Tentative de lutte contre le quadrillage du monde Thomas Pourchayre

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Des passages, enfermements, ouvertures, échappées pour suggèrer ce que recèlent et révèlent une porte ; des cases et des cadres à inventer pour s’y soustraire, pour en écouter, dans de brèves histoires la révélatrice absurdité. Toujours en décalage, pas seulement par les glissements métaphoriques, par également une écriture d’une rieuse finesse, Tentative de lutte contre l’infini quadrillage du monde spécule sur les issues et prisons que marque notre besoin de porte, de nous inscrire dans une case pour mieux croire y échapper, à penser passer sous le radar pour s’illusionner différemment se situer. Avec un gourmand amusement, un empathique sourire, Thomas Pourchayre pourchasse les brèches et effondrements et leurs soumissions, leurs transitoires échappatoires qui peut-être ne sont que pirouettes, comique chute de ces brefs fragments.

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Belles de sang Inga Gaile

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L’horreur meurtrie, abusée et violée, de la condition féminine lettone depuis la seconde guerre mondiale, les déportations soviétiques jusqu’à l’insidieuse domination patriarcale contemporaine. On est d’abord extrêmement mal à l’aise par cette nouvelle exploration du bordel de Buchenwald avant que d’entendre un intéressant travail sur les voix qui s’entremêle dans ce récit qui aussi tente d’écouter les silences de l’Histoire, les manipulations d’une coupable recomposition familiale. Après l’éprouvant épisode concentrationnaire, Belles de sang dévide la poursuite d’une autre folie, d’une survie saisie dans les ellipses de celles qui, ensemble, qui s’y essaient. Au-delà de cette accumulation d’atrocité, Inga Gaille dépeint la taiseuse obstination de ces générations de femmes, de ce passé dont on hérite.

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L’amour ne rend pas la monnaie Christophe Esnault

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L’ironie de l’amour dans de petites proses désenchantées, drôlatiques, où tout le dérisoire de nos désirs, de nos débilités et autres risibles souffrances se heurtent et se déplient dans le goguenard regard de Christophe Esnault. L’amour ne rend pas la monnaie fragment d’un désespéré, suicidaire mais sans cynisme, offre une suite de petites histoires où, par leur atmosphère et chute, s’écoute et s’éprouve un joli écart à l’intimation au bonheur, au bien-être et autres tièdes réductions du désir dont ici, derrière le comique, se préserve le ténu, transitoire, espoir.

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Paradiso José Lezama Lima

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Orphique imploration paradisiaque dans d’incessantes, littéralement baroques, comparaisons cosmogoniques, dans de platoniciens dialogues sur la primordiale unité androgyne, sur l’Éros, sur le rêve, l’homosexualité et surtout les manières dont, dans l’ombre et dans la poésie, en écho avec les morts et les difficultés respiratoires, se constitue le commun d’une appréhension personnelle, d’une mémoire créole. Chef-d’œuvre de la littérature cubaine, du creuset de toutes les traditions qu’elle amalgame, Paradiso, saturé de références mythiques, de métaphores philosophiques, offre un impressionnant, déroutant parfois, carnaval d’images, de souvenirs, de spéculations. On est tour à tour étourdi et captivé, on y écoute la multiplicité de la constitution d’un Soi, ses vertiges et ses craintes et tout ce que nos récits collectifs ne cessent de leur opposer. Dans une prose magnifique, dans une érudition folle, dans une démesure à l’aune du monde, José Lizama Lima restitue les rets du réel par les montées révolutionnaires cubaines, par son outrepassement fantasmatique et son perpétuel déplacement de sens.

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Entre palet et patins, éloge du hockey sur glace Olivier Hervé

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Entre célérité et agilité, entre compétition et violence, une enthousiaste vision d’un sport marchandisé où paraît-il se devine un artefact de liberté, de légèreté, une sauvagerie tolérée dite un peu punk. Sous forme de dictionnaire, dans une langue sonore, ludique et, parfois, un peu facile, Olivier Hervé nous plonge dans ce monde si particulier du hockey sans en taire les dérives et défauts. Même si, faute de partager cette passion, on est resté souvent un peu extérieur à cet éloge de cette pratique, on reste intéressé par la part d’invisible qui, dans sa rapidité, s’y joue et on y entend le dérivatif à la souffrance qui trouve l’auteur.

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