Les préjugés et les croyances sur les champignons

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Profitons du festin de ces deux limaces ibériques (Arion lusitanicus), en train de se régaler du toxique Bolet radicant, pour rappeler, en ce début de saison mycologique, que toutes les croyances populaires, sans exception, son archi-fausses et susceptibles de nous conduire au cimetière.

Par exemple, croire que les champignons jeunes sont nécessairement bons, que les champignons blancs ne sont jamais vénéneux, que les champignons au goût agréable sont forcément comestibles, que les champignons toxiques sentent mauvais, ont des couleurs sordides, bleuissent… et en remontant plus loin dans le temps : que les champignons vénéneux font cailler le lait et, qu’en cuisant, ils font noircir une cuiller ou pièce d’argent avec laquelle ils entrent en contact.

Oui, croire en cela est totalement erroné et dangereux !

Une autre croyance a la vie dure : un champignon grignoté, mangé par une limace, un insecte… serait forcément comestible. Totalement faux ! Les limaces, les insectes – et même les rongeurs – consomment impunément des champignons qui pour nous sont mortels.

Le Bolet radicant : Caloboletus radicans (Persoon : Fries) Wizzini, vénéneux, ressemble à un cèpe. Mais son chapeau est blanchâtre, ses pores sont jaunes quand il est jeune et il bleuit.

(26 septembre 2024)

Le plus dense de tous les champignons charnus : Lanmaoa fragrans

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La densité… une manière primaire de sentir la matière. Par la densité, la matière nous prend, nous enveloppe, nous pénètre.

Est-il un mycologue qui se soit intéressé à la densité chez les champignons ? À la densité physique, s’entend, c’est-à-dire à sa masse volumique, à la masse du champignon par rapport à son volume ?

Il ne me semble pas.

Si une telle étude devait être engagée, il est indéniable que le Bolet fragrant figurerait en excellente place : il est le bolet – et même le champignon charnu – le plus dense qui soit.

La grosse masse compact de son chapeau cabossé-difforme, ramassé sur lui-même, involuté vers une concrétion de tubes et de pores jaune doré, vers un pied robuste, dur, obèse en son milieu, fortement radicant… pèse… pèse dans la main comme un champignon de plomb.

Cette densité énorme est, par ailleurs, subjectivement renforcée par sa couleur et son odeur. Par le brun marron saturé, uniforme et velouté de son chapeau, le jaune d’or des pores et des tubes, et par le tomentum brun rouille qui habille le jaune pâle de son pied. Le ressenti du poids des couleurs vient aussi de leur violente et intense oxydation : la surface du pied, les tubes et les pores, virent immédiatement au bleu au toucher ; la chair du chapeau, jaune pâle, bleuit puis devient blanc nacré, avec quelques touches de rose… avant de redevenir définitivement jaune vitellin, telle qu’on la perçoit dans les morsures de la cuticule. La chair du pied jaune vif à la coupe, devient bleu indigo intense et uniforme à l’air.

Ce bolet est dit fragrant, c’est-à-dire à bonne odeur. Mais son parfum fruité cède vite le pas à une forte et lourde odeur liquoreuse mêlée à des relents de fermentation et de carton mouillé. Notre bolet eût donc mérité de s’appeler Boletus graveolens (du latin gravis : fort, lourd, et olere : exhaler une odeur)… plutôt que Boletus fragrans, appelé maintenant Lanmaoa fragrans (Wittadini) Vizzini.

Les spores fusiformes (9-15 x 4-6 microns), sont ocre olivâtre en masse.

Ce bolet ressemble à un gros cèpe, mais il s’en écarte d’emblée par son bleuissement, ses tubes et pores jaunes à l’origine, et par son odeur.

Précoce, rare, on le rencontre çà et là en Brenne, autour des étangs, sous les chênes, souvent en compagnie du Bolet radicant.

Note : Chez les polypores ligneux, c’est le Phellin robuste : Fomitiporia robusta… qui remporte la palme de la densité

(19 septembre 2024)

Quand l’odeur précède la vue

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Cheminez le long d’un étang brennou en cette fin d’été. Vous y sentirez le parfum de la Menthe aquatique… avant même de voir apparaître ses charmants pompons rose lilas.

Si d’aventure c’est sur une pelouse rase que vous marchez, ce seront peut-être des effluves d’alcool de menthe qui vous monterons au nez… avant que vous ne perceviez les petites fleurs basses et rose violacé de la Menthe pouliot. Si, pénétrant dans un sous-bois en début de l’automne, vous êtes saisi par de puissants relents de décomposition… vous serez alerté de la présence cachée de quelque Phallacée.

Projetez-vous maintenant au printemps : si, le long d’une haie, vous humez une pénétrante fragrance de farine fraîche, vous devinerez la présence d’une mousseronnière… avant que les têtes blanches qui la composent ne soient livrées à votre regard.

Et si au détour d’un bocage vous êtes envahi par l’arôme de l’Achillée froissée ou par celle miellée du Troène en fleur, peut-être serez-vous projeté loin en arrière… dans un jardin de votre enfance ?

La Menthe aquatique : Mentha aquatica Linné, est aussi appelée Menthe rouge, car ses feuilles sont rouge pourpre au printemps.

(12 septembre 2024)

De la douceur des plantes duveteuses-cotonneuses

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De nombreuses plantes sont revêtues d’une toison soyeuse, duveteuse, cotonneuse ou laineuse, blanche, argentée ou grisâtre – ce qui leur confère un aspect suave et induit des rêves de nid douillet.

Citons les gnaphales (du grec gnaphalon : duvet), les cotonnières, les filagines, les immortelles ou la mythique Edelweiss (de l’allemand edel : noble, et weiss : blanc), appelée aussi Cotonnière étoilée… ou encore notre Épiaire laineuse : Stachys byzantina Koch, originaire de Turquie, d’Iran et d’Arménie, cultivée en France et s’échappant souvent des jardins et des cimetières.

Notons que la toison duveteuse-laineuse de ces plantes n’invite à des rêveries de douillette peluche que notre subjectivité humaine, car pour les plantes elle n’est qu’un moyen de lutter contre la sécheresse et le froid.

Les humains cultivent l’Épiaire laineuse pour sa beauté duveteuse et comme couvert végétal à croissance rapide, pendant que les abeilles cotonnières recueillent le duvet de ses feuilles pour confectionner leur nid.

L’Épiaire cotonneuse affectionne les sols secs et calcaires. On peut la rencontrer à Châteauroux au hasard d’un recoin de trottoir… aménagé en jardin miniature.

(5 septembre 2024)

La saga des cerfeuils

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Les cerfeuils au sens large et vernaculaire du mot forment une famille si nombreuse, complexe et déconcertante… que l’on peut parler de saga des cerfeuils – au sens de l’histoire d’une famille présentant un aspect de légende. Pas moins de dix ombellifères se voient attribuer ce nom, et pour les identifier il convient de jauger leur écologie, d’inspecter méticuleusement la géométrie de leurs feuilles plusieurs fois divisées, de passer au peigne fin leur pilosité, de rechercher des taches de rougeur violâtre sur leur tige, d’éventuels cils sur leurs pétales… et ce jusqu’à la lie.

Le Cerfeuil musqué : Myrrhis odorata (Linné) Scopoli, fait cependant exception à la règle, tant il est aisément reconnaissable à ses fruits dressés démesurés (atteignant trois centimètres de longueur), allongés-acuminés, anguleux, à côtes carénées (en coque de navire), brun-noir luisant à maturité… ainsi qu’à l’intense l’odeur anisée que dégage son feuillage au froissement.

Seulement trois cerfeuils croissent en Berry : le rudéral Anthriscus caucalis, le précoce Antriscus sylvestris et le toxique Chærophyllum temulum. Il faut vraiment aller en montagne pour les rencontrer tous !

Le Cerfeuil musqué, ici photographié dans les Pyrénées, se rencontre exclusivement en altitude, de l’étage montagnard à l’étage subalpin.

(29 août 2024)

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