Un champignon-nid d’oiseau

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Nous ne sommes pas au printemps, ni précisément à Pâques, mais à Noël… et pourtant nous découvrons de minuscules œufs dans de petits nids.

La douceur automnale a fait que le lilliputien gastéromycète : Crucibulum læve1 (Hudson) Kamby, s’est attardé cette année sur les branchettes et brindilles éparpillées çà et là dans la ripisylve de Châteaubrun.
Avec Cyathus striatus, c’est la plus commune des Nidulariacées. Mais il faut avoir un œil de faucon pour détecter les petits nids de cinq millimètres, tapissés de leurs œufs blancs d’un ou deux millimètre(s).

Mais reprenons les choses à l’origine : c’est d’abord un réceptacle sphérique-cylindrique, fermé en son sommet par un épiphragme2 fibrilleux-soyeux, jaune d’or. Quand ce réceptacle s’ouvre et s’évase, il ressemblerait, d’après le mycologue Henri Romagnesi, à un pot de moutarde avec son gros rebord ocre jaune.

Les œufs – de minuscules vesses de loup discoïdes et aplaties – sont reliés à la paroi interne par un filament blanchâtre : le funicule.

(26 décembre 2019)

1Crucibulum : creuset, crucibule ; lævis : lisse, sans rugosité.

2Épiphragme : cloison temporaire, membraneuse ou papyracée, fermant la coquille des escargots en hiver.

Une russule borgne

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Certains champignons poussent sur d’autres champignons.

Citons les spectaculaires Nyctalis, ces champignons des ténèbres : la Nyctale porteuse d’étoiles s’installe sur les vieilles russules noircissantes, pendant que la Nyctale parasite vient surtout sur les russules faux-lactaires. Étonnant aussi le petit Bolet parasite, qui pare les sclérodermes de ses jolies cornes rondes.

Le parasitisme d’un champignon par un autre champignon est sûrement un phénomène beaucoup plus fréquent qu’on ne l’imagine. C’est par exemple la découverte d’un parasitisme sélectif qui a permis de séparer deux trémelles jaunes jusqu’alors confondues : la Trémelle orangée trouve sa pitance sur le coriace et élastique Stereum hirsutum, pendant que la Trémelle mésentérique se repaît de croûtes du genre Peniophora.

Il ne faut pas oublier non plus les très nombreuses moisissures qui s’installent sur toutes sortes de champignons, dont par exemple le Penicillium cyclopium qui rend somptueusement bleu céruléen le Scléroderme citrin.

Mais quand un champignon se pousse dessus, il s’agit alors de pure tératologie. Tel est le cas de notre Russula densifolia, surmontée d’un bébé-excroissance tel un œil qui lui donne l’air d’un champignon borgne.

Russula densifolia Gillet participe des russules noircissantes. Elle se démarque des espèces voisines par sa petite taille, son chapeau non ou peu visqueux, blanc imprégné de brun, ses lames très serrées, à saveur piquante, et par sa chair douce, rougissant avant de noircir.

Dans un bois de Saint-Maur, notre russule surveille d’un œil attentif… les allées et venues des chercheurs de champignons.

(19 décembre 2019)

L’Hydne cure-oreille

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Les champignons à aiguillons n’ont pas fini de nous intriguer et de nous ravir.

D’abord parce que lesdits aiguillons n’en sont pas vraiment : ni durs ni piquants, ils sont plutôt charnus, tendres et fragiles, voire mous, et évoquent souvent de petites tétines.

Nombre d’entre eux sont nommés à partir du radical grec odontos1, odous : dent, mais à l’instar des aiguillons… de dents ils n’ont que l’aspect visuel, non le toucher.

Les champignons aiguillonnés forment de petites entités hétérogènes, qui n’ont rien à voir les unes avec les autres, sinon la convergence d’aspect de leur hyménium. Parmi eux, se trouvent nos bien connus pieds de mouton, qui se situent en quelque sorte à la croisée des rares champignons-hérissons (Hericium), aux longs aiguillons denses et fragiles, et des non moins rares Hydnacées coriaces que sont les Phellodon, Sarcodon, Hydnellum.

Il ne faut pas non plus oublier toutes les croûtes aiguillonnées,2 tels les Irpex, Steccherinum, Mycoacia… ni le blanc et gélatineux Tremellodon gelatinosum.

Et notre étonnant petit Cure-oreille : Auriscalpium vulgare Gray ? Où se situe-t-il ? Qu’est-il ?

Il est le seul représentant européen du genre. La densité épaisse et argentée de sa pilosité, qui contraste joliment avec le velours brun-jaune, brun-roux ou brun vineux à violacé de son chapeau et de son pied, ainsi que ses gros aiguillons peu serrés, blanchâtres à brunâtres, n’enlèvent rien à son raffinement et à sa grâce.

Les deux frères jumeaux de la photo colonisent une pomme de pin, dans la forêt de Vouzeron.

(20 novembre 2019)

Caractères microscopiques :

Spores elliptiques (4,5-5,5 x 3-4,5 microns), hyalines, amyloïdes, finement verruqueuses ; système d’hyphes dimitique.

1En plus des genres Sarcodon, Phellodon, citons Odonticium, Odontiopsis, Xylodon, Hyphodontia, Sarcodontia

2Citons par exemple Steccherinum ochraceum, Dentipellis fragilis, Cristinia eichleri, Hydnocristella himantia, Mucronella calva, Hyphodontia barba-jovis, Sarcodontia crocea, Phlebia bispora, Radulomyces molaris, Odonticium flavicans, Odontiopsis hyphodontina, Xylodon spathulatus, Irpex lacteus

Lepista panaeola

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L’épithète de ce champignon : panaeola : textuellement tout nuancé, bigarré, diapré, est à la hauteur du trouble qu’il nous procure lorsque nous essayons de définir tant sa couleur, que sa texture et sa lumière.

Voyageons d’abord au pays des mots enchantés que sont nuancé, bigarré, diapré – auxquels nous pouvons ajouter bariolé, chamarré, jaspé, marbré, moiré

Nuancé tire son origine des nuages, diapré des draps fleuris, eux-mêmes comparés à des jaspes – ces pierres finement rubanées, teintées de vert, de rouge, de brun ou de noir –, bigarré a peut-être à voir avec le frelon nommé bigar en languedocien, bariolé est un assemblage de deux mots de l’ancien français : barré et riolé, tous deux dans le sens de bigarré ; chamarré descend de l’espagnol zamarra : vêtement de berger (sûrement rapiécé-bariolé), et moiré de l’anglais mohair : étoffe en poils de chèvre angora aux chatoyants reflets…

Lorsque nous essayons de décrire la couleur, la texture et la lumière du chapeau de notre champignon : Lepista panaeola*, nous naviguons et nous nous perdons, tantôt dans un magma brunâtre et tremblotant, bigarré d’un glacis blanchâtre, tantôt en effleurant un givre blanc, posé tel un arachnéen suaire dans lequel de grosses guttules brunes se sont incrustées en séchant.

Les lépistes de la photo – appelées aussi Argouanes à l’instar du Pleurote du Panicaut – attendent tapies dans l’herbe, chaque jour de cet automne, la sortie des écoliers vellois.

(5 décembre 2019)

*Son nom actuel – beaucoup moins poétique – est Lepista luscina (Fries : Fries) Karsten (du latin luscus : borgne, en référence aux spores uniguttulées… qui paraissent n’avoir qu’un œil.

Le Paxille enroulé

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La toxicité d’un champignon ne se révèle en général que le jour où celui-ci provoque un empoisonnement.

Tel est le cas édifiant du Paxille enroulé, d’autant plus troublant que c’est un grand mycologue allemand : Julius Schäffer, qui en fit la triste expérience en 1944 : il mourut après avoir consommé des Paxilles enroulés – champignons pourtant considérés comme comestibles et même fort appréciés à cette époque.

Depuis, la liste des champignons toxiques – voire mortels – n’a eu de cesse de s’allonger… et ce n’est pas fini ! L’exemple récent le plus spectaculaire est celui du Tricholome équestre, vendu sur les marchés dans le sud de la France sous le vocable de Bidâou… jusqu’en 1992 où il se révéla responsable d’intoxications mortelles par rhabdomyolyse.

Revenons à notre Paxille enroulé : Paxillus involutus (Batsch : Fries) Fries. Feutré-soyeux dans la prime jeunesse, à marge cannelée longtemps enroulée vers les lames, il devient visqueux avec l’âge et arbore cette teinte que les mycologues qualifient de brunâtre olivacé sordide. Les lames molles se maculent de brun rouille, et se détachent facilement de la chair comme les tubes des bolets.

C’est un champignon extrêmement commun en Berry, tant sous les feuillus que sous les conifères. Si vous avez des bouleaux dans votre jardin, ils sont souvent accompagnés de l’Amanite tue-mouches… et du Paxille enroulé.

(28 novembre 2019)

Le Sarcodon écailleux

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Étrange rituel de champignons-boucliers noir goudron, frisotés-écailleux, dans les mousses d’une pinède sablonneuse de la forêt de Vouzeron, en compagnie du Tricholome équestre et du Cortinaire muqueux.

Champignons âprement nommés : Sarcodon squamosus – qui eussent pu l’être davantage eu égard à leur chapeau obscur cuirassé d’écailles rudes et dressées, et à leur hyménium beige grisâtre tapissé d’une armée de dents. Par ces écailles rêches et ces dents tournées vers l’intérieur, ils tiennent à la fois de la perche et du brochet.

Les sarcodons (du grec sarkos : chair, et odous : dent), sont de gros pieds de mouton à chair ferme et cassante, à chapeau souvent écailleux, et à spores brunes, gibbeuses et verruqueuses. Vingt sarcodons sont répertoriés en Europe.

La présence d’écailles dressées au centre du chapeau, d’hyphes bouclées, ainsi que l’habitat lié aux conifères permettent d’isoler deux espèces voisines : Sarcodon imbricatus, squameux jusqu’à la marge, à chair amarescente, associé aux épicéas sur sol calcaire en montagne, et notre Sarcodon squamosus (Schæffer)Quélet, à la marge non écailleuse mais seulement fibrilleuse, à chair douce, inféodé aux pins sur terrain acide.

(21 novembre 2019)

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