Le plus beau des trois

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La flore des prés, des prairies, est dans la quintessence de son opulence et de sa splendeur.. On l’appelle aussi flore prairiale, et j’avoue que ce mot sonne plus clair et plus joli dans ma tête. Si je devais classer ces trois mots par ordre croissant de séduction, ce serait pré-prairie-prairial.

Je pourrais me livrer à des trilogies similaires avec d’autres mots, de la même famille ou de signifié proche. Par exemple, j’écrirais estivant-estival-estive, ou araignée-aranéeux-arachnéen, ou encore herbe-graminée-graminéenne… en estimant pouvoir en donner les raisons si on me le demandait. Amusez-vous à faire de même, si l’esprit vous en dit.

Il existe une infinité d’harmonies prairiales, toutes différentes les unes des autres, même si elles sont voisines. C’est la concentration, la densité des espèces végétales, les nappes de couleur et les ondulations : roses, argentées, violacées, bronze…qui les rendent uniques.

Les prairies velloises sont des foyers incandescents de rouge, de jaune, de blanc, de rose…

Cette prairie velloise étale ses nappes de Boutons d’or et de Marguerites des prés, roule ses vagues vieux rose de la Houlque laineuse.

(29 mai 2025)

Une horloge chez les fleurs

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Voyez-vous ça : les fleurs du Salsifis des prés demeurent fermées par temps humide et, quand il fait sec, elles s’épanouissent en s’étalant pendant la matinée ; vers midi, elles se referment jusqu’au lendemain matin. (Henri Romagnesi)

Quelle précision, minauderie dans la façon et le moment que les fleurs de Salsifis ont de s’ouvrir, de se fermer, de se parer !

Il est de nombreuses fleurs qui s’ouvrent ou se ferment au soleil ou à l’humidité, à différents moments de la journée, comme conditionnées par une horloge botanique interne. Et elles portent parfois cette singularité dans leur nom. Citons la Belle-de-jour : le Liseron tricolore, dont les fleurs s’ouvrent la journée et ne durent qu’un jour, ou la Belle-de-nuit : Mirabilis jalapa, qui au contraire s’épanouit le soir, ou encore la Dame-d’onze-heures : l’Ornithogale en ombelle, dont l’épanouissement est encore plus précis. En fait, la plupart des fleurs ont une horloge interne qui échappe à notre perspicacité.

Avec ses feuilles graminéennes- tourmentées, le Salsifis des prés a une allure dégingandée.

Les feuilles et les racines du Salsifis sauvage : Tragopogon pratensis Linné, peuvent être consommées au printemps.

(22 mai 2025)

Des fleurs et des oiseaux

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Soyons attentifs : il n’y a pas un coin de ciel, un carré de ciel, qui ne reste quelques minutes sans être parcouru par un oiseau, sans le vol d’un oiseau, sans la présence d’un oiseau : corneilles, pigeons, hirondelles, mouettes, milans, étourneaux, merles, moineaux… sillonnent en permanence le ciel et lui confèrent une vie omniprésente qui s’imprègne en nous, sans discontinuer. Si l’on y réfléchit bien, c’est époustouflant, toute cette vie foisonnante, multiple, permanente qui imprègne inconsciemment nos sens. Toute cette cénesthésie aviaire. Et l’on pourrait dire de même sur le chant des oiseaux. Et l’on peut aussi transposer cette révélation au monde des plantes, à n’importe quel recoin de nature, voire à n’importe quel carré de bitume… où le botaniste fouineur s’adonne à la contemplation de plantes, de fleurs, parfois singulièrement extraverties, exhibant certaines parties de leur anatomie avec une rare audace. Tel est le cas du Cerfeuil des fous : Chærophyllum temulum Linné, qui dévoile ses tiges violettes, vineuses, et sa pilosité hirsute.

Le Cerfeuil des fous ou Cerfeuil penché est la deuxième ombellifère à fleurir au printemps, en Berry.

(15 mai 2025)

La glycine… la fleur de toutes les douceurs

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Le mot glycine vient du grec glucus : doux, sucré. Cette étymologie fut à l’origine des éléments de langage gluco et glyco, utilisés pour la création de nombreux mots de la chimie et de la science, tels glucose ou glycogène.

La glycine nous apparaît comme triplement douce : par la saveur sucrée de sa racine, par le goût douceâtre de ses fleurs, par le parfum suave un rien entêtant de ses grappes, et par ces teintes si douces que sont le mauve, le violet pâle, le parme et le lilas – adoucies de surcroît ici par les touches de blanc crémeux et de jaune vitellin au creuset de leur intimité.

Triplement douce, disions-nous, convoquant les sens du goût, de l’odorat et de la vue. Mais est-ce bien tout ? Caressez donc la suavité fraîche de ses fleurs et faites chanter en vous le doux et merveilleux mot glycine.

La glycine est bien la fleur des cinq sens… la fleur de toutes les douceurs.

Plante dite lianescente, elle est originaire de Chine. Elle fut utilisée par les papetiers chinois, pour fabriquer un papier traditionnel, sous la dynastie Tang (618-9O7).

La Glycine de Chine : Wisteria sinensis John Sims, est l’espèce la plus cultivée en France. Elle se décline en différentes couleurs : rose, bleue, améthyste, blanche.

(7 mai 2025)

Vapeurs blanches montant des forêts canadiennes

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Échappée belle au Canada, dans la baie du fleuve Saint-Laurent, région de Charlevoix. C’est encore l’hiver, ici, et les paysages sont léchés de neige.

Des forêts sombres de conifères, çà et là des massifs de bouleaux, montent comme des vapeurs blanches, comme des fumées blanches, voire comme des fumerolles – mais non comme des brouillards, tant la sensation de sec domine. Lorsque ces vapeurs se matérialisent, elles se transforment en un saupoudrage blanc satiné, qui grisonne peu ou prou. Et de près, les troncs blancs des bouleaux apparaissent comme les fils de laine blanche d’un écheveau, tendus vers les houppiers blanc cendré, parfois touchés de rosâtre.

Ces foyers vaporeux argentés, ces teintes obsédantes de l’hiver canadien me sont inédits. Mais ils m’évoquent irrésistiblement d’autres teintes hiémales obsédantes, émanant de nos forêts de chênes : ce rosé sur gris des branches denses, ce voile rose sur gris qui s’estompe comme une odeur que l’on cherche absolument à retenir. Qui s’empourpre ou se givre, au simple dodelinement de la tête…

Ces vapeurs blanches sont le fait de deux espèce de bouleaux canadiens : le Bouleau jaune : Betula lutea, et le Bouleau gris : Betula populifolia.

(30 avril 2025)

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