Ce bolet creuse dans la mémoire profonde du mycologue.
Quand celui-ci le redécouvre, après une longue absence – en ce début d’été par exemple – il ne s’y attend pas. Il ne s’y attend au reste jamais. Frappé d’un trou de mémoire, il vacille soudain, mû cependant par la conscience claire qu’il connaît bien ce champignon, qu’il l’a vu et revu, mais qu’à chaque fois c’est la même chose : il est en proie à une éclipse amnésique.
Une fois ses esprits recouvrés, il se souvient : c’est Leccinum crocipodium ! C’est le raboteux à pores jaunes, qui fait figure de vilain petit canard – donc facile à reconnaître – dans le groupe complexe des raboteux à pores blancs. Son pied élancé et cylindrique, couvert de mèches, dur et coriace, ne trompe pas sur son appartenance. Son chapeau, ayant bénéficié des pluies et des ciels couverts de ces derniers temps, n’est pas craquelé comme à l’accoutumée : il est d’un beau jaune ocre uniforme ; sa marge, imbibée de noir d’encre, témoigne de la propension de ce bolet au noircissement.
Leccinum crocipodium (Letellier) Watling porte la couleur de son pied (safran à jaunâtre) dans son nom. D’autres noms, assez judicieux, furent attribués à ce champignon : Boletus tessellatus (Bolet craquelé), Boletus nigrescens (Bolet noircissant), et Leccinum luteoporum (Leccinum à pores jaunes).
Réputé comestible autrefois, ce bolet est désormais à éviter. Son noircissement peu appétissant à la cuisson, accompagné parfois de relents iodés, incite à le laisser dans la nature, sous les chênes, plutôt qu’à le consommer.
(27 juin 2019)
La distance, l’éloignement, l’étirement sont des paramètres qui titillèrent les carexologues – comme si ceux-ci, mis à rude épreuve par des groupes compliqués à épis plus ou moins distants, malmenés par des espèces rebelles aux épis aléatoirement éloignés les uns des autres – éprouvaient quelque besoin de distance, de distanciation avec les objets de leur étude.

