J’ai plié mes chagrins ~ Bob Kaufman

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J’ai plié mes chagrins dans le manteau d’une nuit d’été,
Donnant à chaque bref orage son espace alloué dans le temps,
Poursuivant sans bruit les histoires catastrophiques enfouies dans mes yeux.
Et oui, le monde n’est pas un Jeu Cosmique inutile,
Et le soleil est toujours à quatre-vingt-treize millions de miles de moi,
Et dans la forêt imaginaire, l’hippopotame au cuit bitumeux devient la licorne gay.
Non, je ne commerce pas avec les gardiens fous des désastres passés,
Chercheurs d’éviscération manifeste empalée sur les douleurs d’autrefois.
Le Blues se pare des échos introspectifs d’un voyage.
Et oui, j’ai de nouveau livré ces combats inachevés, pourtant, ils restent inachevés,
Et oui, j’ai quelques fois souhaité autre chose pour moi.

De nuit on chante les tragédies lors des funérailles du poète ;
L’âme revisitée est enveloppée dans l’aura de ce qui nous est familier.

Bob Kaufman, Des solitudes peuplées d’abandon, le Réalgar, coll. Amériques, 2024
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie Schermesser

Lisières des tumultes ~ Antoine Choplin

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Gravure de François Mourotte

VI

Et j’oublie les harfangs
lancés à l’encontre des vitraux
et les fous de Bassan
leur bec implacable perçant la surface des
apparences
vers des nourritures spéculées

on peut mourir de vouloir observer mieux
au-delà des livrées mordorées
le poète l’a souvent confirmé

J’ai vu aussi le peintre
arracher un morceau de toile au revers de son
matelas
pour continuer à accomplir son œuvre
là-bas
depuis Kolyma
son regard poignardé de l’intérieur
par le si peu dire de l’incompréhension

c’était un paysage de montagne aux lointains
enneigés

un dernier rêve sans doute

Antoine Choplin, Aguets, le Réalgar, coll. l’Orpiment, 2023.
Gravures de François Mourotte.