Cladonia floerkeana

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Il n’y a pas que le Houx, le Petit-houx, le Tamier, l’Églantier pour enchanter l’hiver de leurs boules rouges. Il y a aussi des lichens mirifiques : des Cladonies aux apothécies rouges.

Rappelons que les Cladonies (du grec klados : rameau, par allusion à l’aspect ramifié de certaines d’entre elles), sont des lichens complexes, tant par leur structure que par leur étude.

Elles sont composées d’un thalle primaire (le premier à apparaître), crustacé et alors fugace, ou foliacé ou squamuleux, surmonté d’une sorte de pied : le podétion ou thalle secondaire, qui peut être buissonnant, en alène ou en scyphe (en coupe).

Notre Cladonie appartient à la tribu prodigieuse des Coccinées (des Écarlates), de par ses apothécies rouges et son thalle primaire persistant et toujours bien visible. Au sein de ce groupe, elle s’isole par son absence de réaction aux trois réactifs chimiques les plus utilisés en lichénologie (K-, KC-, P-). Par ailleurs, elle se singularise par son thalle gris verdâtre, et ses podétions granuleux à squamuleux, s’épaississant sous les grosses apothécies rouges.

Son nom, Cladonia floerkeana (Fries) Flörke, rend d’hommage au lichénologue allemand Heinrich Gustav Flörke (1764-1835).

Cette petite merveille de la nature peut être observée dans les landes du Rocher de la Fileuse, sur la commune de Saint-Plantaire.

(27 décembre 2018)

Le Rosé sanguinolent

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Il saigne de partout. D’un sang lumineux et épais. Sur son pied blanc dès qu’on le touche ; sur son chapeau brun roussâtre semé de squames rousses ; sur ses lames rose vif que le froissement empourpre ; en sa chair blanche et inodore.

C’est sans surprise alors que cet agaric fut placé dans les Rubescentes (les Rougissants), puis d’une manière encore plus expressive dans les Sanguinolenti, dont il demeure le chef de file sous le nom sans équivoque d’Agaricus hæmorrhoidarius Kalchbrenner & Schulzer.

Il ressemble au Rosé des bois* : Agaricus silvaticus, mais s’en démarque cependant par sa robustesse, son rougissement plus intense, ses lames d’un rose presque rouge, son anneau plus épais et son habitat : bois de feuillus graminéens, vergers.

Les Rosés sanguinolents de la photo croissent dans un pré-bois sur la commune de Saint-Maur, dans l’Indre.

(20 décembre 2018)

*L’Agaric des bois est plus frêle, rougit faiblement, montre des lames rose pâle à rose grisâtre et un anneau fragile ; il pousse sous les conifères. Tous deux sont de bons comestibles.

Lepiota cristata

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Sa tête conique penche, pense semble-t-il, sous le poids de son gros mamelon obtus à calotte rouille qui éclate en écailles édulcorées. Tête qui couve des lames blanches, et oscille au sommet d’un pied courbe couronné d’un anneau membraneux.

Lepiota cristata a la délicatesse fragile des petites lépiotes.

Elle est immédiatement reconnaissable à son odeur particulière, qu’Henri Romagnesi qualifie de complexe, superposition alchimique de deux émanations : l’une fruitée-acide, plutôt agréable, l’autre de scléroderme, franchement désagréable. Cette odeur intrigante fut abondamment déclinée selon le nez des mycologues, en senteurs fruitées-vireuses, en relents caoutchoutés, de baudruche ou de radis pourri… jusqu’à devenir une odeur de référence elle-même, à laquelle se rallia une bonne quinzaine de champignons.

Comment interpréter le nom spécifique de Lepiota cristata (Bolton : Fries) Kummer ? Il vient sans conteste du latin crista : crête. Mais où se situe donc la crête ? Eh bien sur l’arête des lames, mais ceci n’est visible que sous la loupe binoculaire et quand le champignon est très jeune. Curieusement, cette arête crêtée est aussi semée de cristaux. Mais le rapprochement entre crista et cristal est purement phonétique, cristal étant issu du latin crystallus : glace.

La Lépiote à crête affectionne l’herbe des parcs et des prés-bois. Suspecte et ressemblant aux petites lépiotes mortelles, il est impératif de la considérer comme potentiellement toxique.

La Tramète pubescente

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Les tramètes, avant de s’étaler en chapeaux plus ou moins minces, naissent sous forme de nodules et développent des chapeaux difformes, épais et boursouflés. À cette étape de leur cycle : naissance et prime jeunesse, elles sont difficilement identifiables à l’œil nu. Et ceci est d’autant plus probant chez trois tramètes voisines : la Tramète versicolore, la Tramète ochracée et la Tramète pubescente.
Toutes trois, jeunes, ont à voir avec le velours, et pourraient tenir lieu de doux doudou pour les petits enfants.

Comparons ces trois polypores.

La Tramète versicolore, mince, varie dans une gamme impressionnante de teintes, des plus claires aux plus obscures : blanchâtres, crème, jaunâtres, brunes, gris bleu, bleu nuit à presque noires. Qui plus est, l’alternance de zones mates et de zones satinées lui confère un aspect chatoyant. Elle est de loin la plus courante.

Les deux autres, relativement rares, sont monochromes et plus épaisses, distillant toujours des tonalités douces et chaudes : ocre jaune à orangées chez la Tramète ochracée, crème à jaune pâle chez notre Tramète pubescente : Trametes pubescens (Schumacher) Pilat. Cette dernière présente aussi la particularité d’être plus fragile que les deux autres : elle est vite grignotée par les insectes, et une fois sèche, elle est légère comme une meringue. Ses spores sont lisses, hyalines et cylindriques (5,5-7,5 x 1,8-4,5 microns L’exemplaire photographié fut observé à Tronçais, sur le tronc d’un bouleau languissant.

Variations sur les mots trame et tramète

Les tramètes au sens large regroupent des polypores généralement peu épais, lignicoles, annuels (parfois pérennants), répartis en six genres – dont le genre Trametes comprenant neuf espèces européennes (voir l’article de Max PIERI et Bernard RIVOIRE dans le bulletin de la Société Mycologique de France, année 2007, tome 123, fascicule 1).

Avant de nous pencher sur l’étymologie du mot Trametes, considérons le mot trame dans son acception première : terme technique utilisé par les tisserands pour désigner les fils transverses d’un tissu. Par métonymie, le mot trame en vint à désigner un tissu dans son ensemble.

Notons aussi que le mot trame revêt une signification particulière en ce qui concerne les polypores : il désigne leur chair, synonyme de contexte.

Revenons au mot Trametes. L’interprétation étymologique la plus courante est la suivante : du latin trama : toile, tissu ; qui présente un tissu aranéeux autour des pores… ce qui est peu convainquant, car ce voile aranéen est fugace et très inconstant. Paul Escallon, dans son Précis de myconymie, nous propose une deuxième interprétation, plus plausible à mes yeux : Trametes a peut-être été mis pour Tramitis : sentier(s), chemin(s) de traverse… certaines tramètes arborant des pores étirés, labyrinthiques (cette caractéristique étant spectaculaire par exemple chez Trametes gibbosa, ou Dædaleopsis confragosa, appelée autrefois Trametes rubescens).

(observation de septembre 2018)

La Lépiote excoriée

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De nombreuses lépiotes ont un chapeau excorié, c’est-à-dire rompu, déchiré en écailles.

Cette excoriation – du latin ex : hors de, et corium : peau – est un phénomène endogène, provenant du chapeau lui-même, alors que chez les amanites, les verrues et plaques membraneuses qui les parsèment sont d’origine exogène : elles sont les reliefs du voile général.

D’une manière pratique et pédagogique, les ornementations du chapeau des amanites sont labiles : elles peuvent disparaître à la pluie ou au frottement du doigt, alors que les écailles des lépiotes sont persistantes, et les ôter revient à arracher le revêtement du chapeau.

De nombreuses lépiotes sont excoriées, donc, mais une seule d’entre elles porte cette caractéristique dans son nom : Macrolepiota excoriata (Schæeffer : Fries) Wasser.

Son chapeau vite convexe, au mamelon obtus ou indistinct, commence son excoriation à partir de la marge, soit en mèches concentriques, soit en étoile. Ses mèches ou ses squames, d’un ochracé pâle ou soutenu, contrastent plus ou moins avec les parties beiges ou blanc crème du chapeau.

La Lépiote excoriée participe des petites coulemelles comestibles et appréciées au même titre que la grande. Parmi celles-ci, le groupe mastoidea s’en démarque par un chapeau généralement mamelonné, à excoriation plus centrale et contrastée, et par un pied finement chiné (il est blanc chez la Lépiote excoriée).

Notre petite coulemelle, à l’instar du Rosé des prés, bénéficie du choc thermique après les quelques pluies. Tous deux s’épanouissent de concert dans des prairies velloises… et sûrement bien ailleurs.

(29 novembre 2018)

Lactarius controversus

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Si je devais esquisser à grands traits le portrait de ce lactaire, je dirais qu’il est gros, qu’il est blanc, qu’il est vite imbibé de teintes vineuses, que ses lames crème virent au rose carné, que sa chair et son lait blancs son âcres, et que son arbre de prédilection est le peuplier.

Engageons-nous maintenant dans une perception plus intime de ce champignon.

Considérons d’abord son nom : Lactarius controversus Persoon ex Fries – que l’on peut raisonnablement traduire par Lactaire renversé ou Lactaire retourné. En effet son chapeau, convexe à l’état jeune, se creuse en entonnoir pendant que la marge involutée continue son enroulement en sens inverse vers les lames, conférant à l’ensemble une silhouette inversée.

Examinons ensuite ses teintes vineuses. Zonant indistinctement le chapeau, elles finissent par l’envahir tout entier… et nous remarquons alors que la vinescence n’est pas l’apanage de la seule Amanite vineuse. Quant aux lames rapidement rosâtres, elles permettent de le séparer définitivement des autres gros lactaires blancs qui lui ressemblent.

Sa chair et son lait âcres le rendent immangeable, à l’instar de tous les lactaires à lait blanc. Son habitat typique, sous peupliers, nous met immédiatement la puce à l’oreille. Mais attention, notre lactaire se plaît aussi sous les saules, tel celui photographié sur le bord de l’Étang de Bellebouche, en Brenne.

(22 novembre 2018)

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