
Le nom scientifique de cette fleur est une sorte d’oxymore sonore. En effet, autant le mot campanule est doux, rond et harmonieux comme l’objet qu’il désigne : une petite cloche, autant l’épithète trachelium est rêche et raboteuse, et nous renvoie phonétiquement à d’autres mots rugueux (d’étymologie différente), tels trachéite, trachéotomie, trachyte, trachyptère…
Mais cet oxymore ne se limite pas à la simple sonorité des mots. En effet, il se propage comme une onde liquide en d’autres oxymores évocateurs, visuels ou tactiles. Ainsi, le galbe et la patine d’une cloche, tout comme le chant des clarines au moment de l’estive, s’opposent-ils à la toux enrouée provoquée par une trachéite, ou au contact râpeux d’un trachyte – cette roche volcanique incrustée de cristaux.
Mais il est temps de regarder notre plante. Eh bien, voilà qu’elle est un oxymore elle aussi : ses grosses clochettes suaves, bleues ou violettes, tranchent avec la rudesse générale de la plante, dont la tige, les feuilles et les calices sont hérissés de poils raides et presque piquants. Et de nous dire alors que Carl von Linné, qui baptisa notre campanule Campanula trachelium Linné (du grec trachêlos : cou – eu égard à ses prétendues propriétés contre les douleurs du cou, de la nuque), eût tout aussi bien pu la nommer Campanula tracheum (du grec trakhus : rugueux, raboteux), par allusion à son aspect hispide-hérissé.
Cette campanule à grandes fleurs a élu domicile, entre autres, près du Moulin des Eaux Vives, dans la vallée de la Bouzanne, entre Tendu et Yvernaud.
(26 juillet 2018)