70 Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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mercredi 7 janvier 2026

Demoiselles des bords de Seine de Courbet (2010)

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[...] j'avais illustré l'exposition Un été au bord de l'eau, loisirs et impressionnisme au Musée des Beaux-Arts de Caen, par les Demoiselles des bords de Seine de Gustave Courbet. Mais je ne me souviens plus du tout pourquoi pour cet article de 2013 j'avais choisi Femme et enfant endormis dans une barque sous un saule (1887. Lisbonne, Gulbenkian Museum) de John Singer Sargent en tête de mon article. Le peintre américain, qui vécut essentiellement en Europe, est d'ailleurs au Musée d'Orsay jusqu'au 11 janvier qui vient.

Pour le Courbet j'avais choisi le calme d'une ambiance quasi réaliste, langoureux moment de détente tranchant avec des traitements plus prenants d'autres tableaux de la série Révélations, une odyssée numérique dans la peinture. Les rires ont pourtant quelque chose de factice, vague souvenir d'une évocation radiophonique de Claude Ollier pour l'ACR intitulée Régression et que je garde à l'oreille plus de cinquante ans après l'avoir écoutée. La musique intervient brièvement, apparition lointaine, autre référence, cette fois Central Park in the Dark de Charles Ives. Pierre Oscar Lévy réclama les silences dans les fondus au noir là où j'aurais probablement préféré que l'ambiance continue lorsque l'on ferme les yeux. Mais ces pauses montrent bien la distance entre le tableau et son modèle. En définitive tous ces effets de distanciation quasi brechtienne collent bien à l'ambiguïté de Courbet, à la fois réaliste et provocateur.


Scénario et réalisation - Pierre Oscar Lévy
Direction artistique et partition sonore - Jean-Jacques Birgé
Musique - Jean-Jacques Birgé et Bernard Vitet
Assistante - Sonia Cruchon
Conseil historique - Luis Belhaouari
Post-production - Snarx-Fx
Production déléguée - Dominique Playoust, Pixo Facto
Droits photo © RMN / Agence Bulloz
À l'origine, le film produit par Samsung Electronics France fut conçu pour être joué en boucle dans le cadre de "Révélations, une odyssée numérique dans la peinture".
Exposé au Petit Palais en septembre-octobre 2010.

mardi 6 janvier 2026

Give The Vibes Some de Khan Jamal

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Les découvertes se font souvent en tirant sur le fil qui pend derrière un artiste ou un projet que l'on a apprécié. Après Byard Lancaster, sorti chez Palm et réédité par Souffle Continu, on tombe ainsi sur le vibraphoniste Khan Jamal. C'eut pu être Philadelphie, tant de musiciens de jazz y sont associés, même s'ils n'y sont pas tous nés, John Coltrane, Mc Coy Tyner, Sun Ra, Philly Joe Jones, Reggie Workman, Billie Holiday, Benny Golson, Lee Morgan, Archie Shepp, etc. Nombreux d'entre eux se sont retrouvés à Paris, fin des années 60, début des années 70. En 1974, Jef Gilson l'enregistre en solo, c'est Give The Vibes Some, un jazz libre qu'on appelle free. En fait il n'est pas tout seul. Sur un des quatre morceaux il dialogue avec le trompettiste Clint Jackson et sur deux autres avec Hassan Rachid, pseudo d'un célèbre batteur français connu pour avoir inventé un drôle de langage. C'est un bel exemple de duo où les deux improvisateurs ont un discours personnel tout en produisant un entrelacement particulièrement créatif, c'est ensemble chacun de son côté, ou plutôt l'inverse, chacun chez soi mais sous le même toit.
Le fil, encore. Ce duo vibraphone-batterie me fait irrémédiablement penser à celui qu'avait produit Vincent Segal il y a dix ans, avec le joueur de balafon guinéen Fassery Diabaté (fils du célèbre Keletigui) et Jeffrey Boudreaux, batteur de la Nouvelle-Orléans. Vincent m'avait demandé d'en faire un quartet en enregistrant évidemment son violoncelle, en re-recording, en même temps que mes instruments (synthétiseurs, trompette à anche, trombone, guimbarde, flûte, etc.) et quelques ambiances de field recording. Vincent y jouait aussi du clavier, de la flûte, du tuba ! Les huit titres sont toujours dans les cartons, mais ce disque très particulier pourrait très bien faire surface un de ces jours.

→ Khan Jamal, Give The Vibes Some, CD 12€ / LP 25€, Souffle Continu Records

lundi 5 janvier 2026

U.S.A. le complot

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Certains de mes proches ne comprennent pas toujours à quel point l'avidité de l'espèce humaine m'affecte, et en particulier la violence qu'elle génère. Rien de génétique évidemment, mais un héritage culturel qui honore celles et ceux qui ont résisté à la Bête. Sans elles, sans eux, je n'existerais pas. La politique de l'autruche m'est toujours apparue comme une "collaboration" validant les esclavagistes à qui l'Empire profite. Il n'y a qu'à voir la déclaration honteuse de la pitoyable marionnette à la tête de notre pays au sujet de la mainmise de Trump sur le pétrole vénézuélien. Anticipant les dégâts terribles dus à la nouvelle guerre américaine, je repense à l'une des émissions de création commandée à Un Drame Musical Instantané en 1983 par la station de radio France Musique. Si vous écoutez de temps en temps ou régulièrement des podcasts je vous recommande chaudement USA le complot qui fut diffusée le 17 juin 1983.

La bande-annonce que nous avions composée disait : « L’histoire des USA ressemble à un western. Les colons sont venus sans rien. Ils ont dû prendre. D’abord les terres indiennes, et le jazz des esclaves africains, et les matières premières du tiers monde. L’Amérique est devenue forte. Elle a le sens des affaires. Ce qu’on a volé, il a fallu le vendre. Les Américains ont le sens de l’hospitalité : ils sont partout chez eux. Génocide, ségrégation, chasse aux sorcières, impérialisme… Des États Unis d’Amérique retentit sur tout le globe une étrange musique qui fait semblant d’être sourde à ce qui se passe ailleurs où c’est une autre histoire… U.S.A., le complot. Une émission réalisée par Un Drame Musical Instantané. Jean-Jacques Birgé, Bernard Vitet, Francis Gorgé. Vendredi 17 juin 1983 de 22h30 à 1h du matin. » Pas moins de 2h10 de documents sonores et de musique !

Au programme : Mothers of Invention God Bless America. Musique des Indiens Navajos. Batteries d'ordonnance du Corps Expéditionnaire de Rochambeau. John Ford et Samuel Fuller. Chant Peyotl des Sioux Yankton. Revendications des tribus indiennes. John Philip Sousa Galant 7th. Buffalo Bill. Témoignages de Jean et Geneviève Birgé. Le jugement des flèches, musique de Victor Young. Chant de femmes du Burundi. Aretha Franklin Mary Don't You Weep. Steve Reich It's Gonna Rain. The Last Poets New York New York. Colette Magny Oink Oink. Ruben and The Jets Almost Grown. News On The March. Jimi Hendrix Star Spangled Banner. Charles Ives chante They Are There. Rocker par Charlie Parker en soutien au Parti Communiste Américain. Thelonious Monk et Miles Davis Bag's Groove. Albert Ayler Spirits Rejoyce. Cathy Berberian Stripsody par Marie-Thérèse Foy. Le Journal de Wall Street sur la culture française. Bertolt Brecht devant la Commission des Activités Anti-Américaines. Johnny Guitar, Vera Cruz, Un roi à New York, Tex Avery, Underworld USA. Humphrey Bogart, James Cagney. Johnny Hallyday La bagarre. Serge Gainsbourg Comic Strip. Michel Jonasz Big Boss. Karen Cherryl La marche des machos. Adriano Celentano 24000 baisers. Nina Hagen. Los Bravos Black is Black. Pyramis. YMO. Ryo Kawasaki and The Golden Dragon. Miles Davis Solea. Harry Partch chante The Letter. Spike Jones Hawaïan War Chant. Terry Riley et John Cale Church of Anthrax. Laurie Anderson From The Air. Charles Ives Variations on America… À cette époque la fin des émissions était quotidiennement marquée par La Marseillaise dans l’orchestration de Berlioz, c'était de circonstance en l'occurrence ! La nuit, les émissions s’arrêtaient.

J'ajoute que cette première émission de création, entièrement produite et réalisée par Un drame musical instantané, soit Bernard Vitet, Francis Gorgé et moi-même, était diffusée dans le cadre de Fréquence de nuit "made in USA", soirée coordonnée par Didier Alluard et Monique Veaute, avec la collaboration de l'ingénieur du son Alain Nedelec et de nos deux assistants, Bernard Treton et Christine Bessely. Je crois me souvenir que nous y avons passé un mois, dans une ambiance formidable et grâce aux moyens fournis par Radio France (studio, accès à la Discothèque, etc.). La couverture de l'album virtuel est découpée dans une œuvre empruntée à Nils Westergard.

À cette occasion, dans le journal Libération, Xavier Villetard titra L'Amérique made in USA :
Avec USA le complot, le trio de Un drame musical instantané (Jean-Jacques Birgé, Bernard Vitet et Francis Gorgé qui s'adonnent à la composition collective) intrigue ce soir dans Fréquence de nuit de France-Musique.
La conquête de l'Ouest est passée par là. Au travers de montage, mixage, extrait de bande-son, et bricolages de même farine, la radio exalte son cinéma: un western avec tout ce qu'il convient d'infamies, de cavalcades et de mélos. USA le complot, c'est l'Amérique en retour de flamme, cette manière innocente presque candide de digérer les génocides, la ségrégation, la chasse aux sorcières, l'impérialisme, etc., et d'y fonder sa jeune histoire.
« À la radio, on peut se servir de tout ce qui est sonore pour faire de la musique », disent-ils. Le chant, comme organique, d'une Indienne navajo est shunté par « les batteries d'ordonnance du corps expéditionnaire de Rochambeau» en pleine frivolité guerrière. Bertolt Brecht devant la commission des activités antiaméricaines (extrait de dix minutes environ) aux prises avec les fantômes agissants de Mac Carthy.
« Une émission antiaméricaine qui soit américaine », revendique le trio des instantanés : USA le complot puise dans le décalage, souligne le contraste, profite de l'instant suspendu avant que le western n'aboutisse: les cowboys, aussi, font leurs propres parodies, leurs désarrois tonitruants.
Tout finit alors dans le melting-pot déraciné, le pot-pourri de toutes les musiques (country, jazz, disco, post-modernes, etc., d'une seule gorgée), charriées par les Américains. Une émission à la gloire éphémère du « tais-toi et nage ».

USA le complot est en écoute libre sur drame.org.

dimanche 4 janvier 2026

Des espoirs

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À l'origine c'est un post publié sur FaceBook, et puis chemin faisant j'ai pensé le copier ici.

Plafonnant sans cesse aux 5000 "amis", limite imposée par FB, je retire systématiquement les idiots pour pouvoir accepter de nouvelles invitations. Ainsi, même si je les aime bien parfois dans la vraie vie, je vire les camarades qui ne comprennent rien au désordre du monde. Leurs propos me dépriment tout simplement lorsqu'ils affublent LFI (à laquelle je ne suis pas affilié) d'antisémitisme, lorsqu'ils justifient le génocide des Palestiniens en évoquant le Hamas, lorsqu'ils n'identifient pas les provocations et les ingérences des USA secondés par l'OTAN, lorsqu'ils tiennent des propos racistes, machistes ou tout simplement idiots, alors que grâce au plus grand nombre des autres j'apprends plein de choses et que leur solidarité m'aide à supporter l'absurdité de l'espèce humaine. Je comprends que certain/e/s défendent leurs privilèges de classe, j'ai plus de mal lorsque ceux qui n'en profitent pas les soutiennent becs et ongles.

Je pense avec désespoir au monde que nous laisserons, incapables d'enrayer la catastrophe générée sur l'autel du profit à court terme. Certain/e/s y verront de la sensiblerie de ma part, moi qui vis à l'abri d'un home sweet home, protégé par les restes d'un pays qui fut socialement exemplaire, sans être dupe du coût généré par son colonialisme, toujours actuel, même si déguisé. Notre impuissance me pousse à œuvrer dans une politique de proximité, en marge de tous les systèmes qui n'ont apporté que misère, injustice, corruption, mort et cynisme. Il y eut dans l'Histoire quelques avancées fondamentales, mais la résultante est hélas négative.

J'ai plusieurs fois tenté de quitter FaceBook, mais je n'ai pas trouvé de plateforme d'information plus efficace dans le cadre de mes activités professionnelles, ou politiques. Je lis évidemment Mediapart et Blast, parfois Le Monde Diplomatique, et survole les grands médias aux mains des quelques milliardaires, histoire de savoir tout de même ce que les réactionnaires nous concoctent.

Mes articles quotidiens, au moins du lundi au vendredi, abordent généralement des sujets absents ailleurs, en particulier dans le domaine culturel. La presse lui réservant plus que jamais une peau de chagrin, mon blog est un espace militant et solidaire. Je ne suis pas journaliste, d'une part un simple citoyen, d'autre part un artiste conscient de l'importance que chacun peut revêtir pour l'autre. Aucune humilité de ma part, c'est simplement le fruit d'un travail acharné à l'écoute des bruits du monde et de la quête poétique de mon inconscient, d'où une certaine forme d'égocentrisme propre à tous les artistes, en espérant toujours toucher le plus grand nombre, même si c'est très relatif au vu de la marginalité de ce que représente la recherche en matière de création artistique. Penser par soi-même est un vœu pieux, mais on fait ce qu'on peut avec les moyens du bord.

P.S.: Ne manquez pas demain lundi "USA le complot", une émission de création de 1983 réalisée par Un Drame Musical Instantané !

vendredi 2 janvier 2026

Coucher de soleil à Lavacourt, effet d'hiver par Monet (2010)

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[En 2013] la Normandie se [voyait] alors dotée de trois expositions autour de l'impressionnisme : Éblouissants reflets, 100 chefs d'œuvre de l'impressionnisme au Musée des Beaux-Arts de Rouen, Un été au bord de l'eau, loisirs et impressionnisme au Musée des Beaux-Arts de Caen, Pissarro dans les ports, Rouen, Dieppe, Le Havre au MUMA, le Musée d'Art Moderne André Malraux au Havre. Belle occasion pour ajouter quelques épisodes au feuilleton publié sur Mediapart (miroir de ce Blog) dans l'édition de la galerie des Médiap'artistes, à commencer par Coucher de soleil à Lavacourt, effet d'hiver de Claude Monet, réalisé par Pierre Oscar Lévy comme 22 autres films de la série Révélations, une odyssée numérique dans la peinture.


C'est certainement le traitement le plus classique d'un de nos films sur l'art que de l'illustrer par une pièce pour piano dans un style attendu, ici résolument impressionniste. C'est évidemment celui qui remporta le plus de succès, même si je préfère les libertés prises sur d'autres tableaux de la série. Pierre Oscar Lévy a collé la musique que nous avions écrite en 1996 avec mon camarade Bernard Vitet et le miracle du synchronisme accidentel fit son petit effet (POL corrige cette version des faits plus bas). Je me souviens qu'il m'avait demandé de rendre une certaine hésitation, comme si le tableau n'était pas totalement terminé. Kite Ribbons de Debussy fait partie de 15 Grands Inédits que nous avions réalisés alors dans l'esprit d'Orson Welles et de son F for Fake. Dans le livret de cet album inédit, mais accessible gratuitement sur drame.org et sur Bandcamp, j'avais écrit : "Cette œuvre n’aurait-elle pu faire partie en son temps des Children’s Corner ? Le compositeur s’en serait ouvert à son ami André Caplet. Le continuo sur un si aigü évoquant le regard d’un enfant levé vers le ciel rythme avec légèreté l’ensemble de la pièce." Son interprète est la pianiste Brigitte Vée, complice de nos facéties de faussaires.

Scénario et réalisation - Pierre Oscar Lévy
Direction artistique - Jean-Jacques Birgé
Musique - Jean-Jacques Birgé et Bernard Vitet
Assistante - Sonia Cruchon
Conseil historique - Luis Belhaouari
Post-production - Snarx-Fx
Production déléguée - Dominique Playoust, Pixo Facto
Droits photo © Petit Palais / Roger Viollet
À l'origine, le film produit par Samsung Electronics France fut conçu pour être joué en boucle dans le cadre de "Révélations, une odyssée numérique dans la peinture".
Exposé au Petit Palais en septembre-octobre 2010.

Illustration en haut de page : Claude Monet, Coucher de soleil à Lavacourt, effet d'hiver, 1875, huile sur toile, Londres, National Gallery © The National Gallery, Londres, Dist. Rmn / National Gallery Photographic Department

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Sur l'édition de la galerie des Médiap'artistes, le lendemain, 25 avril 2013, POL commentait :

Jean-Jacques, la mémoire, n'est pas toujours fiable, quelquefois notre cerveau recompose le paysage et les souvenirs... Je te remercie de montrer la collection de nos films... Et j'aime lire tes commentaires sur ton travail de composition de la bande sonore. Mais deux remarques amicales. Il faudrait toujours montrer les films en boucle, puisque la conception même de cette série est de passer dans un écran (comme si l'écran n'était pas une télévision mais un cadre) et que l'animation soit comme un tableau... La deuxième remarque pour dire qu'il n'y a jamais eu de tournage proprement dit: En régle général, comme pour un dessin animé numérique, ll s'agit pour chaque film d'un mouvement virtuel de caméra virtuelle sur un fichier virtuel d'un montage de photos numériques.
Mais j'ai voulu faire un commentaire, pour te contredire sur un mode amical et fraternel... Non Jean-Jacques je n'ai pas collé votre musique sur mes images... J'ai délicatement travaillé et écouté votre composition, pour décider des cadres et placer les plans sur la musique... Nous sommes allés deux fois photographier la toile au Petit Palais, pour avoir exactement le détail qui était nécessaire. Aucune photo aux archives à la Réunion des Musées Nationaux ne permettait d'avoir la taille du plan qu'il fallait au montage (pas assez de définition de l'image).
L'hésitation des doigts sur les touches de piano, m'a paru correspondre aux sentiments que j'avais de l'urgence du peintre à saisir cette impression au soleil couchant et son désespoir (dont j'avais trouvé quelques indices dans mes lectures) de ne jamais vraiment réussir à saisir l'instant.
Il paraît que le grand Giacometti a prononcé cette phrase quelques jours avant sa mort: " Et dire que j'ai fait tout cela pour rien du tout". Un artiste rêve d'un absolu dans son œuvre qu'il n'atteint jamais. On échoue toujours.

À quoi je répondais :

" Merci Pierre Oscar pour ces précieuses précisions. Cette correction est bien méritée. Oui la mémoire est trompeuse, comme je le racontais dans mon billet d'hier sur la réédition des albums de Catherine Ribeiro. On enjolive ou on dramatise parfois. On réécrit toujours !
Et précision pour précision, aucun de mes doigts n'a jamais hésité, car aucun ne s'est jamais posé sur les touches d'un piano. Il y eut bien un clavier, mais il avait la forme d'une pomme. Nous avons enregistré le piano en inscrivant les notes une à une, sur une grille comme on le fait sur le rouleau d'un orgue de Barbarie. Le piano était un instrument virtuel. On appelle cela MAO pour Musique Assistée par Ordinateur ! Mais alors qui est cette Brigitte Vée qui nous seconde depuis lors ? Je te laisse deviner... Cette musique hésitante qui cherche à retrouver l'instant s'est écrite dans l'étalement du temps."

jeudi 1 janvier 2026

Une année explosive !

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Cette nouvelle année, je vous la souhaite explosive. C'est pourtant le contraire d'un appel à la guerre, à la violence ou à quoi que ce soit de négatif, mais la situation ne peut plus durer. Je rêve en effet que ce monde inique, cynique, lâche et criminel laisse la place à la solidarité, à la justice, et pourquoi pas à la vieille trinité liberté-égalité-fraternité rangée aux oubliettes par une clique de politicards véreux à la solde des très riches qui ont déclaré la guerre aux pauvres. Le capitalisme est arrivé à une extrémité qui nous condamne tous et toutes s'il ne s'écroulait de lui-même par son absurdité maladive et suicidaire. Les puissants auront beau construire des bunkers sur des îles lointaines, ils se feront dézinguer par leurs domestiques et leurs agents de sécurité dont ils ne peuvent se passer. Je repense au film Sans filtre (Triangle of Sadness) de Ruben Östlund. Le mauvais scénario est la destruction de la planète vers laquelle nous courrons tête baissée. Mais on peut toujours rêver, on peut toujours s'aimer, je ne sais pas pour combien de temps encore, mais raison de plus, se souhaiter une année moins dégueulasse que celle qui laisse se perpétuer un génocide qui fait honte à ce qui me fut léguer. Dans l'histoire de l'humanité le désespoir a souvent accouché de miracles, parce qu'alors on n'a plus le choix. En attendant, je reproduis une des vitrines de Bernard Belluc exposées à Sète au MIAM, mais mes vœux sont sincères. Si vous ne pouvez pas changer le monde, aimez vous les uns les autres, embrassez vos voisins, protégez la faune et la flore autour de chez vous, partagez la tendresse que je vous envoie puisque vous m'avez lu jusqu'ici.

mercredi 31 décembre 2025

100 dessins pour Gaza

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Le 20 décembre dernier j'avais reproduit trois planches réalisées ensemble par Art Spiegelman et Joe Sacco intitulées Never Again!.. And Again… And Again… (Plus jamais ça...) et acquis un des croquis exposés jusqu'au 10 janvier à la Galerie Martel en soutien aux journalistes palestinien/nes. Adhi Vroumah me signala aussitôt que les planches en question seraient reproduites en français dans le livre 100 dessins pour Gaza qui réunirait 126 dessinateurs/trices de presse, illustrateurs et auteurs BD du monde entier pour dénoncer le génocide en cours, et publié par les Éditions Massot. J'ai donc reçu hier l'ouvrage dont les droits d'auteur/ices et bénéfices seront reversés aux journalistes palestinien/nes. Au moment de son impression, 250 journalistes avaient déjà été tués et plus de 500 blessés par l'armée israélienne qui interdit tout accès à la presse internationale sur ce territoire.
Cela m'ennuie de ne citer aux côtés de Spiegelman et Sacco qu'Altan, Aurel, Ben Jennings, Angel Boligán, De Moor, Emil Ferris, Philippe Geluck, Marilena Nardi, Siné, Ann Telnaes (prix Pulitzer 2025), Willem, Winshluss, Wozniak, Mohammad Sabaneeh, Safaa Odah alors qu'ils sont plus d'une centaine, à l'initiative de Sié, dessinateur de presse ayant travaillé pour Siné Mensuel, Causette et Médiapart.


La qualité des dessins de presse est la concision des éléments pour produire une réflexion profonde. Qu'ils jouent sur la terreur, l'empathie ou l'humour, la dialectique du montage y est contenue tout entière par un jeu de références qui renvoient à notre compréhension des enjeux. Certains jouent sur les mots, d'autres détournent une évidence. L'effet doit être rapide et durable. Organisés alphabétiquement, la suite des scènes produit néanmoins des effets étonnants.
La dénonciation du laisser faire de la plupart de nos gouvernements est consternant. L'horreur tient-elle de l'absurde ou d'un calcul cynique pire que tout ce qu'on peut imaginer ? Chacun/e y répond à sa façon le temps et l'espace d'une page. La somme des interventions témoigne d'un fossé entre la mobilisation de la société civile et les politiciens élus par les peuples dans des démocraties qui n'en ont que le nom. L'ouvrage est si dense et puissant qu'il nécessite que l'on y revienne en plusieurs fois, goutte à goutte du sang versé par des assassins avec la complicité de la plupart de nos dirigeants et de ceux dont ils sont les pantins.

mardi 30 décembre 2025

Un opéra contre la guerre

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L'actualité m'a donné envie de republier cet article du 3 mai 2013...
C'est incroyable comme certains OMNI (tout Objet Musical Non Indentifiable) refont surface et révèlent leur insoupçonnable précocité. J'avais chroniqué l'extraordinaire Agitation de Ilhan Mimaroğlu qui rassemblent des pièces révolutionnaires de 1974-75. Sing Me a Song of Songmy est un brûlot politique d'une invention musicale protéiforme exceptionnelle, sorte d'équivalent "pop" de Mr Freedom, le film de William Klein. Le dispositif est somptueux : en plus du Quintet du trompettiste de jazz Freddie Hubbard, du chœur Barnard-Colombia, d'un orchestre à cordes dirigé par Arif Mardin également à l'orgue Hammond, des récitants Mary Ann Hoxworth, Ñha-Khê, Charles Grau, Gungör Bozkurt et Freddie Hubbard, le compositeur et producteur Ilhan Mimaroğlu a intégré un synthétiseur et trafiqué les sons des uns et des autres ! Les textes de ce joyau de 1971 sont du poète turc Fazıl Hüsnü Dağlarca, du Vietnamien Ñha-Khê, de Kirkegaard et Che Guevara tandis que Scriabine ou Brahms y sont cités...


À quoi comparer cette homogénéité encyclopédique, mélange d'expressions et de textures si différentes ? Déserts d'Edgard Varèse, première œuvre pour orchestre et bande magnétique, fit scandale en 1954. Jazzex de Bernard Parmegiani, première rencontre de l'électro-acoustique et d'improvisateurs de jazz, ici Jean Louis Chautemps, Bernard Vitet, Gilbert Rovère et Charles Saudrais, date de 1966. Frank Zappa a publié Lumpy Gravy en 1968. Je me reconnaîtrai dans toutes, enregistrant Défense de en 1974, suivi de la fondation d'Un Drame Musical Instantané où pendant 32 ans il sera évidemment question de mélanger sans hiérarchie tout ce que le son peut produire lorsqu'il s'agit de défendre un propos [et nous avons remis cela avec Francis Gorgé depuis quelques années, dont le nouvel album du Drame qui devrait sortir en 2026]. De fil en aiguille, la prochaine découverte semblerait être Amalgamation de Masahiko Satoh ; j'attends patiemment le facteur.
Pour Sing Me a Song of Songmy, Mimaroğlu a engagé un des deux trompettistes du Free Jazz d'Ornette Coleman, celui d'Out to Lunch d'Eric Dolphy, d'Ascension de John Coltrane, du film Blow Up d'Antonioni. Freddie Hubbard s'est entouré de Junior Cook au sax ténor, Kenny Barron au piano, Art Booth à la basse et Louis Hayes à la batterie.


L'œuvre est délicate. Elle se réfère au massacre de Songmy en 1968, aussi appelé My Lai, 400 civils vietnamiens torturés, violés, assassinés par les troupes américaines. La même année que cet album qui prône le Peace and Love de l'époque, Joseph Strick remporte l'Oscar du meilleur documentaire en interviewant cinq vétérans. Par contre, le pamphlet de Mimaroğlu contre la guerre qui ne s'achèvera qu'en 1975 fit un flop, comme toutes les œuvres prophétiques, trop avancées pour son temps. Elle ne rentre dans aucun moule. Cette suite est pourtant un joyau où les sons électroniques, les cordes, le free jazz et les voix réfléchissent la poésie des hommes qui vivent debout, dénonçant tous les crimes, racisme et violence, tout en prônant l'amour que seul l'art a jamais su traduire bien qu'il soit impalpable.

lundi 29 décembre 2025

Fabienne Verdier à la Cité de l'architecture

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J'ai beau être parisien et depuis si longtemps, il existe tant d'endroits extraordinaires que je ne connais pas. Ainsi j'ignorais totalement la Cité de l'architecture et du patrimoine place du Trocadéro. Son entrée jouxte celle du Théâtre de Chaillot, à sa gauche. Ouverte depuis 2007, elle a succédé au musée des Monuments français en absorbant un endroit que j'avais énormément fréquenté du temps de Henri Langlois, la Cinémathèque française. Le plus grand musée d’art monumental du monde est effectivement immense. Il fallait bien cela pour accueillir les moulages réalisés à partir des créations d’origine, dont ils reproduisent la taille réelle. "Fragments d’abbayes, parcelles de cathédrales, détails d’églises dont la patine imite la pierre, le bois ou le métal", c'est mille ans de notre patrimoine national qui s'élèvent devant nous. Sous la verrière d’origine ou derrière les hautes baies vitrées qui s’ouvrent sur les jardins du Trocadéro et la tour Eiffel, on découvre le portail de l’église-abbatiale de Moissac, l'ange de Reims, le Gros Horloge de Rouen, la fontaine des Innocents à Paris ou celle de Neptune à Nancy. La collection des maquettes est fascinante. Et au milieu de tout cela, s'exposent les tableaux de Fabienne Verdier !

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Il fallait bien le pinceau monumental de la peintre pour rivaliser avec les merveilles architecturales de notre patrimoine. Ses études en Chine l'ont fortement impressionnée, mais les expressionnistes abstraits et minimalistes américains lui ont aussi permis de s'en affranchir. Ce n'est pas le dripping de Pollock, mais son walking painting qui renouvellera son geste intuitif. Elle avait déjà coupé le manche de son grand pinceau pour y greffer un guidon de vélo, elle invente un tube géant suspendu qu'elle dirige au gré de son inspiration. Les liens avec l'improvisation musicale sont évidents. Son exposition Mute présente une quarantaine de tableaux réalisés au cours des trente dernières années qui dialoguent merveilleusement avec les moulages de la Cité de l'architecture.

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À l'étage supérieur, le Chromoscope explore l’histoire du color field américain de la même manière, confrontation des époques et des origines géographiques qui fait ressortir la magie de l'art. Vingt-trois tableaux monumentaux sont donc accrochés dans la Galerie des peintures murales. Ma photo montre un détail de Isaac et Abraham de Jules Olitski. On peut également s'intéresser à l'exposition Paris 1925 : l'Art déco et ses architectes ou visiter un appartement de la Cité radieuse marseillaise de Le Corbusier. Au sous-sol, Quartiers de demain évoque dix quartiers prioritaires de la politique de la ville en France pour espérer améliorer la qualité de vie des habitants ! Dans le hall d'entrée, Spanish Dancer de Larry Poons reprend les principes du color painting en revendiquant le mouvement de l'expression lyrique.

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Derrière les immenses baies vitrées la nuit tombe sur Paris. J'ai encore tout à découvrir.

→ Mute de Fabienne Verdier, jusqu'au 8 mars
Chromoscope, jusqu'au 16 février
Paris 1925 : l'Art déco et ses architectes, jusqu'au 29 mars
Quartiers de demain, jusqu'au 30 mars

dimanche 28 décembre 2025

C'est un jour comme un autre, sauf pour Brigitte Bardot et Francis Marmande

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Décidément, c'est celui des nécrologies (voir plus bas). Lorsque nous évoquions Brigitte Bardot avec mon camarade Bernard Vitet il ne fallait surtout pas en dire un mot désagréable, même si elle fricotait avec le Front National. Ils avaient en commun l'amour des animaux, élan fort louable, même si cela me semblait contourner leurs difficultés avec l'espèce humaine, voire leurs propres enfants. Pour avoir enregistré un disque, en particulier la chanson "C'est un jour comme un autre" où il dialogue avec elle au bugle, il gardait une certaine tendresse pour ce flirt d'un jour. Pour moi, c'était "Babette s'en va-t-en guerre" avec Francis Blanche ou "Viva Maria" avec Jeanne Moreau. C'est de mon âge. Il y a tant d'autres histoires. Zip Chebab Pah Blop Whizzz !



BATAILLE PERDUE

Francis Marmande n'est plus. Marmande, c'est compliqué. Du moins ça l'était. Une plume, c'est rare. L'ombre et la lumière. Il avait révélé notre travail sur les films muets lorsque Un Drame Musical Instantané était le seul à pratiquer ce sport, sollicité quatre pages (1 2 3 4) dans une revue qui plus tard m'interdirait de séjour, encensé Nabaz'mob, notre opéra pour 100 lapins connectés, etc. Il était prêt aussi à inventer une histoire pour rester seul aux commandes d'un monde qu'il considérait jalousement comme sien. La part maudite. La lumière était claire, l'ombre ténébreuse. Les plumes se font rares. Manque de courage dans un monde qui rétrécit à vue d'œil. De Marmande par contre, on pouvait s'attendre à tout. Il va manquer.

vendredi 26 décembre 2025

En 2013 j'étais passé à la planche à clous

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Depuis cet article du 5 avril 2013, je continue mes pratiques de fakir, même si, depuis trois ans, le Theragun remplace souvent le Shaktimat (le deuxième article est daté du 9 juin 2022) ! En plus, depuis que je fais du vélo d'appartement (sur les conseils de Peter), je me suis gainé et n'ai plus besoin d'aller chez l'osthéopathe.

Comme si ma collection de tapis de réflexologie pour les pieds ou le massage chinois Tuina Anmo de Madame Ji ne suffisaient pas, je suis passé à la planche à clous, ou plus exactement à sa forme moderne et occidentale, le tapis Shakti dont il existe de nombreuses imitations que je n'ai [à vrai dire] pas testées. Première impression, ce n'est pas pour les douillets. Le moment où l'on s'allonge dessus ou, pire, celui où l'on se relève n'est pas piqué des vers. On me les tirera donc facilement du nez, j'avoue, j'avoue tout. Après quelques minutes une sensation de chaleur vous envahit et [il m'arrive] même de m'endormir dessus, nulle contre-indication. La séance fut redoutablement efficace. Impression de détente et soulagement immédiat des douleurs dorsales. Il me semble plus approprié en fin de journée qu'en matinée. Livré dans un sac en coton, le petit tapis peut s'emporter partout avec soi en voyage. Le site de Shakti est plein d'informations [...]. La technique est vieille de 7000 ans et l'exercice ravira les adeptes du yoga de plus en plus nombreux. Lancé en 2007, il a obtenu un succès phénoménal en Suède il y a quelques années tel que plus de 10% de ses habitants en possèdent. Il se pourrait bien que la France en plein stress et déconfiture s'y mette bientôt.

LE MASSEUR À TOUTE ÉPREUVE

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Possédant toute une panoplie d'instruments de torture soulageant mes douleurs vertébrales depuis que je poussai mon premier grand cri japonais en 1983 à ne pas me relever, toute nouvelle acquisition prouvant son efficacité est une bénédiction scientifique aux pouvoirs magiques. J'ai déjà répertorié ici la plupart des articles concernant mon dos fragile. Il y a [maintenant neuf ans], la construction du sauna [...] m'avait permis d'abandonner quasiment toute prise de drogue. [Un coach sportif] m'a conseillé d'utiliser un pistolet de massage, outil longtemps réservé au milieu hospitalier. J'ai choisi la marque de référence, les utilisateurs se plaignant des pannes des modèles économiques chinois. Le Theragun (modèle Prime, le plus simple - désolé pour le nom qui peut sonner agressif !) a l'avantage de posséder une poignée triangulaire facilitant l'accès à toutes les zones du corps et une application smartphone le contrôlant en Bluetooth si besoin. Or le résultat est tout bonnement époustouflant. Que ce soit en amont ou en aval d'un effort, l'effet est immédiat. Trente secondes ou une minute de ce marteau piqueur suffisent souvent à faire disparaître mes douleurs à la main (pouce à gâchette), au bras (tendinite), au cou (torticolis), au dos (mon ostéopathe me rassure, je peux même l'appliquer directement sur ma colonne vertébrale). L'objet a supprimé instantanément mes courbatures après notre randonnée de dix-huit kilomètres dans les Cévennes. Il a beau être lourd (il existe un modèle de voyage), où que j'aille je le glisse dans ma valise. J'adore ce genre de trucs magiques.

jeudi 25 décembre 2025

Joyeux Noël...

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Expo M.C. Escher à la Monnaie de Paris, allez-y avec les enfants !
Jusqu'au 1er mars...

J'en profite pour souhaiter un joyeux Noël à celles et ceux qui sont protégés de la barbarie, de la guerre, de la famine et de la misère ! C'est le terme joyeux qui est encombrant. Un peu comme Aragon expliquant qu'il avait écrit Il n'y a pas d'amour heureux pendant l'occupation nazie et que s'il avait écrit le contraire il se serait considéré comme un salaud. On pourrait simplement se souhaiter un Noël... Et de l'amour, parce que de l'amour cela peut se souhaiter quelles que soient les conditions d'oppression ou d'exploitation.

Composition métaphysique de Chirico‬ (2010)

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C'est probablement mon préféré des 23 films de la série Révélations, une odyssée numérique dans la peinture, réalisés par Pierre Oscar Lévy, grâce à sa boucle qui reprend deux fois le même mouvement à l'image en changeant son accompagnement musical. Si Vincent Segal est toujours au violoncelle, la première fois je joue de la guimbarde, du violon, du piano-jouet, alors que la seconde fois je me sers de chimes, du violon, d'un ballon de baudruche et à nouveau du piano-jouet. Les effets, et donc le sens, changent en fonction du synchronisme. Et puis j'aime bien cette instrumentation ludique pour évoquer cette Composition métaphysique de Giorgio di Chirico dont il existe d'ailleurs quantité de versions peintes à différentes époques. Elle porte le titre de Chant d'amour, qui me rappelle forcément celui de Genet.


Scénario et réalisation - Pierre Oscar Lévy
Direction artistique - Jean-Jacques Birgé
Musique - Jean-Jacques Birgé et Vincent Segal
Assistante - Sonia Cruchon
Conseil historique - Luis Belhaouari
Post-production - Snarx-Fx
Production déléguée - Dominique Playoust, Pixo Facto
Droits photo © ADAGT Localisation : Italie, Florence, Palazzo Pitti, Galleria d'Arte Moderna © Archives Alinari, Florence, dist. RMN / Georges Tatge CAL-Alinari Archives Florence © ADAGT, Paris 2010
Produit par Samsung Electronics France.
Exposé au Petit Palais en septembre-octobre 2010.

mercredi 24 décembre 2025

My Name Is Orson Welles

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La phrase affichée à l'entrée de l'exposition Orson Welles à la Cinémathèque tombe à point nommé. La veille, une amie compositrice à qui j'expliquais que j'étais multi-tâches m'avait répondu que ce genre d'artistes ne produisait jamais rien de bien. Leonardo et tous les hommes de la Renaissance ? Aristote ? Goethe ? Hugo ? Cocteau ? Lynch ? Ou Colette !... Comme j'ai l'habitude d'être considéré depuis toujours comme un touche-à-tout, je ne me suis pas vexé, sachant que ce qualificatif est accompagné par "de génie" lorsque les journalistes qui l'emploient désirent transformer le péjoratif en compliment ! Évidemment je ne suis pas Orson Welles, et c'est probablement une chance si j'en juge par l'amertume que ses échecs successifs ont provoqué chez lui et surtout sur le massacre dont ses films ont été les victimes sous le pouvoir des producteurs. Après Citizen Kane, plus aucun de ses films n'est tel qu'il l'a voulu. La tristesse entrevue chez nombreux des plus grands réalisateurs m'avait, à ma sortie de l'IDHEC, fait choisir la musique plutôt que le cinéma. Plus le budget est important, plus sont fortes les pressions des financiers. Même si les restes de Welles sont sublimes, malgré les coupes, les dépossessions, les inachèvements, il en a pâti toute sa vie, condamné à jouer dans des navets pour vivre, et racontant que ce qu'il avait gagné avec son premier long métrage, il avait passé ensuite sa vie à le perdre. Je me souviens aussi que devant les étudiants venus l'écouter à la Cinémathèque Française, du temps du Trocadéro, lui demandant quel était le meilleur moment d'un film, il avait répondu "When the money is in the bank !". Comme la salle riait, Welles avait insisté très sérieusement, sans cynisme, par crainte qu'on ait pris cela pour un bon mot, répétant "vous ne m'avez pas compris, c'est quand l'argent est à la banque !". Quelle tristesse de penser à tous ces grands artistes qui n'auront connu le succès que post mortem. Je l'évoquais lundi avec La nuit du chasseur, mais je pense souvent à Mozart, Van Gogh, Rimbaud, Varèse ou Bartók, et à celles et ceux que l'on découvrira demain longtemps après leur mort. C'est le sentiment le plus fort que je tire de la belle exposition My Name Is Orson Welles à la Cinémathèque (jusqu'au 18 janvier 2026).

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Comme je possède tous ses films, y compris ses émissions télévisées, ses tours de magie, ses créations radiophoniques, ses romans, ses participations à d'autres chefs d'œuvre comme La ricotta de Pasolini, et je ne sais combien d'interviews et documentaires, j'ai été passionné par les documents graphiques, extraits de films inachevés où Welles a un petit rôle, les lettres, ses dessins sur les fonds de ses boîtes de cigares Romeo y Julieta (en cadeau à son compositeur préféré Angelo Francesco Lavagnino), les esquisses de décors, l'évocation des pièces de théâtre invisibles comme le Macbeth vaudou ou son Jules César en chemises noires, son implication politique, etc. Beaucoup de documents proviennent de Croatie, patrie de sa dernière compagne, Oja Kodar, que l'on voit dans F for Fake (Vérités et mensonges), mais c'est Beatrice Welles (aperçue dans Falstaff), la fille qu'il a eue avec l'actrice italienne Paola Mori, qui semble la plus active. Si vous n'avez pas le temps ni la possibilité de voir l'exposition, le catalogue de 464 pages est absolument remarquable, pour moi même plus riche.

mardi 23 décembre 2025

Underground in Montreuil

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Il y avait longtemps que nous ne nous étions pas vus avec Ève Risser qui désirait me montrer comment elle avait arrangé son chez-elle et, surtout, me faire découvrir l'A.E.R.I. à Montreuil, un lieu associatif incroyable, en particulier certains dimanches surpeuplés où des musiciens jouent simultanément sur plusieurs scènes, jazz, rock, rap, électro, musique africaine, etc., sans que leurs sonos puissantes se perturbent les unes les autres, ce qui est moins sûr pour les habitants du quartier qui évidemment se plaignent des nuisances sonores. C'est tout l'un ou tout l'autre. Soit on trouve l'ambiance absolument géniale, digne du Berlin des années magiques, soit on est excédé par la promiscuité envahissante de cet endroit bouillonnant.
Sur son site on peut lire : "A.E.R.I. est une utopie réelle en expérimentation permanente, un espace d’entraide, de rencontre, de création, de lutte et de mise en commun. Un espace où nous inventons et mettons en forme un rêve collectif, où se mènent, se croisent et se frottent des actions politiques, culturelles, sociales, artistiques, éducatives et sportives. Un lieu où l’on invente des nouvelles façons de faire, où l’on invente d’autres rapports aux autres et à soi, où l’on improvise notre bonheur. Les rêves d’AERI s’articulent autour des principes d’autonomies, d’égalités et d’ouverture. Nos portes sont ouvertes à tou.te.s les habitant.e.s du quartier !"
Comme je suis épaté par le public enthousiaste, dont un nombre étonnant de camarades que je ne m'attendais pas à trouver là, Antonin-Tri, venu avec son bébé qui danse dans sa poussette, me répond que là c'est calme par rapport au passé où la foule était si compacte qu'on ne pouvait s'y mouvoir et que l'association a freiné la pub de ses évènements. Sur le site s'expose néanmoins un planning type de la semaine, un appel aux dons, voire à s'y impliquer, et un numéro de téléphone pour en connaître l'actualité.

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Je crois comprendre que les événements spectaculaires se déroulent certains dimanches. On y écoute de la musique, on mange, on boit, on fume, on y fait des rencontres. La scénographie change chaque mois. Dans la plus grande salle, des dizaines d'écrans à leds sont suspendus au-dessus des convives, actionnés par les enfants qui s'amusent comme des fous à tirer sur des cordes comme des sonneurs de cloches pour les faire bouger. Des geeks de l'informatique marchent sur les pas de Nam June Paik. On croise des comédiens maquillés, des clowns et des jeunes de tous les âges, des plus récents aux plus avancés ! Beaucoup de bruit, mais vraiment pas pour rien ! J'écoute Ève improviser au piano avec le batteur Antonin Leymarie, le percussionniste Ibrahima Diabate et le trompettiste Oscar Viret avant d'affronter sur mon vélo les cataractes de pluie qui tombent sur la nuit.

lundi 22 décembre 2025

Charles Laughton dirige La nuit du chasseur

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The Night of The Hunter fait partie de mes dix films préférés comme pour la plupart de mes amis, si ce n'est le premier. Je l'ai vu et revu un nombre incalculable de fois depuis plus d'un demi-siècle. C'est en découvrant le disque où Charles Laughton en lit le résumé dans la version de l'auteur, Davis Grubb, accompagné par la musique de Walter Schumann, que je me suis souvenu posséder le documentaire de 2h40 qu'en fit Robert Gitt en 2010 à partir des huit heures de rushes retrouvés dormant dans une école de cinéma. Pour le storyboard Laughton s'appuya aussi sur les dessins de Grubb qui avait abandonné ses études d'arts plastiques parce qu'il était aveugle aux couleurs. Le réalisateur Andrew V. McLaglen adapta plus tard un autre roman de Grubb, Fool's Parade, comme le fit Alfred Hitchcock pour sa série télévisée. Quant à Walter Schumann, connu préalablement pour le thème (controversé) de quatre notes de Dragnet, il mourut prématurément à 44 ans. Tout a commencé lorsque Paul Gregory, jeune acteur devenu agent, tomba sur une émission de télévision du « Ed Sullivan Show » où Charles Laughton lisait des extraits de la Bible comme il le faisait régulièrement, et qui produirait le film. En fait c'est Harold Matson, agent littéraire, qui envoya à Gregory le roman de Grubb publié en 1953, qui à son tour le fit passer à Laughton qui l'adora, celui-ci le décrivant comme un cauchemar digne des Contes de ma Mère l'Oye. Laughton réécrivit le scénario confié à James Agee qui était trop long, mais insista pour que celui-ci en soit le seul signataire. Agee, victime d'une crise cardiaque dans un taxi, ne vit jamais le film et Laughton ne connut jamais non plus le succès qui adviendra longtemps après sa mort.

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La nuit du chasseur fait partie de l'école Southern Gothic, un genre plutôt glauque, typique du sud des États Unis. La Grande Dépression, suite à la crise de 1929, où se passe l'action n'arrange évidemment rien au côté sordide de l'histoire. Mais, d'une certaine manière, Laughton le transformera en un conte de fée, poussé par la production et les ligues de vertu de l'époque (on connaît pourtant la cruauté des contes de Perrault !). Le rôle tenu par Robert Mitchum ne pouvait être que celui d'un "faux" prêcheur et il était hors de question que le film finisse mal, du moins pour les deux enfants, John et Pearl.
Robert Gitt présente donc les rushes dans l'ordre chronologique du film. Laughton laissant tourner la caméra pour ne pas interrompre la concentration des comédiens, on l'entend les diriger hors-champ, tout comme le reste de l'équipe. Signalons encore l'extraordinaire lumière, quasi expressionniste, de Stanley Cortez à qui l'on doit également celle de La splendeur des Amberson d'Orson Welles, Shock Corridor et The Naked Kiss de Samuel Fuller...
Charles Laughton directs "The Night of The Hunter" est une véritable expérience cinématographique. Au delà de la leçon de direction d'acteurs ou des explications sur les effets spéciaux, il distord le temps par la répétition des scènes, l'intégralité des prises avant montage et évidemment la durée de cette exposition fascinante. Presque comme du Michael Snow. Gitt insère également au fur et à mesure le pédigrée de chaque intervenant jusqu'à la fin où il évoque leur futur.


Surprise de trouver le documentaire sur YouTube et de le partager avec vous, car souvent je suis obligé de vous laisser chercher seuls les films dont je parle, ce qui n'est pas forcément aussi simple que pour moi. Il manque évidemment les sous-titres français, mais le document est si éloquent qu'il mérite d'être découvert comme une variation du chef d'œuvre, unique film de Charles Laughton qui n'en tourna aucun autre, suite à l'échec cuisant au moment de sa sortie en 1955. Fabuleux comédien et metteur en scène de théâtre, né en 1899 en Grande Bretagne et naturalisé Américain en 1950, il continua sa carrière cinématographique en jouant encore dans Témoin à charge de Billy Wilder, Spartacus de Stanley Kubrick, et Tempête à Washington d'Otto Preminger l'année de sa mort en 1962.

samedi 20 décembre 2025

Plus jamais ça de Joe Sacco et Art Spiegelman

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Never Again!.. And Again… And Again… est une œuvre très courte (trois planches à ce que j'en sais) publiée dans The New York Review of Books et reprise ensuite par huit médias dans le monde comme Le 1, The Guardian ou El País. Il ne s’agit pas d’une longue bande dessinée et elle n'est pas publiée sous la forme d'un livre autonome.

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Les planches originales et des crayonnés sont exposés à la Galerie Martel, 17 rue Martel, Paris 10ᵉ, du mardi au samedi, 14h30-19h jusqu’au 10 janvier 2026, et certaines œuvres sont mises en vente au profit d’associations humanitaires. On peut les admirer ou les acquérir sur cette page.

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Je me reconnais évidemment dans les propos ou préoccupations de ces deux auteurs que j'admire depuis toujours. Joe Sacco et Art Spiegelman font partie de mes héros. Je dois sans cesse répéter que je dois ma morale à mon grand-père gazé à Auschwitz et à mon père qui a sauté du train qui l'emmenait vers les camps de la mort, sans parler du reste de ma famille qui œuvra dans la résistance au nazisme. Le sionisme qui aboutit au génocide en Palestine est la destruction de tout ce qui m'a construit, et c'est encore grâce à mes ancêtres que je me lève aujourd'hui contre l'horreur commise par les criminels, l'aveuglement de celles et ceux qui les soutiennent et l'inaction complice de nos gouvernements.

P.S.: Les planches réalisées ensemble par Art Spiegelman et Joe Sacco sont également publiées dans le livre "100 dessins pour Gaza" aux éditions Massot, à paraître début janvier : https://fr.ulule.com/100cartoonsforgaza/

vendredi 19 décembre 2025

Le testament de Frank Zappa

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Je redécouvre le premier disque posthume de Frank Zappa après une trentaine d'années sans l'avoir réécouté. Civilization, Phaze III est de la trempe de mes préférés, soit les débuts des Mothers (1968 - particulièrement We're Only In It, Lumpy Gravy et Uncle Meat) et la fin avec l'Ensemble Modern (1993), avec l'utilisation du Synclavier, donc sa "serious music". Comme c'est le dernier qu'il a achevé et qu'il correspond à son rêve de toujours, on peut le considérer comme son testament.
Zappa alterne des parties dialoguées enregistrées en 1967 puis 1991, et des musiques réalisées avec l'Ensemble Modern l'année suivante, surtout des samples de l'orchestre allemand injectés dans le Synclavier. L'œuvre représente une maîtrise de la technique d'échantillonnage, sans que l'on sache ce qui est interprété en direct ou recomposé. Zappa gardait tout, montait, mixait sans cesse. En 1967, ayant découvert les propriétés des cordes du piano vibrant en sympathie, il avait imaginé le "piano people" en demandant à Eric Clapton, Rod Stewart, Tim Buckley, Motorhead Sherwood, Roy Estrada, Spider Barbour (leader des Chrysalis), All-Night John (le manager du Studio Apostolic), Louis Cuneo (pour son rire qui sonnait "comme un dindon psychotique") et d'autres de s'y pencher. De nombreux invités célèbres venaient lui rendre visite et il en profitait pour les intégrer à son œuvre expansive. On se souvient du concert avec John Lennon et Yoko Ono ou de Jimi Hendrix sur la pochette de We're Only In It For The Money, mais il y eut aussi des jazzmen comme Archie Shepp, Don Cherry ou Roland Kirk, sans parler de tous les musiciens passés par son orchestre, et les groupes avec qui il improvisa au Festival d'Amougies. Zappa reprend l'idée du piano en 1991 avec sa fille Moon Unit, Michael Rappaport, Ali N. Askin, Todd Yvega et la section complète des cuivres de l'Ensemble Modern, cette fois dans le Bösendorfer Imperial (mon piano préféré évidemment !) du studio UMRK, l'Utility Muffin Research Kitchen au sous-sol de sa maison sur les hauteurs de Hollywood.


La particularité de sa musique "sérieuse" (sérieuse en opposition au rock, pas la même audience) est qu'elle fut majoritairement conçue et enregistrée pour des disques, car rarement jouée en public. Inspiré par Varèse, Webern et Stravinski, c'est probablement ce qu'il a réalisé de plus personnel. La musique est à la fois très physique avec des changements de rythmes brusques, mélodique (Zappa ne craint pas plus la tonalité que l'atonalité), timbrale (la variété de sons est incroyable), dramatique (il a souvent une idée derrière la tête), bruitiste (comme les bulles), fondamentalement symphonique. Il y use des ressources du studio, effets et ciseaux, comme il l'a toujours fait.
Le double CD porte le chiffre III, car Zappa imaginait cet "opéra-pantomime en deux actes" comme un troisième chapitre après We're Only In It et Lumpy Gravy qui datent de vingt-cinq ans plus tôt. Il en rêvait accompagné de chorégraphies inexplicables, sur des sujets comme les moteurs, les cochons, les poneys, l'eau noire, le nationalisme, la fumée, la musique, la bière et diverses formes d'isolement, avec un décor mobile automatisé. Son livret, montage "à la Burroughs", en précise d'ailleurs la scénographie tout le long. Zappa réussit à boucler ce 63ème album avant de mourir à 52 ans d'un cancer de la prostate le 4 décembre 1993, il sortira le 31 octobre 1994, suivi d'innombrables inédits.

jeudi 18 décembre 2025

Le blues moderne d'Étienne Brunet

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Pour annoncer la sortie de Ear Asphyxia, son nouvel album solo, le saxophoniste Étienne Brunet fustige l'époque où l'oreille est asphyxiée par les réseaux a-sociaux, l'absence d'écoute de la presse qui a perdu ses supports, l'isolement des musiciens qui ont oublié que seule la solidarité permet de s'en sortir, du moins à long terme, le concept de playlist inadapté à la notion d'album, les replis communautaires contraires à la qualité universelle de la musique, le marketing qui passe l'art au rayon des cosmétiques et tutti quanti. Marcher en dehors des clous n'a jamais profité aux musiciens vivants. Seule la mort leur rend grâce. Mais comme le rappelait Frank Zappa sur ses premiers disques en citant Edgard Varèse, "le compositeur d'aujourd'hui refuse de mourir". On sait que se plaindre n'est pas forcément très adroit quand on ne prête qu'aux riches, mais Étienne Brunet n'a le choix que de la sincérité comme tous les vrais artistes. Alors, pour continuer à arpenter les chemins créatifs qui le caractérisent, il est allé voir ailleurs s'il y était. Cela n'a pas vraiment changé la donne, mais depuis plusieurs années il passe la moitié de son temps en Thaïlande où il est parti à la rencontre des musiciens du cru. Là-bas, au moins, il ne se fait pas d'illusion sur celles qu'on a perdues. En jouant du changement d'angle qu'impose la longitude il peut garder les yeux ouverts et les oreilles à l'affût.


Il livre ainsi un disque enregistré seul sur son saxophone soprano recourbé, Ear Asphyxia. On pense évidemment à Steve Lacy dont il est resté un grand admirateur. Sauf qu'Étienne Brunet est passionné par ce qu'apporte la nouvelle lutherie. Alors de temps en temps il hisse son pavillon dans une pédale d'effets ou il le troque contre un sax électronique EMEO. Et puis il creuse aussi le son des origines, et le voilà au kaen, un orgue à bouche thaï qui fait tourner la tête quand on en souffle comme un ensemble de cuivres. Ou encore, il s'est toujours amusé à triturer la vidéo en pensant naïvement que ses élucubrations surréalistes attireront le chaland qui passe. Or les amateurs de jazz détestent ce qui est fabriqué avec les logiciels d'intelligence artificielle, maldonne Nam June Paik ! Parce que c'est bien du jazz qu'il enregistre de mars à avril 2025 au Big Buddha Park de Jomtien Beach et au Thai Music Maker de Bangkok. Un jazz où la ligne joue sur les obliques, en figures courbes, en coupes serrées, seul sur la plage ou au coin d'une rue comme les gars qui ont le blues chevillé au corps et qui ont l'absolue nécessité de le crier à la face du monde. Ils jettent une bouteille à l'amer. Promeneur, tu peux la ramasser sur les plateformes renégates (Spotify, AppleMusic, Deezer), ou mieux sur Bandcamp qui reste un système vertueux. Étienne Brunet met également à jour son site qui rappelle ou révèle tout ce qu'il a entrepris depuis un demi-siècle, souvent à contre-courant ou à contre-temps, mais les poètes s'en fichent, c'est à cela qu'on les reconnaît, à la ligne de fuite qui vous court après, indispensable, vitale, suspendue, oui ce sont bien des points de suspension...

mercredi 17 décembre 2025

Catherine Ribeiro, la transe retrouvée

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Saut d'obstacles, toboggan, danse de Saint-Guy, la gymnastique qui consiste à vivre n'évite pas la marche arrière. Après l'apprentissage s'invite la rébellion. Mais plus on avance plus on recule. On passe sa vie à fuir le passé et y revenir. Le futur, lui, n'existe pas. Il ne se conjugue pas au présent quand le passé ne cesse de se rappeler à notre bon souvenir. Loin de toute nostalgie, la curiosité ou la nécessité poussent à déterrer les racines de l'être complexe que nous sommes devenu. Notre mémoire est saturée. Il faudrait une autre vie pour se souvenir de la sienne. On réécrit sans cesse l'histoire. On la réduit. On la fige. La vérité est une savante construction d'oublis et de dénis, de fausses pistes et de croisements, de retours en arrière et de projections, de rêves et de désillusions, de notes exhumées et de corbeille à papier. S'il leur arrive d'être révélés, les vestiges du passé découvrent parfois un bout du chemin que nous avions emprunté. Ce qui avait paru inné ou choisi s'avère dicté par la rencontre. Les plus déterminantes peuvent nous entraîner loin des avenues surpeuplées où le monde marche au pas, ou bien nous enrôler dans les armées conventionnées où le doute n'aura plus jamais voix au chapitre. On quitte le monde de l'enfance quand, vers six ans, la réponse anticipe toute question. L'école broie les poupées gigognes que l'on appelle pourquoi. La suite semble irréversible, sauf aux poètes, amateurs fidèles d'un monde auquel ils ne peuvent croire. Certains le paient de leur vie, prématurément ; d'autres s'en nourrissent, avidement. Subtil équilibre. Rien n'est immuable. Rien n'est éternel. Un jour, la marée rapporte ce que l'on croyait oublié. Cocteau témoigne : en bas, la mer ce matin recopie cent fois le verbe aimer.

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Catherine Ribeiro était un vague souvenir, un nom écrit sur le sable. Une photo où l'ami Claude Thiébaut servait le vin à la tablée. Comment s'était-il retrouvé au percuphone, l'un des instruments incroyables construits par Patrice Moullet, le frère de Luc ? Catherine Ribeiro était ma troisième voix, avec Brigitte Fontaine et Colette Magny. Sérieuse rockeuse en transe quand la fragile Brigitte et la solide Colette incarnaient le jazz, le free et un certain contempo qui ne trouverait jamais son nom. Tout cela n'était qu'illusion. Ces trois prêtresses marchaient toutes sur la corde raide, vocale, politique, lyrique, révolutionnaire, parfois tombaient, se relevaient toujours. Ces muses me donnèrent le courage de gueuler dans notre désert encombré. D'avoir joué avec les deux autres, j'oubliai celle qui hurlait le plus fort, de sa voix chaude de pasionaria meurtrie, la plus psychédélique aussi. Il était logique qu'en abandonnant nos expériences lysergiques nous la délaissions pour de nouvelles aventures. La douleur s'apprivoise. N'est-ce pas, les filles ?
Un coffret rassemble les quatre premiers albums de Catherine Ribeiro et du groupe Alpes : n°2, Âme debout, Paix, Le rat débile et l'homme des champs (1970-74, Mercury). Avec 2bis qui les précède, ils me renvoient à mon adolescence, toujours présente. Comme Répression ou Comme à la radio. Colette est morte en 1997 ; il serait temps que la jeunesse la découvre. Catherine s'est fait discrète, ne retrouvant jamais la fougue de la sienne, avec ses rythmes envoûtants et les envolées électriques du cosmophone furieusement côte ouest. Seule Brigitte a survécu, renaissant de ses cendres [en 1995]. La persévérance garantit la persistance. Mais après ? Après, on ne sait rien. Voilà pourquoi on avance toujours en jetant un œil dans le rétro.

P.S. : Suite à cet article du 23 avril 2013, Catherine Ribeiro laissa un commentaire sur Mediapart, miroir de ce blog :
"En ce temps là, j'avais l'espérance folle ou la folle espérance... En ce temps là, j'avais les audaces des timides... En ce temps là, je croyais aux vertus de la poésie comme source d'éveil... En ce temps là, j'avais la patience impatiente... En ce temps là, j'apprenais à découvrir les pièges tendus par les grands manipulateurs... En ce temps là, j'allais boire à la source pour découvrir la lumière... En ce temps là, je ne savais rien du temps qui passe... En ce temps là, j'appris à désapprendre pour aller à l'essentiel..." Catherine RIBEIRO.
Elle est décédée depuis, à Martigues le 23 août 2024, à l'âge de 82 ans.