de l’admirable « Jeu de l’envers » de Tabucchi  par le jeune protagoniste du récit à l’ombre de l’insaisissable Maria do Carmo  secrètement aimée et récemment passée de l’autre côté du miroir, laquelle m’évoque une autre mystérieuse figure féminine, celle de Diana (voyageuse au paisible désespoir et aux routines dont la stricte observance apparait comme seule à même de lui permettre de survivre) peuplant toute entière la « Fin d’étape » de Cortazar et qui presque sans l’avoir consciemment choisi, mais sans doute inconsciemment désiré, finit par entrer par l’arrière dans le tableau que le hasard objectif mit sur sa route la hantant au point de vouloir faire définitivement corps avec lui et demeurer « ainsi sans du tout changer, la lumière immobile comme tout le reste, comme elle et comme la fumée immobiles »J’avoue en rêver moi aussi, en toute connaissance de cause des risques encourus, non pas moindres mais plus facilement assumés à l’âge qui est le mien, celui où l’issue est déjà presque à portée de vue…

  (juillet 2025)

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À quoi bon l’apparat de l’attente / les fers sans appel / la soif te devançant / l’été toujours extradé / le consenti et l’advenu / la table dressée au soir des nuisances / le témoin qui t’engage en s’en éloignant / le ralenti dont tu n’as pas voulu / le catafalque sur la place où rien ne bouge / les redditions que submergent chasses et coulées / l’enclave minutieuse, ses brouilles, ses mésalliances / le scarabée qu’effraie ce qu’il se doit de disperser / le sommeil nommé pour que rien ne ploie, ne te cache, ne  t’entaille…

 (juillet 2025)

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