Quand les carex oscillent

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Le grand Carex pendula Hudson penche, ploie, oscille et balance sous le poids de ses longs et denses épis femelles, eux-mêmes pendants et oscillants.

De nombreux mots français sont à notre disposition pour exprimer le penchement. Ils ne sont pas tous équivalents, car ils suggèrent des gradients différents dans le penchement, voire des qualités différentes dans le fléchissement. Citons les mots inclinaison, courbure, incurvation, fléchissement, ploiement, déversement, prosternement

Par ailleurs, quand le penchement est accentué, que l’inclinaison est forte, nous glissons vers le pendant et sa traîne de mots proches : tombant, ballant, suspendu, en suspens… voire décombant, c’est-à-dire penché vers le sol, avec les extrémités redressées.

Enfin, le penchement et le pendant sont intrinsèquement liés au balancement – avec sa pléiade de mots voisins : oscillation, ballottement, vacillement, bercement, dodelinement, va-et-vient, tangage, bringuebalement

Le penchement, le tombant et le balancement chez les plantes forment une trilogie indissociable, qui génère en nous une émotion à la fois physique, sensuelle, sensible et mentale.

À l’état sauvage, Carex pendula dodeline dans la ripisylve de Châteaubrun et, cultivé, il orne les bassins du jardin des Cordeliers, à Châteauroux.

I

(14 juillet 2022)

D’une feuille à l’autre

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C’est comme si le botaniste nominateur, pris au dépourvu, intimidé… appelait à la rescousse une autre plante aux feuilles semblables… pour nommer celle qu’il a sous les yeux.

Ce jeu de miroir se pratique tout particulièrement dans certaines familles ou certains genres. Ainsi, chez les Ombellifères, la liste est copieuse : Panicaut à feuilles d’agave, de yucca, Cnidie et Œnanthe à feuilles de silaüs, Mustelline à feuilles d’adonis, Peucédan et Sélin à feuilles de carvi, Séséli et Œnanthe à feuilles de peucédan, Boucage à feuilles de berle

Chez les véroniques, chantent la Véronique à feuilles de lierre, de serpolet, d’acinos... et chez les séneçons, scintillent d’or le Séneçon à feuilles de marguerite, de roquette, de pastel, d’adonis... ou encore notre Séneçon à feuilles de barbarée : Jacobea erratica (Bertoloni) Fourreau.

La distinction entre notre séneçon et le Séneçon aquatique, qui repose sur des critères aussi aléatoires que la largeur des bractées de l’involucre et l’angle d’insertion des rameaux de corymbes sur la tige, demeure, pour certains auteurs… quelque peu lunaire.

Nous avons eu la belle surprise de découvrir ce rare séneçon au bord de l’eau, sur le circuit du Rocher de la Fileuse.

(7 juillet 2022)

Éloge de l’utricule

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L’utricule – la petite outre – est un organe de rêve chez certaines plantes, une des merveilles de la nature.

Deux catégories de plantes en sont pourvues :

les Utriculaires, ces végétaux aquatiques carnivores, dotés d’astucieux pièges à insectes sous forme de petites outres, à la surface de l’eau, qui se gonflent et aspirent leurs proies dès que celles-ci passent à proximité…

et les laîches ou carex, chez qui la bractée axillant la fleur femelle est modifiée en utricule, qui protège d’abord la fleur puis le fruit.

L’utricule est aussi un attribut de toute beauté qui, replet et turgescent, entre en dialectique avec les lignes de la tige et des épis mâles (généralement filiformes chez les Eu-carex).

Notre carex : Carex grayi, n’est pas un autochtone, il vient d’Amérique du Nord. Mais il trouve sa place dans la plupart des jardins botaniques de France. Alors que son épi mâle est pâle et effilé, à peine visible, ses grands utricules à long bec s’agglutinent entre eux… au point d’évoquer des châtaignes d’eau.

Ces exemplaires du Carex dédié au botaniste Samuel Gray furent photographiés dans le Jardin botanique de Limoges.

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