
Le Bolet pseudo-royal n’est pas rouge de chapeau comme le Bolet royal. Il affiche modestement un beige café au lait envahi de vieux rose.
Le vieux rose, parlons-en. C’est une couleur que les mycologues affectionnent ; ils s’y réfèrent souvent dans leurs descriptions, ils ont même nommé une russule la Russule vieux rose, dont les teintes se déclinent du beige rosâtre au brun vineux en passant par le rouge jambon.
Le vieux rose – dans sa conception même, dans l’idée même qu’une couleur puisse être vieille, que l’usure du temps soit capable de créer une couleur autonome – est unique en son genre. Il n’y a pas de vieux bleu, de vieux rouge, de vieux vert ni de vieux jaune. Que nous enseigne donc ce vieux rose, quels sont les secrets de sa fortune dans nos sensibilités ? Teinte du temps qui passe, de la nostalgie, tels les petits nuages de Marcel Proust qui flottent à l’horizon comme des regrets ?
Le Bolet pseudo-royal : Boletus pseudoregius Huber ex Estadès, participe de ces gros bolets thermophiles des feuillus calcaires, que la sécheresse n’a pas freinés dans leur frénétique poussée.
À l’instar des bolets appendiculés et du Bolet royal auxquels il s’apparente, ses pores jeunes nous éblouissent d’un magnifique jaune vif dont le ravissement persiste jusqu’à l’ivresse.
Au fait, du Bolet royal et du Bolet pseudo-royal… quel est le plus royal* des deux ?
(27 octobre 2016)
*Seul le Bolet pseudo-royal a du sang bleu ! (Il bleuit dans sa chair à la cassure, et surtout au niveau des tubes et des pores au frottement, alors que le Bolet royal demeure quasiment immuable.)



