L’Épine ou l’aiguillon ?

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Il n’y a pas de rose sans épines… mais aussi, il n’y a pas de phrase sans casse-tête linguistique. En effet, les botanistes diraient : il n’y a pas de rose sans aiguillons. Car pour eux, les roses ont des aiguillons, et non des épines.

Les aiguillons (du latin aculeus), sont des excroissances dures, courtes et pointues produites par les tissus superficiels d’une plante. Ils peuvent être détachés par une pression latérale du doigt, et laissent alors une cicatrice discrète là où ils étaient fixés. Les rosiers, dont notre Églantier : Rosa canina Linné, et les ronces sont des végétaux à aiguillons.

Les épines (du latin spina), au contraire, puisent leur origine dans les tissus ligneux profonds de la tige, des rameaux ou des fruits. Elles font corps avec le bois qui s’en ornemente. Le Prunellier (l’Épine noire), l’Aubépine (l’Épine blanche), l’Épine-vinette sont des arbustes à épines.

Les épines comme les aiguillons protègent personnellement la plante contre les herbivores. Mais de surcroît, les végétaux voisins ou entremêlées en bénéficient également. Ainsi, dans une friche velloise par exemple, les bébés chênes profitent-ils d’abord de la protection des ronces, puis de celle des Prunelliers et Aubépines avant de devenir grands. Et d’une manière tout à fait insolite, j’eus l’occasion d’observer une telle entraide au printemps dernier. Alors que tous les buis de mon environnement furent brûlés par les chenilles de la Pyrale du buis, une seul pied resta vert et feuillé : il bénéficiait de la protection d’un roncier dans lequel il était enfoui et entremêlé.

Revenons à l’épine et à l’aiguillon. Je vous propose en fin de compte de dire que les roses ont des épines – c’est plus féminin et poétique… mais de rester animé(e) par l’aiguillon du désir, de la connaissance.

(21 février 2019)

L’Amadouvier blanc

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L’Amadouvier est un champignon du noir et blanc – incluant tous les gris – et du brun – intégrant toutes les teintes brunes neutres ou édulcorées : noisette, brunâtre ochracé, fauve pâle… avec une exception toutefois chez certains jeunes Amadouviers, qui ondoient d’un brun-jaune chamoisé doux comme une peau de chamois.

Dans la prime jeunesse, il peut être d’un noir profond et brillant, et cette qualité lui valut la forme nigricans. Mais il peut également être entièrement blanc et le rester, induisant alors une autre forme – élevée désormais au rang de variété : Fomes fomentarius var. inzengae1 Cesati & De Notaris.

Si je m’en tiens à mes observations personnelles, je puis dire que les formes noires colonisent principalement le hêtre – mais tous les Amadouviers poussant sur le hêtre ne sont pas noirs – et que les formes blanches viennent exclusivement sur diverses espèces de peupliers. Celui de la photo exhibe sa blancheur de neige sur un Peuplier tremble mort, resté debout, sur la commune de Velles.

Sur les autres feuillus2 : chênes, frênes, saules, bouleaux, aulnes, noyers, platanes, châtaigniers, marronniers… les Amadouviers déclinent toutes les gammes de gris et de brun dans des tonalités plutôt ternes.

Aucun caractère microscopique ne différencie l’Amadouvier blanc de l’Amadouvier type, ni de sa forme noire. Pourquoi tous les Amadouviers qui croissent sur des peupliers sont-ils blancs ? Cela demeure un mystère !

(14 février 2019)

1Cette variété fut dédiée au mycologue italien Giuseppe Inzenga (1815-1887).

2L’Amadouvier n’a jamais été observé sur les conifères.

Coniophora puteana

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Quel nom !

Bien avant de la découvrir, j’ai passionnément aimé son nom. Il faut dire que les quelques photos la représentant dans des ouvrages spécialisés y contribuèrent : je voyais, je palpais… un peu inquiet et fasciné, cette peau molle et tuberculeuse, brun ocre à brun bistre, assombrie-brouillée d’olivâtre, proliférant sur les bords en une écume blanche, ouateuse et fimbriée, et devenant pulvérulente avec l’âge.
Coniophora puteana (Schumacher) Karsten ! Du grec konis : poussière, et pherô : porter ; et du latin puteus : puits, trou, fosse. La Coniophore des puits, des fosses…

Elle se fut appelée aussi Coniophora cerebella : petit cerveau, eu égard à son hyménium bosselé de tubercules mous et confluents, surtout dans la jeunesse.

Cette Corticiacée se distingue des espèces proches et ressemblantes par ses spores ovoïdes (10-15 x 7-8 microns), lisses, brunâtres et cyanophiles (leur paroi, épaisse, se colore intensément en bleu foncé au contact du Bleu coton).

Coniophora puteana se plaît dans les bois sombres et humides, dans les caves et les puits, sur toutes sortes de bois pourrissants.

Celle de la photo trace sa carte de géographie sur un antique frêne mort couché au sol.

(7 février 2019)

Du rose encore du rose

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En ce début d’année, je vois la vie en rose : rose carné de la Psathyrelle-chair, rose saumon de Rigidiporius ulmarius… et maintenant rose grisâtre de Glœoporus dichrous (Fries) Bresadola.
Resteraient à découvrir le rarissime Fomitopsis rosea, sur bois d’épicéa, le tendre et turgescent Oligoporus placentus, ainsi que quelques polypores et croûtes résupinés1 ou étalés-réfléchis à hyménium rose2.

Mais revenons à notre polypore à deux couleurs. Il développe de petits chapeaux tomenteux-feutrés, blancs à crème, minces et flasques, jaunissant avec le gel, qui contrastent avec le rose ou gris-rose de la surface fertile largement étalée. Sa chair est constituée de trois couches : la supérieure blanche et spongieuse, l’intermédiaire formée d’hyphes serrées et cohérentes, et l’inférieure rose et gélatineuse sur le frais, à l’instar des tubes et des pores3 entre lesquels elle s’insinue. Ses spores sont petites, allantoïdes à cylindriques (3,5-5,5 x 0,7-1,5 microns).

Ce champignon. Je viens de le découvrir dans un petit bois entre Velles et Tendu, sur une branche morte de Prunus tombée au sol. En sus de se nourrir sur le bois décomposé, il prélève sa pitance sur un phellin résupiné : Phellinus punctatus, qui se repaît du même bois. C’est le cas fréquent dans la nature… d’un mangeur mangé4!

(31 janvier 2019)

1Résupiné(e) : se dit d’un polypore ou d’une croûte entièrement étalé(e) et adhérent(e) à son support, ne laissant apparaître alors que sa face fertile.

2Parmi les polypores, citons Skeletocutis amorpha, Skeletocutis lilacina, Leptoporus mollis, Ceriporia purpurea, Ceriporia gilvescens, Hapalopilus salmonicolor, et parmi les Corticiacées, Corticium roseum, Corticium meridioroseum, Erythricium lætum, Chondrostereum purpureum, Peniophora boidinii, Peniophora quercina sec.

3Le nom générique Glœoporus vient du grec gloios : gluant, visqueux. Ce terme est impropre pour désigner ces polypores dont la couche externe de la chair, les tubes et les pores sont gélatineux… mais non visqueux.

4Deux autres cas spectaculaires nous furent offerts assez récemment, quand les mycologues séparèrent deux trémelles jaunes jusqu’alors confondues : Tremella aurantia, qui parasite Stereum hirsutum, et Tremella mesenterica, qui parasite des Peniophora.

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