
J’ai toujours adoré ce polypore. Cette petite fourrure chatoyante au cœur de l’hiver, brun rouille à bai noirâtre, soulignée d’un beau jaune vitellin par sa turgescente marge. Et en dessous, tel un gâteau de miel, le labyrinthe de ses lames jaune safrané et comme enduites d’une pruine blanchâtre.
Il est assurément le nounours des Lenzites, nom sous lequel furent autrefois regroupés des polypores lamellés.
Son nom scientifique : Gloeophyllum sepiarium (Wulfen) Karsten, nous renseigne à la fois sur l’aspect enduit de ses lames (du grec gloios : gluant, et phyllum : lame), et sur l’un de ses habitats de prédilection : les clôtures et autres bois d’œuvre de résineux, exposés à l’air et au soleil (mais il pousse aussi directement sur divers conifères, de préférence dans des endroits ouverts).
Il partage son habitat avec la toute proche Lenzite du sapin : Gloeophyllum abietinum. Les différences entre les deux espèces sont ténues : La Lenzite des sapins se présente sous forme de chapeaux étroits, allongés, souvent étalés-réfléchis, tomenteux, à marge peu contrastée, et à lames assez espacées (environ 10 lames par centimètre à la marge) ; ses cystides sont à paroi épaisse, parfois incrustée. La Lenzite des clôtures arbore des chapeaux bien conformés, dimidiés, fortement feutrés, à marge lumineuse et contrastée, à lames assez serrées (environ 20 lames par centimètre à la marge) ; ses cystides sont à paroi mince.
Si vous êtes chanceux et perspicace, vous pourrez avoir la joie, en voyageant, de rencontrer les deux autres Gloeophyllum : la Lenzite des poutres : Gloeophyllum trabetum, d’affinité méridionale, à tonalités grises, venant sur feuillus et conifères, et la Lenzite odorante : Gloeophyllum odoratum, beaucoup plus épaisse, à fragrance anisée, sur de vieilles souches d’épicéas, en montagne.
(21 janvier 2015)