
Il n’y a pas de rose sans épines… mais aussi, il n’y a pas de phrase sans casse-tête linguistique. En effet, les botanistes diraient : il n’y a pas de rose sans aiguillons. Car pour eux, les roses ont des aiguillons, et non des épines.
Les aiguillons (du latin aculeus), sont des excroissances dures, courtes et pointues produites par les tissus superficiels d’une plante. Ils peuvent être détachés par une pression latérale du doigt, et laissent alors une cicatrice discrète là où ils étaient fixés. Les rosiers, dont notre Églantier : Rosa canina Linné, et les ronces sont des végétaux à aiguillons.
Les épines (du latin spina), au contraire, puisent leur origine dans les tissus ligneux profonds de la tige, des rameaux ou des fruits. Elles font corps avec le bois qui s’en ornemente. Le Prunellier (l’Épine noire), l’Aubépine (l’Épine blanche), l’Épine-vinette sont des arbustes à épines.
Les épines comme les aiguillons protègent personnellement la plante contre les herbivores. Mais de surcroît, les végétaux voisins ou entremêlées en bénéficient également. Ainsi, dans une friche velloise par exemple, les bébés chênes profitent-ils d’abord de la protection des ronces, puis de celle des Prunelliers et Aubépines avant de devenir grands. Et d’une manière tout à fait insolite, j’eus l’occasion d’observer une telle entraide au printemps dernier. Alors que tous les buis de mon environnement furent brûlés par les chenilles de la Pyrale du buis, une seul pied resta vert et feuillé : il bénéficiait de la protection d’un roncier dans lequel il était enfoui et entremêlé.
Revenons à l’épine et à l’aiguillon. Je vous propose en fin de compte de dire que les roses ont des épines – c’est plus féminin et poétique… mais de rester animé(e) par l’aiguillon du désir, de la connaissance.
(21 février 2019)



