Des champignons et des mollusques

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Bien que la plupart des champignons soient par essence des êtres mous, peu d’entre eux portent un nom en rapport avec ces autres êtres mous que sont les mollusques.

Examinons donc à la loupe les quelques champignons qui furent comparés à des mollusques.

Citons d’abord deux croûtes molles. L’une, blanche et porée : Trechispora mollusca, pousse curieusement parfois sur des polypores dépérissants ; l’autre, d’un orangé chaud liseré de blanc : Leucogyrophana mollusca, s’installe sur la face inférieure des conifères morts. Allons ensuite chercher du côté des limaces, afin d’y dénicher les hygrophores visqueux du groupe des Limacium. Poursuivons notre recherche vers les gastéropodes, où Lentinellus cochleatus est comparé à un escargot, non point pour sa mollesse mais pour sa forme spiralée. Nous en arrivons enfin à notre Pleurote en huître : Pleurotus ostreatus (Jacquin) Kummer ; sa ressemblance avec le fruit de mer est ici affaire de couleur : gris bleuâtre touché d’ardoisé.

Le Pleurote en huître peut aussi revêtir des teintes gris brunâtre. C’est typiquement un champignon hivernal.

Le Pleurote en huître est un bon comestible ; il se plaît particulièrement sur les peupliers couchés.

(16 janvier 2025

Le mouillé, le sec, le tendre et le coriace

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Il n’y a pas plus sec, opiniâtre, osseux, mat et poussiéreux qu’un vieux Ganoderme aplani, quand il encercle la base d’un feuillu mort ou vivant.

Mais quelquefois, on a la chance et la joie, au milieu de cette assemblée de vieillards, de découvrir des jeunes et même des bébés. C’est un moment rare et magique.

Les jeunes, ganodermes, rondouillards et lippus, touchés de rougeâtre, sont comme des passeurs vers les bébés ; ils nous permettent d’accepter l’idée stupéfiante que les bébés et les vieillards sont de la même famille, appartiennent à la même espèce. Les bébés, c’est merveille de les voir, sont ronds, blanc-gris et pleurent toutes les cristallines larmes de leur corps.

Cette observation inédite permet d’allonger la liste déjà grande des polypores qui pleurent.

Le Ganoderme aplani : Ganoderma applanatum (Schaeffert) Withering est un polypore très courant en Berry. Sa croute brun foncé est mince, sa chair brun-rouge et ses tubes marron sont infiltrés de blanc, et ses pores blancs brunissent au toucher : on peut dessiner sur sa face fertile, c’est le champignon des artistes !

Après les larmes limpides, ce sera le désert des spores brunes qui tapisseront le chapeau du ganoderme.

(9 janvier 2025)

Quand les champignons sont dans la quintessence de leur turgescence

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Le gros de la troupe des champignons, sous nos climats, c’est en automne que nous le rencontrons. La plupart d’entre eux vivent en symbiose avec les racines des arbres. Mais le printemps a aussi ses adeptes : Mousserons, giroles, morilles et autres ascomycètes… Et l’été ? S’il n’est pas trop sec, il accueille l’avant-garde des champignons thermophiles : Oronge, Cèpe d’été, Bolet Satan… Mais l’hiver ? L’hiver est-elle la saison morte des champignons ? Absolument pas ! L’hiver donne à voir et met en valeur le groupe fascinant des polypores. Et c’est aussi la saison de rêve pour ces champignons gélatineux et tremblotants que sont les trémelles, les auriculaires et les exidies… qui avaient disparu derrière leur fine pellicule durant l’été et qui maintenant se regonflent, exultent et tremblotent pour notre plus grand plaisir.

La trémelle mésentérique (celle de la photo) : Tremella mesenterica Retzius, se nourrit sur des Peniophora (champignons en croûte sur le bois), tandis que la très ressemblante Tremella aurantia parasite un autre champignon : la Stérée hirsute.

Les trémelles jaunes sont d’étranges petites guirlandes de la nature au moment de Noël.

(2 janvier 2025)

Du rose et de l’orange mêlés

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Le rose fuchsia des capsules de fusain mêlé à l’orangé de l’arille de leur graine… du rose et du orange qui osent se mélanger, au nez et à la barbe de l’association convenue des couleurs, de l’académisme des couleurs complémentaires… du rose marié à du orange comme une transgression des harmonies colorées… du rose et du orange qui annulent tout contraste, qui fusionnent en une teinte rose chair envahie d’un rougissement orange. Quelle audace, quelle irrévérence, que seule la nature pouvait se permettre, et nous offrir !

Avant de développer leurs fruits en bonnet d’évêque, les fusains fleurissent en petites et discrètes fleurs blanc verdâtre, regroupées en cymes latérales. Vert grisâtre dans la jeunesse, les rameaux arborent une tige à quatre angles, qui valut à notre arbuste de s’appeler Bois carré.

Les antiques fusains ont souvent leur pied entouré des consoles brunes d’un somptueux polypore : le Phellin du fusain. N’est-il pas plaisant de songer que sous l’extraversion colorée et joyeuse de ses fruits, notre arbuste se tient chaudement chaussé dans les pantoufles d’un phellin ?

Le fusain : Euonymus eurocarpus Linné, offre à la vue ses joyeux bouquets dans les haies du Berry.

(26 décembre 2024)

Le Cortinaire peint à la manière impressionniste

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À l’état pur, c’est un champ de coquelicots minium sur une banquise. Mais quand le blanc glisse vers l’ivoire, vers le jaune, et que le rouge coule, se répand, alors notre cortinaire se mordore, s’empourpre et violasse légèrement jusqu’à la rutilance du Tricholomopsis.

Le mycologue Christiaan Hendrik Persoon (1761-1836) lui dénicha un drôle de qualificatif : bolaris, qui, comme il est souvent de coutume en mycologie, nous invite à une recherche linguistique pour tenter d’en percer le mystère. Bolarium, en grec, est une petite motte de terre. Fût-elle ocre rouge sous le regard de Persoon, et lui eût-elle permis de peindre métaphoriquement notre cortinaire ? Par ailleurs, bôlos désigne un lingot d’or : notre cortinaire, dans la quintessence de son jaunissement, affiche-t-il quelque ressemblance avec l’or ? Enfin, en latin, le verbe bolare signifie marquer. Marqué de squamules rouges… peint en touches rouges à la manière des Impressionnistes ?

Cortinarius bolaris (Persoon) Fries fut présent en cet automne pluvieux, dans les bois acides de feuillus et de conifères du Berry.

Le Cortinaire peint en rouge cinabre, rouge minium, est très toxique comme tous les cortinaires verts, jaunes, orange.

(19 décembre 2024)

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