
C’est ainsi qu’il faut l’appeler, car il ne se montre jamais sans sa longue chaussette blanche qui couvre les deux tiers de sa jambe et s’épanouit au sommet en une fine collerette membraneuse.
On l’appelle aussi Cortinaire à pied courbe, eu égard à la fréquente courbure qui infléchit son pied. C’est au reste cette caractéristique qui lui valut son nom latin : Cortinarius torvus (Fries : Fries) Fries.
Mais ce cortinaire nous trouble aussi par des séductions plus subtiles. On peut se laisser glisser et emporter dans la grisaille innée de son chapeau à peine hygrophane, dans cette canescence* qui rayonne sur des teintes de fond variables : brun testacé, blond briqueté, ochracé incarnat, et se résout en un léger dépôt de givre sur la marge. Ou s’engouffrer dans les lames espacées, d’un brun profond à reflets purpuracés, ou patiner en haut du pied, luminescent de teintes violâtres fugaces, qui se métamorphosent en un satiné blanchâtre.
Sa chair, marbrée de violacé, dégage une odeur fruitée proche de celle du mal nommé Cortinaire à odeur de bouc, lequel exhale un parfum d’alcool de poire.
Le Cortinaire à chaussette est un hôte coutumier des forêts de feuillus du Berry.
(26 novembre 2020)
*La canescence est l’apparence d’une surface – d’un chapeau de champignon en l’occurence – qui semble comme voilée de gris argenté lorsqu’on fait varier l’incidence de la lumière.




