De la confusion entre le visqueux, le gélatineux et l’élastique

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Visqueux : qui est épais et s’écoule avec difficulté ; qui est mou, colle, poisse et adhère aux doigts quand on le touche. Le mycologue Christiaan Hendrik Persoon a-t-il touché ces curieuses formations jaunes avant de les qualifier de visqueuses ? Fut-il tenté par l’adjectif gélatineux : qui est peu consistant, tremblotant et gras comme la gélatine ?

Touchons nous-mêmes ce champignon courant en hiver dans le Berry, sur les branches au sol et les débris de bois pourrissants : il est élastique, tenace et gras – mais non visqueux, ni collant, ni fragile. Il eût mérité alors de s’appeler Calocera elastica, ou mieux : Calocera lenta (élastique et tenace)… plutôt que Calocera viscosa (Persoon) Fries. Son nom générique : Calocera : qui a l’aspect de belles cornes, est quant à lui assez judicieusement choisi.

Une autre calocère, plus rare, court sur le bois mort de feuillus comme de petits vermisseaux jaunes. Elle s’appelle Calocera cornea. Les calocèresressemblentà de petites ramaires jaunes, mais elles s’en distinguent par leur consistance élastique-tenace, non fragile.

Ces petites flammes jaune orangé illuminent les sous-bois en hiver.

(20 février 2025)

Les trois sosies et les plaisirs de la microscopie

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Le cœur de l’hiver nous offre, dans le creuset moussu des haies, sur les branches au sol, parfois dans la neige, de petites coupes écarlates qui nous émerveillent. Elles sont le fait de trois champignons strictement semblables dans la nature, trois sosies parfaits nommés pézizes écarlates, mais différents et qui ne se distinguent que sous le microscope et par les branches des divers feuillus sur lesquelles elles s’installent.

Sarcoscypha (coupe charnue) est leur nom générique latin.

Sarcoscypha jurana s’épanouit partout en France sur les branches de tilleuls et arbore des spores cylindriques dotées d’une grosse goutte hyaline à chaque extrémité. Sarcoscypha austriaca et Sarcoscypha coccinea (celle de la photo) prêtent particulièrement à confusion car leurs spores – un rien plus large et tronquées chez la première – sont pareillement décorées d’un amas de guttules à leurs extrémités. Sarcoscypha austriaca se développe surtout sur les branches de saules et d’aulnes, alors que notre Pézize coccinée : Sarcoscypha coccinea (Scopoli : Fries) pousse sur les branches de hêtres, d’ormes, de chênes…

(13 février 2025)

Des moutons blancs à ventre rose

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De dessus, c’est un moutonnement de petits chapeaux blancs et laineux qui courent sur les branches et les troncs morts des feuillus. De dessous, ce sont des ventres roses qui rayonnent de plis épais et fendus en gouttière.

Imaginons le trouble et le désarroi des mycologues devant ce rayonnement de couleur chair, devant ces fausses lames fendues suivant leur plan de symétrie en deux feuillets qui tendent à s’incurver en sens inverse l’un de l’autre... devant ce champignon atypique, désopilant, unique en son genre. De cette stupeur naquit le mot Schizophyllum : du grec phûllon : lame et skhizein : fendre… la blessure induite par ce dernier terme ayant servi à nommer la schizophrénie : l’esprit fendu.

Comme pour se rattraper de son étrangeté, de sa morphologie particulière et unique, notre petit champignon se montre extrêmement courant, partout où gît du bois mort de feuillus. Ainsi fut-il nommé Schizophyllum commune Fries.

Ce champignon a trouvé une petite place dans le groupe des champignons pleurotoïdes.

Le contraste rose-blanc est en général bien marqué, mais le rose infiltre souvent la marge du chapeau.

(6 février 2025)

Des polypores et des ours

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De nombreux polypores sont revêtus d’une toison plus ou moins épaisse, veloutée ou laineuse, douce ou hirsute. L’un d’entre eux étage ses chapeaux sessiles et imbriqués, ou bien s’étale sur le bois mort comme une peau d’ours aux rebords retroussés et indéfinis.

Hirsute ou hispide sont des mots qui conviennent pour qualifier sa toison grossière, dense, brunâtre à gris verdâtre, frisée-bouclée, enchevêtrée de poils rudes inextricables.

Souvent, lorsqu’il prend ses aises sur le bois, il dévoile alors sa face fertile : ce dédale de pores gris et noir, anguleux, sinueux et irréguliers.

Malgré ses caractères bien marqués, il déconcerte bien des mycologues et les laisse sans voix, les plongeant dans une sorte d’hypnose où ils essaient désespérément de faire remonter le souvenir d’un champignon déjà vu, déjà rencontré. C’est qu’il en faut, des années et des années d’observation soutenue et d’attention tendre, pour la reconnaître, cette discrète Funalie exténuée… qui se fait passer pour un polypore monsieur tout le monde.

La Funalie exténuée : Trametella gallica (Fries) Teixeira, a une chair brune qui réagit en noir à la potasse, alors que son sosie : Trametella trogii, a une chair pâle insensible à ce réactif chimique.

(30 janvier)

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