
Les tramètes, avant de s’étaler en chapeaux plus ou moins minces, naissent sous forme de nodules et développent des chapeaux difformes, épais et boursouflés. À cette étape de leur cycle : naissance et prime jeunesse, elles sont difficilement identifiables à l’œil nu. Et ceci est d’autant plus probant chez trois tramètes voisines : la Tramète versicolore, la Tramète ochracée et la Tramète pubescente.
Toutes trois, jeunes, ont à voir avec le velours, et pourraient tenir lieu de doux doudou pour les petits enfants.
Comparons ces trois polypores.
La Tramète versicolore, mince, varie dans une gamme impressionnante de teintes, des plus claires aux plus obscures : blanchâtres, crème, jaunâtres, brunes, gris bleu, bleu nuit à presque noires. Qui plus est, l’alternance de zones mates et de zones satinées lui confère un aspect chatoyant. Elle est de loin la plus courante.
Les deux autres, relativement rares, sont monochromes et plus épaisses, distillant toujours des tonalités douces et chaudes : ocre jaune à orangées chez la Tramète ochracée, crème à jaune pâle chez notre Tramète pubescente : Trametes pubescens (Schumacher) Pilat. Cette dernière présente aussi la particularité d’être plus fragile que les deux autres : elle est vite grignotée par les insectes, et une fois sèche, elle est légère comme une meringue. Ses spores sont lisses, hyalines et cylindriques (5,5-7,5 x 1,8-4,5 microns L’exemplaire photographié fut observé à Tronçais, sur le tronc d’un bouleau languissant.
Variations sur les mots trame et tramète
Les tramètes au sens large regroupent des polypores généralement peu épais, lignicoles, annuels (parfois pérennants), répartis en six genres – dont le genre Trametes comprenant neuf espèces européennes (voir l’article de Max PIERI et Bernard RIVOIRE dans le bulletin de la Société Mycologique de France, année 2007, tome 123, fascicule 1).
Avant de nous pencher sur l’étymologie du mot Trametes, considérons le mot trame dans son acception première : terme technique utilisé par les tisserands pour désigner les fils transverses d’un tissu. Par métonymie, le mot trame en vint à désigner un tissu dans son ensemble.
Notons aussi que le mot trame revêt une signification particulière en ce qui concerne les polypores : il désigne leur chair, synonyme de contexte.
Revenons au mot Trametes. L’interprétation étymologique la plus courante est la suivante : du latin trama : toile, tissu ; qui présente un tissu aranéeux autour des pores… ce qui est peu convainquant, car ce voile aranéen est fugace et très inconstant. Paul Escallon, dans son Précis de myconymie, nous propose une deuxième interprétation, plus plausible à mes yeux : Trametes a peut-être été mis pour Tramitis : sentier(s), chemin(s) de traverse… certaines tramètes arborant des pores étirés, labyrinthiques (cette caractéristique étant spectaculaire par exemple chez Trametes gibbosa, ou Dædaleopsis confragosa, appelée autrefois Trametes rubescens).
(observation de septembre 2018)