Une silhouette de rêve

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C’est un fait avéré : la forme est de peu d’importance pour la détermination des champignons.

Comme si ces êtres vivants, de matière et de couleur, affichaient quelque désinvolture vis-à-vis de ce caractère.

En effet, presque tous les champignons classiques, dotés d’un chapeau et d’un pied, émergent du sol ou du bois par un chapeau semi-globuleux, qui s’étale en se creusant légèrement, ou qui s’aplanit en ondulant, se cabossant, s’affaissant au-dessus d’un pied cylindrique, plus ou moins obèse, clavé, bulbeux ou radicant.

Mais notre Clitocybe géotrope : Infundibulicybe geotropa (Bulliard) Harmaja, en est une belle exception. Chez lui, tout est forme et perfection : son élégante et fière silhouette, suavement chamoisée, son chapeau en soucoupe gardant toujours un mamelon central, ses lames décurrentes, serrées et régulières, et son pied droit et robuste, clavé à la base.

Le Clitocybe géotrope (bon comestible), est un champignon d’arrière-saison qui nous accompagne jusqu’au cœur de l’hiver.

Le Clitocybe géotrope affectionne les lisières et clairières des bois calcaires du Berry.

(28 décembre 2023)

Variations autour du jaune

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La couleur chez les champignons, il ne faut pas la penser comme quelque chose de fixe, de stable, d’immuable… mais comme quelque chose en perpétuel mutation. Et ce, aussi bien dans l’augmentation : survenue d’une couleur, saturation ou transformation… que dans la diminution : édulcoration, disparition d’une couleur.

Prenons le cas de notre Flammuline de l’aulne : Flammula alnicola (Fries) Singer. Son chapeau lubrifié et brillant, jaune vif à jaune d’or, s’édulcore en plages blanc nacré, qui peu à peu gagnent sur l’ensemble, ménageant cependant des interstices mordorés qui rappellent ce que fut son âge d’or.

Pour rester dans les teintes jaunes mais cette fois-ci dans l’augmentation, pensons à ces rosés du groupe des Boules de neige (les Arvensis), dont le jaunissement du chapeau se résout en une belle teinte de fond jaune doré qui nous fait rêver.

Cette flammuline (toxique) a le privilège d’habiter dans l’aulnaie qui borde l’étang de Tronçais.

(21 décembre 2023)

Le Cortinaire à trois formes

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Projetons-nous dans le regard du mycologue suédois Elias Magnus Fries, en 1838, qui, peut-être éberlué devant ce cortinaire, le tournant et le retournant dans tous les sens… lui trouva trois formes, trois traits caractéristiques ? Lesquels ?… Imaginons : un, le chapeau gibbeux, sinué-ondulé ; deux, le large et bas mamelon en dôme ; trois, le pied clavé-bulbeux, plus ou moins radicant ?

Cortinarius triformis Fries participe des gros cortinaires hygrophanes – c’est-à-dire changeant de couleur selon le degré d’imbibition de leur chapeau – et conservant des vestiges de voile, perceptibles ici sous forme de mèches membraneuses blanches sur le pourtour du chapeau et d’un manchon cotonneux blanc à la base du pied.

Le Cortinaire à trois formes (non comestible) est un champignon rare, et délicat de détermination (autour de lui, rayonnent d’autres d’autres Telamonia turgides fort ressemblants). Il affectionne particulièrement les hêtres, mais il pousse aussi sous d’autres feuillus.

Cortinarius triformis a été découvert dans un parterre semé de copeaux de bois et planté d’aulnes, à Gireugne, sur la commune de Saint-Maur.

Ses spores (8-10 x 5-6,5 microns) sont amygdaliformes, jaunâtres, finement et densément verruqueuses.

Note :

Ce gros Telamonia se démarque des espèces proches ou ressemblantes par son chapeau très hygrophane, peigné de fibrilles argentées, et par ses restes vélaires marqués sur le chapeau et sur le pied.

Les cortinariologues de l’Atlas des Cortinaires l’intègrent dans la sous-section Turgidi (Pars 12, livret page 676). Ils considèrent que cette espèce coïncide avec Cortinariux rigidus Fries de l’École scandinave. L’espèce observée à Gireugne (le 29 novembre 2023) correspond à Cortinarius triformisvar.Triformis.

Le couple infernal : l’Amanite phalloïde et l’Entolome livide

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Ce sont les deux plus grands empoisonneurs du Berry, et de France.

Lui, beau gosse, belle prestance, d’un beige gai bien peigné (rien de livide), hâbleur, extraverti. Il porte ses lamelles roses comme un dandy sa chemise rose. Sa jambe est blanche et droite. Il exhale une fragrance de farine fraîche.

Elle, secrète, mystérieuse. Du royaume de l’ombre. Redoutable, mortelle. Elle ourdit en silence. Nous en avons fait le portrait-robot la semaine dernière.

Tous deux parsèment les bois du Berry en ce moment.

L’Entolome livide est particulièrement séduisant, il attire le mycophage imprudent par son bel aspect. Mais ceux qui le connaissent l’appellent Le Perfide : il est le champion de la gastroentérite grave, c’est lui qui est responsable de la plupart des hospitalisations pour intoxication par champignons.

On ne répétera jamais assez cette recommandation : ne jamais consommer un champignon dont on n’est pas absolument sûr de son identification.

Jeune, l’Entolome livide arbore des lames jaunes, qui deviennent rose saumon. Bébé, il peut être confondu avec un bébé cèpe.

(7 décembre 2023)

La funeste Dame Verte

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Furtive sous son suaire blanc, la Dame Verte se glisse dans la nuit. Elle est de sinistre augure. Elle imite Philémon Siclone, l’égyptologue fou qui, sous sa cape blanche et armé d’un poignard, se faufile dans la jungle pour tuer Tintin (Les Cigares du Pharaon).

L’Amanite phalloïde entame sa funeste poussée. Elle fleurit partout en ce moment, dans les bois, les clairières et les lisières du Berry. Voilà l’occasion d’en refaire le portrait-robot, car elle est le champignon le plus dangereux qui soit, responsable de la plupart des intoxications mortelles en France.

Son chapeau satiné est typiquement vert olive ; mais il peut être vert-jaune, jaunâtre, brun-gris, gris plomb ou blanc ; ses lames sont blanches et le restent ; son pied, blanc ou chiné de verdâtre, est orné d’un anneau membraneux fugace et surtout d’une grosse volve blanche en sac à sa base – caractère essentiel pour la reconnaître. D’habitude, le voile général blanc reste entièrement au pied sous forme de volve… mais parfois le chapeau en emporte une partie…

L’Amanite phalloïde : Amanita phalloides (Fries) Link, est d’autant plus perfide qu’elle est sans odeur ni saveur.

(30 novembre 2023)

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