Le Séneçon du Cap

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Lorsque vous traversez le Massif Central en voiture, en cette période de l’année, et que le long des routes et autoroutes se déroulent sans discontinuer des tapis jaunes de fleurs, se rétrécissant et s’élargissant de-ci de-là, flanquant les bas-côtés jusqu’à mordre le goudron… Eh bien, que vous le vouliez ou non, ces bandes jaunes obsèdent votre regard, imprègnent vos rétines et vous interrogent : Mais quelles sont donc ces fleurs qui coulent miraculeusement en laves jaunes ? D’où viennent-elles ? Par quel irrépressible instinct migratoire sont-elles venues ?

Avec un brin de curiosité et un ouvrage de botanique, vous parvenez assez facilement à identifier le Séneçon du Cap : Senecio inæquinans Augustin de Candolle, originaire d’Afrique du Sud comme l’indique son nom français.

Les séneçons sont des Astéracées jaunes construites sur le modèle de la Marguerite. Le nôtre se démarque des autres espèces par ses feuilles linéaires et par la base de ses tiges ligneuses ; il est considéré comme invasif.

Encore tout à l’ivresse de ces tapis jaunes qui remontent jusqu’à Montluçon… me voilà à traverser le Pont Cantrelle à Châteauroux. Et que vois-je ? Le Séneçon du Cap !… dans les interstices du trottoir, et en nappes jaunes sur le flanc oblique de la voie ferrée… ici même où floconnent encore les grises Queues de lièvre*.

(23 novembre 2017)

*Voir L’Écho du Berry du 27 juillet 2017.

Le champignon-méduse

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La Mucidule mucideuse est sans conteste la créature fungique la plus photogénique qui soit. Elle n’a pas sa pareille pour capter la lumière, et la restituer au filtre de sa blancheur* laiteuse, visqueuse et translucide.
Qu’il s’agisse de son chapeau médusoïde, de son pied courbe orné d’un anneau, de ses lames espacées, tout en elle est transparence, pureté, vibration diaphane. Les photographes se régalent !

Son nom latin : Mucidula mucida (Schrader : Fries) Patouillard, est un hymne redondant à la viscosité qui la oint entièrement.

Elle se fut appelée aussi Collybie mucideuse, et plus récemment Oudemansiella mucida – nom générique certes banalement dédié au mycologue néerlandais Oudemans (1825-1906), mais dont la sonorité explosive, tel un formidable éclat de rire, nous insuffle le mot démentielle. Démentielle de viscosité, de blancheur, de transparence.

La Mucidule mucideuse signe en général l’identité de son support : le bois mort de hêtre. Mais exceptionnellement, elle s’aventure sur un chêne ou sur un bouleau.

(16 novembre 2017)

*Quand elle et jeune, la Mucidule mucideuse arbore souvent des teintes gris pâle, gris cendré, mais toujours dotées de la même translucidité glutineuse.

Le cortinaire d’or

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Chez ce cortinaire, nulle teinte vive, nul contraste de couleurs pour venir nous distraire de la pureté de sa forme, de sa silhouette et de son élégance. Il incarne la beauté plastique des Scauri – ces Phlegmacium à bulbe marginé.

Ce bulbe marginé, parlons-en, tant il fit rêver des générations de cortinariologues, qui s’assirent sur son rebord suave, plat et biseauté, s’y allongèrent, y méditèrent comme sur la margelle d’un puits ou sur le bord d’une corniche flottant dans les nuages.

Sa blancheur spectrale, légèrement ochracée sur le chapeau à la manière d’Hebeloma sinapizans, à peine nuancée de bleuâtre en haut du pied, rehaussée d’un relief de cortine rouillée par les spores, offre au regard un idéal de proportions. Et en effet, le rapport de la longueur du pied sur le diamètre du chapeau avoisine le nombre d’or : 1,6180339887…

Ce cortinaire pâle et presque dépourvu de teintes cyanées participe des Rapacei (du latin rapum : rave), et ce dans une double entente : le bulbe marginé de ces espèces évoquent un navet, une rave, et plusieurs d’entre elles exhalent une odeur raphanoïde. Ajoutons à cela que nous pouvons subjectivement y associer l’homophone français rapace, eu égard à la pureté de forme partagée par ces oiseaux et ces champignons.

Notre cortinaire porte le nom actuel de Cortinarius caroviolaceus Orton, synonyme de Cortinarius rapaceus Fries. Les exemplaires de la photo croissent en duo dans l’herbe au pied d’un chêne, en terrain calcaire, sur la commune de Saint-Maur.

(9 novembre 2017)

La Lampourde épineuse

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Le mot extraordinaire de lampourde, sourd, lourd comme la bourbe, émane du provençal lampourdo, qui dérive du latin lappa (épithète désignant une bardane), lui-même issu du grec lambanô : accrocher ; les capitules crochus des bardanes et des lampourdes s’accrochent dans les vêtements et le pelage des animaux.

La Lampourde épineuse est une plante couturière… par sa triple aiguille à la base des feuilles, et surtout par les crochets de son involucre, qui inspirèrent les fermetures VELCRO. En voici l’anecdote : En 1948, au retour d’une promenade dans la campagne avec son chien, George de Mestral s’aperçoit que son chien et son pantalon sont recouverts d’un enchevêtrement inextricable de crochets. Il identifie la plante et invente la fermeture VELCRO – mot valise formé par le début de velours et de crochet – constituée d’anneaux souples comme des mails et de crochets s’agrippant dedans.
Parmi ses multiples usages, la Lampourde épineuse était utilisée pour teindre les cheveux en blond, d’où son nom latin : Xanthium spinosum Linné (du grec xanthos : jaune).

Originaire d’Amérique du Sud, cette curieuse plante n’avait jamais été signalée en Berry. Il fallut la perspicacité d’un agriculteur pour en découvrir un unique pied dans un champ en friche, sur la commune de Malicornay.

(2 novembre 2017)

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