La Laîche cuivrée

Carex otrubae 1 blog

L’épi hermaphrodite de ce puissant carex scintille de son conglomérat dense et serré d’utricules stelliformes et acuminés.

Il fut longtemps considéré comme un hybride de la Laîche1 des renards et de la Laîche en épi. Et c’est le Tchèque Podpera qui le nomma Carex otrubae Podpera en 1922, le dédiant à son homologue botaniste Otruba.

Comme la plupart des noms scientifiques attribués aux êtres vivants, ce binôme latin chemina dans les méandres de la nomenclature, des noms valides et invalides ; il prit entre autres l’appellation de Carex cuivré (Carex cuprina), avant de redevenir Carex otrubae. Peu importe ici, tant ces deux noms lui siéent à ravir : otrubae, par sa sonorité slave, rude et rêche, rehausse en quelque sorte l’aspect étoilé-acéré de ses épis compacts, pendant que cuprina fait état de sa jolie dorure cuivrée à maturité, laquelle ne se départit jamais d’une douce lueur verdâtre.

La Laîche cuivrée2 participe des Vignea – carex dont les épis sont en apparence tous semblables. Ses fleurs mâles, localisées au sommet des épis, ne sont visibles qu’à l’anthèse, au moment où les étamines coiffent les épis de leurs brosses échevelées. Elle se rencontre communément en Brenne, au bord des étangs et dans les prairies humides.

1Laîche et carex sont synonymes.

2Outre ses caractéristiques d’aspect et de couleur, Carex otrubae se singularise par sa tige scabre, trigone et coupante, sa longue bractée inférieure sétacée, et ses utricules à long bec bifide d’où émergent deux stigmates.

Le Chardon Marie

Chardon Marie (6) 2 blog

Chardon Marie (5) blog

Le Chardon Marie participe de ces plantes qui nous piquent, nous griffent, nous écorchent dans notre psychisme (et dans nos chairs si nous le touchons). Et ceci principalement à cause de deux inversions. La première concerne ses grandes feuilles d’un vert brillant, abondamment sillonnées de grosses veines laiteuses, mais piquantes comme un cactus lorsque l’on s’avise de les toucher. Cette griffure du rêve de lait, de la douceur laiteuse, on la retrouve aussi chez les euphorbes, au latex blanc et abrasif, et chez les lactaires à lait blanc, dont le latex est toujours amer, astringent, voire brûlant comme chez le très judicieusement nommé Lactaire à lait brûlant.

La deuxième inversion est induite par le capitule pourpre, posé dans son nid de bractées, qui ressemble à un mignon petit artichaut certes, mais qui est intouchable eu égard à son armure bardée de piquants.

Le Chardon Marie* : Silybum marianum (Linné) Gaertner, est l’hôte habituel des champs cultivés en Berry. Grâce à son cou de girafe, il s’élève très haut au-dessus des mers de céréales et de colzas.

(21 juillet 2016)

*La référence à Marie vient de la légende suivante : la Vierge, allaitant l’enfant Jésus, aurait laissé couler du lait de son sein sur les grandes feuilles de ce chardon, lesquelles seraient restées veinées de blanc.

La Vesce hirsute

Ervilia hirsuta 2 blog

Un si gros nom chez une si petite fleur !

Pour arriver à digérer ce gros nom, il faut se débarrasser de la perception ordinaire, de ce que nous livrent spontanément nos sens – comme le préconisait Gaston Bachelard lorsqu’il s’agissait d’entrer dans le monde de l’atome.

En effet, qui accepterait de croire qu’une si petite et délicate Papilionacée, d’un blanc à peine touché de lilacin… oui qui accepterait de croire qu’elle est velue comme un ours ?

Glissons notre plante sous la loupe. Elle est effectivement parcourue de poils sur la tige et le calice… mais ce sont surtout ses gousses noires, qui sont densément velues.

Cette petite vesce, munie de vrilles volubiles, choisit, selon la présence ou non d’un support à sa portée, la vie ascensionnelle sarmenteuse, ou la position prostrée, couverte et rebondie alors par l’édredon de ses feuilles, nattées chacune d’une dizaine de paires de folioles.

La Vesce hirsute : Ervilia hirsuta (Linné) Opiz, fleurit discrètement dans les friches ouvertes, les prés rocailleux, broussailleux, et dans les champs cultivés.

(13 juill

La Brunelle laciniée

Prunella laciniata 2 blog

Par son épi de fleurs d’un blanc éclatant, cette brunelle tranche superbement avec le vert des pelouses ou le beige des friches calcaires et sèches desquelles elle émerge comme par enchantement. Qui plus est, ce blanc pur, parfois nuancé de jaunâtre, est rehaussé par le brun-pourpre des calices déjà fermés. Mais la séduction de cette plante ne réside pas dans sa seule magie laiteuse ; ses feuilles laciniées y participent également, ce tant par la finesse hastée de leur découpe que par la beauté entremêlée du mot lacinié.

Lacinié vient de l’ancien français lasne : lanière, lui-même issu du latin laciniatus : découpé, fait de morceaux, de lacer : mutilé, déchiré, mis en pièces.

D’autres mots séduisants, tels lacis : réseau de fils entrelacés, de vaisseaux sanguins ou de filets nerveux, labyrinthe de voies ferrées, de rues, ou laciniure : découpure étroite et allongée d’une feuille, dérivent également du latin lacer.

La Brunelle laciniée : Prunella laciniata Linné, plus rare que la Brunelle commune, apparaît cependant fidèlement sur les terrains calcaires, secs et chauds. On peut l’admirer en ce moment au Bois-du-Roi, aux Bordes, à la Boudinière, sur la commune de Pouligny-Saint-Pierre, ou sur les pelouses de Déols, vers le rond-point qui dessert l’aérodrome et l’autoroute de Paris.

(7 juillet 2016)

La Brunelle commune

Prunella vulgaris 1 blog

Voici un cas magnifique – clinique pourrait-on dire – de confusion, d’assimilation du b avec le p. Et, conjointement, de confusion de couleurs concernant le brun, le pourpre et le violet, affectant les brunelles, fleurs qui portent indifféremment les noms génériques de Brunella ou de Prunella.

Le mot Brunella serait issu de deux sources possibles : soit du haut allemand braun : pourpre, et ce par allusion aux fleurs pourpres de certaines brunelles, soit du bas allemand de ce même mot, évoquant alors l’inflorescence cylindrique de ces plantes, tuilée de ses calices brunâtres une fois les fleurs tombées. Prunella, de son côté, ferait référence à la couleur souvent violette de ces Lamiacées, rappelant celle des fruits du Prunellier : les prunelles.

La Brunelle commune : Prunella vulgaris Linné, hisse sa houppe de fleurs violettes, axillée par une paire de feuilles ovales-lancéolées, horizontales et opposées. Après la floraison, les calices se ferment et confèrent à la plante cette couleur brune qui nous incline spontanément à l’appeler Brunelle. En sus de la position haute des feuilles supérieures, la découpe trilobée de la lèvre inférieure de la corolle et la présence d’une pilosité éparse nous permettent de la différencier des espèces de couleur similaire.

La Brunelle commune est commune en Berry. Ubiquiste, on la rencontre tant dans les prés secs ou humides, que sur les lisières forestières et dans les lieux rudéraux. Celle de la photo fut surprise le long du ruisseau des Chézeaux.

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