
Certains de mes proches ne comprennent pas toujours à quel point l'avidité de l'espèce humaine m'affecte, et en particulier la violence qu'elle génère. Rien de génétique évidemment, mais un héritage culturel qui honore celles et ceux qui ont résisté à la Bête. Sans elles, sans eux, je n'existerais pas. La politique de l'autruche m'est toujours apparue comme une "collaboration" validant les esclavagistes à qui l'Empire profite. Il n'y a qu'à voir la déclaration honteuse de la pitoyable marionnette à la tête de notre pays au sujet de la mainmise de Trump sur le pétrole vénézuélien. Anticipant les dégâts terribles dus à la nouvelle guerre américaine, je repense à l'une des émissions de création commandée à
Un Drame Musical Instantané en 1983 par la station de radio France Musique. Si vous écoutez de temps en temps ou régulièrement des podcasts je vous recommande chaudement
USA le complot qui fut diffusée le 17 juin 1983.
La bande-annonce que nous avions composée disait :
« L’histoire des USA ressemble à un western. Les colons sont venus sans rien. Ils ont dû prendre. D’abord les terres indiennes, et le jazz des esclaves africains, et les matières premières du tiers monde. L’Amérique est devenue forte. Elle a le sens des affaires. Ce qu’on a volé, il a fallu le vendre. Les Américains ont le sens de l’hospitalité : ils sont partout chez eux. Génocide, ségrégation, chasse aux sorcières, impérialisme… Des États Unis d’Amérique retentit sur tout le globe une étrange musique qui fait semblant d’être sourde à ce qui se passe ailleurs où c’est une autre histoire… U.S.A., le complot
. Une émission réalisée par Un Drame Musical Instantané. Jean-Jacques Birgé, Bernard Vitet, Francis Gorgé. Vendredi 17 juin 1983 de 22h30 à 1h du matin. » Pas moins de 2h10 de documents sonores et de musique !
Au programme : Mothers of Invention
God Bless America. Musique des Indiens Navajos. Batteries d'ordonnance du Corps Expéditionnaire de Rochambeau. John Ford et Samuel Fuller. Chant Peyotl des Sioux Yankton. Revendications des tribus indiennes. John Philip Sousa
Galant 7th. Buffalo Bill. Témoignages de Jean et Geneviève Birgé.
Le jugement des flèches, musique de Victor Young. Chant de femmes du Burundi. Aretha Franklin
Mary Don't You Weep. Steve Reich
It's Gonna Rain. The Last Poets
New York New York. Colette Magny
Oink Oink. Ruben and The Jets
Almost Grown. News On The March. Jimi Hendrix
Star Spangled Banner. Charles Ives chante
They Are There.
Rocker par Charlie Parker en soutien au Parti Communiste Américain. Thelonious Monk et Miles Davis
Bag's Groove. Albert Ayler
Spirits Rejoyce. Cathy Berberian
Stripsody par Marie-Thérèse Foy. Le Journal de Wall Street sur la culture française. Bertolt Brecht devant la Commission des Activités Anti-Américaines.
Johnny Guitar, Vera Cruz, Un roi à New York, Tex Avery,
Underworld USA. Humphrey Bogart, James Cagney. Johnny Hallyday
La bagarre. Serge Gainsbourg
Comic Strip. Michel Jonasz
Big Boss. Karen Cherryl
La marche des machos. Adriano Celentano
24000 baisers. Nina Hagen. Los Bravos
Black is Black. Pyramis. YMO. Ryo Kawasaki and The Golden Dragon. Miles Davis
Solea. Harry Partch chante
The Letter. Spike Jones
Hawaïan War Chant. Terry Riley et John Cale
Church of Anthrax. Laurie Anderson
From The Air. Charles Ives
Variations on America… À cette époque la fin des émissions était quotidiennement marquée par
La Marseillaise dans l’orchestration de Berlioz, c'était de circonstance en l'occurrence ! La nuit, les émissions s’arrêtaient.
J'ajoute que cette première émission de création, entièrement produite et réalisée par Un drame musical instantané, soit
Bernard Vitet,
Francis Gorgé et
moi-même, était diffusée dans le cadre de
Fréquence de nuit "made in USA", soirée coordonnée par Didier Alluard et Monique Veaute, avec la collaboration de l'ingénieur du son Alain Nedelec et de nos deux assistants, Bernard Treton et Christine Bessely. Je crois me souvenir que nous y avons passé un mois, dans une ambiance formidable et grâce aux moyens fournis par Radio France (studio, accès à la Discothèque, etc.). La couverture de l'album virtuel est découpée dans une œuvre empruntée à
Nils Westergard.
À cette occasion, dans le journal
Libération, Xavier Villetard titra
L'Amérique made in USA :
Avec
USA le complot, le trio de
Un drame musical instantané (Jean-Jacques Birgé, Bernard Vitet et Francis Gorgé qui s'adonnent à la composition collective) intrigue ce soir dans
Fréquence de nuit de France-Musique.
La conquête de l'Ouest est passée par là. Au travers de montage, mixage, extrait de bande-son, et bricolages de même farine, la radio exalte son cinéma: un western avec tout ce qu'il convient d'infamies, de cavalcades et de mélos.
USA le complot, c'est l'Amérique en retour de flamme, cette manière innocente presque candide de digérer les génocides, la ségrégation, la chasse aux sorcières, l'impérialisme, etc., et d'y fonder sa jeune histoire.
« À la radio, on peut se servir de tout ce qui est sonore pour faire de la musique », disent-ils. Le chant, comme organique, d'une Indienne navajo est shunté par
« les batteries d'ordonnance du corps expéditionnaire de Rochambeau» en pleine frivolité guerrière. Bertolt Brecht devant la commission des activités antiaméricaines (extrait de dix minutes environ) aux prises avec les fantômes agissants de Mac Carthy.
« Une émission antiaméricaine qui soit américaine », revendique le trio des instantanés :
USA le complot puise dans le décalage, souligne le contraste, profite de l'instant suspendu avant que le western n'aboutisse: les cowboys, aussi, font leurs propres parodies, leurs désarrois tonitruants.
Tout finit alors dans le melting-pot déraciné, le pot-pourri de toutes les musiques (country, jazz, disco, post-modernes, etc., d'une seule gorgée), charriées par les Américains. Une émission à la gloire éphémère du
« tais-toi et nage ».
USA le complot est en écoute libre sur drame.org.