Quand une fleur glisse vers une autre

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Ce mystère ne vous trotte-t-il jamais dans la tête : comment une fleur aussi ostensiblement différente d’une rose peut-elle porter le nom de Rose… de Rose trémière en l’occurence ?

Essayons de cerner les divers mouvements qui contribuèrent à cette nomination :

Premier mouvement : toute fleur à symétrie radiale autour d’un axe et portant des tonalités roses est syncrétiquement assimilée à la reine des fleurs : la rose.

Deuxième mouvement : notre fleur est originaire du Proche-Orient… d’outre mer. Le mot d’outremer… pourtant beau est significatif, fut-il mal entendu… accrocha-t-il peut-être un peu ? Toujours est-il qu’il s’altéra en trémière.

Troisième mouvement : trémière nous évoque peut-être, par homophonie, une rue traversière, une flûte traversière, ou une tréflière ((un champ semé de trèfle), ou une treille… ou encore les tresses d’une petite fille, ornées avec les grosses fleurs roses de la Rose trémière ?

La Rose trémière : Alcea rosea Linné, participe de la famille des Malvacées, auprès des mauves, des guimauves, des lavatères et autres hibiscus.

Les Roses trémières émergent dans les villes et les villages, comme par magie, des interstices des murs et des trottoirs.

(23 juin 2022)

Des orobanches et des nuances

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On ne verra jamais des orobanches vertes. En effet, ce sont des plantes entièrement parasites, elles n’ont pas besoin de chlorophylle pour vivre.

En revanche, quel luxe de nuances colorées chez elles, sur fond général beige brunâtre :

jaune vitellin, jaune clair, jaune pâle, blanchâtre, rouge, rougeâtre, brun-rouge, pourpre, violet, violet pourpre, lilas, rose carné, bleuâtre, améthyste… Ces nuances se retrouvent tant chez des espèces différentes qu’individuellement au sein d’une même espèce, et elles ont la particularité de paraître luminescentes, comme sourdant du corps même des orobanches, évoquant la luciole ou le caméléon.

On l’aura deviné : toute détermination des orobanches par la couleur est… pure poésie. Il conviendra alors de s’attacher à des critères plus tangibles tels l’hôte parasité, la couleur du stigmate, la teinte – claire ou foncée – et la répartition des poils glanduleux sur la plante, le niveau d’insertion du filet des étamines dans la corolle…

Notre Orobanche à odeur de giroflée : Orobanche caryophyllacea Smith, blottie dans son nid de Gaillet mou, nous darde de ses petits yeux purpurins.

(8 mai 2022)

Sensuelles orobanches

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Découvrir une orobanche, un groupe d’orobanches, une touffe d’orobanches, procure toujours une émotion trouble : Quels sont ces organismes étranges sans chlorophylle ni couleurs vives, de teinte générale brunâtre, luminescents de rougeâtre, de rose, de violet, de jaune… qui émergent comme des ovnis dans le paysage végétal familier ? Qui plus est, ces plantes turgescentes et couvertes de poils glanduleux dégagent une sensualité plantureuse, et c’est sûrement ce mélange de peur et de trouble charnel qui leur vaut leur nom : du grec orobos : vesce, et agchein : étrangler. Ce n’est bien sûr que tératologique légende : les orobanches ne sont pas des étrangleuses de vesces, elles s’adonnent seulement à un parasitisme doux, et ce sur de nombreuses plantes hôtes.

Notre Orobanche du genêt : Orobanche rapum-genistæ Thuillier, fut découverte sur le coteau qui domine la Sédelle, sur la commune de Crozant. En bouquet serré, elle rutile dans les éclaboussures d’or du Genêt à balai.

Le stigmate jaune de l’Orobanche du genêt nous scrute, comme deux petits yeux lumineux.

(29 mai 2022)

Les arbres aussi sont des individus

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J’ai l’immense privilège d’habiter parmi les Chênes pédonculés. Je les connais tous individuellement, notamment en ce qui concerne leur période de floraison, de feuillaison, de coloration et de chute des feuilles… période légèrement différente selon les uns et les autres, car chaque chêne est un individu singulier, unique et irremplaçable.

Mais cette année, un phénomène climatique inhabituel se produisit : une onde de gel tardif, en avril, tel un courant d’air meurtrier, s’insinua entre les chênes, entre les branches, brûlant un bourgeon par-ci, épargnant une jeune feuille par-là, tant et si bien que le paysage coutumier des frondaisons s’en trouva fortement modifié.

De surcroît, sur un même arbre, sur une même branche, souvent, s’offre à nos yeux étonnés un trio détonnant : de juvéniles et tendres feuilles rougeâtres, bourrées d’anthocyanes protectrices contre les ultraviolets, cohabitent avec de jeunes feuilles vert clair et diaphanes, et avec des feuilles d’un vert plus foncé, coriaces, déjà dans la force de l’âge.

Le Chêne pédonculé : Quercus robur Linné, a des feuilles pratiquement sans pétiole, mais ses glands sont pédonculés.

(2 juin 2022)

Barbe à papa

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Ce nuage oublié, Jardin du Luxembourg, fait de sucre glacé, de miracle et d’amour… la barbe à papa, la barbe à papa… (Serge Reggiani)

Quel(le) est le jardinier ou la jardinière qui ne revint un jour de son jardin, enguirlandé(e) de lambeaux d’herbes molles accrochés à son pantalon ou à sa jupe ?

Cette espièglerie est à mettre sur le compte d’une plante à la fois ordinaire et extraordinaire, qui ressemble à une barbe à papa verte, tant par son gros volume proliférant que par son contact collant. Mais son adhérence poisseuse n’est que sensation trompeuse, car elle est la résultante d’une quadruple et géniale combinaison de minuscules aiguillons translucides, en forme de crochet : aiguillons renversés, le long de la tige (ce qui permet à notre plante de grimper), aiguillons sur les feuilles (ceux sur la face supérieure dirigés vers le haut de celles-ci, ceux du bord tournés vers le bas)… et aiguillons à l’extrémité des poils qui recouvrent les fruits.

Imagine-t-on une telle armada d’aiguillons, aussi sophistiquée et mystificatrice… lorsque nous emportons cette modeste plante avec nous ?

Le Gratteron : Gallium aparine Linné, est commun dans toutes les haies et broussailles du Berry.

(25 mai 2022)

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