Le Cortinaire à chaussette

Image

C’est ainsi qu’il faut l’appeler, car il ne se montre jamais sans sa longue chaussette blanche qui couvre les deux tiers de sa jambe et s’épanouit au sommet en une fine collerette membraneuse.
On l’appelle aussi Cortinaire à pied courbe, eu égard à la fréquente courbure qui infléchit son pied. C’est au reste cette caractéristique qui lui valut son nom latin : Cortinarius torvus (Fries : Fries) Fries.

Mais ce cortinaire nous trouble aussi par des séductions plus subtiles. On peut se laisser glisser et emporter dans la grisaille innée de son chapeau à peine hygrophane, dans cette canescence* qui rayonne sur des teintes de fond variables : brun testacé, blond briqueté, ochracé incarnat, et se résout en un léger dépôt de givre sur la marge. Ou s’engouffrer dans les lames espacées, d’un brun profond à reflets purpuracés, ou patiner en haut du pied, luminescent de teintes violâtres fugaces, qui se métamorphosent en un satiné blanchâtre.

Sa chair, marbrée de violacé, dégage une odeur fruitée proche de celle du mal nommé Cortinaire à odeur de bouc, lequel exhale un parfum d’alcool de poire.

Le Cortinaire à chaussette est un hôte coutumier des forêts de feuillus du Berry.

(26 novembre 2020)

*La canescence est l’apparence d’une surface – d’un chapeau de champignon en l’occurence – qui semble comme voilée de gris argenté lorsqu’on fait varier l’incidence de la lumière.

Un champignon dissident

Image

Bien qu’il déroutât des générations de mycologues, tantôt intégré chez les Agarics, les Armillaires ou les Tricholomes, pour finir par en sortir et constituer un genre à part pour lui tout seul… il ne peut guère être taxé de vilain petit canard chez les cortinaires. Il a trop fière allure, avec sa silhouette aux proportions parfaites flirtant avec le nombre d’or*, son bulbe marginé, sa cortine blanche – ce voile arachnéen tendu entre le pied et le chapeau quand il est jeune – qui le font ressembler aux plus somptueux des cortinaires : les Scauri.

Qualifions-le alors de rebelle, de dissident, de facétieux, voire de mystificateur… selon notre humeur.

Il a donc tout d’un cortinaire… sauf ses spores qui sont blanches et lisses, là où elles devraient être brun ocre à brun rouille et verruqueuses.

Ses lames sont blanchâtres et elles le restent, pendant que son chapeau revêt une joyeuse teinte fauve touchée de carné, maculé sur le pourtour de restes vélaires blancs.

Notre champignon : Leucocortinarius bulbiger (Albertini & Schweinitz) Singer, est plutôt rare. Il est possible de le rencontrer sous les conifères, comme ce fut le cas dans les bois de Saint-Maur.

(19 novembre 2020)

*Voir L’Écho du Berry du 9 novembre 2017 : Le Cortinaire d’or : Cortinarius caroviolaceus, dont le rapport de la longueur du pied sur le diamètre du chapeau avoisine le nombre d’or : 1,6180339887.

Le Cortinaire remarquable

Image

Il est le géant du genre. Il porte fièrement, dans sa jeunesse, deux composantes cortinariologiques majeures : une plantureuse cortine et un luxe de teintes cyanées.

Quand ce cortinaire est tout jeune, nous dit Henri Romagnesi, il ressemble à une boule de billard parmi les feuilles mortes de la forêt.

Son chapeau, d’abord globuleux, est enduit d’un épais voile* visqueux violet argenté à violet lilacin, sur fond brun roux, brun bai, brun noisette imprégné de nuances violâtres. En s’ouvrant et s’aplanissant – jusqu’à atteindre 25 cm de diamètre – il s’éclaircit, s’achemine vers des teintes plus pâles, fauve ochracé, fauve argilacé, sans pour autant se départir de ses tonalités cyanées, pendant que sa marge se fripe en de profondes cannelures.

Ses lames gris crème, son pied blanc, et même sa chair blanchâtre capturent inéluctablement des reflets violacés.

Le Cortinaire remarquable ou Cortinaire de Berkeley : Cortinarius præstans Fries – autrefois considéré comme comestible et fort prisé dans le Berry – est maintenant retiré de la consommation, car contenant probablement des substances cancérigènes. De toute façon, il participe désormais des espèces rares à protéger.

(12 novembre 2020)

*Ce voile violacé reste en partie sous forme de plaques soyeuses sur le chapeau, et apporte une touche de violet persistant à la base du pied.

Image

La mortelle Phalloïde

Image

Il faut y revenir chaque automne : l’Amanite phalloïde est le plus dangereux de tous les champignons. Elle est responsable de la majorité des empoisonnements mortels en France.

Plus question de la prendre pour l’Amanite tue-mouches des bandes dessinées, rouge à points blancs, certes toxique elle aussi mais non mortelle.

La sinistre Amanite phalloïde : Amanita phalloides (Fries : Fries) Link, dite la belle empoisonneuse, arbore une parure plus discrète : vert olive dans son aspect typique, mais également blanche, jaune, grise, brune…

Rappelons que la présence d’une volve en sac à la base du pied est le caractère primordial à observer chez l’Amanite phalloïde. Les lames blanches, l’anneau membraneux fugace, ainsi que la chair inodore et insipide apportent un complément d’identification.

Son épithète phalloides : semblable à un phallus qui sort de terre, est un emprunt au mycologue Vaillant ayant décrit notre champignon sous cette phrase sans ambiguïté : Fungus phalloides sordide virescens*, dans son Botanicon Parisiense en 1727.

Fungus – issu de la contraction de funus : cadavre, et ago : je fais, (textuellement : je donne la mort) en dit long sur la peur qu’éprouvaient les Romains vis-à-vis des champignons. Sordide et virescens mettent un point d’orgue à cette appellation de quatre mots, les teintes olivâtres peu engageantes étant amalgamées à la dangerosité, ce qui valut aussi à notre amanite le nom d’Oronge ciguë verte.

L’Amanite phalloïde est omniprésente en ce moment dans tous les bois et clairières du Berry.

(5 novembre 2020)

*Ces à côté de la phalloïde sont tirés de la monographie de Michel Botineau : L’Amanite phalloïde, Éveil Éditeur, 1994

La Lépiste sordide

Image

Voilà un bien vilain gros mot pour nommer une si délicate espèce, dont la grâce frêle, la fraîcheur translucide et viscidule, le fondu de teintes lilacines, violâtres, grises et brunes déploient une séduction inaccessible aux rustres qui la fustigent de ce qualificatif. Aux balourds qui, déboussolés par l’insaisissabilité des couleurs, par le brouillage violet-gris-brun1 étourdissant, prennent peur en même temps que remontent en eux de vieilles superstitions2.

Notre charmante espèce : Lepista3 sordida4 (Schumacher : Fries) Singer, est une cousine du Pied bleu : Lepista nuda.

Délicieuse comme celui-ci, elle croît dans les mêmes milieux : bois, parcs, tas de feuilles mortes, endroits rudéraux, et supporte comme lui les premières gelées.

(29 octobre 2020)

1Et heureusement que l’olivâtre n’y est pas !

2Dans l’imaginaire populaire, le violet a toujours été associé, à tord, à la toxicité des champignons.

3Lepista : aiguière , champignon qui ressemble à une aiguière.

4Sordida : du latin sordes : saleté. Cette racine latine se retrouve dans d’autres noms de champignons. Par exemple sordidulus : quelque peu sale ; sordescens : devenant sale.

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer