Bruns et beiges d’hiver

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Il faut bien ces deux couleurs douces et chaudes pour habiller et réchauffer la nature en hiver. Pour couvrir les prairies d’une ondulation d’herbes sèches et blanchies, qui monte comme une pâte après avoir été pétrie, malaxée par le gel, le givre, la neige. Pour envelopper les friches humides et les terres glacées d’une épaisse fourrure brune, rousse, rouille, chocolat.

Le beige est le fait de diverses graminées : pâturins, fétuques, bromes, brachypodes, avoines, dactyles, vulpins, agrostides, baldingères, phragmites… Les bruns proviennent d’un amalgame de grandes oseilles, de carottes sauvages, de chardons, de cirses, de bardanes, de cardères, d’armoises, de tout jeunes chênes et charmes à feuilles marcescentes… de fougères-aigles qui gaufrent de brun rouille les forêts et les pentes de montagne…

Mais ces teintes beiges et brunes peuvent être dispensées par touches, telles celles offertes par l’Orobanche du lierre : Orobanche hederae Duby, qui peuple un petit bois tapissé de lierre, chemin de la Baignade, en contrebas des Cordeliers à Châteauroux

Des dizaines d’orobanches se laissent admirer toute l’année dans Le petit bois des orobanches.

(24 février 2022)

Le Perce-neige : quel joli nom !

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Cette fleur concentre la double virginité d’émerger de la neige et d’être blanche comme neige.

Oh, elle n’est pas la seule à percer la neige. En montagne, nombre de fleurs impatientes forcent la glace, perforent les névés pour se frayer un passage et éclater au grand jour. Ce corps à corps avec la neige est même indispensable à la biologie de certaines espèces, tant et si bien que, par exemple, quelques fleurs privées de neige en Aubrac se mirent à migrer sur les Monts du Cantal, depuis une trentaine d’années. Un exemple édifiant qui corrobore une fois de plus l’idée que les végétaux ne sont pas des êtres immobiles.

D’autres plantes sont des plantes perçantes : Les saxifrages (du latin saxum : pierre, et frangere : briser) sont des perce-pierre, la Pariétaire, qui vit sur les vieux murs, est un Perce-muraille, et le Buplèvre à feuilles rondes un Perce-feuille, car ses feuilles opposées et soudées à la base donnent l’impression d’être circulaires et transpercées par la tige. À cet égard, la Chlora perfoliée pourrait aussi être qualifiée de Perce-feuille. Le Perce-neige porte aussi le joli nom scientifique de Galanthus nivalis Linné (du grec gala : lait, et anthos : fleur).

(17 février 2022)

Fidèle au rendez-vous

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Il n’y a pas plus fidèle qu’un polypore pérenne !

On peut lui rendre visite tous les ans ou tous les dix ans, pourvu que l’arbre hôte soit robuste et en bonne santé.

C’est toujours une émotion que de le revoir après tant d’années. C’est comme si on retrouvait un être cher.

Ainsi en fut-il tout récemment avec les retrouvailles de Perenniporia fraxinea (Bulliard) Ryvarden, solidement ancré à la base d’un vieux gros chêne râblé, près du premier observatoire que l’on rencontre quand on suit la rive de l’Étang de Bellebouche, en partant vers la gauche. Yvan l’avait photographié et je l’avais chroniqué le 14 janvier 2016.

Je fus obligé de m’exclamer : « Tu n’as guère changé ! Ne bouge pas que je te croque du regard. Tu prends toujours tes aises, à ce que je vois, tu t’affiches comme un triptyque : une plateforme bien plate et bien large au centre, bosselé à souhait pour que s’y installent les mousses, à droite le vieil âge avec sa croûte noire et dure et, à gauche, sa console toute fraîche qui s’élance dans sa juvénile blancheur.

Ce champignon pérenne a encore de belles années devant lui.

(10 février 2022)

La petite fleur et le givre

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On la dirait perdue dans les grises brumes de l’hiver, pétrifiée dans le givre, grelottant dans son bac de terre nue en compagnie d’autres congénères, sur le parking de la Cité Administrative de Châteauroux.

Elle fait presque pitié. Et pourtant !… En ramenant nos émotions à notre frilosité humaine, ne sommes-nous point, une fois de plus, dans l’illusion anthropomorphique qui nous rend incapables de comprendre que cette petite fleur pionnière, née d’une graine apportée par le vent, se complaît dans son bac de terre nue… et que son frissonnement n’est que pur plaisir ?

Oh là là ! Chassez un anthropomorphisme et il en arrive un autre au galop !

Le givre qui l’enrobe et la maquille la rend plus séduisante encore, scintillante de ses spirales de fleurs ornée d’étamines saillantes comme des cornes d’escargots ou des antennes de papillons.

La Phacélie à feuilles de Tanaisie : Phacelia tanacetifolia Bentham, originaire de Californie, est cultivée en France pour sa beauté. La Phacélie s’échappe des jardins et mène sa vie de bohème.

( 3 février 2022)

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