Un petit miracle au détour d’un trottoir

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Au cœur de l’hiver, dans la froidure et le vent glacial, dans la grisaille obscure, jaillit parfois une petite fleur d’une insolente beauté, d’un éclat outrancier, d’une incroyable audace.

Ce petit miracle se produisit récemment à Châteauroux, et la petite flamme en question ne fut autre qu’une fleur d’Oxalis corniculé, décalée, un peu folle, défiant le bon sens de sa floraison. Émergeant de ses folioles cordées pourpre violâtre, elle semblait sortir du fond d’une grotte ou d’un puits sans fond.

L’Oxalis corniculé : Oxalis corniculata Linné, doit son nom à sa saveur acide (oxys en grec) et à ses fruits allongés en petite corne. D’origine méditerranéenne, cette plante partage son habitat : friches urbaines, villes intra-muros… avec l’Oxalis des fontaines, qui par ailleurs lui ressemble beaucoup. Leur différence essentielle est à chercher au niveau des stipules – ces appendices foliacés situés à la base des pétioles : elles sont absentes chez l’Oxalis des fontaines, larges et bien marquées chez notre Oxalis à petites cornes.

(27 janvier 2022)

De la reviviscence à la turgescence

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Faute d’être revivants, certains végétaux et champignons sont reviviscents. Ce joli mot, chargé de vie et d’espoir, s’applique essentiellement aux organismes aptes à retrouver – après une période de dessiccation plus ou moins longue – leur forme, leur turgescence et leur vitalité dès qu’ils sont en présence d’eau. Cette aptitude concerne surtout les mousses, les lichens et certains champignons telles les trémelles, les exidies et les auriculaires, qui dorment l’été sous l’aspect d’une fine peau presque invisible sur les branches, pour exulter en hiver, se gorger de gélatine, prendre de la couleur, frémir et trembloter dans les frimas.

Ces plantes et champignons sont également dits anabiotiques (du grec bios : vie, et ana : en remontant), et les botanistes n’hésitent pas de leur côté à parler de résurrection.

L’Auriculaire mésentérique : Auricularia mesenterica (Dickson) Persoon, gonfle ses lobes qui ressemblent à la fois à des oreilles et à des viscères… comme l’indique son nom.

L’Auriculaire mésentérique se plaît particulièrement sur les jeunes ormes morts.

(20 janvier 2022)

Un champignon qui perdure dans l’hiver

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Lors de nos promenades hivernales dans la nature, nous sommes souvent étonnés de rencontrer des champignons qui s’attardent dans l’hiver, qui tardent à disparaître alors que leur période de poussée est résolument l’automne. Ils résistent aux froids et aux gelées, se figent sur place, se pétrifient tout en conservant leur prestance et leurs couleurs. Tel est le cas du Tricholome à odeur de savon : Tricholoma saponaceum (Fries) Kummer, qui garde sa robuste stature tricholomoïde et ses teintes gris-beige obscurcies de vert sombre.

Ce champignon est un champion de l’indifférenciation. Protéiforme et versicolore, il est également ubiquiste : il s’accommode de tous les milieux, et pousse aussi bien sous les feuillus que sous les conifères. L’indifférenciation touche aussi à sa structure microscopique : le revêtement de son chapeau est formé de cellules entremêlées indifférenciées. Tous ces traits archaïques n’entravent en rien la formidable adaptation de ce champignon.

Ce tricholome, non comestible, dégage une odeur plus ou moins forte de savon.

(13 janvier 2022)

Les Petites flammes d’hiver

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Blotties les unes contre les autres, miroitant de leur chapeau d’ambre et de leurs lames de miel, chaussées de velours noir, les Flammulines d’hiver : Flammulina velutipes (Curtis : Fries) Singer, fleurissent en hauteur ou à la base des troncs de feuillus.

Elles sont parmi les rares champignons à supporter le gel dur. Leur nom générique de Petite flamme atteste leur double appartenance symbolique au feu : chaleur et lumière. Elles résistent aux grands froids et apportent des touches de lumière chaude dans les grisailles de l’hiver.

Approchons-nous des Flammulines. Leur chapeau visqueux-humide, élastique, décline une gamme de teintes allant du citrin fauve au roux orangé translucide. Leurs lames espacées couleur crème se saturent rapidement de lueurs orangées. Leur pied demande à être observé avec la plus grande attention : d’abord jaune, il se couvre d’un velours bistre obscur, noir, qui monte à partir de la base comme par capillarité.

Comestible, la Flammuline d’hiver est cependant plus belle à admirer que délicieuse à manger.

(6 janvier 2022)

L’Hygrophore blanc de neige

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Ce tout petit hygrophore possède un qualificatif qui s’accorde à merveille avec l’époque de sa poussée, dans l’herbe et la mousse : il est dit blanc de neige.

Ses lames décurrentes (descendant le long du pied) sont fortement voûtées, ce qui lui valut le nom générique de Cuphophyllus (du grec kuphos : voûté, et phullon : lame).

Les hygrophores sont textuellement des porteurs d’humidité, en raison de leur aspect souvent imbu-translucide. Leurs lames nues, en général épaisses, espacées et cireuses, en font des champignons archaïques, à l’inverse par exemple des amanites dont l’organe reproducteur, les lames, sont minces et nombreuses, et doublement protégées par un voile général, qui donnera la volve, et un voile partiel, qui se résoudra en anneau.

D’autres petits hygrophores, de couleurs vives cette fois-ci (les joyeux!) : rouges, jaunes, orange, verts, égaient les prairies hivernales.

Notre Hygrophore blanc de neige : Cuphophyllus virgineus (Wulfen : Fries) Kovalenko, est trop petit et trop mignon pour être mangé… et il peut être confondu avec les vénéneux clitocybes blancs.

L’Hygrophore blanc de neige parsème de ses flocons les pelouses de la Cité Administrative, à Châteauroux.

(30 décembre 2021)

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