La liqueur noire de la déliquescence

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D’après les grammairiens, l’adjectif déliquescent peut être appréhendé de deux manières différentes : ou bien dans son sens inchoatif (qui commence) et duratif (qui dure), ce qui donne alors la définition suivante : en voie de liquéfaction (par altération)… ou bien dans le sens de : sujet à se liquéfier.
Tout dépend du contexte !
Par chance, la photo rassemble les deux contextes : des Coprins pie en voie de liquéfaction, et d’autres, sujets à se liquéfier certes, mais se tenant encore droit en attendant leur tour.
Le Coprin pie : Coprinopsis picaceus (Bulliard : Fries) Redhead, n’est pas le seul à détenir cet étrange mode d’altération. Le Coprin chevelu et le Coprin noir d’encre en sont deux autres exemples, spectaculaires et courants.
Parmi les coprins, seul le Coprin chevelu est comestible… à condition de le cueillir dans la prime jeunesse et dans un lieu non pollué.

Légende de la photo : Ces Coprins pie bravent l’hiver dans le recoin d’une haie, sur la commune de Velles.

(25 janvier 2024)

Ces plantes qui nous réchauffent en hiver

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C’est en hiver que l’on ressent pleinement et intimement ce qu’est une couleur chaude, une couleur qui réchauffe. Ce qu’est la chaleur d’une couleur. Et si cette sensation commence par le regard, elle se prolonge inéluctablement par le contact, la cénesthésie, la sensation corporelle générale, car la couleur chaude invite à se glisser en elle, à s’y étendre, à s’y lover. À cette impression de chaleur se mêlent alors des impressions de douceur, de velouté, de duvet, de nid douillet.
Les faciès végétaux qui nous réchauffent particulièrement en hiver sont constitués par les manteaux de graminées sèches, beiges ou blanchâtres, les murs, les troncs et les roches jaunes de lichens, ou encore les tapis rouille et or de Fougères-aigles : Pteridium aquilinum (Linné) Kuhn.
Découvrir un aigle dans cette grande fougère n’est pas chose facile. Pour ce, il convient de sectionner la plante à sa base et, dans la section obtenue, darder son regard et bander sa subjectivité… jusqu’à y faire apparaître la silhouette de l’oiseau impérial.

Légende de la photo : La Fougère-aigle ou Aquiline, omniprésente autour de nous, se plaît particulièrement sur les terrains siliceux et bien drainés.

(18 janvier 2024)

Les Champignons et la chimie

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Pour affronter la difficile détermination des champignons, et souvent pour séparer des espèces ressemblantes, les mycologues firent feu de tout bois. Ils exploitèrent, entre autres, cette particularité qu’ont beaucoup de champignons de réagir d’une manière colorée à certaines substances chimiques. Tant et si bien que tout mycologue de terrain se dota d’une trousse de réactifs chimiques, comme un peintre possède sa palette de couleurs.
Au rang de cette panoplie, figurent l’indispensable cristal de sulfate de fer, pour frotter le pied des russules, dans l’attente d’une coloration rose-orange ou verte… et de nombreux flacons contenant des réactifs liquides. Citons la soude, dont la goutte devenant rouge sang sur le chapeau bleu lilas d’un cortinaire est si spectaculaire qu’elle fut à l’origine de son nom : Cortinaire sodagnitus. Ou mentionnons l’oxyde de thallium qui, de son côté, fait éclore une goutte d’or sur le chapeau gris lugubre du Cortinaire infracté. Ou encore l’ammoniaque dont les seules vapeurs, tel un petit nuage qui passe, suffisent à faire naître une intense tache violette sur l’ochracé rougeâtre de notre polypore : Hapalopilus rutilans (Persoon) Murrill.
Ce polypore est assez fréquent en Berry, mais il est très discret ; il s’installe sur le bois mort de divers feuillus.

(11 janvier 2024)

Le Houx, prince du vert et du rouge

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Le Houx est par excellence la plante de Noël. Et il démontre princièrement la complémentarité du vert et du rouge.

Il doit son nom latin : Ilex aquifoliumLinné, à la ressemblance de sa feuille à celle du Chêne vert : Quercus ilex, persistante, épaisse et coriace.

Du mot houx dérive un chapelet de mots rares : houssaie ou houssière (lieu où pousse le houx), houssoir (balai de houx), houssine (baguette flexible de houx, qui sert à faire aller le cheval, battre les tapis et les vêtements, épousseter les meubles)… ainsi que houssage, housser, houssiner… jusqu’à houspiller… et même houspillon : petit coup de vin qui vous fouette le sang et vous remet d’aplomb !

Le Houx est aussi à l’origine de quelques toponymes dans l’Indre, tels les lieux-dits Le Houx ou Les Houx (près d’Ardentes, de Châtillon-sur-Indre), Les Hous (près de Vendœuvres), La Boussée de Houx (près de Clion), La Pièce des Houx (près de Rouvres-les-Bois), Le Bois de la Houstière (Écueillé) ou Les Houssières (près de Heugnes).

Brrr !… Il fait un froid de canard ! Je prendrais bien un petit houspillon !

Les drupes rouges sont au feuillage vert luisant du Houx ce que sont les boules rouges au sapin de Noël.

(4 janvier 2024)

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